Mihail Sebastian

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Mihail Sebastian

Nom de naissance Iosif Hechter
Naissance 18 octobre 1907
Brăila
Décès 29 mai 1945
Bucarest

Mihail Sebastian (de son nom patronymique Iosif Hechter, né le 18 octobre 1907 à Brăila en Roumanie ; mort le 29 mai 1945 renversé par un camion à Bucarest) était un écrivain, dramaturge et essayiste roumain d'origine juive. Son frère aîné, le docteur Pierre Hechter, a vécu toute sa vie à Sceaux. Sa nièce, Michèle Hechter est écrivain et traductrice française, auteur d'un ouvrage autobiographique intitulé M. et M. publié en 2000 qui se réfère à son oncle écrivain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après avoir terminé ses études secondaires, Sebastian collabora à la revue Cuvântul (« la Parole »)[1]. Il fit des études de droit, mais fut vite attiré par la vie littéraire intense de la Roumanie, dont le territoire s'était considérablement étendu, avec pour conséquence le doublement de sa population juive ; les pensées généreuses de la révolution de 1848 y subissaient l'influence des idées de Gobineau, Spengler, T. S. Eliot et Ezra Pound, émises à son tour par le philosophe Nae Ionescu, qui eut une grande influence sur les amis de Sebastian, dont Emil Cioran et Mircea Eliade. Il débuta dans la littérature avec Fragments d'un cahier retrouvé en 1932 puis Femmes, un recueil de nouvelles en 1933[2].

Le roman de Sebastian De două mii de ani ((fr) Depuis deux mille ans), publié en 1934 avec une préface antisémite de Nae Ionescu qui fit scandale, revêt une importance particulière. Il décrit le dilemme et les crises d'identité d'un jeune juif qui ne cesse de vouloir se comprendre en tant que juif aussi bien que roumain. Sabastian fut attaqué à la fois par la presse d'extrême-droite et la presse démocratique. Il fut considéré comme trop juif par les nationalistes roumains et trop roumain par les nationalistes juifs[2].

En 1935, il publia Comment je suis devenu un hooligan où il répondit aux attaques dont il avait été l'objet. En 1938, Jouons au vacances fut son premier grand succès en tant que dramaturge[2]. Sebastian se fit aussi un nom comme essayiste et comme critique littéraire et théâtral. Il écrivit de nombreux articles sur des classiques européens modernes comme Stendhal, Proust, Gide, Joyce, mais également sur des auteurs roumains comme Mircea Eliade, Camil Petrescu, Max Blecher. Proust et Gide exercèrent une grande influence sur lui. En 1939, il publia une monographie sur les échanges épistolaires de Proust qui devait être suivie d'autres livres sur l'auteur français.

Sebastian a appartenu à la Jeune Génération roumaine, un groupe d'intellectuels rassemblés autour du philosophe Nae Ionescu et du cercle Criterion. À ce groupe ont appartenu notamment Mircea Eliade, Emil Cioran et Constantin Noica. Ce qui les liait était la recherche d'« authenticité », d'une vie intellectuelle capable de dépasser les conventions poussiéreuses de l'existence moderne. Ce groupe était à l'origine apolitique. Mais tandis que des événements politiques se précipitaient en Roumanie et en Europe, ses membres mirent de côté leur attitude de non engagement au cours des années 1930. Quelques-uns d'entre eux, comme Nae Ionescu, Eliade et Cioran, ont commencé à sympathiser avec la Garde de fer, un mouvement d'extrême droite fasciste aussi populaire que sanguinaire et, au début de la Seconde Guerre mondiale, avec les puissances de l'Axe. En tant que juif, Sebastian considérait cette évolution d'un œil critique et condamna ses collègues sans pour autant parvenir à rompre avec eux.

L'écrivain a évoqué ces événements sociaux et politiques dans son journal intime ; il y relate aussi l'antisémitisme de l'État roumain dans les années 1938-1945, qui a culminé avec l'assassinat d'au moins 200 000 juifs en 1941-1942 sous le gouvernement d'Ion Antonescu. Il y évoque aussi la « conversion gardiste » et l'antisémitisme de ses amis, Nae Ionescu, Mircea Eliade, Camil Petrescu et Emil Cioran[2]. Ce journal est un témoignage qui peut être comparé à ceux de Victor Klemperer ou d'Anne Frank.

Sebastian, qui avait échappé à la déportation, est mort peu après la fin de la guerre d'un stupide accident automobile[3]. Cela lui a probablement permis d'échapper aux procès staliniens où son nom fut évoqué à côté de ceux des « comploteurs ». En 2006, la version allemande de son journal intitulée Voller Entsetzen, aber nicht verzweifelt a été distinguée à titre posthume par le Prix frère et sœur Scholl.

Citations[modifier | modifier le code]

Eugène Ionesco, qui était lié d'amitié avec Sebastian, a écrit à son sujet : « Combien je l'ai aimé ! Je ressens tant d'amour pour lui. Mihail Sebastian avait gardé une tête claire et une humanité vraie. Il était devenu mon ami, mon frère. Il était devenu plus mûr, sérieux et profond. Quel dommage qu'il ne soit plus parmi nous. »

« Je n'ai jamais été aussi vieux, aussi terne, aussi dépourvu d'élan, de jeunesse […]. Je ne vois plus rien devant moi, toutes les portes sont fermées, tout est inutile, et le suicide semble être la seule solution. »

— Extrait de son journal, année 1934.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Femmes, éd. de L'Herne, 2007 ((ro) Femei, 1933).
  • Depuis deux mille ans, éd. Stock, 1998 ((ro) De două mii de ani, 1934).
  • (ro) Orașul cu salcâmi, 1935 [La ville aux acacias].
  • L'Accident, éd. Mercure de France, 2002 ((ro) Accidentul, 1940).

Les traductions françaises sont d'Alain Paruit.

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • (ro) Jocul de-a vacanța, 1938 [Jouons aux vacances].
  • (ro) Steaua fără nume, 1944 [L’Étoile sans nom].
  • (ro) Ultima oră, 1945 [Dernière heure].
  • (ro) Insula, 1947 [L'Île], texte inachevé.
  • Théâtre complet, trad. d'Alain Paruit, préf. de Georges Banu, éd. de L'Herne, 2007. Réunit : Jouons aux vacances, L'Étoile sans nom, Dernière heure, L'Île.
  • Édition de midi, 1958.

Œuvres diverses[modifier | modifier le code]

  • Fragmente dintr-un carnet găsit (1932), (fr) Fragments d'un carnet retrouvé, publié avec Femmes, Éd. de L'Herne, 2007
  • Cum am devenit huligan (1935), essai publié en réponse à la préface de Nae Ionescu à son roman De două mii de ani. [non trad. en français]
  • Correspondența lui Marcel Proust (1939) [non trad. à ce jour en français]
  • Eseuri, cronici, memorial (1972), trad. en français sous le titre Promenades parisiennes et autres textes, trad. d'Alain Paruit, Éd. de L'Herne, 2007
  • Jurnal de epocă, publicistică (2002) [non trad. en français]
  • Journal, 1935-1944, version incomplète, trad. du roumain par Alain Paruit, préf. d'Edgar Reichmann, Éd. Stock, 1998

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent »,‎ 2009, 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3), p. 483
  2. a, b, c et d Dictionnaire de la Shoah, p 483.
  3. Dictionnaire de la Shoah, p 484.