Ignace Bourget

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Ignace Bourget
Image illustrative de l'article Ignace Bourget
Mgr Ignace Bourget en 1862
Biographie
Naissance 30 octobre 1799
St-Joseph-de-la-Pointe-Lévy
Ordination sacerdotale 30 novembre 1822 à Montréal
Décès 8 juin 1885 (à 85 ans)
Sault-au-Récollet
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 25 novembre 1837 à Montréal
Dernier titre ou fonction Évêque émérite de Montréal
Archevêque titulaire de Marcianopolis
4 juillet 18768 juin 1885
Évêque de Montréal
19 avril 184011 mai 1876
Précédent Mgr Jean-Jacques Lartigue Mgr Édouard-Charles Fabre Suivant
Évêque coadjuteur de Montréal
Évêque titulaire de Telmissus
10 mars 183719 avril 1840

Ornements extérieurs Archevêques.svg
Blason à dessiner.svg
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Ignace Bourget, né à Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy (aujourd'hui Ville de Lévis), le 30 octobre 1799 et décédé le 8 juin 1885 à Sault-au-Récollet (Montréal-Nord) (Québec) était un ecclésiastique québécois. Nommé évêque de Montréal en 1840, il démissionne en 1876, Il participe au concile Vatican I de 1870.

Naissance[modifier | modifier le code]

Il naît le 30 octobre 1799 à St-Joseph-de-la-Pointe-Lévy. Originaire de la campagne, il a habité sur une terre située entre la rue Mgr-Bourget et le Chemin St-Hélène. La maison n'existe plus de nos jours, mais un calvaire indique l'emplacement de la terre de la famille Bourget[1].

Études ecclésiastiques[modifier | modifier le code]

Il fait ses études à Québec et à Nicolet, il est ordonné prêtre le 30 novembre 1822, à Montréal, où il demeure depuis environ un an, en qualité de secrétaire de Mgr Lartigue, à cette époque auxiliaire de Québec en résidence à Montréal. L'abbé Bourget continue, après son ordination, à remplir ses fonctions de secrétaire jusqu'en 1836, alors que, le 13 mai, Mgr Lartigue devient titulaire de Montréal et le nomme aussitôt son vicaire général. L'année suivante, le 10 mars 1837, M. Bourget est élu évêque de Telmesse et coadjuteur de Montréal. Il est sacré le 25 juillet de la même année.

Nommé deuxième évêque du Diocèse de Montréal en 1840[modifier | modifier le code]

À la mort de Mgr Lartigue, le 19 avril 1840, il lui succède de droit sur le siège épiscopal de Montréal.

L'influence de Mgr Lartigue[modifier | modifier le code]

L'influence de Mgr Lartigue sera marquante pour le jeune Bourget, alors vicaire apostolique de celui-ci. La ligne de pensée des deux hommes sera marquée par les thèses ultramontaines, tirées de l'ultramontanisme d'origine européenne où l'autorité papale prédomine. Mgr Lartigue prendra également position contre les révoltés patriotes dont son cousin, Louis-Joseph Papineau, est la figure marquante. Il appuiera sa position en citant l'encyclique Mirari vos, qui condamne les idées libérales que prône notamment le Parti canadien de Papineau. L'abbé Bourget sera grandement influencé par cette prise de position[2]. C'est d'ailleurs lors de l'investiture du futur évêque Bourget à Nicolet, en juillet 1837, que Mgr Lartigue fera ses premières sorties publiques contre les patriotes.

Ses initiatives dans le secteur de l'éducation à Montréal[modifier | modifier le code]

À peine avait-il pris les rênes de l'administration en 1840 qu'il se révéla homme d'action et d'entreprise comme il ne s'en rencontre pas souvent. On était au lendemain des événements de 1837-1838. La région de Montréal en particulier, sur le Richelieu et dans les Deux-Montagnes, avait été agitée et "troublée" plus qu'ailleurs. Il fallait calmer bien des choses, pacifier les esprits en les élevant vers le surnaturel. Le nouvel évêque, tout en se montrant très ferme pour le maintien de la doctrine, s'y employa avec bonté, et non certes sans succès.

Jusque-là, et depuis 1657, à Montréal, l'ancienne Ville-Marie, les Messieurs de Saint-Sulpice, seigneurs temporels de l'île et en charge de "la paroisse" de Notre-Dame, avaient, presque seuls, sous la juridiction des évêques de Québec, vu à la gouverne du spirituel comme à la gérance du temporel. Ils avaient établi au milieu du dernier siècle, des "chapelles de secours" ou églises succursales, et fondé, auparavant, le collège de Montréal en 1767. Leur zèle et leur amour du bien, comme leur esprit de religion et leur piété, étaient incontestables et indiscutables. Mais le champ d'action, pour l'exercice du saint ministère au service des âmes, avec l'augmentation de la population, spécialement dans la ville, s'élargissait vers cette époque considérablement. Peut-être les distingués et dévoués fils de M. Olier ne le comprirent-ils pas tous assez tôt.

L'évêque Bourget, lui, s'en rendit compte avec une acuité de vue et un sens de prévision que l'histoire ne saurait trop louer. Il voulut d'abord augmenter et fortifier son clergé et ses communautés de recrues nouvelles, et, pour cela, il multiplia les instituts et les institutions, les centres d'enseignement et les foyers d'activité charitable. À sa demande, les Sulpiciens, en plus de leur collège de Montréal, établirent un grand séminaire, qui ouvrit ses portes en 1840. Les Frères des Écoles chrétiennes étaient à Montréal depuis 1837. Mgr Bourget les encouragea et les aida puissamment. Les Sœurs de la Congrégation de Marguerite Bourgeoys enseignaient depuis 1657. L'évêque ne leur ménagea pas son concours, son assistance et ses bénédictions. Mais, en même temps, il estima que, pour les œuvres d'instruction et d'éducation, ces ouvriers et ouvrières de la première heure ne suffisaient plus à la noble tâche.

Pareillement, depuis 1659, les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu, fondé en 1642 par Jeanne Mance, et, depuis 1747, les Sœurs Grises de Mère d'Youville, toutes religieuses d'un large dévouement, prenaient soin, le mieux possible, des malades, des pauvres, des vieillards et des orphelins. Tout en les encourageant et en les bénissant comme elles le méritaient, Mgr Bourget jugea que, sur ce champ des œuvres de charité et d'assistance, comme sur l'autre, il convenait aussi d'augmenter les effectifs. C'est pourquoi, avec une généreuse audace que plusieurs crurent téméraire et qu'explique seul sans doute ce qu'on a appelé son don de seconde vue vers l'avenir, le jeune évêque de quarante ans, sans négliger de consolider ce qui existait déjà, s'occupa de faire venir de France, l'ancienne mère-patrie, ou de faire jaillir du terroir canadien des instituts et des communautés de toutes sortes.

Pour l'instruction des garçons, aux institutions déjà existantes et toutes très méritantes : le collège de Montréal qui datait de 1767, le séminaire de Saint-Hyacinthe fondé en 1811 par le Antoine Girouard, celui de Sainte-Thérèse établi en 1825 par le curé Ducharme et le collège de l'Assomption fondé en 1832 par le curé François Labelle et MM. Meilleur et Cazeneuve, qu'il encouragea et dont il suivit et assura les progrès, il en ajouta plusieurs autres. En 1842, il faisait revenir de France les anciens missionnaires des premiers âges, les savants et zélés Pères Jésuites, qui ouvriraient bientôt (en 1848) leur collège Sainte-Marie de la rue Bleury.

En 1847, à la fin d'un voyage en Europe, il ramenait lui-même de France les premiers clercs paroissiaux de Saint-Viateur qui fondèrent cette année-là le collège de Joliette, à Joliette même, et deux ans après le collège Bourget à Rigaud, et les religieux de Sainte-Croix, qui établissaient aussitôt leur collège de Saint-Laurent. Pour la formation des jeunes filles, l'entreprenant évêque ne se montra pas moins prévoyant et actif. Aux Sœurs de la Congrégation, établies à Montréal depuis 1657, il adjoignit les Sœurs du Sacré-Cœur en 1842 et les Sœurs de Sainte-Croix en 1847, deux communautés qui essaimèrent de France, et, en même temps ou presque, les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie en 1843 et les Sœurs de Sainte-Anne en 1850, celles-ci de fondation canadienne.

