Michel Navratil

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Michel Marcel Navratil)
Aller à : navigation, rechercher
Fairytale bookmark gold.png Vous lisez un « article de qualité ».
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Navratil.

Michel Navratil

Description de cette image, également commentée ci-après

Michel (à droite) et Edmond Navratil.

Nom de naissance Michel Marcel Navratil
Alias
Lolo
Naissance
Nice
Décès (à 92 ans)
Montpellier
Nationalité Drapeau : France Français
Diplôme
Agrégation, Doctorat en philosophie
Profession
Professeur des Universités (Philosophie)
Activité principale
Enseignement
Autres activités
Recherche
Formation
Lycée de Toulon, École normale Supérieure, rue d'Ulm, Paris
Distinctions
Chevalier de la Légion d'Honneur, Palmes Académiques
Ascendants
Michel Navratil (1880 - 1912)
Marcelle Navratil (1890 - 1974)
Conjoint
Charlotte Lebaudy (1912-1969)
Descendants
Michèle, Henri et Élisabeth
Famille
Frère : Edmond Navratil (1910 - 1953)

Professeur des Universités, Agrégé de philosophie, Normalien (École normale supérieure), né à Nice le 12 juin 1908 et mort à Montpellier le 30 janvier 2001, Michel (Marcel) Navratil (son deuxième prénom n'est jamais mentionné, selon l'usage français) est l'un des rescapés français du naufrage du Titanic.

Ses deux ouvrages, Introduction critique à une découverte de la pensée et Les Tendances Constitutives de la Pensée Vivante (PUF,1954) et ses nombreuses publications ont marqué l'histoire de la philosophie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et famille[modifier | modifier le code]

Michel Marcel Navratil est le fils de Michel Navratil et de Marcelle Navratil, née Caretto (ou Carretto, l'orthographe variant souvent selon les sources). Son père, de nationalité hongroise à l'époque de la catastrophe du Titanic, nait en 1880 à Sereď, dans l'actuelle Slovaquie, à quarante kilomètres de Presbourg (Bratislava), de Michael Navratil et Magdalena Navratilova [e 1]. Il fait son apprentissage de tailleur à Vienne avant d'émigrer en France en 1902, à Paris tout d'abord, puis à Nice où il trouve une place de second tailleur. Brillant sujet, il ouvre dès 1907 à Nice[1]une boutique de prêt à porter dont il dessine les modèles. Sa boutique de couture connaît un grand succès et la famille vit dans l'aisance. Marcelle apprend le chant et se risque sur scène mais Michel ne voit pas cela d'un bon œil.

Marcelle Caretto est née en 1890 à Buenos Aires et possède la double nationalité italienne et argentine[2]. Elle a connu une enfance difficile. Son père et son frère, âgé de 4 ans, sont morts de la fièvre jaune dans la forêt vierge d'Amazonie où Caretto, ébéniste d'art, se procurait du bois précieux. Rentrée en France avec Angela, sa mère devenue veuve, Marcelle, âgée de deux ans, retourne à Turin, d'où est originaire la famille, puis y est scolarisée. Angela épouse ensuite en seconde noce Antonio Frattini, menuisier de son état, dont elle a quatre filles qui meurent toutes à la naissance. La famille émigre ensuite à Nice en 1906[e 2]où Marcelle, qui joue bien du piano et aimerait devenir chanteuse d'opéra, est mise contre son gré en apprentissage dans une boutique de tailleur où travaille Michel Navratil.

En 1907, Michel et Marcelle se marient à Londres (ils n'ont pas de papiers officiels et ne peuvent être mariés en France). Deux enfants naissent bientôt : Michel, le , et Edmond, le [1]. Au cours de l'année 1910, Michel Navratil découvre que sa femme a une liaison avec l'un de ses meilleurs amis, Enrico (Henri) Rey di Villarey, parrain du petit Michel, et, profondément blessé, décide de se séparer d'elle en entamant une procédure de divorce. La garde des enfants est confiée à l'oncle de Marcelle qui les ramène chez leur mère[1].

