Michèle Arnaud

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Michèle Arnaud

Nom de naissance Micheline Caré
Naissance 18 mars 1919
Toulon (France)
Décès 30 mars 1998 (à 79 ans)
Maisons-Laffitte (France)
Activité principale Chanteuse, productrice de télévision
Genre musical Chanson française
Années actives 19521978
Labels EMI Music

Michèle Arnaud, nom de scène de Micheline Caré, née à Toulon le 18 mars 1919 et morte à Maisons-Laffitte (Yvelines) le 30 mars 1998, est une chanteuse et productrice de télévision française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Par sa mère, elle descend en ligne directe de Pons de Lauzières-Thémines (1553-1627), maréchal de France.

Elle est la mère du chanteur Dominique Walter et de la photographe Florence Gruère.

Après un passage à Cherbourg, elle vient à Paris pour étudier la littérature à la faculté des lettres et suivre des cours de droit à l'École Libre des Sciences politiques. Elle obtient deux certificats de licences de philosophie. Parallèlement, elle fréquente avec assiduité des cabarets tels que Le Tabou et La Rose Rouge.

La Lady du Milord[modifier | modifier le code]

C'est en 1952 qu'elle débute dans la chanson au Milord l'Arsouille en interprétant notamment L'Île Saint-Louis, sur une musique de Léo Ferré et des paroles de Ferré et Francis Claude, ce dernier n'est autre que son mari et le directeur dudit cabaret. Elle obtient ensuite le Prix de la Chanson de Deauville avec Tu voulais. En 1956, elle représente le Luxembourg au premier Concours Eurovision de la chanson avec les deux titres (règlement de l'époque), Ne crois pas de Christian Guitreau et Les Amants de minuit, paroles de Jacques Lasry et musique de Simone Laurencin.

En 1957, elle est devenue la vedette permanente du Milord l'Arsouille. Dans son tour de chant, elle est accompagnée au piano par Jacques Lasry et, à la guitare, par un certain Serge Gainsbourg qui est, le reste du temps, pianiste d'ambiance dans ce cabaret. Elle découvre par hasard et stupéfaite que ce Gainsbourg a déjà écrit plusieurs chansons que personne n'interprète telles que Défense d'afficher et La Recette de l'amour fou. C'est sous son impulsion et celle de Francis Claude que Gainsbourg monte immédiatement sur la scène du Milord pour chanter ses compositions. Elle est également sa première interprète féminine[1] en enregistrant, dès l'année suivante, plusieurs de ses œuvres (La Recette de l'amour fou, Douze belles dans la peau, en janvier et Jeunes femmes et vieux messieurs, La Femme des uns sous le corps des autres, en octobre 1958).

La vocation d'Arnaud est d'interpréter des œuvres d'auteurs comme Ferré ou Vian tout en révélant de nouveaux talents comme Gainsbourg. Peut-être à cause de ses exigences et en dépit de s'être produite dans des music-halls populaires, que ce soit en vedette américaine à l'Olympia en 1959, ou en tête d'affiche à Bobino en 1961, Michèle Arnaud a toujours conservé l'étiquette d'« intellectuelle de la chanson ».

On devine un esprit littéraire curieux et insatiable, privilégiant, de ce fait, le texte. Mais elle peut « craquer » pour la mélodie. Ainsi, son subtil sens artistique ne la fait pas hésiter à reprendre les œuvres de compositeurs qu’elle pressent être des « grands » de son siècle : Yesterday (Je croyais) de Lennon / McCartney, The Green Leaves of Summer (en) (Le Bleu de l’été) de Dimitri Tiomkin ou encore Samba de Uma Nota Só (Chanson sur une seule note) d’Antônio Carlos Jobim. Sans oublier celles de son auteur-compositeur fétiche Serge Gainsbourg (qu'elle révéla et ne cessa de « couver » tout au long de sa carrière ; réciproquement, il lui voua son inébranlable fidélité d’auteur) dont elle reprend Ne dis rien (magistralement orchestrée avec une débauche de guitares électriques, ce qui étonna) de la comédie musicale Anna qu’elle produisit courageusement.

