Michel Pablo

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Michel Pablo (en grec Μισέλ Πάμπλο) né le 24 août 1911 et décédé le 17 février 1996, de son vrai nom Michalis N. Raptis (en grec Μιχάλης Ν. Ράπτης), est un leader trotskiste d'origine grecque.

Leader de la Quatrième Internationale[modifier | modifier le code]

Né en Égypte, à Alexandrie, Michel Raptis, qui prendra le pseudonyme de Pablo, est le fils d'un père grec, issu de la communauté juive de Salonique, et d'une mère égyptienne. Il fut diplômé de l'Université polytechnique nationale d'Athènes et continua ses études d'urbanisme à la Sorbonne, à Paris, où il vécut la plupart du temps dans les décennies suivantes.

Il commença à s'impliquer en politique à la fin des années 1930. Attiré par la fraction « Spartacus », il représenta avec Pantelís Pouliópoulos les trotskystes grecs lors du Congrès qui fonda la Quatrième Internationale à Paris en 1938.

Pablo était malade à Paris quand la Seconde Guerre mondiale éclata. Sa mauvaise santé explique que, jusqu'en 1944, il n'ait joué qu'un rôle modeste dans les activités des trotskystes français, contribuant néanmoins à la formation du Groupe Barta (Union Communiste) de David Korner[réf. nécessaire]. Pleinement impliqué en 1944 dans l'activité militante, il fut élu secrétaire d'organisation du Bureau européen qui avait rétabli le contact entre les organisations trotskystes.

Après la guerre, Pablo devint la figure centrale de la Quatrième Internationale, grâce au soutien du SWP américain de James P. Cannon. Il joua un rôle majeur dans la réunification, la recentralisation et la réorientation de l'Internationale. En 1946, Pablo se rendit en Grèce où il réussit à réunifier les quatre organisations trotskystes du pays. Pablo et Ernest Mandel contribuèrent à faire adopter par la Quatrième Internationale la thèse selon laquelle les pays d'Europe orientale occupés par les forces armées soviétiques en 1944-1945 étaient devenus ce qu'ils appelèrent des « États ouvriers déformés ».

Dans les lendemains incertains de la Seconde Guerre mondiale, alors que les trotskystes étaient numériquement très inférieurs aux partis communistes de masse et que leurs espoirs de crise révolutionnaire s'étaient envolés, Pablo avança une nouvelle tactique pour la Quatrième Internationale. Estimant comme beaucoup de gens à cette époque qu'une Troisième Guerre mondiale était imminente, qu'elle entraînerait des explosions révolutionnaires et l'émergence d'une opposition dans les partis communistes, Pablo considérait que, pour gagner de l'influence, convaincre de nouveaux membres et éviter de devenir de petites cliques sectaires condamnées à discuter entre elles, les trotskystes devaient, là où cela était possible, rejoindre les partis communistes ou social-démocrates de masse. Cette tactique fut appelée « entrisme sui generis », ou entrisme à long-terme, étant bien entendu que la Quatrième Internationale devait conserver son identité politique et sa propre presse.

Pablo chercha à imposer ses positions à certaines sections nationales récalcitrantes au nom de la discipline de parti et du centralisme démocratique, ce qui ne contribua pas à la sérénité dans la discussion de cette orientation.

« Le pablisme »[modifier | modifier le code]

En 1953, les Américains, les Britanniques et une partie des trotskystes français déclarèrent leur opposition à cette orientation et quittèrent la Quatrième Internationale pour constituer une fraction publique, le Comité International de la Quatrième Internationale. La virulence de cette tendance à l'encontre du « pablisme » devint légendaire. Diabolisé, Pablo devint le symbole de tout ce qui était condamnable dans le mouvement trotskyste. Des décennies après cette rupture, certains groupes emploient encore l'épithète infâmante de « pablistes » pour dénigrer leurs adversaires.