Sur le Titanic[modifier | modifier le code]

photo en noir et blanc d'un paquebot aux cheminées fumantes naviguant en mer
Le Titanic à Southampton le 10 avril 1912.

En avril 1912, après la vente, à son ami et collègue Louis Hoffmann[a 1], de sa boutique qu'il a négligée depuis la séparation d'avec Marcelle, Michel Navratil décide de partir avec ses deux enfants s'installer à Chicago, où une partie de sa famille a émigré, afin de recommencer une nouvelle vie[2]. Il enlève ses enfants à leur mère infidèle (le couple est en instance de divorce) durant le week-end de Pâques, lors de son droit de visite, en expliquant simplement à ses enfants qu'ils déménagent et que leur mère les rejoindra ensuite. Ensemble, ils remontent la France en train, rejoignent l'Angleterre via Calais et embarquent le 10 avril 1912 à Southampton avec trois billets de deuxième classe achetés à Monte Carlo. La logique aurait voulu que les Navratil embarquent à Cherbourg où le Titanic fait une escale mais Michel choisit l'Angleterre afin d'éviter tout contrôle de la police française, tout comme il embarque sous un faux nom. Grâce au passeport qu'il a emprunté à Louis Hoffmann, il voyage sous ce pseudonyme ainsi que ses enfants. Le navire effectue alors son voyage inaugural à destination de New York. A bord du Titanic, Michel Navratil et ses fils occupent une cabine de deuxième classe, probablement située sur le pont F[a 2]. Ils ne lient guère connaissance durant la traversée[2] mais plusieurs témoins attestent de leur présence, comme Bertha Lehmann à qui Navratil a confié la surveillance de ses enfants alors qu'il jouait aux cartes avec des passagers[3],[a 3]. Dans son livre-témoignage publié en mai 1912, Lawrence Beesley décrit également son après-midi du 14 avril, mentionnant les Navratil aperçus en train de jouer gaiement sur le pont promenade de deuxième classe. Il évoque ensuite le père des enfants, « qui leur est tout dévoué et ne les quitte jamais » avant d'ajouter que nul n'aurait pu soupçonner le drame familial qui se jouait pour eux[a 4].

photo en noir et blanc d'un canot en mer avec plusieurs rameurs
Le canot de sauvetage pliable D, où se trouvent les petits Navratil, approche du Carpathia.

Le 14 avril 1912, le Titanic heurte un iceberg à 23 h 40, et les premiers canots sont mis à l'eau à partir de h 40, la plupart à moitié vides. Pour une raison incompréhensible, alors que l'emplacement des installations de deuxième classe offre un accès rapide aux embarcations et qu'il aurait pu mettre très tôt ses enfants en sécurité, Michel Navratil fait embarquer ses deux enfants au dernier moment, dans le canot pliable D (le dernier canot mis à la mer avec succès), à bâbord, avec seulement une vingtaine de personnes à bord pour 47 places[4]. Le deuxième officier Charles Lightoller forme une chaîne autour du canot avec des membres d'équipage afin d'éviter que des hommes y embarquent[1], les officiers à bâbord étant en effet plus stricts sur ce point que ceux de tribord et n'acceptant que les femmes et les enfants. Pourtant, au dernier moment, une douzaine de passagers supplémentaires, des hommes pour la plupart, sautent dans le canot D. Michel senior, lui, s'en verra refusé l'accès malgré la présence à bord de ses petits enfants. Avant de quitter Lolo, il lui confie un message oral pour sa mère : "Tu lui diras que je l'aimais beaucoup et que je souhaitais la faire venir en Amérique quand nous serions installés, message que Michel a transmis et n'a jamais oublié. Pendant ce temps, le canot commence à descendre vers la mer et Michel jette Lolo dans les bras tendus des passagers qui le recueillent, indemne. Le Titanic sombre vers h 20[a 5]. Le malheureux père décèdera dans l'eau glacée.