Elle s’empare parfois de textes d’auteurs peu connus (Robert Ardray) ne serait-ce que pour jubiler en fustigeant, par exemple, les nantis du côté de Neuilly-Auteuil-Passy lorsqu’elle joue (plus vraie que nature) à la grande bourgeoise désabusée qui confie ses « soucis » à son coiffeur Angelo :

Angelo, vite mon coup de peigne,
Je vais être en retard à l'opéra,
Je vais entendre La Callas ce soir,
Oh ! Je déteste l'opéra, mais que voulez-vous,
Les places sont si chères,
On ne peut pas ne pas y aller…

Trublion, voire anarchiste, elle se délecte avec les textes de Boris Vian et de Maurice Vidalin engageant les filles à se faire radeuses au bois plutôt que de se marier ou son contraire, jeter leurs jupes par-dessus les moulins mais seulement après s’être « rangées », être devenues de respectables « femmes d’imbéciles » (Ne vous mariez pas les filles, Julie).

Parallèlement et infatigablement, elle explore la chanson dans tous des états : poétique, cinématographique, théâtral et littéraire (Hadjidákis, Apollinaire, Varda, Giraudoux, Dimey, Aymé). On comprend qu’elle n’ait pas touché un public populaire, à défaut de public tout court, en le déroutant incessamment. Elle demeure l’interprète inclassable dont la priorité était sûrement de dénicher coûte que coûte des auteurs novateurs tant que son nom de chanteuse pouvait les soutenir, plus que de faire une carrière dans la chanson, car un chanteur inconnu n’a guère de possibilités pour promouvoir ses auteurs. On le comprend d’autant mieux quand on voit comment elle a insensiblement glissé vers la production télévisuelle en lançant réalisateurs originaux et émissions décapantes, dépoussiérant la télévision de papa comme elle a dépoussiéré la chanson des années 1950. En 1972, toujours avant-gardiste, elle se lance dans la coproduction européenne avec le film musical Pink Floyd: Live at Pompeii. Plus que « l’intellectuelle de la chanson », le qualitatif qui lui conviendrait mieux serait « l’intelligence de la chanson » comme en témoigne Françoise Hardy[2] : « Michèle Arnaud, une chanteuse d’une intelligence supérieure qui impressionnait les auteurs-compositeurs les plus talentueux de son époque, s’était reconvertie dans la production d’émissions de télévision. Elle me donna carte blanche pour inviter qui je voulais dans le cadre d’une émission qui ne serait jamais diffusée. »[3]

Une intellectuelle créative[modifier | modifier le code]

Arnaud, dénicheuse de talents à la scène, lance également des artistes comme Guy Béart ou les duettistes Noiret et Darras.

Elle a l'idée de créer une scène qui irait au-devant du public en se déplaçant partout en France et cela devient, en 1964, sous le parrainage de Brassens et Brel, « Le Music-hall de France » qui se joint aux pérégrinations des Tréteaux de France de Jean Danet.

Voisine de campagne de Georges Pompidou à Orvilliers (Yvelines), le président de la République appuie sa carrière de productrice[4]. Innovatrice, elle produit à la télévision des émissions d'un ton nouveau telles que Les Raisins verts en 1963 puis Tilt magazine à partir de 1966, émissions qui marqueront leurs époques et révèleront des réalisateurs et présentateurs comme Jean-Christophe Averty et Michel Drucker qui témoigne ainsi : « 1965. J'étais animateur d'une émission produite par Michèle Arnaud, une grande professionnelle qui a, entre autres, découvert Serge Gainsbourg. »[5]

C'est elle encore qui, avec Pierre Bourgoin, produit la première comédie musicale à la télévision française, Anna, œuvre de son auteur fétiche, Serge Gainsbourg (1967).

