Mignon (histoire)

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne l’acception historique du mot mignon. Pour les autres sens du mot, voir mignon (homonymie).

Mignon est le nom donné au XVe siècle au favori du prince. Être le mignon est un honneur, un signe de l’amitié profonde que porte le souverain à un favori[1]. Il le distingue des autres en lui octroyant le privilège de s’habiller comme lui. À une époque où les querelles de préséance sont légion et où le code vestimentaire obéit à des prérogatives strictes pour désigner le rang social et les privilèges qui l’accompagne, on est à même de mesurer toute la portée de cet honneur. Le mignon a également le privilège de dormir dans la même chambre et souvent dans le même lit que le souverain. Ce dernier honneur n’a habituellement rien à voir avec les rapports antiques de l'amitié grecque. «La franchise avec laquelle on en parle, dans un temps qui stigmatisait le crimen nefandum, doit éteindre tout soupçon[2].» Les contemporains en font l’analogue de l’amour courtois.

On peut mentionner quelques exemples de ce genre de rapports d’amitié d’inséparables : celui existant entre Jacques Ier d'Angleterre et Robert Carr ou George Villiers, entre Guillaume d'Orange et Charles Quint lors de l'abdication de ce dernier, entre le jeune Gaston de Foix et son frère bâtard, entre Louis d'Orléans et Pierre de Craon, entre Louis XI et Commines, entre le jeune duc de Clèves et Jacques de Lalaing[3].

Cette institution se maintiendra jusqu'au XVIIe siècle. Elle est reconnue pour les princesses qui peuvent également avoir une mignonne à laquelle s’attache les mêmes privilèges.

Le terme mignon apparaît dès le règne de Charles VII et désigne aussi bien les « mignons de Dieu » ou les « mignons du pape » (les jésuites)[4]. Il traverse la Manche à la fin du XVe siècle sous la forme minion (fidèle, subalterne). Il ne prend une connotation sexuelle qu’à partir du règne d'Henri III (1551-1589), à l’époque duquel les courtisans adoptent un genre de vie raffiné.

Les « mignons de couchette »[modifier | modifier le code]

Cette expression, utilisée par Brantôme, désigne les mignons du roi Charles VIII. Quand un favori est bien en vue, il a l’insigne honneur de dormir dans la chambre royale. C’est une façon pour le roi de récompenser ses serviteurs les plus fidèles.

À la Renaissance, la chambre royale est considérée comme sacrée et pouvoir y dormir en présence même du souverain — considéré comme le lieutenant de Dieu sur terre — est l’ultime consécration d’un courtisan.

Henri II est un grand adepte de cette démonstration de faveur. Il en use beaucoup avec Anne de Montmorency qui, par de nombreuses fois, a le suprême privilège de dormir avec lui dans son lit[5]. Ce genre de comportement choque les ambassadeurs étrangers[5], mais ceux-ci se font finalement à cette idée car la cour de France est réputée pour sa très grande familiarité.

Sous l’impulsion rigoriste d'Henri III, les mœurs de la cour de France évoluèrent. On n’entre plus dans la chambre royale comme auparavant. La chambre royale devient encore plus sacrée et les personnes qui peuvent y pénétrer font l’objet des plus vives jalousies, d’où le durcissement des quolibets à l’égard de ceux qu’on appelle vulgairement les « mignons de couchette » à la fin du XVIe siècle.

Les mignons d'Henri III[modifier | modifier le code]

Henri, duc d’Anjou (1570)
Le jeune prince se fait remarquer par son élégance et son goût pour la mode.

Sous le règne d'Henri III, les gentilshommes qui fréquentent la cour de France s’habillent avec un raffinement démesuré qui choque les bourgeois. Sur le modèle du roi, les courtisans se fardent, se poudrent et se frisent les cheveux. Ils portent des boucles d’oreille, de la dentelle et de grandes fraises empesées.