Les deux petits Navratil sont ainsi les derniers des vingt-deux enfants de deuxième classe à être sauvés, sans que l'on ait d'indice expliquant pourquoi leur père tarda tant à les placer dans un canot[e 3]. Selon le témoignage de Michel Navratil fils qui, malgré ses presque quatre ans, garde de nombreux souvenirs de cette nuit tragique, son père et un inconnu sont entrés dans leur cabine durant la nuit, les ont arrachés au sommeil, habillé de plusieurs couches de vêtements et conduits sur le pont supérieur à la recherche de canots où embarquer. Une hypothèse avancée par Elisabeth Navratil qui ne peut concevoir que son grand-père ait fait preuve de tant de légèreté à l'égard des ses enfants, après s'être montré si attentif et prévenant (cf. le témoignage de Lawrence Beesley) : les deux émigrants se seraient retrouvés en troisième classe à laquelle Michel père aurait accédé par un escalier de service. Ils n'auraient pu en sortir qu'après l'ouverture des portes, quand tous les canots étaient déjà occupés.

Le matin, vers h 15, Michel Navratil Junior et son frère sont secourus par le Carpathia avec les quelque 700 autres rescapés du naufrage et sont hissés à bord du navire dans des sacs de toile. À bord, les deux enfants, qui parlent français, sont incapables donner leurs noms, ils ne connaissent que leurs surnoms, Lolo et Monmon , et sont les seuls enfants à n'être réclamés par aucun parent[5]. Ils sont alors pris en charge par des passagères, en particulier Eleanor Widener et Margaret Hays (ainsi que, peut-être, Madeleine Astor[a 6]).

Médiatisation et réunion familiale[modifier | modifier le code]

photo en noir et blanc de deux enfants debout habillés en blanc, l'un brun, l'autre, plus petit, blond
Une photo de Michel et Edmond Navratil parue dans de nombreux journaux, qui a sans doute aidé Rose Bruno à identifier ses neveux.

Le 18 avril 1912 vers 21 h 30, alors que le Carpathia arrive à New York, Michel et son frère ne sont toujours pas identifiés et attirent malgré eux l’intérêt des médias. La presse mondiale se passionne pour l'affaire des "Orphelins de l'Abîme" (surnom donné par la presse aux enfants Navratil). En effet, les deux petits ne connaissent que leurs surnoms de Lolo et Monmon, aussitôt déformés par les journalistes en Louis (sans doute parce que leur père décédé s'est fait inscrire sur la liste des passagers sous le nom de son ami, Louis Hoffmann), attribué à Michel, et Lolo, attribué à Edmond, leur origine demeurant un mystère. L'intérêt général grandit encore quand on sut qu'ils étaient les seuls enfants rescapés à n'avoir été réclamés par aucun parent.

Michel et Edmond passent leur première semaine à New York chez Margaret Hays[6] (Michel se souvient très bien de la vaisselle en or dans sa somptueuse habitation), qui est aidée par la Children Aid Society pour la recherche de leur mère restée à Nice (les enfants sont capables de décrire leur maison et leur maman). Les enfants sont interrogés par Etienne Lanel, le Consul général de France qui a reçu des télégrammes de Marcelle par l'intermédiaire du consulat anglais de Nice. Il peut comparer les témoignages des enfants avec ceux de leur mère, qui se voit offrir par la White Star Line un aller-retour Cherbourg/New-York/Cherbourg sur le RMS Oceanic pour venir récupérer ses enfants. Ensuite, Margaret Hays confie Lolo et Monmon durant trois semaines à la famille Tyler qui loge à Elkins Park, près de Philadelphie, le grand domaine de leur tante, Eleanor Widener, qui pleure son mari et son fils, morts, comme le père des deux enfants, dans la catastrophe du Titanic. C'est elle qui a recommandé cette famille pour sa maitrise du français[7]. Or la gouvernante des enfants n'est autre que Rose Bruno, cousine germaine de Marcelle, dont la famille vit toujours à Nice (son père est l'oncle auquel le tribunal a confié la garde des enfants), qui ignore tout du rapt des enfants. C'est elle, sans doute, qui a dû aider à leur identification.