Artiste et littéraire[modifier | modifier le code]

Plus tard, Michèle Arnaud trouve sa vraie dimension en se spécialisant dans la production de documentaires artistiques comme Les Tendances de l'Art au XXe siècle ainsi que des portraits littéraires (Maurice Clavel, Jean Dutourd, Jean d'Ormesson). Avec sa propre société de production, elle réalise ensuite un film sur Henry Miller d'une portée internationale.

Elle est inhumée le 18 septembre 1998 au cimetière du Montparnasse.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Sélection[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Compilations[modifier | modifier le code]

Gainsbourg chanté par…[modifier | modifier le code]

2 CD EMI Music France 854067-2, 1996, intégrale des chansons de Serge Gainsbourg interprétées par Michèle Arnaud sur le CD 1 (réédition en juin 2006)
  1. La Recette de l'amour fou, 1958
  2. Douze belles dans la peau, 1958
  3. Jeunes femmes et vieux messieurs, 1958
  4. La Femme des uns sous le corps des autres, 1958
  5. Ronsard 58, paroles de Serge Barthélémy et musique de Serge Gainsbourg, 1959
  6. Il était une oie, 1959
  7. La Chanson de Prévert, 1961
  8. Les Goémons, 1962
  9. La Javanaise, 1963
  10. Les Papillons noirs, en duo avec Serge Gainsbourg, 1966
  11. Ballade des oiseaux de croix, 1966
  12. Les Papillons noirs, 1966
  13. Ne dis rien, de la comédie musicale Anna, 1967
  14. Rêves et Caravelles, 1969

Michèle Arnaud[modifier | modifier le code]

2 CD EMI Music France 520486-2 (1999)
  • CD 1 :
  1. Voulez-vous jouer avec moi ?, paroles de Marcel Achard et musique de Georges van Parys, 1956
  2. Ne crois pas, paroles et musique de Christian Guitreau, 1956
  3. La rue s'allume, paroles de Louis Ducreux et musique d'André Popp/Louis Ducreux, 1955
  4. Quand on s'est connu, paroles et musique de Jean-Pierre Moulin, 1958
  5. L'Éloge des cocus, paroles de Pierre Lambry et musique de Simone Lorencin, 1957
  6. Zon zon zon, paroles de Maurice Vidalin et musique de Jacques Datin, 1957
  7. Sous le pont Mirabeau, poème de Guillaume Apollinaire et musique de Jacques Lasry, 1955
  8. Julie, paroles de Maurice Vidalin et musique de Jacques Datin, 1957
  9. Sans l'amour de toi, paroles de Claude Delécluse et musique de Michelle Senlis/Paul Misraki, 1957
  10. Morte Fontaine, paroles de Rolland Valade et musique de Jean-Michel Arnaud, 1959
  11. Van Gogh, paroles de Pierre Lambry et musique de Jacques Datin, 1959
  12. Napoli, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
  13. Loulou de la Vache Noire, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
  14. Deux tourterelles, paroles d'Eddy Marnay et musique d'Emil Stern, 1957
  15. Pourquoi mon dieu, adaptation française par Georges Moustaki et Jacques Kabanellis d'une chanson grecque de Mános Hadjidákis, 1962
  16. Pauvre Verlaine, paroles et musique de Salvatore Adamo, 1968
  17. Amour perdu, paroles et musique de Salvatore Adamo, 1963
  18. Toi qui marchais, paroles de Jean-Pierre Chevrier et musique de Guy Bontempelli, 1963
  19. L'Inconnue, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
  20. Il y a des années, paroles et musique de Roger Riffard, 1960
  • CD 2 :
  1. Angelo, paroles et musique de Robert Ardray, 1964
  2. Comment dire, paroles et musique de Guy Bontempelli, 1964
  3. Et après ?, paroles d'Armand Seggian et musique de Jacques Pezet, 1964
  4. La Chanson de Tessa, paroles de Jean Giraudoux et musique de Maurice Jaubert, 1965 (de la pièce de théâtre Tessa, la nymphe au cœur fidèle de Jean Giraudoux, 1934)
  5. Ne vous mariez pas les filles, paroles de Boris Vian et musique d'Alain Goraguer, 1964
  6. Si les eaux de la mer, paroles de Bernard Dimey et musique d'Henri Salvador, 1965
  7. Les Papillons noirs, en duo avec Serge Gainsbourg, paroles et musique de Serge Gainsbourg, 1966
  8. Ballade des oiseaux de croix, paroles et musique de Serge Gainsbourg, 1966
  9. Chanson sur une seule note, adaptation française par Eddy Marnay de Samba de Uma Nota Só d'après les paroles brésiliennes de Newton Mendonça, musique d'Antônio Carlos Jobim, 1962
  10. Sans toi, paroles d'Agnès Varda et musique de Michel Legrand, 1963 (du film Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda, 1962)
  11. Un soir, paroles de Bernard Dimey et musique d'Henri Salvador, 1964
  12. La Marche arrière, paroles de Boris Vian et musique d'Henri Salvador, 1964
  13. Je croyais, adaptation par Hugues Aufray et Georges Aber d'après Yesterday de John Lennon et Paul McCartney, 1966
  14. La Grammaire et l'Amour, paroles et musique de Guy Bontempelli, 1966
  15. La Chabraque, paroles de Marcel Aymé et musique de Guy Béart, 1960
  16. Marie d'Aquitaine, paroles de René Ruet et musique d'André Grassi, 1962
  17. Cherbourg avait raison, paroles de Jacques Larue/Eddy Marnay et musique de Guy Magenta, 1961
  18. La Chanson des vieux amants, paroles de Jacques Brel et musique de Gérard Jouannest, 1967
  19. Le Bleu de l'été, adaptation française par Henri Contet de The Green Leaves of Summer (en) d'après les paroles américaines de Paul Francis Webster, musique de Dimitri Tiomkin, 1961 (du film Alamo de John Wayne, 1960)
  20. Timoléon le jardinier, paroles et musique de Roger Riffard, 1960

