Messapes

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec le dème des Messapiens (en grec moderne : Δήμος Μεσσαπίων, Dhimos Messapíon), dit Messapie (Μεσσάπια, Messapía), ancien dème grec de l'île d'Eubée
Bronze érigé par la cité d'Uzan pour célébrer l'indépendance messape à la suite du sac de la colonie grecque de Tarente en 473. Zeus Kataibates, c'est-à-dire « Zeus qui s'abat », protecteur des Messapes foudroyant les tarentins, châtie le crime commis contre la piété qu'a été la destruction totale par ceux-ci de Carovigno. Peut être correspond il au dieu appelé en messapien Taotor Andirabas.

Durant l'Antiquité, les Messapes (en latin classique : Messapii, -orum) étaient les habitants de la péninsule du Salento et du flan méridional du massif des Murges. Leur territoire constituait l'arrière pays d'une des principales colonies de Grande Grèce, Tarente, port de la mer ionienne qui a été le centre du pythagorisme. Leur capitale était Bréntion, littéralement bois de cerf[1] en illyrien[2], latinisée en Brundǐsǐum, l'actuelle Brindes, port de l'Adriatique. Ils se distinguaient par une langue aujourd'hui disparue, le messapien.

Ethnographie[modifier | modifier le code]

Le sud de l'Italie au temps d'Auguste. La Messapie, c'est le « talon de la botte ». Les Messapes sont réunis à Tarente pour former la Calabre au sein de la Région II.

L'étymologie de Messape reste controversée. L'hypothèse avancée par Julius Pokorny qu'il signifierait le peuple entre deux mers (des proto-indo-européen *medhyo-, "milieu", et *ap-, eau) met en évidence le particularisme géographique de leur territoire, fausse île du bout du monde au centre du monde grécoromain. À ce mystère s'ajoute, comme pour les habitants du nord du Picenum, la singularité de la langue d'un peuple qui a autorisé dès l'Antiquité toute sortes de spéculations sur leur origine.

Antiochos prête à des colons crétois chassés de Sicile la fondation de la première ville en territoire messape, la future Tarente[3], mais l'onomastique classe les Messapes mêmes parmi les peuples illyriens. Ils seraient arrivées au travers du canal d'Otrante vers l'an mille avant J.-C. L'hypothèse n'obtient pas le consensus des historiens contemporains tant les sources épigraphiques sont rares. Hérodote, suivi par Virgile, donne également une origine crétoise aux fondateurs d'Oria et Strabon à ceux de Brindes[1].

Ce dernier souligne qu'à son époque déjà la plus grande confusion existe chez les géographes entre les noms de Messapie, Iapygie, Salentin et Calabre[4]. Il appelle lui-même Iapygie l'ensemble réunissant l'Apulie et la Messapie[5], ce qui parait abusif si l'on s'en tient à l'hypothèse que le terme Apulie, devenu aujourd'hui Puglia, est une version italique du terme fixé dans le grec ancien de Iapigia. La confusion n'est que plus grande aujourd'hui où Calabre, qui ne désignait initialement que la seule partie nord ouest de la Messapie, désigne l'ancien Bruttium depuis la réunion de celui-ci à celle-là dans une entité administrative byzantine unique. Le nome de Calabrie Citérieure conquis par les Langobards, le nom de Calabre n'est resté en effet qu'à celui de Calabrie Ultérieure.

Strabon précise toutefois : « Le pays qui suit immédiatement est la Iapygie, que les Grecs appellent aussi Messapie et que les indigènes partagent en deux territoires, celui des Salentins autour du promontoire Iapygien, et celui des Calabres" »[5]. Il ajoute que les autochtones réservent le terme d'Apulie au territoire des Peucètes (région de Bari), qui sont au nord des Messapes, et des Dauniens[5] (région de Foggia), qui sont au nord des Peucètes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Dolmen de Placa près de Lecce. De nombreux dolmens ont été réutilisés pour des processions chrétiennes.