C'est en lisant un article de Nice-Matin paru le 21 avril que Marcelle Navratil apprend que deux petits garçons français non identifiés, rescapés du Titanic, probablement orphelins de leur père, attendent leur mère à New-York. La description des enfants ne lui laisse aucun doute, il s'agit ses propres fils dont elle n'a plus de nouvelles depuis l'enlèvement ! Elle prend contact avec le Consul britannique à Nice qui s'adresse au Consul de France à New-York Etienne Lanel et au journal New York Herald, à l'origine de l'information[a 7]. Afin de s'assurer que Marcelle est bien leur mère, des questions personnelles sont posées à la mère et aux enfants[a 8] et comparées entre elles. Une photo des garçons est ensuite réclamée à Marcelle par le consulat français afin que leur identité[a 9] soit définitivement établie. Les retrouvailles entre la mère et ses fils ont lieu devant témoins à New York le 16 mai 1912. Tous trois regagnent la France deux jours plus tard, à bord du RMS Oceanic, après avoir donné des interviews à la presse[8],[9].

Leur père est quant à lui porté disparu mais son corps est retrouvé cinq jours après le naufrage par le Mackay-Bennett, navire affrété par la White Star Line dans le but de récupérer les corps des naufragés afin qu'ils puissent être inhumés. Il est enterré le 15 mai sous le nom doublement erroné de « Louis Hoffman » (il s'appelle Michel Navratil et le nom usurpé à l'ami Louis s'orthographie Hoffmann, avec deux n) au cimetière juif Baron de Hirsch d'Halifax[10],[a 10], ce nom, mal orthographié, ayant conduit à penser qu'il était de confession israélite[11]. Le document d'identification qui lui est attaché indique :

« Louis M. Hoffman
no 15. Âge estimé 36 ans. Cheveux et moustaches noirs. Vêtements : pardessus gris avec doublure verte, costume marron. Effets : porte-feuille, montre en or avec chaîne, porte-monnaie contenant 6 livres, reçu de l'agence Cook pour échange de billets, ticket, pipe dans un étui, pistolet (chargé), pièces clés, etc. Note du Charing Cross Hotel, chambre 126, avril 1912. »

— Avril 1912[a 10]

Il faudra un long échange de correspondance entre Marcelle et les autorités de Halifax (deux ans) pour que son époux soit identifié officiellement en tant que Michel Navratil et la plaque de sa tombe remplacée.

Jeunesse, carrière et fin de vie[modifier | modifier le code]

Michel Navratil restera marqué toute sa vie par le naufrage. Selon ses propres paroles, il apprendra à vivre avec la mort dès son âge le plus tendre (à deux ans huit mois, à Vichy où sa mère fait une cure, il échappe de peu à l'incendie de sa chambre d'hôtel. C'est un pompier aidé de son père, âgé alors de 31 ans, qui l'arrache aux flammes) et ne la perdra jamais de vue. Cela influencera considérablement sa pensée philosophique. Il connait durant sa jeunesse une vie traversée de nombreuses épreuves. De retour en France, sa mère, qui refuse d'épouser Henri Rey di Villarey (qui veillera sur elle, de près ou de loin, jusqu'à sa mort, en ) doit travailler pour les faire vivre, elle est engagée à Tours comme artiste lyrique et donne des cours particuliers de piano, ne revenant à Nice que lors de ses périodes de congé. Ce sont donc les grands parents, Antonio et Angela Frattini née Bruno,veuve Caretto, qui se chargent de leur éducation. Plus tard, ayant intégré l’École normale supérieure, Michel devient tuberculeux et doit se fire soigner dans un sanatorium du Valais, en Suisse, où il rencontre celui qui va devenir son meilleur ami, Gabriel de Retz. Tous deux échangent une correspondance régulière après que Michel, guéri au bout de deux ans, a regagné Paris, mais cela ne durera guère : Gabriel s'éteint prématurément, victime de sa tuberculose. Entretemps, Michel a terminé ses études.Il a rencontré Charlotte Lebaudy sur les bancs de la Sorbonne où elle préparait comme lui l'agrégation de philosophie. Il enseigne la philosophie à Epernay (naissance de Michèle en novembre 1934), Alès (naissance d'Henri en novembre 1936), puis Gap (naissance d’Élisabeth en novembre 1943), avant d'être nommé, à Paris, professeur de philosophie d'une classe préparatoire au lycée Henri IV. L'année suivante, enfin, il reçoit sa nomination à la Faculté des Lettres de Montpellier où il occupe la chaire de psychologie. Il prend sa retraite avec plusieurs années d'avance dans le but de travailler à un nouvel ouvrage en compagnie de son épouse affectionnée. Ils ne profiteront guère de cette nouvelle et heureuse vie : Charlotte disparaît en trois mois, emportée par un cancer du pancréas, le 30 janvier 1970. Michel Navratil souffre beaucoup de la mort prématurée de son épouse qui, comme lui et sans qu'ils se rencontrent, avait fait ses ses études secondaires au lycée de Toulon. Elle participait intensément à ses travaux. Il lui aura survécu trente et un an.

