Mimesis

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Mimèsis est un terme grec signifiant imitation, dont le sens a évolué au cours des siècles.

Platon (La République, livres III et X) et Aristote (Poétique) emploient le mot mimèsis pour désigner les arts d'imitation, c'est-à-dire les différentes formes poétiques et la représentation du réel par la littérature. Le mot est utilisé par divers chercheurs pour désigner des types variés d'imitation.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme s'applique tout d'abord dans un contexte religieux à la danse, au mime et à la musique. Il ne s'agit pas de reproduire l'apparence du réel mais d'en exprimer la réalité cachée[1]. Plus tard, il désigne au contraire l'imitation du réel, ainsi pour Démocrite l'imitation de la nature par la technique (le tissage qui imite celui de l'araignée). Le terme est ensuite utilisé par Socrate à propos des arts plastiques qui copient la nature.

La mimèsis littéraire[modifier | modifier le code]

La conception d'Aristote[modifier | modifier le code]

Le concept est d'abord discuté par Platon dans la République. Il sera repris dans un autre sens par Aristote, qui lui donne une valeur positive et le met au cœur de sa conception de la littérature et de l'art. Dans la Poétique, Aristote distingue deux types de mimèsis : la simple imitation de la nature et la stylisation de celle-ci. Aristote propose également trois façons d'imiter : comme les choses sont, comme on les dit et comme elles devraient être. L'imitation est à la base des différents arts et notamment de la tragédie, qui est définie comme « l'imitation d'une action noble, conduite jusqu'à sa fin et ayant une certaine étendue ». Suscitant pitié et crainte dans l'esprit du spectateur, la tragédie « accomplit la purgation des émotions de ce genre (catharsis) » (Poétique, 1449b, traduction de Michel Magnien). Même l'essence de la poésie est dans la mimèsis ou imitation d'actions, plutôt que dans l'art de faire des vers (1451b).

L'analyse de Paul Ricœur[modifier | modifier le code]

Paul Ricœur, philosophe français, a fait une critique du structuralisme qu'il voyait comme une structure basique alors que pour lui, le récit est en perpétuelle évolution et donc il propose les Mimèsis, elles sont au nombre de trois:

  • Mimèsis I: La Préconfiguration (c'est le temps vécu, prénarratif)
  • Mimèsis II: La Configuration (c'est le temps du récit, le temps de la mise en intrigue)
  • Mimèsis III: La Reconfiguration (c'est le temps de la reconstruction)

Ces Mimèsis sont cycliques, elles forment des boucles mimétiques.

La mimèsis dans les sciences de l'homme[modifier | modifier le code]

Le terme mimèsis désigne une palette de comportements qui portent des noms différents dans les multiples sciences de l’homme (imitation, identification, intussusceptionetc.).

Il s'agit de tout ce qui est de l'ordre du « faire comme ».

Mimèsis et psychanalyse[modifier | modifier le code]

Les notions de mimèsis et de catharsis sont reprises par Sigmund Freud pour éclairer d'un jour nouveau le principe de création artistique : comparable au processus inconscient dont relève le rêve éveillé. Il ne s'agit plus, bien sûr, d'analyse thérapeutique mais littéraire. Charles Mauron part de cette donnée fondamentale pour structurer sa méthode critique et explorer l'essence biographique, (individuelle, et archétypique) de la relation entre l'auteur et son œuvre. Parallèlement, la psychocritique explique tout naturellement l'empathie du lecteur / spectateur. La différence majeure entre le symptôme névrotique et la création artistique réside dans la sublimation.

L'auteur "met en scène", dramatise des pulsions, des fantasmes inconscients et les satisfait symboliquement. Les situations qu'il reproduit inconsciemment sont l'objectivation en même temps que l'expurgation (acting out) d'un passé traumatique. Au-delà du vécu personnel qui remonte tout le temps à la toute petite enfance, ce sont souvent des schémas communs, des archétypes qui sont représentés (le Ça): le lecteur spectateur s'y « reconnaît », réalise et expurge à son tour un désir tabou. Ainsi point n'est besoin d'avoir soi-même trempé une madeleine dans du tilleul pour être pris dans la vague de la sensation proustienne ! Alors même que Proust retrouve un goût du passé, son lecteur retrouve une tante Léonie et une "émotion" orale et s'identifie au personnage ; même s'il est fictif, ce personnage devient un avatar de son moi.

Imitation et apprentissage[modifier | modifier le code]

Marcel Jousse observe que l'enfant n'imite pas seulement les humains mais « tout ». Par exemple, pour comprendre ce qu'est une chaise il imite la table.

Mimèsis et construction de l'identité[modifier | modifier le code]

L’homme a besoin d’un modèle existentiel qu’il imite. Ce modèle peut être un personnage de légende (Amadis des Gaules pour Don Quichotte, les héroïnes de roman pour Emma Bovary).

Il peut être un personnage proche (René Girard le nomme « médiateur interne »).

Mimèsis et violence[modifier | modifier le code]

La mythologie est pleine d’histoires de jumeaux qui ont le même objet de désir (territoire, femme, etc.). Shakespeare décrit deux gentilshommes qui ne vont pas tarder à s’entretuer : « ils sont comme des frères ». Être « même », être dans une dynamique du même est à l’origine du combat fratricide.

Le concept de mimèsis est central dans l'œuvre de René Girard et les origines de la violence chez les hommes. Il distingue une mimèsis d'appropriation et une mimèsis d'antagonisme.

La mimèsis d’appropriation est repérable lorsque deux individus ont des désirs identiques et où chacun imite l'autre dans les choix des objets à désirer. C'est le choc des désirs. La mimèsis d'antagonisme est repérable lorsque deux individus entrent en conflit et s'imitent les uns les autres dans les coups qu'ils reçoivent et donnent. Ici c'est la rencontre des égos. Dans un cas comme dans l'autre, le comportement qui structure la relation entre les individus est l'imitation.

La mimèsis conduit fatalement à la violence et à l'élimination d'un des deux protagonistes à moins que cette violence ne soit transférée sur un bouc-émissaire qui vient, pour un temps, mettre un terme à la rivalité mimétique des individus.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]