Un territoire de chasse propice à l'élevage (-8750 - -1600)[modifier | modifier le code]

L'homme moderne inaugure brillamment sa présence en Messapie aux environs de -8 600, soit au boréal, à la grotte Romanelli. Le matériel et l'art tant mobilier que pariétal montrent une invention technique et stylistique propres dit romanellien qui succède au moustérien d'un homme de Néanderthal disparu. Ils illustrent jusque vers -7 800 la vie des chasseurs des steppes froides[6].

Au néolithique, la Messapie, favorisée par des phénomènes karstiques tels qu'une irrigation souterraine, des eaux résurgentes ou les lames, qui sont des îlots de verdure prospérant sur des gravines entourées d'un terrain sec, se distingue des régions voisines par le développement d'un mégalithisme fait de petits dolmens, de menhirs et d'une forme originale de tertres, les « mirieurs ».

Une civilisation maritime implantée par le port de Gnathie (-1600 - -900)[modifier | modifier le code]

Aux -XVIe[7] et -XVe, rayonnant autour du site éponyme de l'actuel Cavallino, à l'intérieur des terres au sud de Lecce, sont implantés cinq ports sur la côte adriatique[8], en face de l'île de Sason. Ils s'alignent du nord au sud, sur un front de quelque cent soixante cinq kilomètres.

Les ruines de Gnathie au pied des restes de son acropole qui apparait en arrière plan. Le port prospérait encore sous Trajan et a été réinvesti au Moyen Âge.

Les céramiques qui y sont produites au -XVIe présentent un style dit Cavallino, peu uniforme mais différent du campanien répandu au nord de Bari et dans le reste de la péninsule apennine[9].

La métallurgie apparait un siècle plus tard[9], inaugurant l'âge du bronze[10]. Aux -XVe et -XIVe siècles, l'hétérogénéité de la Messapie dans l'ensemble de la péninsule italienne persiste à travers un style de céramiques dit Punta le Tarrare[9].

L'ouverture commerciale se fait au siècle suivant, vers l'intérieur de la péninsule, comme en témoigne l'apparition des grands vases circulaires qui caractérise celle ci[9] et annonce la civilisation villanovienne[11], et vers le monde mycénien, dont les poteries figuratives sont imitées[11].

Gnathie[12], encore modeste, est une acropole dominant le rivage, bientôt enceinte par des blocs pélasgiques de calcaire irréguliers de près de trois mètres sur deux, grossièrement joints avec de la pierraille et de la terre. Au -XIe, à l'époque de l'Odyssée, le site est incendié puis reconstruit. Thuria connait un sort identique, comme si une Illiade occidentale s'était jouée en Messapie.

Agriculture sédentaire et commerce au long cours à l'âge de fer (-900 - -707)[modifier | modifier le code]

Reconstitution hypothétique d'une cabane messapique du -VIIIe.

L'âge du fer commence en Messapie au -IXe à l'occasion d'échanges effectués au cours de navigations entre l'Illyrie, le monde égéen et l'Anatolie[13] phrygienne. La sédentarisation s'opère discrètement au siècle suivant sur les sites futurs de Oria, Cavallino, Vaste[14].

Au milieu du -VIIIe siècle, le Château d'Alceste, situé à huit kilomètres en retrait du rivage entre Gnathie et Brendesion, enferme des habitations au plan ovale dans une première enceinte de pierres sèches.

L'élevage, peut être déjà producteur d'une ricotte salentine élaborée dans des burons typiques, les pajares, fait une place aux cultures facilitées par un système de citernes semblables à un modèle répandu en Grèce, les pouselles. Témoin d'un commerce de denrées agricoles, apparait aux -VIIe une production locale de céramiques aux motifs géométriques bichromes typiques[15], qui aboutit au -VIe au modèle original et sophistiqué de la trouselle. La présence à Gnathie d'une céramique à bandes atteste d'un commerce avec Corfou.

Les Messapes dans la Grande Grèce[modifier | modifier le code]

La colonisation lacedémonienne (-706 - -474)[modifier | modifier le code]

Statue monumentale de Perséphone retrouvée à Tarente et datée du -Ve. Le culte de la reine de l'autre monde et de sa mère, assimilée à la Déméter grecque, attire les foules au mont Papeluce, au centre du pays messape, dès le -VIe siècle.