Après la découverte de l'épave du Titanic, en 1986, Michel Navratil, déjà bien connu de ses collègues philosophes, acquiert soudain, une nouvelle notoriété : il est devenu le dernier survivant masculin et le dernier survivant français du naufrage. Il attire ainsi de nouveau l’intérêt des médias internationaux. Jusque-là, il avait catégoriquement refusé de recevoir la presse. Cette découverte agit maintenant sur lui comme une délivrance, un arc en ciel entre passé et présent (terme si bien trouvé par l'ami Sydney Tyler) et il commence à pouvoir évoquer ses souvenirs si dramatiques, enfouis depuis si longtemps dans sa mémoire : soixante-seize ans plus tôt, dès l'arrivée du Carpathia à New-York, la presse mondiale s'était passionnée pour l'affaire des "orphelins de l'abîme". Et il avait bravement soutenu des interrogatoires et répondu du mieux qu'il pouvait aux questions qui lui étaient posées.

En 1987, il revient pour la première fois aux États-Unis, accompagné de son fils Henri, à l'occasion du 75e anniversaire du naufrage à Wilmington dans le Delaware. Il y retourne l'année suivante, accompagné d'Elisabeth, avec d'autres survivants, à l'occasion de la convention de la Titanic Historical Society à Boston. En 1996, ainsi que deux autres survivantes, Eleanor Shuman et Edith Haisman, il se rend sur le site du naufrage où se déroulent des opérations de remontée à la surface de pièces du navire . Avant son retour en France, il se rend sur la tombe de son père en Nouvelle-Écosse (au Canada), pour la première et la dernière fois[12].

Son frère, Edmond Navratil, mort en 1953 d'une crise cardiaque, fait l'objet d'une médiatisation bien moindre. Après ses études d'architecture à Milan, il devient architecte, décorateur d'intérieur, puis entrepreneur de bâtiment à Lourdes[a 11],[13] où il s'est marié et a eu deux filles, Thérèse (née en 1940) et Françoise (née en 1936). Engagé dans l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier durant l'offensive allemande de 1940, puis parvient à regagner la France[14]. Il meurt le 7 juillet 1953 à l'âge de 43 ans[9].

Témoignage et publications[modifier | modifier le code]

« Vous me demandez si le désastre du Titanic a changé ma vie.

1) Tout d’abord, le message que mon père, juste avant sa mort, m’avait chargé de transmettre à ma mère (...) a eu pour conséquence que, depuis ce moment, j’ai conservé des souvenirs de la nuit du naufrage, ce qui n’a pas été le cas des enfants du même âge rescapés comme moi du naufrage.

2) De plus, aux États-Unis, bien que je n’eusse que 3 ans et 10 mois, j’ai été souvent interviewé au sujet de moi-même, de mon frère, de mon lieu de résidence en France et de mes parents (...). De plus, on a continué, dans ma famille maternelle et lors des visites qu’elle recevait, à me poser des questions sur la nuit du naufrage. Il en est résulté par la suite, alors par exemple que je n’avais que 9 ans, ma vie m’est apparue comme un roman qui pouvait être écrit, comme une histoire vraie qui pouvait être racontée.(...) Et la vie des autres, en particulier celles de ma mère et de ma grand-mère maternelle, me sont apparues aussi comme des romans qui étaient des histoires vraies et dans lesquelles les moments dramatiques dont j’étais parfois le témoin (...) alternaient avec des moments heureux.

