Dumitru Mazilu

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Le diplomate roumain Dumitru Mazilu.jpg

Dumitru Mazilu (n. 24 juin 1934, Bacău) est un homme politique et dissident roumain, ayant eu un rôle-clé dans la Révolution de décembre 1989.

La dissidence[modifier | modifier le code]

Juriste de formation et diplomate de carrière, Dumitru Mazilu s'est fait notamment connaître à la fin des années 1980 par le rapport présenté à la sous-commission des Nations unies sur les Droits de l'homme et de la jeunesse.

Professeur universitaire depuis 1970, haut fonctionnaire dans le ministère roumain des Affaires étrangères (1975-1987), récipiendaire à Genève du prix Media Peace Prize (1980) et aux Pays-Bas du prix Hugo Grotius (1984) pour son livre Le droit de la paix, Dumitru Mazilu a été chargé par les Nations unies en 1985 d'élaborer un rapport sur les Droits de l'homme et de la jeunesse dans le monde. Il devient dès lors rapporteur spécial de la haute instance internationale.

Lorsque les services secrets du régime Ceaușescu aprennent le contenu du rapport, ils informent les organes du Parti communiste roumain des intentions de l'auteur. Dumitru Mazilu est mis sous arrêt à domicile à partir de 1986, il est congédié du ministère des Affaires étrangères en 1987 et son passeport lui est retiré[1].

Le rapporteur spécial est empêché de se rendre aux sessions de la sous-commission pour présenter le résultat de son travail. Dumitru Mazilu réussit tout de même à envoyer clandestinement son rapport à Genève en avril 1989. Le rapport est publié en tant que document officiel des Nations unies le 10 juillet 1989[11]. L'Annexe au document, intitulée Une vue spéciale sur le cas de la Roumanie, présente une image très critique à l'adresse du régime Ceaușescu [12][1].

À plusieurs reprises, les Nations unies ont tenté par tous les moyens de contacter le rapporteur spécial, mais sans résultat. Au mois de septembre 1989, quatre diplomates de l'ambassade de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, des États-Unis et du Canada sont empêchés par la police politique (la Securitate) d'aller voir le rapporteur à son domicile [13].

Les Nations unies décident de présenter le cas devant la Cour internationale de justice de La Haye[2]. Celle-ci est saisie du dossier au mois d'octobre et rend sa décision, à l'unanimité, en faveur des Nations unies, le 15 décembre 1989 : « Dumitru Mazilu doit jouir de tous les privilèges et immunités diplomatiques prévus par l'article 22 de la Convention. » [14] [3],[4] C'est le seul cas individuel jamais jugé par la Cour internationale de justice de La Haye.

La Révolution de décembre 1989[modifier | modifier le code]

Dumitru Mazilu, Ion Iliescu et Petre Roman durant la Révolution de décembre 1989.

La révolution roumaine est déclenchée à Timișoara le 17 décembre 1989. La nuit du 21 au 22 décembre 1989, en pleine insurrection populaire, Dumitru Mazilu est enlevé de son domicile, à Bucarest, avec son épouse et son enfant, par l'escouade de répression de la police politique et emprisonné à Alexandria [5]. Le 22 décembre, le régime Ceaușescu renversé, Dumitru Mazilu, sorti tout droit de prison, est désigné premier vice-président du pays, dans le cadre du pouvoir provisoire constitué par le Conseil du front de salut national (CFSN). Il est notamment l'auteur de la Proclamation de la Révolution, un programme en 10 points qui est le document sur la base duquel le nouveau pouvoir est instauré. Il marque le changement du régime par l'introduction d'un système pluraliste et démocratique de gouvernement en Roumanie qui remplace la dictature du Parti Communiste. Suite à des divergences avec certains de ses collègues du Conseil du Front de Salut National (CFSN), Dumitru Mazilu donne sa démission du CFSN le 26 janvier 1990, pour protester contre le maintien des pratiques staliniennes dans le pouvoir nouvellement constitué.

L'activité post-révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Dumitru Mazilu, Vice-Président de la Commission des Nations unies pour l'utilisation pacifique de l'espace cosmique (Vienne, 1997)

Ambassadeur aux Philippines (1993-1995), ambassadeur aux Nations unies et auprès de l'OSCE à Vienne (1995-1997), vice-président de la commission des Nations unies pour l'utilisation pacifique de l'espace cosmique (1997-1998), vice-président de la commission des Nations unies pour droit commercial international (1998-2000), membre de l'Académie diplomatique internationale (2002), professeur titulaire dans plusieurs universités de Bucarest (Université chrétienne Dimitrie Cantemir, Université Hyperion, Academie de police Alexandru Ioan Cuza) et de Constanța (Universitaté navale Ovidius).

Doctor Honoris Causa de l'Académie de Police "Alexandru Ioan Cuza" de Bucarest (septembre 2002), de l'Université Internationale "Albert Schweitzer" de Genève (noiembrie 2002), de l'Université "Ovidius" de Constanța (avril 2006), de l'Université Maritime de Constanța (mai 2008).

Auteur de nombre de livres de spécialité (droit, commerce, diplomatie*[15]). Nominé par l'Académie diplomatique internationale pour le Prix Nobel de la paix.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'Avatar d'une conscience (Dumitru Mazilu en dialogue avec Vasile Popa), Maison d'Édition Aura, Timisoara, 2004 [16].

Documents[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b United Nations Chronicle nr. 4/1998 - Defending ... The Universal Declaration of Human Rights
  2. Le Secrétaire Général des Nations Unies s'adresse au Président de la Cour Internationale de Justice de la Haye pour obtenir un avis consultatif dans le cas de Dumitru Mazilu [1] [2]
  3. Cour Internationale de Justice de la Haye. Procès verbaux des audiences publiques, du 4, 5 octobre et 15 décembre 1989 [3]
  4. La Décision nr. 81/15 décembre 1989 de la Cour Internationale de Justice de la Haye [4], L'opinion individuelle du Juge Oda [5], L'opinion individuelle du Juge Shahabuddeen[6], L'opinion individuelle du Juge Evensen [7], Communiqué de presse de la Cour [8] Site de la Cour [9]
  5. Annonce de l'arrestation du dissident roumain par les forces de Sécurité de Ceaușescu [10]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [17] [18] La décision de la Cour internationale de justice de La Haye, du 15 décembre 1989
  • [19] Le discours de Dumitru Mazilu du balcon de l'ex-Comité Central du Parti Communiste, Place du Palais, le soir du 22 décembre 1989
  • [20] Alex Mihai Stoenescu, L'Histoire des coups d'État en Roumanie (IV, 2)
  • [21] "Dumitru Mazilu, le grand perdant de la Révolution", article paru dans Evenimentul zilei, no. 5058, 17 octobre 2007
  • [22] C.V. lors de l'élection, le 11 juin 1998, de Dumitru Mazilu à la Vice-présidence de l'Agence de l'énergie atomique, ayant son siège à Vienne
  • [23], [24], [25], [26] Distinctions
  • [27] Dumitru Mazilu proposé pour le Prix Nobel de la paix