Miles de Plancy

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Miles ou Milon de Plancy, assassiné à Saint-Jean-d'Acre en octobre 1174, est un noble du royaume de Jérusalem originaire de Champagne, sénéchal du royaume de 1166 à 1174, seigneur de Montréal et d'Outre-Jourdain de 1173 à 1174 et régent du royaume en 1174.

Biographie[modifier | modifier le code]

Combats en Égypte entre les Croisés et les Turcs.
Guillaume de Tyr, Historia, Bruges, XVe siècle (BNF, Mss.fr. 68)

Né en Champagne[1], il se rend en Orient aux alentours de 1160, pour rejoindre le roi Amaury Ier, dont il était cousin (consanguineus) selon Guillaume de Tyr[2]. Le roi le fait sénechal du royaume et en 1167 Miles participe à une des expéditions en Égypte, consistant à défendre ce pays contre les attaques de Shirkuh, un des généraux de Nur ad-Din, lequel cherche à annexer le pays pour encercler le royaume de Jérusalem. Miles commande notamment un bataillon qui taille en pièces dans l'île de Mahalla un détachement chargé de ravitailler l'armée de Shirkuh[3]. L'expédition est un succès et le califat fatimide d'Égypte passe sous le protectorat du royaume de Jérusalem au mois d'août 1167[4].

L'année suivante, malgré Miles de Plancy qui conseille de maintenir la paix[5], Amaury commet l'erreur de vouloir annexer l'Égypte. Le vizir égyptien Shawar appelle Nur ad-Din à l'aide, lequel envoie de nouveau Shirkuh. Les Francs sont obligés d'évacuer le pays, qui passe sous le contrôle du général. Ce dernier meurt le 23 mais 1169, mais son neveu Saladin lui succède[6].

Ce dernier ne tarde pas à lancer des attaques contre les Francs, et une invasion est lancée en décembre 1170. Ne pouvant prendre Daron, trop bien défendue, il fait route vers Gaza, une forteresse construite par Baudouin III et remise aux Templiers et où se trouvait alors Miles de Plancy. Les habitants de la ville basse, des paysans et des marchands, veulent se réfugier dans le château, mais Miles se refuse à abandonner cette partie de la ville, y renvoie les habitants et envoie une troupe de jeunes gens venus de Jérusalem pour défendre cette ville basse. Il se font tous tuer, ainsi que la population civile. La citadelle résiste et Saladin, qui craint l'arrivée d'une armée de secours, doit battre retraite[7].

En 1173, le roi lui donne pour épouse Étiennette de Milly, fille de Philippe de Milly et veuve d'Onfroy III de Toron, et il devient ainsi seigneur de Montréal et d'Outre-Jourdain par mariage[8]. La succession de Montréal est cependant contestée : Etiennette avait hérité à la mort de sa nièce Béatrice de Brisebarre. Le père de Béatrice, Gautier III de Brisebarre, avait dû vendre son fief de Beyrouth. Ne pouvant hériter de sa fille, il avait reçu en compensation le fief de Blanchegarde, largement inférieur. Le ressentiment des Brisebarre est peut-être un facteur important qui jouera lors du meurtre de Miles de Plancy.

Amaury Ier meurt le 11 juillet 1174 et son fils Baudouin IV lui succède, encore enfant[9] et atteint de la lèpre. Miles de Plancy se comporte en régent informel et poursuit la politique d'Amaury Ier[10],[11]. Mais il commet de graves erreurs qui lui valent rapidement l'hostilité de la noblesse.

Mort d'Amaury Ier et couronnement de Baudouin IV.
Guillaume de Tyr, Historia, Acre, XIIIe siècle (BNF, Mss.fr. 2628)

Tout d'abord, le 28 juillet 1174, une flotte commandée par Tancrède de Lecce et envoyée par le roi Guillaume II de Sicile aborde en Égypte et met le siège devant Alexandrie. Si Amaury avait été encore vivant, il aurait certainement envoyé une armée pour faire diversion, ce qui aurait mis Saladin en difficulté. Mais Miles de Plancy ne le fait pas, permettant à Saladin de secourir Alexandrie, d'incendier les machines de guerre des Normands et de leur faire abandonner le siège le 2 août[12],[13].

D'autre part, il entend assumer le pouvoir et maintenir l'autorité royale intacte et s'adresse avec orgueil et arrogance aux autres barons. Le chroniqueur Guillaume de Tyr ne l'aimait pas, le qualifiant de querelleur et de fauteur de troubles et Miles insultait les autres seigneurs, particulièrement ceux originaires de Terre Sainte, refusant de les consulter sur aucune matière. Il n'en demeure pas moins fidèle au roi, mais il entend le soustraire aux pressions des barons du royaume, et fait bientôt l'unanimité contre lui.

L'opposition se cristallise autour de Raymond III, comte de Tripoli et prince de Tibériade. Ce seigneur, l'un des plus puissants de Terre sainte est de surcroît petit-fils du roi Baudouin II, donc proche parent du roi. Fort de ces arguments ainsi que de la fidélité qu'il avait toujours monté au roi, il vient à Jérusalem pour exposer ses arguments et réclamer la régence, soutenu par plusieurs barons, parmi lesquels Onfroy II de Toron (le grand-père de son beau-fils), Baudouin d'Ibelin et Balian d'Ibelin. Miles repousse la requête en arguant que la Cour n'est pas au complet pour délibérer[14],[15].

La réunion plénière promise tarde à être convoquée, et certains barons opposants commencent à s'impatienter, alors que Raymond III est retourné sur ses terres. Des bruits malveillants commencent à être colportés sur le sénéchal, l'accusant dans le meilleur des cas vouloir s'arroger tout le pouvoir, et dans le pire des cas usurper la couronne. En octobre 1174, il part à travers le royaume en tournée d'inspection, et est assassiné à Saint-Jean-d'Acre[16],[15].


Précédé par Miles de Plancy Suivi par
Onfroy III de Toron
et Étiennette de Milly
seigneur de Montréal et d'Outre-Jourdain
avec Étiennette de Milly
1173-1174
Renaud de Châtillon
et Étiennette de Milly

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Guillaume de Tyr : Milo de Planci de Campania ultramontana de terra Henrici comitis Trecensis (Milon de Plancy, de la lointaine Champagne des terres d'Henri, comte de Troyes).
  2. (FMG)
  3. Grousset 1935, p. 465.
  4. Grousset 1949, p. 231-4.
  5. Grousset 1935, p. 503.
  6. Grousset 1949, p. 235.
  7. Grousset 1935, p. 534.
  8. Grousset 1935, p. 557.
  9. il n'a que treize ans et les lois du royaume fixent la majorité à quinze ans.
  10. Grousset 1935, p. 581.
  11. Aubé 1981.
  12. Grousset 1935, p. 586-8.
  13. Aubé 1981, p. 90-1 .
  14. Grousset 1935, p. 582-3.
  15. a et b Aubé 1981, p. 92-3 .
  16. Grousset 1935, p. 583-4.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Miles of Plancy » (voir la liste des auteurs)
    • (en) Bernard Hamilton, « Miles of Plancy and the fief of Beirut », in The Horns of Hattin, Jerusalem, Benjamin Z. Kedar (ed.),‎ 1992, p. 136-46.
    • (en) Bernard Hamilton, The Leper King and His Heirs, Cambridge,‎ 2000)

Articles connexes[modifier | modifier le code]