3) Cela m’a conduit à ne vouloir oublier ni les moments heureux de mon existence, ni les moments malheureux. Il me semble que vouloir oublier soit les unes, soit les autres (...) conduit à mentir sur ce qu’est et pourra être sa propre vie (...) et sur ce qu’a été ou pourra être la vie des autres.

4) De plus, mes souvenirs du Titanic m’ont conduit à ne pas oublier de penser à la mort en pensant à la vie et de ne pas oublier de penser à la vie en pensant à la mort. J’avais été sauvé du naufrage et j’étais extrêmement heureux de pouvoir continuer à vivre. Mais en même temps, je ne pouvais pas oublier que mon père était mort (...). A 17 ans, j’ai décidé de me préparer à la carrière de professeur de philosophie, et cela parce que c’était le seul moyen pour moi, tout en gagnant matériellement ma vie, d’essayer de répondre aux questions que la philosophie consiste à se poser : « Qu’est-ce qui existe ? » ; « Que peut devenir une vie heureuse durant le temps qui va du commencement de son existence à la mort ? » ; et enfin : « Que peut-on penser au sujet de ce qui se produira à la mort d’un être humain : sera-t-il anéanti ? Ou bien survivra-t-il dans un monde qui sera autre que celui dans lequel il vit maintenant ? » (...)

Citations d’une lettre de Michel Navratil à un ami, 28 mars 1991 (lettre inédite)

En 1998, après la mort de Louise Laroche et d'Eleonor Ileen Johnson, il fait partie des cinq derniers rescapés de la catastrophe, et des trois gardant encore en mémoire le naufrage[15]. Malgré son âge tendre à l'époque du naufrage, Michel a gardé des souvenirs précis de son voyage à bord du Titanic.

« Ses souvenirs, très fragmentaires, ont aiguisé depuis mon adolescence une curiosité inextinguible sur le grand événement qui perturba profondément l’histoire de notre famille et auquel, par un juste retour des choses, ma génération et les suivantes doivent d’exister. Ce qui ressortait de ses récits, réduits à la portion congrue, c’était :
1. le mal de mer lors de la traversée de la Manche ;
2. la promenade sur le port de Southampton au pied de l’immense muraille du
Titanic ;

3. le bonheur de prendre ses repas avec son père et l’amour qu’il avait pour lui ;
4. les œufs servis sur le grand plat d’argent dans la salle à manger de seconde classe ;
5. l’immensité du pont-promenade et les chaloupes accrochées aux bossoirs ;
6. la beauté de l’océan et le soleil omniprésent durant le voyage ;
7. l’irruption, la nuit, dans leur cabine de son père et d’un inconnu qui l’avait aidé à les habiller, lui et Monmon ;
8. le message ultime pour sa maman que lui avait confié son père ;
9. le flop ! du canot au contact de la mer ;
10. la glace flottant sur la mer autour des chaloupes ;
11. le froid et les pieds trempés par l’eau qui montait dans le canot ;
12. les sucreries distribuées aux enfants par des passagers ;
13. l’ascension terriblement vexante sur le Carpathia dans un « sac de pommes de terre » ;
14. sa détresse une fois à bord du Carpathia parce qu’on l’avait séparé de son frère ;
15. la gentillesse de Margaret Hays, avec laquelle il resta en correspondance toute sa vie ;
16. la vaisselle d’or chez elle, à New-York ;
17. et, naturellement, les retrouvailles avec leur maman, à New York. »

Extrait de la postface des Enfants du Titanic de 2012 (Hachette)

Quelques extraits de ses témoignages oraux ont été publiés en 1999 dans Titanic, témoignages de survivants, comprenant des archives sonores liées au Titanic en français et en anglais[16],[17].

