Maxwell Perkins

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William Maxwell Evarts ("Max") Perkins (20 septembre 1884 – 17 juin 1947) a travaillé 36 ans aux Éditions Scribner et a été le découvreur et l'éditeur de (entre autres) Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald et Thomas Wolfe . On a dit de lui qu'« il est le seul literary editor dont les étudiants en littérature américaine (et la plupart de leurs professeurs) aient entendu parler »[1].

Maxwell Perkins

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Descendant des Puritains John Davenport et Theophilus Eaton - et de Roger Sherman, signataire de la Déclaration d' Indépendance, Max Perkins nait le 20 septembre 1884 à New York, grandit à Plainfield (New Jersey), suit les cours de l'école St. Paul's School à Concord (New Hampshire) et sort de Harvard College en 1907. Max Perkins est excellent en économie, mais un de ses professeurs, Charles Townsend Copeland, lui donne le goût de la littérature.

Carrière[modifier | modifier le code]

Max Perkins travaille comme reporter pour The New York Times, puis entre dans la vénérable maison d'édition Charles Scribner's Sons en 1910.

Au début du 20° siècle, Scribner's publiait d'habitude des auteurs comme John Galsworthy, Henry James, et Edith Wharton. