Memento mori

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Memento mori est une locution latine qui signifie « souviens-toi que tu mourras ». Elle désigne un genre artistique de créations de toutes sortes, mais qui partagent toutes le même but, celui de rappeler aux hommes qu'ils sont mortels et la vanité de leurs activités ou intérêts terrestres.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

On dit que dans la Rome antique, la phrase était répétée par un esclave au général romain lors de la cérémonie du triomphe dans les rues de Rome. Debout derrière le général victorieux, un serviteur devait lui rappeler que, malgré son succès d'aujourd'hui, le lendemain était un autre jour. Le serviteur le faisait en répétant au général qu'il devait se souvenir qu'il était mortel, c'est-à-dire « Memento mori ». Il est pourtant plus probable que le serviteur disait « Respice post te! Hominem te esse memento! » (« Regarde autour de toi, et souviens toi que tu n'es qu'un homme ! »), comme l'a écrit Tertullien au chapitre 33 de son Apologétique.

Le genre a été peu utilisé au cours de l'Antiquité classique. Le memento mori mettait alors surtout en avant le thème du carpe diem, « cueille le jour »[1], qui comportait le conseil de « manger, boire, et être joyeux, car nous mourrons demain ». L'origine chrétienne de cette citation est Isaïe 22:13, : « Qu’on mange et qu’on boive, car demain nous mourrons ! » Mais l'idée apparaît en dehors de la Bible : dans les Odes d'Horace, avec la célèbre locution Nunc est bibendum, nunc pede libero pulsanda tellus (« Maintenant il faut boire, maintenant il faut frapper la terre d'un pied léger »). Horace poursuit en expliquant qu'il faut le faire maintenant parce qu'il n'y aura ni boisson ni danse dans la vie éternelle après la mort. C'est le thème classique du carpe diem.

La vanité terrestre et la salvation divine, triptyque d'Hans Memling

Christianisme[modifier | modifier le code]

Mais cette pensée s'est surtout développée avec le christianisme, dont l'insistance sur le paradis, l'enfer, et le salut de l'âme ont amené la mort au premier rang des préoccupations. C'est pourquoi la plupart des memento mori sont des produits de l'art chrétien. Dans le contexte chrétien, le memento mori acquiert un but moralisateur complètement opposé au thème du Nunc est bibendum de l'Antiquité classique. Pour le chrétien, la perspective de la mort sert à souligner la vanité et la fugacité des plaisirs, du luxe, et des réalisations terrestres, et devient ainsi une invitation à concentrer ses pensées sur la perspective de la vie après la mort. Une injonction biblique souvent associée au memento mori dans ce contexte est « In omnibus operibus tuis memorare novissima tua, et in aeternum non peccabis » (Siracide 7:36, « Dans toutes tes actions souviens-toi de ta fin, et tu ne pécheras jamais »).

Memento mori mosaique Musée de Naple

Syncrétisme mexicain[modifier | modifier le code]

La Calavera de la Catrina de José Guadalupe Posada

Au Mexique, la tradition chrétienne du memento mori s'est mélangée à celles issues des cultes des défunts mésoaméricains. On trouve ainsi de nombreuses manifestations artistiques du memento mori à l'occasion de la fête mexicaine du Jour des morts, en particulier à travers le personnage de la Catrina et les calaveras.

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Les domaines privilégiés pour voir des méditations memento mori sont l'art et l'architecture funéraires. Pour des esprits du XXIe siècle, un des exemples les plus frappants est sans doute le transi, une tombe qui représente le corps délabré du défunt. Cela devint une mode pour les tombes des riches au XVe siècle, et les exemples qui nous sont parvenus continuent de créer un puissant rappel de la vanité des richesses terrestres. La célèbre danse macabre, avec sa représentation de la Mort qui danse en emportant de la même façon le riche et le pauvre, est un autre exemple bien connu du thème du memento mori. Cette représentation de la Mort, et d'autres similaires décorèrent de nombreuses églises européennes. Plus tard, les pierres tombales puritaines des États-Unis coloniales représentèrent fréquemment des crânes ailés, des squelettes, ou des anges mouchant des chandelles.