A l'âge de treize ans, sa fille Élisabeth, perturbée par cette histoire mystérieuse de famille que son père lui raconte pour la première fois, se promet de rechercher plus tard à en reconstituer le fil[e 4]. La providence vient à sa rencontre en 1976, lorsque Sydney Tyler rend visite à son père, à Montpellier, lors d'un voyage en ballon au dessus de la France. Il est l'aîné des enfants Tyler dont les parents ont hébergé Lolo et Monmon à Elkins Park, près de Philadelphie et il se souvient très bien d'eux. Lorsqu'il rencontre Michel, il a déjà rassemblé toutes les sources dont il pouvait disposer afin d'écrire le récit du séjour des enfants à New-York après l'arrivée du Carpathia.. Il s'ensuit une correspondance régulière entre eux, qui lui permet d'écrire le récit de cet épisode (publié en 1981 sous le titre A Rainbow, of Time and of Space[18]). En 1888, Élisabeth Navratil décide alors de se mettre à son tour au travail, obtient un contrat à Hachette-livres et écrit l'histoire de sa famille à bord du Titanic en consultant de nombreux ouvrages et des articles de presse de l'époque. Elle en fait le récit, romancé dans la mesure où il manque encore de nombreux chaînons de cette histoire, chaînons qu'elle s'efforce de restituer par un travail de recherche approfondi. L'activité des Navratil à bord du Titanic étant peu connue, cette partie de l'histoire est très romancée et certains personnages sont rajoutés pour donner plus de corps à l'histoire[e 5]. Elle complète les lacunes par une reconstitution de ce qui lui semble devoir s'être passé lors de la catastrophe. La première version des Enfants du Titanic, Hachette-Livres, 1980, parue en sous son nom d'épouse, Élisabeth Bouillon, contient des erreurs historiques et techniques mais inclut le récit de l'arrivée de Michel Navratil senior à Nice, sa rencontre avec Marcelle, le mariage et la trahison de l'épouse qui décida Michel à émigrer à Chicago, qui disparaîtront des éditions suivantes. Afin de respecter la volonté d'anonymat de son père en 1980, les Navratil y sont nommés Benedek[19].

La deuxième version des Enfants du Titanic, en 1998, abrégé et actualisée, a été repensée pour des lecteurs adolescents[20] et publiée chez Hachette-Jeunesse sous le nom d'Elisabeth Navratil. Elle est traduite en anglais (Survivors, O'Brien Press, Dublin), en grec et en slovaque. Les protagonistes peuvent ainsi y apparaitre sous leur vrai nom, Michel Navratil ayant depuis 1986 livré ses témoignages en public. Le roman qui paraît en 2012 chez Hachette-Livre, revu et corrigé après les nouvelles recherches menées par l'auteur depuis la précédente publication, est largement complété. On assiste au voyage aller de Marcelle sur l'Océanic, on découvre Rose Bruno et son active participation à la reconnaissance des enfants Navratil, on revit avec Sydney Tyler les trois semaines à Elkins Parc... Ce nouvel ouvrage se veut plus proche de la réalité, s'apparentant davantage à un récit historique. Les événements liés à la famille Navratil sont souvent rapportés via des notes de bas de pages. La traversée des Navratil à bord du Titanic, elle, reste partiellement romancée[e 3].