Pour l'œuvre des retraites et des missions, l'infatigable évêque fit venir, de France encore, en 1842, les Oblats de Marie, qui devaient s'illustrer dans le haut enseignement à Ottawa et dans leurs glorieuses missions de l'Ouest et du Nord. D'autre part, pour les œuvres de charité et d'assistance, aux Sœurs de l'Hôtel-Dieu, qui existaient depuis les commencements de Ville-Marie, et aux Sœurs Grises établies en 1747, il ajouta les Sœurs du Bon-Pasteur, qui vinrent de France en 1844, les Sœurs de la Providence et les Sœurs de Miséricorde, instituts fondés par lui, à Montréal même, le premier en 1843 et le second en 1848.

Administrateur à l'écoute de ses fidèles[modifier | modifier le code]

Au reste, par tout son diocèse, dont celui de Saint-Hyacinthe fut détaché en 1852, Mgr Bourget, dans le cours de son administration épiscopale de près de quarante ans, se montra constamment attentif aux besoins spirituels et même matériels de ses ouailles et du pays tout entier. Il fut, par exemple, un apôtre ardent et vigilant de l'œuvre si importante et si profitable de la colonisation. C'est lui qui confia aux Oblats, peu après leur arrivée au pays, les missions de la région de Bytown (Ottawa). C'est auprès de lui que le grand colonisateur du nord de Montréal, le curé Labelle (plus tard Mgr Labelle), trouva aide et direction dans ses premiers labeurs de 1868 à 1876. Et c'est encore Mgr Bourget qui l'un des pionniers de la pénétration des nôtres dans les Cantons de l'Est.

Mgr Bourget avait été, en 1852, l'un des promoteurs les plus zélés de la fondation de l'Université Laval à Québec. Quelques années plus tard, pour sauvegarder la foi ou tout au moins la formation catholique supérieure de ses jeunes gens, enclins à prendre le chemin d'une institution anglo-protestante, il demanda à Rome l'établissement, à Montréal, d'un autre siège universitaire, qui a fini par s'obtenir, à peu près tel qu'il l'avait voulu, en 1889, quatre ans après sa mort, et qui est devenu en 1919 l'Université de Montréal, complètement autonome. Tout cela ne s'est pas fait sans difficultés, trop d'intérêts légitimes contraires se trouvant en cause, mais cela s'est fait et c'est d'abord grâce à lui.

Sur le territoire propre de sa juridiction, dans la ville et dans les campagnes, il ajoute les paroisses aux paroisses, et, en un peu plus de trente ans, il n'en créa pas moins de soixante-quinze. Il ne multiplie pas ainsi les centres d'action catholique sans user de prudence et de discernement, mais on peut écrire qu'il le fait quand même hardiment et avec une belle confiance en la Providence. Bon nombre de ces paroisses sont créées dans la ville, à la suite de la division de Notre-Dame, la seule et unique paroisse de Montréal jusqu'en 1866.

Construction de la cathédrale Marie-Reine du Monde à Montréal en 1870[modifier | modifier le code]

C'est aussi Mgr Bourget qui commence en 1870 la construction de la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde sur le modèle de Saint-Pierre de Rome. L'évêque n'hésite pas à prendre des initiatives, entre autres celle de la fondation de la Banque d'épargne de la cité et du district de Montréal, qui sont particulièrement bienfaisantes pour le peuple.

Fondateur du Mouvement des zouaves[modifier | modifier le code]

En 1867 ou 1868, c'est encore surtout à Mgr Bourget que l'on doit ce que l'histoire appelle le mouvement des zouaves, qui mène à Rome, pour la défense de Pie IX, un millier de jeunes Canadiens.

Créations des monastères du Précieux-Sang et des Carmélites en 1874-1875[modifier | modifier le code]

C'est à Mgr Bourget également que Montréal doit ses deux monastères de pieuses recluses, celui du Précieux-Sang fondé en 1874 et celui des Carmélites fondé en 1875. Il convient de noter en plus que la plupart de ces instituts ou communautés, établis ou fondés à Montréal par le grand évêque, se sont dans la suite répandus au-dehors, dans l'Ouest et aux États-Unis et que la religion catholique et la nation canadienne leur sont redevables de bienfaits et d'avantages qui sont à vrai dire incalculables.

L'archevêque Bourget en 1882

Ces diverses activités n'empêchèrent pas l'illustre évêque d'être avant tout un homme de prière et d'oraison, qui pratiquait les plus hautes vertus et fut en somme un vrai saint. Il priait sans cesse et de la façon la plus édifiante, bien que ce fût toujours sans ostentation. Il se donnait aux œuvres de miséricorde sans se lasser jamais. On a dit qu'il écrivait ses mandements — une dizaine de volumes — à genoux, dans sa chapelle particulière, et on l'a vu aller en personne porter des secours aux pauvres et jusqu'à scier du bois la nuit pour les veuves chargées de famille et dans le dénuement.