En -706[16] vraisemblablement[17], sur ordre de l'oracle de Delphes de « demeurer dans le gras pâturage communal de Tarente appelé Satyre et malheur à la race iapyge! »[18], le légendaire spartiate Phalante, à la tête de parthènes révoltés, qui sont une catégorie sociale de périèques issue de femmes aristocrates déclassées[19], fonde le comptoir lacédémonien de Tarente[3]. Le promontoire de Satyre a été nommé ainsi, rapporte la légende, par le fils de Poséidon Taras, en l'honneur de sa mère, la fille de Minos.

La tradition[20] se fait l'écho d'alliances et de rivalités entre une Tarente supérieure et une Brentesion émergente, tantôt révoltée, tantôt accueillante, jusqu'à ériger le tombeau du fondateur de la cité rivale[1]. Dans la Messapie voisine se développe une architecture de pisé, de pierres sèches, de bardeaux[21]. Les sites les plus riches, tel le Château d'Alceste, connaissent une révolution architecturale et urbaine faite de tuiles et de voies pavées convergeant vers une place.

La grotte Portinaire, à la pointe méridionale de la péninisule salentine vers laquelle conduisent les menhirs Mensi et Ussano, et le sanctuaire du mont Papeluce, au centre du pays, hellénisent leurs cultes pour des pèlerins venant de toute la Grande Grèce.

Au début du -Ve siècle, la colonie de Tarente pénètre militairement loin à l'intérieur des pays messape et peucète, détruisant définitivement des villages, dont le Château d'Alceste. Un ex voto[22], alors réalisé en bronze par le sculpteur Agéladas et autrefois exposé sur la via sacra du temple de Delphes, célèbre l'écrasement de l'armée iapyge du roi Opis et des prisonnières peucètes par les héros Taras et Phalanthe[23]. Pour les méssapiens, c'est un changement de civilisation. Les sépultures abandonnent la position recroquevillée et adoptent la mode grecque de la supination du corps du défunt.

L'émancipation (-473)[modifier | modifier le code]

Les principales cités messapiennes constituent une ligue défensive, semblable aux symmachies grecques[24]. Improprement nommée aujourd'hui dodécapole messapique, par analogie avec la dodécapole étrusque, elle est composée de treize[25] cités états[26]. La controversée carte de Soleto, un fragment d'ostracon trouvé à Soleto dont la datation au radiocarbone en fait la plus ancienne carte de cette partie du monde, les repère à l'époque de la constitution de leur alliance.

En -473, la cavalerie messape écrase l'armée du régime aristocratique de Tarente partie à l'assaut de Brentesion, tandis que leurs alliés lucaniens font connaître le même sort à Rhegion. Trois mil habitants de celle-ci sont massacrés et un nombre incalculable de celle-là[27]. C'est à l'occident un évènement majeur de l'histoire grecque, qu'Aristote juge pire que le sac d’Athènes commis sept ans plus tôt par les envahisseurs orientaux, parce qu'il provoque l'avènement d'un régime démocratique[28] (au sens aristotélicien de détournement du pouvoir au seul profit de la classe populaire, le règne des démagogues sur la foule).

L'assimilation au monde grec (-472 - -357)[modifier | modifier le code]

Mur messapique de Manduria sous lequel le roi de Sparte Archidème à trouvé la mort en -338.
Céramiques messapiques aux anses typiques.

Au cours des -IVe et -IIIe siècles, chacune des villes de Messapie se fortifie de murailles[29] faites d'un appareil très régulier de blocs de pierre d'un mètre trente sur soixante centimètres en moyenne[21], tel le « mur Lieutenant », à deux kilomètres au sud de l'actuelle Latino. Concurrencée par la céramique attique importée, la poterie locale développe une décoration figurative et florale[30].

