Menocchio

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Domenico Scandella dit Menocchio, diminutif populaire de Domenico, (Montereale Valcellina, 1532 - Pordenone, vers 1600) est un meunier du Frioul, jugé et exécuté pour hérésie par l'Inquisition. C’est l’historien Carlo Ginzburg qui l’a fait connaitre grâce à son essai Il formaggio e i vermi. Il cosmo di un mugnaio del '500, publié en 1976.

Le premier procès[modifier | modifier le code]

Mis à part deux ans passés dans la ville voisine d’Arba, vers 1563, à la suite d’une rixe, Menocchio a toujours vécu dans le pays de Montereale, qui comptait alors environ 650 habitants, en faisant vivre sa nombreuse famille, composée de sa femme et de ses sept enfants, grâce aux revenus de deux champs et de deux moulins, tenus en location, il était aussi maçon et charpentier. En 1581, comme il savait lire, écrire et compter, il fut maire de Montereale et des villages environnants, et administrateur de l'église locale.

Le 28 septembre 1583, à l’instigation d’un autre prêtre, Ottavio Montereale, le curé de Montereale, Don Odorico Vora, le dénonça anonymement au Saint-Office sous l’accusation d'avoir des opinions hérétiques concernant le Christ. De nombreux témoignages vinrent confirmer et élargir le champ des accusations, si bien que le 4 février 1584 le moine franciscain Felice de Montefalco, inquisiteur d'Aquilée et de Concordia, ordonna son arrestation et son incarcération dans la prison de Concordia, le 7 février Menocchio fut interrogé pour la première fois.

Il exposa une conception originale du monde: au début « tout était un chaos c’est-à-dire que terre, air, eau et feu étaient confondus ; et ce le volume, en évoluant, constitua une masse, à peu près comme se forme le fromage dans le lait, et tout cela devint des vers, dont quelques-uns formèrent des anges et […] parmi ce nombre d’anges il y avait encore Dieu, créé lui aussi en même temps à partir de la masse et il fut fait seigneur avec quatre capitaines : Lucifer, Michel, Gabriel et Raphael. Ce Lucifer voulut se faire seigneur comparable au roi, ce qui était réservé à la majesté de Dieu, et Dieu pour punir son orgueil commanda qu'il fût chassé du ciel avec tous ses partisans […] Dieu fit ensuite Adam et Ève, et des gens en grand nombre pour tenir la place des anges qui avaient été chassés. Comme la multitude ne respectait pas ses commandements Dieu envoya son Fils, dont les Juifs s’emparèrent, et il fut crucifié. "

Concernant Jésus Christ, il précisait qu’il fut crucifié et non pendu, et il disait qu'«il était l'un des fils de Dieu, parce que nous sommes tous fils de Dieu et de la même nature que celui qui fut crucifié, et qu'il était homme comme nous autres mais supérieur en dignité, comme on dirait maintenant que le pape, qui est comme nous, nous est supérieur en dignité, par ce qu’il peut faire, et celui qui fut crucifié naquit de saint Joseph et de la Vierge Marie »[1]. Sur la virginité de Marie, il nourrissait cependant quelques doutes - parce que « tant d’hommes sont nés dans ce monde et aucun n’est né d’une femme vierge » – et aussi parce qu'il avait lu dans Il fioretto della Bibbia, traduction d’une chronique catalane médiévale qu'il avait achetée à Venise pour deux sous, que « saint Joseph appelait son fils notre Seigneur Jésus-Christ. » Il ne s’arrêtait pas là : citant un livre qu’il appelait Rosario o Lucidario della Madonna - à identifier peut-être avec le Rosario della gloriosa Vergine Maria du dominicain Alberto da Castello[2] – Menocchio déclarait que Marie était appelée vierge seulement parce qu’elle avait été « dans le temple des vierges, parce qu’il existait un temple où l’on entretenait douze vierges qui par la suite se mariaient », entendant seulement par vierge toute jeune fille destinée à un mari.

Menocchio devait être quelqu’un à la parole vive, assuré des convictions qu’il s’était faites, ayant avec son «cerveau subtil […] « voulu chercher les choses élevées et qu’il ne savait pas », mais ses convictions reflétaient certainement l'expérience de sa propre vie : par exemple, dans la déclaration du 28 avril 1584, faite dans le palais de la Podestà de Portogruaro, il observait que dans les litiges juridiques le latin, langue de l'Église, se révélait « une trahison envers les pauvres parce que [… ] les pauvres gens ne savent pas ce qu’on leur dit et s'ils veulent […] dire quatre mots ils ont besoin d’un avocat » ; il annonçait par là ce qui suivait, que « le pape, les cardinaux, les évêques sont trop grands et trop riches » et qu’ils exploitent les pauvres, parce que « tout est à l'église et aux prêtres » et il en concluait que la religion elle-même doit être claire, comme la langue que parlent les pauvres, et simple, comme sont simples les pauvres et comme l'Église elle aussi devrait être : «Je voudrais qu’ils croient à la majesté de Dieu, et qu’ils soient des hommes de bien, et qu’ils fassent comme l’a dit Jésus-Christ, qui a répondu aux Juifs qui lui demandaient quelle loi était la plus grande : ˵aimer Dieu et aimer son prochain˶ ». Et à partir de la simplicité de cette conception religieuse il en déduisait que les croyants de toutes les confessions sont égaux, chrétiens et hérétiques, Turcs et juifs, parce que Dieu «les aime tous et les a tous sauvés en une seule fois. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Archives de la curie archiépiscopale d’Udine (ACAU), proc. n° 126 e n° 285
  • Archives de la curie archiépiscopale de Pordenone (ACAP)
  • Archives d’État de Modène (ASM)
  • Archives d’État de Pordenone (ASP)
  • Archives d’État de Venise (ASV)
  • Archives secrètes du Vatican (ASVat)
  • Domenico Scandella detto Menocchio. I processi dell'inquisizione 1583-1599, sous la direction d’A. Del Col, Pordenone 1991 ISBN 978 8887881301
  • Carlo Ginzburg, Il formaggio e i vermi. Il cosmo secondo un mugnaio del ‘500, Turin 1976, 2ª ed. 1999 ISBN 978-88-06-15377-9
  • Elena Benini Clementi, Riforma religiosa e poesia popolare a Venezia nel Cinquecento. Alessandro Caravia, Florence 2000 ISBN 978-88-222-4836-7

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ACAU, 126, c. 17
  2. C. Ginzburg, Il formaggio e i vermi, pag. 40