Miguel Ángel Félix Gallardo

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Miguel Ángel Félix Gallardo

Miguel Ángel Félix Gallardo (né le 8 janvier 1946 dans l'État de Sinaloa au Mexique), alias Le Parrain, est un trafiquant de stupéfiants mexicain, ex-chef du cartel de Guadalajara. Il a été condamné à 40 ans de prison à la fin des années 1980 pour diverses charges, dont l'assassinat de l'agent de la DEA Enrique Camarena en 1985.

Biographie[modifier | modifier le code]

Félix Gallardo débuta comme policier dans le Sinaloa, travaillant aussi comme garde du corps avec les enfants du gouverneur Leopoldo Sánchez Celis (1963-1968), son parrain de noces qui devint son protecteur [1],[2]. Malgré 14 mandats d'arrêts délivrés depuis 1971 [1], ainsi que l'Opération Condor entre 1975 et 1978, ce dernier le protégea jusqu'à son arrestation en avril 1989 dans le cadre de l'affaire Camarena[2], qui envenima durablement les relations entre le Mexique et les États-Unis en raison de l'importance des responsabilités politiques en cause.

Connu comme homme d'affaires, mais surtout parrain du cartel de Guadalajara, il possédait des ranchs, des hôtels et des entreprises, étant également actionnaire et conseiller régional de la banque Mexicano Somex, aujourd'hui disparue[2]. Celle-ci était dirigée par Mario Ramón Beteta (PRI), qui fut ministre du Budget, directeur de l'entreprise d'État pétrolière Pemex et gouverneur de l'État de Mexico [1]. Félix Gallardo était aussi lié à Arcadio Valenzuela, président de l'Association des banquiers du Mexique de 1980 à 1982, et actionnaire de la banque Banpacífico de Guadalajara, contrôlée par Valenzuela[1].

Dès 1975, la DEA apprend qu'il est impliqué dans le trafic de cocaïne [1]. Travaillant avec la famille Caro Quintero, il est considéré comme un pionnier parmi les narcos mexicains pour avoir mis en place des filières avec les trafiquants colombiens dans les années 1980 [3]. Il travaille notamment avec le cartel de Medellín de Pablo Escobar, par l'intermédiaire de son associé le chimiste hondurien José Ramón Matta Ballesteros [1]. Félix Gallardo vend ensuite la coke à Pablo Acosta Villarreal (en), qui lui fait traverser la frontière vers les États-Unis par Ojinaga (Chihuahua) [1].

L'organisation de Gallardo regroupe de nombreux trafiquants promis à un avenir célèbre: Ernesto Fonseca, qui se fit remarquer dès le milieu des années 1950; Rafael Caro Quintero (en); Juan José Esparragoza (en); Amado Carrillo Fuentes, envoyé à Ojinaga pour contrôler le transport de cocaïne; Héctor Palma Salázar (en); Joaquín Guzmán [1]...

Selon une lettre de 2009, écrite dans la prison de haute sécurité de l'Altiplano, il arriva à Guadalajara, avec sa famille, en avril 1987[2]. Le commandant Guillermo González Calderoni était alors en charge de l'armée dans cette région, et c'est lui qui le fera arrêter en 1989. Selon sa lettre de 2009, toutefois, González Calderoni, qui fut par la suite accusé de corruption, avait entretenu auparavant des contacts avec lui, et l'aurait, dit-il, « trahi »[2]. Félix Gallardo nie avoir ordonné l'assassinat d'Enrique Camarena, prétendant s'être fait extorqué des aveux sous la torture [2]. Lui, et deux de ses adjoints, Ernesto Fonseca Carrillo (en) et Rafael Caro Quintero (en), furent condamnés pour ce meurtre.

L'arrestation de Félix Gallardo provoqua une guerre interne, les frères Arellano Félix prenant alors le contrôle de Tijuana. Les tensions avaient commencé avant: en 1988, Félix Gallardo aurait ordonné l'assassinat, en 1989, de l'épouse et des deux fils du parrain Héctor Luis El Güero Palma (en), ce qui conduisit à leur rupture[1]: Palma, aujourd'hui incarcéré, devint membre du cartel de Sinaloa. Dans sa lettre de 2009, Félix Gallardo nie toutefois avoir ordonné cet assassinat [2].

Il y nie également être l'oncle de Sandra Ávila Beltrán, une autre mafieuse incarcérée, ainsi que d'avoir des liens familiaux avec les frères Arellano Félix, dirigeants du cartel de Tijuana[2]. Vraies ou non, ces allégations sont souvent rapportées par la presse, Time le présentant par exemple comme l'oncle des frères Arellano Félix [3].

Derrière les barreaux, Félix Gallardo continua à gérer les opérations par téléphone portable, au moins jusqu'à être transféré dans la prison de haute sécurité de l'Altiplano. Son organisation se serait alors scindée en deux tendances, qui auraient menées au cartel de Sinaloa d'un côté, et au cartel de Tijuana et de Sonora de l'autre.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Luis Astorgan, « Géopolitique des drogues au Mexique », Hérodote, 1/2004 (N°112), p. 49-65. DOI : 10.3917/her.112.0049.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Gustavo Castillo García, Félix Gallardo acusa al extinto González Calderoni de repartir plazas a narcos, La Jornada, 9 février 2009
  3. a et b Tim Padgett et Elaine Shannon The Border Monsters. Mexico's top druglords, the bloodthirsty Arellano Félix brothers, horrify even Tijuana, Time, date non précisée (copyright 2001)