Durant la Guerre du Péloponnèse, Artas, dynaste de Messapie[31], soutient la Ligue de Délos contre la Ligue spartiate, à laquelle appartient de Tarente. En -415, au cours de l'Expédition de Sicile, il met à disposition des amiraux athéniens Démosthène et Eurymédon un contingent de lanceurs de javelots Iapyges pour appuyer leur attaque contre Métaponte[31], qui est la cité alliée de Syracuse la plus proche. L'alliance est renouvelée deux ans plus tard quand au milieu du printemps 413 les soixante treize trières[32] des mêmes navarques mouillent aux îles Chérades en face de Tarente. Cent cinquante lanceurs Iapyges[31] embarquent aux côtés des cinq mille hoplites en route pour secourir le général Nicias assiégeant Syracuse. Le renfort n'empêche pas la la défaite des Épipoles de survenir en août, suivie le 16 septembre du désastre de l'Assinaros. Sept mil prisonniers finissent dans les carrières de Latomie.

En -367, un siècle après le sac de Tarente, son stratège démocrate Achytas accède au gouvernement de la ligue de Grande Grèce. L'ouverture politique et commerciale avec celle-ci se concrétise pour les messapiens par la fondation d'un port franc dans une île située en face d'Anxa et d'un phrourion, une garnison, à Pezza Petrosa, à mi chemin entre Tarente et Brindesion. La Messapie profite dés lors pleinement de la prospérité déversée par le commerce du vin, comme en témoigne le raffinement de la production, commencée aux alentours de -370 parallèlement à la production habituelle, de la céramique de Gnathie[33] au trait blanc sur fond noir.

Cinq invasions et une conquête (-356 - -267)[modifier | modifier le code]

Quatre ans après la démission d'Achytas, en -356, l'alliance séculaire des Messapes et des Lucaniens est renouée pour la conquête de Metaponte et Héraclée, colonie de Tarente. Celle-ci résiste encore en 343, et fait appelle au souverain de Sparte, métropole de ces deux dernières cités, pour les libérer. L'eurypontide Archidème, débarque l'année suivante avec une armée. Les hostilités se terminent le 2 août -338 par la mort du roi de Sparte à Manduria[34].

Elles reprennent presque aussitôt en -334 quand Alexandre le Molosse, tout à la fois beau frère et gendre de Philippe de Macédoine qui l'a mis sur le trône d'Épire huit ans plus tôt, débarque avec quinze vaisseaux de guerre et un grand nombre d'autres pour la logistique[35] sur les côtes de Grande Grèce. Après avoir infligée la défaite aux Lucaniens en 332 à Paestum, l'armée épirote conquiert Brendision, capitale des alliés des vaincus, pour le compte de Tarente.

Les cités messapes commencent à battre leur propres monnaies à partir du début du -Ve siècle.

En 323, profitant des circonstances de la deuxième guerre samnite, Tarente consolide sa domination sur les Messapes en l'étendant sur le territoire plus au nord des Peucètes et des Dauniens[36]. Elle se décharge de la libération de l'Apulie, occupée par les Frentanes[37], alliés des Samnites, sur le consul romain Quintus Aulius Cerretanus[38], qui conduit l'opération à la tête d'un détachement et emporte la victoire à Lucera[37]. En 318, Canusium, à la frontière nord du territoire peucète, devient un protectorat romain[39] et seule la Messapie reste dans la mouvance de Tarente. En 314, une garnison romaine est fixée à Lucera[40],[41], et une autre est installée à Argyrippa en Daunie.

En 302, Carthage ayant promis sa neutralité, le dictateur romain Iunius, mandaté par le consul Marc Émile Paul et fort d'une alliance passée un an plus tôt avec les Lucaniens, s'avance dans le territoire messape contre Cléonyme, prince régent de Sparte débarqué de Corfou conquise à l'appel de Tarente et le chasse de Turia (actuelle Roca Vecchia), l'obligeant à reprendre la mer[42]. Rome n'aura de cesse désormais de s'imposer comme le gendarme de la Grande Grèce mais un traité passé l'année précédente entre Rome et Tarente fixe au Lacinion la frontière des domaines maritimes respectifs des deux puissances. Aussi est ce avec un peuple encore insoumis qu'en -298 le roi de Sicile Agathocle, de retour d'une campagne victorieuse dans l'île de Corfou, conclut une alliance dotant la flotte des pirates messapes de navires construits par les chantiers de Crotone avec le bois de forêt de Sila.

Au printemps -281, le consul romain Lucius Aemilius Barbula, à la suite de provocations, ravage la campagne tarentine, compromettant les récoltes. L'ambassadeur d'Épire Cinéas offre aux tarentins l'aide de trois mil hommes dirigés par le général Milon, déclenchant les « guerres pyrrhiques », soigneusement préparées par l'hégémon Pyrrhus. Celui-ci débarque à Tarente en mai -280 avec vingt éléphants et vingt-cinq mil hommes, dont trois mil cavaliers, met la ville en état de siège et enrôle tous les ennemis de Rome, dont les Messapes, dans une coalition qui écrase les quatre légions du consul Valerius Laevinus le 24 juillet au terme de la bataille d'Héraclée. Quatre légions, dirigées par Decius Mus, sont une seconde fois vaincues en septembre de l'année suivante à la bataille d'Ausculum, mais, Pyrrhus reparti à l'automne -275 après la bataille de Maleventum, le général Milon doit se replier dans la forteresse de Tarente, qu'il livre honorablement au consul Papirius Cursor après trois années de siège quand la flotte de secours envoyée par Carthage renonce à débarquer[43].

Ce n'est qu'en -267, cinq ans après la capitulation de Tarente, que les Messapes et leur capitale Brention sont vaincus par Rome, au terme d'une campagne votée spécialement par le Sénat romain et menée deux ans durant par le consul Regulus.

La Messapie romaine[modifier | modifier le code]

La base orientale de Rome dans les guerres puniques (-266 - -146)[modifier | modifier le code]

Photographié en 2008, le terme de la via Appia à Brindes marqué en -264 par un portique.
Les routes de l'époque romaine suivent un réseau préexistant[44].

Parvenue en -290 à Bénévent, la via Appia est prolongée jusqu'à Brindes, où elle est achevée en -264, juste à temps pour mener les guerres puniques.

Au déclenchement de la première guerre punique, c'est-à-dire la conquête romaine de la Sicile, la flotte tarentine est mobilisée pour appuyer le débarquement de Messine conduit par le consul Appius Claudius mais durant la seconde guerre punique, c'est « Brundesium », érigée en colonie en -244, qui sert de point d'appui oriental à la marine romaine. La capitale messape reste tenue par sa garnison romaine après que la catastrophique défaite de Cannes du 2 août -216, a commencé à faire basculer progressivement l'Italie dans l'alliance carthaginoise[45]. Avec Rhégion et Neapolis, elle contribue à l'asphyxie des troupes d'Hannibal et abrite les vingt-cinq vaisseaux de l'amiral Flaccus.

Ceux-ci interceptent en -215 l'ambassade de Xénophane qui vient de conclure l'alliance de l'antigonide Philippe de Macédoine avec le général cathaginois[46]. Le préteur pérégrin Laevinus prend le commandement des opérations depuis la base navale de Brindes[47]. Propréteur[48] doté d'une légion[49] l'année suivante, celui-ci tâche de tenir la campagne messapienne et réussit à bloquer le port de Tarente et ravitailler la garnison enfermée dans la citadelle quand la ville rallie Hannibal venu de Capoue[50].

La flotte de Brindes donne la chasse aux navires carthaginois tentant de livrer armes et éléphants de guerre à Hannibal. Elle est alors doublée pour empêcher une invasion que porteraient les cent vingt navires de l'ennemi macédonien[51] et permettre au propréteur de débarquer à Apollonie. La cité illyrienne devient la nouvelle base d'où est conduite aux côtés de la ligue étolienne la « première guerre macédonienne ». Une paix séparée signée en 205 par le proconsul Publius Sempronius clôt les hostilités sur le front oriental, laissant Dyrrachium en Illyrie occupée par la République.

La Calabrie (-145 - 536)[modifier | modifier le code]

Épitaphe de Virgile, mort à Brindes, inscrite dans la Grotte du pausilippe à Naples : « (...) Calabri rapuere (...) ».