Un autre ouvrage de littérature pour la jeunesse écrit par Olivier Douzou et illustré par Charlotte Mollet (Éditions du Rouergue,1996), très apprécié au demeurant, raconte l'histoire de Lolo à sa façon. Charlotte Mollet a eu l'occasion, durant deux années, de croiser Michel Navratil dans les couloirs de son immeuble où elle a résidé durant deux ans, et tous deux ont fait connaissance. Charlotte a écouté Michel, esquissé des croquis, Olivier a écrit le texte que lui inspirait les récits de Charlotte. Bref, un autre Navratil est né, fictif, certes, mais avec aussi une part de vérité, différente de la nôtre. Cet ouvrage s'intitule Navratil. Ce titre, qui est le patronyme de Michel, et ce récit fictif, écrit à la première personne, présentent une telle ambiguïté que de nombreux lecteurs, en particulier des journalistes, ont cru à tort qu'il était rédigé par Michel Navratil lui-même. Quelques citations circulent sur différents réseaux sous le nom de Michel Navratil alors qu'elles sont d'Olivier Douzou, en particulier celle-ci : « Je n'ai vécu que jusqu'à 4 ans. Depuis, je suis un resquilleur de vie, un grappilleur de temps, et je me laisse aller sur cet océan ». Il suffit de se référer pour cela à la citation de la lettre de Michel ci-dessus pour voir ce qui sépare le Navratil fictif du Navratil réel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Navratil, Les enfants du Titanic, Hachette,‎ , 349 p. (ISBN 978-2-01-202348-2) : postface et notes de l'auteur.
  1. Navratil 2012, p. 29
  2. Navratil 2012, p. 27
  3. a et b Navratil 2012, p. 344
  4. Navratil 2012, p. 341
  5. Navratil 2012, p. 343
  • François Codet, Olivier Mendez, Alain Dufief et Franck Gavard-Perret, Les Français du « Titanic », Marine Éditions,‎ , 240 p. (ISBN 978-2357430655)
  • Autres sources
  1. a, b, c et d (en) « Mr Michel Navratil », Encyclopedia Titanica. Consulté le 5 décembre 2013
  2. a, b et c « Biographie de Michel Navratil senior », La Cité de la Mer. Consulté le 5 décembre 2013
  3. (en) « Miss Bertha Lehmann », Encyclopedia Titanica. Consulté le 5 décembre 2013
  4. « Composition du radeau pliable D », Le Site du Titanic. Consulté le 5 décembre 2013
  5. Tyler 1981, p. 28
  6. (en) « Miss Margaret Bechstein Hays », Encyclopedia Titanica. Consulté le 5 décembre 2013
  7. « Biographie de Michel Navratil fils », La Cité de la Mer. Consulté le 5 décembre 2013
  8. Tyler 1981, p. 50
  9. a et b « Michel ("Lolo") Navratil: dernier rescapé masculin décédé », Le Site du Titanic. Consulté le 5 décembre 2013
  10. Dix victimes du Titanic sont enterrées dans ce cimetières israélite, dont deux seulement sont identifiées, Michel Navratil étant l'une d'elles.
  11. « Les cimetières de Halifax », Le Site du Titanic. Consulté le 5 décembre 2013
  12. « Survivants du Titanic : les orphelins Navratil », Le Titanic à Cherbourg. Consulté le 5 décembre 2013
  13. (en) « Master Edmond Roger Navratil », Encyclopedia Titanica. Consulté le 5 décembre 2013
  14. Tyler 1981, p. 60
  15. « Derniers rescapés décédés », Le Site du Titanic. Consulté le 5 décembre 2013
  16. Titanic, témoignages de survivants, Frémeaux et associés, 1999
  17. Olivier Mendez, « Un document exceptionnel, Titanic, témoignages de survivants », Latitude 41 n°10, 2001
  18. (en) Sidney F. Tyler, A Rainbow, of Time and of Space, Aztex Corporation, 1981
  19. Olivier Mendez, notes sur les différentes publications de l'histoire des Navratil, faisant suite à l'article d'Élisabeth Navratil « Lettre ouverte à mon Père, Michel Navratil », publié dans Latitude 41, n°22, 2004.
  20. Élisabeth Navratil, Les Enfants du « Titanic », éd. Hachette, coll. « Hachette Jeunesse », janvier 1998 (ISBN 978-2013215459)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Codet, Olivier Mendez, Alain Dufief et Franck Gavard-Perret, Les Français du « Titanic », Marine Éditions,‎ , 240 p. (ISBN 978-2357430655)
  • Élisabeth Navratil, Les enfants du Titanic, Hachette,‎ trois éditions différentes : 1980, 1998 et 2012, 349 p. (ISBN 978-2-01-202348-2)
  • (en) Sidney F. Tyler, A Rainbow, of Time and of Space: Orphans of the Titanic, Aztex Corporation,‎ , 94 p. (ISBN 9780894040627)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Cet article est reconnu comme « article de qualité » depuis sa version du 6 janvier 2014 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.