Pablo continua à militer avec le Secrétariat International de la Quatrième Internationale, agissant depuis Amsterdam et Paris. Dans les faits, sa tactique entriste ne put être appliquée dans de nombreux pays et ne remporta que de petits succès dans les pays où il était possible d'intégrer un important parti social-démocrate.

Aucune des tendances trotskystes, qu'elle prône l'entrisme ou la construction de partis indépendants, ne put élargir sa base dans les premières années de la Guerre froide. Après l'invasion de la Hongrie, en 1956, beaucoup d'intellectuels quittèrent les partis communistes. De nouvelles divergences apparurent dans les partis staliniens avec la rupture sino-soviétique, mais cela ne profita guère aux organisations trotskystes. Aussi, Pablo se convainquit que les meilleures perspectives révolutionnaires viendraient du Tiers-Monde et il s'intéressa au mouvement de libération des femmes, sujet sur lequel il écrivit un essai.

Il s'impliqua dans le soutien au FLN algérien pendant la Guerre d'Algérie, ce qui lui valut une incarcération aux Pays-Bas pour production de fausse-monnaie et trafic d'armes. Jean-Paul Sartre lança une campagne en sa faveur. En 1961, Pablo fut finalement condamné à 15 mois de prison et libéré à la fin de son procès. Il se réfugia au Maroc avant de devenir conseiller de Ben Bella, premier président de l'Algérie (1962-65) où il développe une stratégie autogestionnaire à partir du ministère des biens vacants, et participe à l'organisation de la Tricontinentale avec le militant marocain Mehdi Ben Barka.


En 1963, ayant des positions communes envers la révolution cubaine, le CIQI, derrière le SWP américain, et le SIQI se réunifièrent. Mais le SWP considérait Pablo comme un obstacle à cette réunification. Pablo put néanmoins présenter une contre-résolution au congrès de réunification de la Quatrième Internationale de 1963 et il fut élu au comité exécutif international. Mais les tensions s'accumulèrent et, pour des raisons controversées, Pablo se retrouva en dehors de l'Internationale dès 1965.

Hors de la Quatrième Internationale[modifier | modifier le code]

L'influence de Pablo pendant cette période se réduisit à celle de ses écrits. Le thème principal de sa pensée à la fin des années 1960 et dans les années 1970 fut celui de l'autogestion. Actif au Chili sous la présidence de Salvador Allende, Pablo rentra en Grèce après la chute de la junte militaire. Dans les années 1980, il retourna à l'anonymat.

Pablo continua à mener une activité politique, organisant la Revolutionary Marxist Tendency et l'International Revolutionary Marxist Tendency, basées en France. Sa tendance ne parvint jamais à influencer les groupes trotskystes plus importants. Les sections de l'IRMT rejoignirent la Quatrième Internationale réunifiée en 1994 et 1995, bien que Pablo, à titre personnel, n'ait pas été autorisé à le faire.

De manière inhabituelle pour un révolutionnaire, ses funérailles furent un événement d'État dans sa Grèce natale. Cela est dû probablement à l'amitié qu'il entretenait depuis les années 1930 avec le Premier ministre socialiste Andreas Papandreou qui avait été trotskyste dans sa jeunesse.

Références[modifier | modifier le code]

  • Michel Raptis, Socialism, Democracy & Self-Management.
  • Michel Raptis, Revolution and Counter Revolution in Chile.
  • Michel Raptis, Étude pour une politique agraire en Algerie.
  • Pierre Frank, The Fourth International: The Long March of the Trotskyists.
  • Francois Moreau, Combats et debats de la Quatrième Internationale.
  • Klaus Leggewie, Koffertrager. Das Algerienprojekt der Deutsche Linken in Adenauer Deutschland.
  • Lena Hoff, Resistance in Exile. A study of the political correspondence between Nicolas Callas and Michel Raptis 1967-72
  • Robert J. Alexander, International Trotskyism, 1929-1985: A Documented Analysis of the Movement.

Liens externes[modifier | modifier le code]