L'annexion de la Grande Grèce par Rome provoque pour celle-ci un tournant culturel majeur, comme en témoignent en -284 la naissance à Tarente du premier poète latin dont une trace soit restée, Livius Andronicus, et en -239 à Rudiae de l'inventeur de l'hexamètre latin, Quintus Ennius. Brindes voit naître en -220 le futur dramaturge Marcus Pacuvius, qui y vit jusqu'à l'âge de dix huit ans. La ville portuaire est élevée au rang de municipe en -83. C'est là qu'à la fin mars -58 Cicéron, en route pour un exil d'un an et demi via Dyrrachium[52] et proche du suicide, écrit à sa dévouée femme Terentia les froides Lettres de Brindisi qui préfigurent leur divorce, lequel interviendra huit ans plus tard. C'est là également qu'en -19 Virgile, accompagné par l'empereur au retour d'un voyage de documentation sur la Grèce pour achever la composition de son Eneïde, meurt après avoir rédigé son épitaphe[53] « (...) les Calabres m'ont pris la vie (...) »[54].

Aux alentours de l'an -7, Auguste réorganise l'administration de l'Italie. La Messapie forme avec l'Apulie la Deuxième Région. Elle n'est alors plus désignée que sous le nom grec de Calabre, Καλαβρία, qui renvoie au frère de Tenaros, héros éponyme du promontoire, aujourd'hui île, de Calavrie dans le Péloponnèse. Le terme est aujourd'hui devenu le nom de l'ancien Bruze, un temps appelé Calabre ultérieure.

La tradition locale rapporte que vers l'an 60 le receveur de la localité de Rugge, Publius Orontius, est converti par un disciple corinthien de Saint Paul, Saint Juste, et subit le martyre.

En 109, l'empereur Trajan double la via Appia de la via Traiana, toutes deux partant de Brundesium. Au cours du IIe siècle, son successeur Hadrien fonde dans les faubourgs de Lupiae, l'antique Sybar, la cité de Licea, que Marc Aurèle dote d'un théâtre, d'un amphithéâtre, d'un port nouveau, Salapia, lequel devient le principal port de l'Adriatique.

La Calabre byzantine[modifier | modifier le code]

La guerre des Goths et des Lombards (537 - 575)[modifier | modifier le code]

En 537, durant la guerre des goths, Jean le Sanguinaire, général de la garde de l'empereur Justinien, débarque à Tarente avec huit mil cavaliers thraces pour secourir Bélisaire assiégé dans Rome[55]. Au printemps 544, le Duc des Alamans Leuthaire marche sur Otrante mais une épidémie fait rebrousser chemin à l'armée d'invasion[56], dont l'avant garde est interceptée sept cents kilomètres plus au nord, sur la côte au sud de Pesaro, par le général en chef byzantin Artabane[57]. Le chambellan impérial Narsès vainqueur à la bataille de Capoue en octobre, Bélisaire revient avec quatre mille hommes débarqués à Otrante pour libérer Ravenne[58].

La Messapie dans l'exarchat de Ravenne (576 - 695)[modifier | modifier le code]

La Messapie dans le duché de Calabre (696 - 891)[modifier | modifier le code]

Quand en 726 l'empereur byzantin Léon III promulgue l'Ecogla et déclenche les persécutions des iconodules, obligés de faire allégeance par l'édit du 7 janvier 730, de nombreux moines basiliens se réfugient dans les grottes naturelles qu'offre le relief karstique du seuil messapique. Le long du canal real, chacune de leurs laures est aménagée autour d'une icône cachée de la Vierge. En 732, en représailles à la rébellion du pape Grégoire III, le Salento est confié avec la Sicile à l'autorité du préfet du prétoire d'Illyrie.

La Messapie dans le thème de Lombardie mineure (892 - 975)[modifier | modifier le code]

La Messapie dans le Capétanat (976 - 1071)[modifier | modifier le code]

Rémanences d'une spécificité locale au sein de l'Italie[modifier | modifier le code]

La Terre d'Otrante (1072 - 1860)[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Terre d'Otrante et Bataille d'Otrante.

Otrante est au bas Moyen Âge un centre intellectuel animé par la présence de cinq cent familles juives déjà mentionnées au IXe siècle et protégées par l'Empereur Frédéric de Hohenstaufen, moyennant une « dîme » spécifique. Elles se sont illustrées à travers les poètes Meiuchas, Chabbataï d'Otrante et Anatole.