En peinture[modifier | modifier le code]

L'anamorphose du crâne (détail du tableau Les Ambassadeurs, par Hans Holbein)

La nature morte, parfois appelée vanitas, « vanité » en latin, parce qu'on glissait traditionnellement dans ce genre de peinture un symbole de mortalité. Les symboles pouvaient être évidents, comme des crânes, ou plus subtils, comme une fleur qui perd ses pétales.

Le célèbre tableau d'Hans Holbein, Les Ambassadeurs recèle une image cachée de crâne grâce au procédé de l'anamorphose.

Dans La Trinité de Masaccio, se situant dans la basilique Santa Maria Novella de Florence, est représenté un transi sur lequel est inscrit la phrase suivante : « Je fus autrefois ce que vous êtes et ce que je suis vous le serez aussi ». Notons que cette peinture est sur un des bas-côtés de l'église, en face de la porte qui ouvre sur le cimetière.

En littérature[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution française, on retrouve la citation dans la vignette de chaque numéro du journal Le Père Duchesne rédigé par Jacques-René Hébert (1757-1794). Le personnage éponyme lève au-dessus d'un petit prêtre prosterné une hache. Il s'agit donc clairement plus d'une évocation anti-cléricale, que d'une reprise philosophique.

Memento mori fut également un important thème littéraire. Parmi les célèbres méditations littéraires en prose anglaise, on peut citer Hydriotaphia, Urn Burial de Sir Thomas Browne et Holy Living and Holy Dying de Jeremy Taylor. Ces œuvres témoignent du culte de la mélancolie de l'époque de Jacques Ier d'Angleterre qui marqua la fin de l'ère élisabéthaine. À la fin du XVIIIe siècle, les élégies étaient un genre littéraire courant. L’Élégie écrite dans un cimetière de campagne de Thomas Gray et les Pensées nocturnes d'Edward Young sont des illustrations caractéristiques du genre. Le memento mori fut également abordé par Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal, dans le dernier poème de la section « Spleen et Idéal », intitulé L'horloge, où l'horloge finit par dire à l'homme : « Meurs, vieux lâche ! Il est trop tard ! »

On peut également trouver une variation littéraire moderne sur le memento mori dans la nouvelle de Jorge Luis Borgès El inmortal (L'Immortel, du recueil El Aleph, 1949). En 1959, la romancière britannique Muriel Spark a écrit un roman ayant pour titre Memento Mori.

Memento Mori est également une œuvre de Louis Calaferte.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Memento Mori est un film sud-coréen réalisé par Kim Tae-yong et Min Kyu-dong en 1999. Une nouvelle du même titre, Memento Mori, a récemment inspiré le film de Christopher Nolan, Memento.

En jeu vidéo[modifier | modifier le code]

La formule « memento mori » est l'une des citations clés du jeu vidéo Persona 3. Ce RPG appartient à la série des Shin Megami Tensei qui contient de nombreuses références à la mort, à l'après-vie et à la condition humaine, notamment dans l'opus Shin Megami Tensei : Lucifer's Call.

Selon les propres termes de son créateur, Jason Rohrer, son jeu vidéo Passage doit être considéré comme un memento mori[2].

Dans Counter Strike : Global Offensive, le fait de cibler le C4 affiche "Memento Mori" sur l'écran de celui qui le cible.

En anime[modifier | modifier le code]

Dans l'anime Ghost in the Shell: Stand Alone Complex (saison 1 épisode 15) : ayant développé une conscience jusqu'aux concepts de la vie et de la mort, une tachikoma prononce Memento Mori effrayée de finir à la casse.

Dans la série Gundam 00 saison 2, le momento mori est le nom d'une arme laser destructrice, en orbite autour de la terre.

Dans la série Eureka Seven, c'est le nom de l'épisode 28.

En musique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Horace, Odes [détail des éditions] [lire en ligne], I, 11.
  2. HC Software, site personnel de Jason Rohrer.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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