Minières néolithiques de silex de Spiennes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Minières néolithiques de silex de Spiennes (Mons) *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Spiennes - Minières néolithiques de silex (2).jpg
Coordonnées 50° 25′ 50″ N 3° 58′ 43″ E / 50.4306, 3.97861 ()50° 25′ 50″ Nord 3° 58′ 43″ Est / 50.4306, 3.97861 ()  
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Subdivision Spiennes
Province de Hainaut
Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Critères (i) (iii) (iv)
Numéro
d’identification
1006
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 2000 (24e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Les minières néolithiques de silex de Spiennes se trouvent dans une zone calcaire de la province de Hainaut en Belgique, à Spiennes, à 6 km au sud-est du centre-ville de Mons et à 50 km de Valenciennes (France). Elles sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000.

Historique des découvertes[modifier | modifier le code]

Les toutes premières découvertes mentionnées dans les journaux locaux (Le Modérateur) remontent à 1842. Le site est ensuite signalé par Albert Toilliez (1816-1865), ingénieur à Mons. Dès 1851, il soupçonne la présence d'un vaste atelier de fabrication de haches à Spiennes.

En 1867 furent mis au jour 25 puits d'extraction du silex à l'occasion de la construction d'une ligne de chemin de fer. La commission scientifique chargée de surveiller les travaux comprend Auguste Houzeau de Lehaie, Alphonse Briart et François-Léopold Cornet. Cette découverte sera présentée au VIe Congrès international d’Anthropologie et d’Archéologie préhistorique de Bruxelles en 1872. Elle contribuera à faire connaître le site internationalement.

De 1912 à 1914, deux puits d'extraction du silex de 15 et 16 m de profondeur ainsi qu'une galerie sont fouillés au Camp-à-Cayaux par le Baron Alfred de Loë grâce aux libéralités du Comte Louis Cavens. Le terrain sur lequel sont effectuées les fouilles est acheté quelques années plus tard par l'État belge. Il y fait bâtir un musée (musée du champ aux cailloux). Ce bâtiment devenu depuis propriété de la Région wallonne a été rénové au début des années 2000 et transformé en Centre de recherche archéologique.

En 1953, la Société de Recherche préhistorique en Hainaut entreprend des fouilles archéologiques sur le plateau opposé, à Petit-Spiennes (ou Pa d'la l'Iau). Plusieurs puits d'extraction du silex de 8 à 10 m de profondeur et leur réseau souterrain sont explorés. Environ 100 m2 du sous-sol sont étudiés entre 1953 et aujourd'hui. La Ville de Mons acquiert le terrain afin d'y faire bâtir un centre d'accueil et de visite pour les minières de Spiennes. Celui-ci devrait ouvrir ses portes en 2013.

De 1966 à 1979, le Service national des Fouilles effectue des sondages à l'emplacement d'une enceinte repérée quelques années plus tôt sur le plateau de Petit-Spiennes grâce à l'examen de clichés aériens. La fouille exécutée par François Hubert permet d'attribuer cette enceinte à la Culture de Michelsberg. 27 tranchées mettent progressivement en évidence le tracé des deux fossés concentriques enserrant une aire de 14 ha.

Depuis 1997, le Service public de Wallonie a entrepris, en collaboration avec la SRPH, de nouvelles fouilles sur le site minier. Celles-ci ont permis le dégagement de structures d'extraction du silex de 9 et 10 m de profondeur à Petit-Spiennes[1] ainsi que la fouille d'ateliers de taille en place.

Description[modifier | modifier le code]

Géographiquement, le site se présente comme une cuesta recouverte de limon éolien et entaillée par deux rivières, la Trouille et la Wampe. Celles-ci délimitent deux plateaux :

  • à l'ouest, Pa'd'à l'liau ou « par delà l'eau » ;
  • à l'est, le Camp-à-Cayaux ou « champ à cailloux ».

Ces deux plateaux furent longtemps réputés incultivables vu l'impressionnante quantité de déchets pierreux présents, liés à l'exploitation des minières de silex situés en leur sous-sol.

Le site couvre une centaine d'hectares. Il est situé sur les versants et plateaux de part et d'autre de la Trouille. Il s’agit d’un site dédié à l’extraction et à la taille du silex qui fut en activité du Néolithique moyen (4300 ans av. notre ère) au Néolithique final (2200 ans av. notre ère). Entre ces deux époques, des milliers de minières (de 10 000 à 20 000?) ont été creusées pour exploiter les bancs de silex, roche recherchée pour la fabrication de haches et de lames. Ces exploitations alimentaient le travail de tailleurs spécialisés dont les ateliers étaient situés sur le site même, à proximité des puits en activité. Les millions de déchets de silex à la surface des champs en sont les vestiges.