La résistance à l'unité italienne (1861 - 1864)[modifier | modifier le code]

Sergente Romano conduit dans le Salento l'insurrection en liaison avec ses collègues des régions voisines, Giuseppe Caruso, Carmine Crocco, Ninco Nanco, Angelantonio Masini.

Religion[modifier | modifier le code]

Les Messapes étaient réputés pratiquer un sacrifice à Zeus en précipitant vif un cheval dans le feu[59]. Ce Zeus est peut être la divinité appelée Taotor Andirabas sur une inscription de la grotte Posia, la seule connue du panthéon messape[60].

Le sanctuaire du Mont Papeluce, situé près d'Oria, était un lieu de culte où les pèlerins se pressaient dès le -VIe siècle en grand nombre depuis toute la Grande Grèce comme en témoignent l'accumulation à flanc de colline de vases votifs et la variété des monnaies retrouvées. Porcs et grenades y étaient sacrifiés à des déesses assimilées à Déméter et sa fille Perséphone. Le sacrifice était souvent réduit à des ex voto en céramique représentant des cochons ou des colombes[61].

Langue[modifier | modifier le code]

Schéma du peuplement de la péninsule italienne au début de l'âge du fer :

« klohizisthotoriamartapidovasteibasta veinanaranindarantoavasti »

— Exemple de texte messapien[62].

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La langue des Messapes, ou messapien, apparaît dans un corpus d'environ 260 inscriptions, dont un très petit nombre est entièrement déchiffré. La plus ancienne est datée d'environ 600 av. J.-C. L'alphabet est la version laconique de l'alphabet grec utilisée à Tarente. Le rapprochement avec l'illyrien repose essentiellement sur l'onomastique, l'illyrien n'ayant pas laissé de traces écrites. Il est corroboré partiellement par l'archéologie, qui révèle une histoire complexe et ouvre sur de nombreuses hypothèses incertaines.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Restauration d'une construction en encorbellement de pierres sèches à Lequile.

Les pajaru, littéralement réserves à paille, appelés chipures dans le Salento et trullos dans le val d'Itrie, sont des sortes de burons aux pierres non maçonnées typiques de la région. Ils sont construits selon une technique de l'âge de bronze[63] mais remontent probablement à l'époque byzantine. Les plus anciens exemplaires restant datent du XVIe siècle. Ils ont été développés au XXe pour servir d'habitations permanentes.

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Références[modifier | modifier le code]

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  4. Strabon, Géographie, VI, 3, 5.
  5. a, b et c Strabon, Géographie, VI, 3, 1.
  6. G. A. Blanc, Archivio Antropologico i Etnologico no 58, p. 1929-4167, 1928.
  7. F. Biancofiore, Nuovi dati sulla storia dell'antica Egnazia, in Studi storici in onore di Gabriele Pepe, p. 54-62, Dedalo, Bari, 1969.
  8. M. Silvestrini, Documenti dell’età del Bronzo lungo il versante Adriatico, Fasano, 1998
  9. a, b, c et d G. Recchiain, Aspetti funzionali e variabilità stilistica della ceramica dell'età del Bronzomore, in Archeologia no 157 "L. Todisco & al., La Puglia centrale dall'età del Bronzo all' alto Medioevo - Archeologia e storia - Atti del Convegno di Studi, Univerità degli studi di bariscuola di specializzazione in beni archeologici, Bari, 15 & 16 juin 2009", p. 78, Giorgio Bretschneider ed., Rome, 2010.
  10. A. Cinquepalmi, Viaggio nell’età del Bronzo. Egnazia tra Coppa Nevigata e Punta le Terrare, Valenzano, 2000.
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  12. A. Cinquepalmi & A. Cocchiaro, Egnazia nel tempo. Dal villaggio protostorico al borgo medievale, Valenzano, 2000.
  13. F. d’Andria, Messapi e Peuceti, in Italia omnium terrarum alumna, p. 653-715, Milan, 1988.
  14. F. d’Andria, Archeologia dei Messapi, Catalogo della Mostra, Bari, 1989.
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