Démission de son poste d'évêque en 1876[modifier | modifier le code]

Mgr Bourget administra son diocèse pendant trente-six ans, jusqu'au 11 mai 1876, date à laquelle il démissionna. Il se retira bientôt après à Sault-au-Récollet à la Maison Saint-Janvier, où il arrive le 16 juin 1877. C’était une résidence qu’avait fait bâtir en 1853, le curé de la paroisse Visitation, Mgr Janvier Vinet, pour accueillir des personnes âgées. C'est là qu'il reçut son titre d'archevêque de Martianopolis.

Décès de Mgr Bourget[modifier | modifier le code]

Ayant vécu 9 ans dans la retraite, il mourut à Sault-au-Récollet (Montréal-Nord) à l'âge de 85 ans et 7 mois, le 8 juin 1885, en fin d’après-midi. Malade depuis 1883, il meurt dans une douloureuse agonie. Le 9 juin, un convoi comptant 11 cents voitures met trois heures pour escorter la tombe de Mgr Bourget depuis le Sault-au-Récollet jusqu’à l’église Notre-Dame. L'ancien supérieur de Saint-Sulpice, M. Colin, en prononçant son oraison funèbre à Notre-Dame le 12 juin 1885, avant de louer magnifiquement les œuvres du grand évêque, a montré, en termes aussi précis qu'éloquents, que, chez Mgr Bourget, l'homme de vie intérieure et de hautes vertus avait précédé l'homme d'action et l'expliquait. Il a parlé, notamment, de sa foi pure, active, lumineuse, ardente ; de son esprit de religion, de son exactitude aux moindres prescriptions liturgiques, de sa gravité et de sa dignité au saint autel ; de sa piété aimable et onctueuse, qui respirait et répandait la bonne odeur de Jésus-Christ, de sa confiance en Dieu, en tout et toujours inébranlable ; de son esprit de détachement et de son désintéressement, que rien n'a jamais pu surprendre ; de sa mortification et de son humilité, qui en faisaient un homme vraiment maître de sa chair et de son esprit. "Mgr Bourget, c'était l'homme de Dieu, s'écriait-il dans une péroraison émouvante, qui attirait à lui par la grandeur de ses vertus et par l'éclat de cette sainteté qui rayonnait de sa personne, partout dans le diocèse et dans la province, depuis de si longues années. On allait à lui pour trouver en lui le saint évêque, pour voir en lui le saint évêque ! Et c'est là toute l'explication de l'incomparable prestige dont il a joui..."

Hommages[modifier | modifier le code]

Monument de l'évêque Ignace Bourget, Montréal, vers 1907

Le 24 juin 1903, on érigeait, devant la cathédrale de Montréal, qu'il a lui-même bâtie, un superbe monument en bronze, sur base de granit — œuvre du sculpteur Louis-Philippe Hébert —, à la mémoire de Mgr Bourget. Trente ans plus tard, en avril 1933, on vient d'inaugurer, dans la même cathédrale, une chapelle funéraire, d'une richesse merveilleuse, qui servira à l'inhumation des évêques et des archevêques de Montréal, mais qu'on a voulu aménager et orner surtout en l'honneur du grand et saint évêque dont il est ici question. Ses restes mortels y reposent désormais dans le tombeau central.

À l'automne de 1931, le Père Langevin, de la Compagnie de Jésus, a publié un Mgr Ignace Bourget, qui est un récit condensé et nécessairement incomplet, mais déjà bien édifiant et émouvant, de la vie de l'illustre évêque. Une histoire plus détaillée et plus complète de ce grand et saint homme d'Eglise, qui fut un bienfaiteur de sa ville, de sa nation et de son pays, s'écrira un jour, il convient de l'espérer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le bois de la résidence aurait été récupéré pour construire une maison de la rue Jolliet qui est située dans le Vieux-Lauzon.
  2. Dictionnaire biographique du Canada en ligne: http://www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=39507&query=bourget

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sources : Archives de la Société d'histoire régionale de Lévis.
  • Figures canadiennes, Élie Auclair, 1933

Lien externe[modifier | modifier le code]