Ces courtisans font l’objet des railleries de la part du peuple. C’est qu’à l’époque, on tolère encore mal, dans une cour qui a toujours promu la virilité brute et considéré le raffinement comme une faiblesse, le penchant d'Henri III et de son entourage pour la culture de la fête et le goût pour l’apparence (ce qui ne les empêche nullement d'être de rudes chefs de guerre et de se couvrir de gloire sur les champs de bataille).

Les favoris d'Henri III sont au centre de ces moqueries. Le roi promeut à la cour des hommes de petite noblesse, à qui il confie d’importantes responsabilités. Il entend s’appuyer sur des hommes neufs pour gouverner. Sa cour voit donc apparaître un cercle restreint de favoris qui connaissent, grâce à leur protecteur, une fortune fulgurante.

Les premiers à associer le mot « mignon » à l’homosexualité sont les calvinistes. Hostiles à toute frivolité, les prédicateurs protestants condamnent fermement les phénomènes de mode et interdisent la pratique de la danse, usuelle chez les catholiques. Devant l’engouement pour les futilités de la cour des Valois, ils s’emploient à dénoncer l’attitude efféminée des courtisans.

L’image des mignons véhiculée par les protestants est vite reprise par la Ligue catholique qui mène, à partir de 1585, une vaste campagne de désinformation contre Henri III et sa cour. La propagande ligueuse se poursuit après l’assassinat du roi en 1589 et lui survit dans l'historiographie aux XVIIe et XXe siècles.

Caricature d’un mignon dénonçant son caractère efféminé.
Parue en 1605 dans L’Isle des Hermaphrodites de Thomas Artus.

Parmi les plus célèbres favoris d'Henri III figurent les noms de :

auxquels il faut ajouter les deux plus proches collaborateurs d'Henri III, les « archimignons » :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir : J. Huizinga, Le déclin du Moyen Âge, Paris, Payot, (1919), 1961, p. 65-66.
  2. Ibid.
  3. Voir : Ibid.
  4. Philippe Contamine, « Pouvoir et vie de cour dans la France du XVe siècle : les mignons », in Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Volume 138, Numéro 2, 1994, p. 541-554, [lire en ligne].
  5. a et b François Reynaert, Nos ancêtres les Gaulois, et autres fadaises, p. 251
  6. Dans son ouvrage Messieurs de Joyeuse, Pierre de Vaissière assure ne trouver aucune lettre dans les correspondances privées de Henri III, de ses mignons ou des ambassadeurs étrangers, faisant allusion à une quelconque homosexualité

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacqueline Boucher, « Contribution à l'histoire du Duel des Mignons (1578) : une lettre de Henri III à Laurent de Maugiron », in Nouvelle revue du XVIe siècle, vol. 18, no 2, 2000, p. 113-126.
  • Monique Chatenet, La Cour de France au XVIe siècle, vie sociale et architecture, Paris, Picard, coll. « De Architectura », 2002, 387 p., entretien en ligne, [compte rendu en ligne], [compte rendu en ligne].
  • Philippe Contamine, « Pouvoir et vie de cour dans la France du XVe siècle : les mignons », in Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Volume 138, Numéro 2, 1994, p. 541-554, [lire en ligne].
  • Arlette Jouanna, « Faveurs et favoris : l'exemple des mignons de Henri III », in Robert Sauzet (dir.), Henri III et son temps : actes du Colloque international du Centre de la Renaissance de Tours, octobre 1989, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, coll. « de Pétrarque à Descartes », 1992, p. 155-165.
  • Nicolas Le Roux :
    • « Le point d'honneur, la faveur et le sacrifice. Recherches sur le duel des mignons d'Henri III », in Histoire, économie et société, 16e année, no 4, 1997, p. 579-595, [lire en ligne].
    • « Courtisans et favoris : l'entourage du prince et les mécanismes du pouvoir dans la France des guerres de Religion », in Histoire, économie et société, 17e année, no 3, 1998, p. 377-387, [lire en ligne].
    • La Faveur du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547-vers 1589), Seyssel, Champ Vallon, coll. « Époques », 2001, 805 p., [compte rendu en ligne].
  • Pierre de Vaissière, Messieurs de Joyeuse (1560-1615). Portraits et documents inédits, Albin Michel, 1926, 348 p.