Productions et collaborations artistiques[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hugues Aufray revendique d'être le premier chanteur à avoir interprété du Gainsbourg en reprenant notamment Le Poinçonneur des Lilas et Mes p'tites odalisques (Les Odalisques) vraisemblablement dans les cabarets ou à la radio (voir l'article Hugues Aufray et sa biographie sur Evene.fr), mais son premier 45 tours est sorti en mars 1959, tandis que Michèle Arnaud a enregistré La Recette de l'amour fou et Douze belles dans la peau en janvier 1958, suivi par la sortie contiguë de son 45 tours, après avoir créé ces chansons sur les scènes du Milord l'Arsouille et de Bobino (en février 1958). Sources : Serge Gainsbourg : L'Intégrale et Cætera, d'Yves-Ferdinand Bouvier et Serge Vincendet (Éditions Bartillat, 2005) et livret de la compilation double CD Gainsbourg chanté par… (EMI Music, 1996).
  2. Extrait de ses mémoires, Françoise Hardy, Le désespoir des singes-- et autres bagatelles, Paris, Robert Laffont,‎ 2008 (ISBN 978-2-2211-1163-5)
  3. Françoise Hardy ajoute une note à ce sujet : « Pierre Koralnik avait réalisé cette émission dont le fil conducteur était une romance entre le chanteur allemand Udo Jürgens et moi. Elle fut interdite d’antenne le jour prévu pour sa diffusion, à cause d’une scène de lit pourtant très pudique… » (courant 1967, note de l’éditeur).
  4. Patrice Duhamel et Jacques Santamaria, L'Élysée, coulisses et secrets d'un palais, Plon,‎ 2012 (ISBN 2259216064), p. 42
  5. Extrait de son interview publiée par TVMag.com le 26 novembre 2009.
  6. Pour fêter l’événement, en août 1962, est édité l'instrumental Telstar (45 tours simple), sans doute le premier « space rock » joué par le groupe britannique The Tornadoes. Peu après, sur la musique originale composée par Joe Meek, Jacques Plante écrit les paroles françaises d'une chanson baptisée Telstar, une étoile en plein jour, interprétée par Les Compagnons de la chanson.