Géologie[modifier | modifier le code]

Le sous-sol est composé de craies blanches remontant au Campanien avec de bas en haut les formations d'Obourg, Nouvelles et Spiennes. Parmi celles-ci, seule la formation de Spiennes est riche en silex. Elle compte jusqu'à vingt bancs de silex distants de 50 cm à 1 m. Les volumineux rognons de silex y sont noirs à gris/brun[2].

Méthodes d'extraction[modifier | modifier le code]

Section des mines de Spiennes

Les structures d'extraction sont variées et sont en partie conditionnées par la géologie. On connaît des exploitations à ciel ouvert dans le flanc de la vallée là où le silex affleure directement. De simples fosses de quelques mètres de profondeur sans extraction souterraine sont connues sur les rebords du plateau, là où la couverture de lœss est peu épaisse. Le site est cependant surtout connu pour ses exploitations souterraines qui peuvent atteindre de 3,50 m à 16 m de profondeur. Ce mode d'exploitation est utilisé là où le silex est profondément enfoui. Pour ce faire, les mineurs creusent un puits leur permettant d'accéder aux bancs de silex à exploiter. À Spiennes, ces puits d'accès sont étroits. Ils mesurent généralement 1 m de diamètre. Leur profondeur dépend de celle à laquelle le silex va être rencontré. Dans certains cas, comme dans les minières de 15-16 m de profondeur au Camp-à-Cayaux, les mineurs ont choisi d'exploiter un banc de silex bien spécifique, passant au travers de nombreux autres bancs pour atteindre celui qui était recherché. Une fois le niveau de silex atteint, l'extraction va se développer tout autour du puits, en galeries de quelques mètres de long. À Petit-Spiennes, l'exploitation souterraine se développe jusqu'à 5 m à partir du centre du puits. Au Camp-à-Cayaux, certaines galeries sont plus longues, pouvant s'aventurer jusqu'à 7 m du puits. Les surfaces exploitées sont de l'ordre de 20 à 45 m2.

Datation[modifier | modifier le code]

Sur base des datations radiocarbone, les minières de Spiennes furent exploitées durant le Néolithique, de 4 300 ans av. J.-C. à 2 200 ans av. J.-C.[3]. La céramique découverte sur le site appartient principalement à la culture de Michelsberg (4 300-3 700 ans av. J.-C.). On connaît pour cette même culture une enceinte érigée sur le plateau de Petit-Spiennes. Actuellement, aucune datation ne permet de supposer la poursuite de l'extraction du silex durant les âges des métaux (2 200 ans av. J.-C. à 50 ans av. J.-C.). Le seul indice de la taille du silex durant cette période est un atelier de taille datant du VIIIe siècle avant notre ère découvert dans la partie supérieure d'un des fossés de l'enceinte[4]. C'est sur base de cette découverte que certains auteurs estiment que le site fut exploité de 4 300 à 750 av. J.-C.[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Collet H & Van Neer W., 2002. « Stratigraphie et faune d’un puits d’extraction néolithique à Petit-Spiennes ». Anthropologica et Prehistorica 113 : 73-104
  2. Robaszynski, F., Dhondt, A. V. & Jagt, J. W. M., 2001. « Cretaceous lithostratigraphic units (Belgium) ». In Bultynck, P. & Dejonghe, L. (eds), Guide to a revised lithostratigraphic scale of Belgium. Geologica Belgica, 4: 121-134.
  3. Toussaint M., Collet H. & Jadin I., 2010. « Datations radiocarbone d’ossements humains du site minier néolithique de Spiennes (Mons, Hainaut), première approche ». Notae Praehistoricae 30 : 73-80.
  4. Hubert F., 1976. « Atelier de taille du silex de l'Âge du Bronze à Spiennes ». Archaeologia Belgica, Conspectus MCMLXXIX, 186 : 16-20..
  5. F. Hubert, 1997. « L'exploitation préhistorique du silex à Spiennes ». In : Carnets du Patrimoine n°22. Ministère de la Région wallonne, Direction générale de l'Aménagement du Territoire, du Logement et du Patrimoine, Namur : 31 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autre carrière néolithique de silex en Belgique :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Hubert, L'exploitation préhistorique du silex à Spiennes, Ministère de la Région wallonne, coll. « Carnets du patrimoine » (no 22),‎ 1997, 32 p.
  • Françoise Gosselin, « Un site d'exploitation du silex à Spiennes (Hainaut), au lieu-dit "Petit-Spiennes" », Vie archéologique, no 22,‎ 1986, p. 33-160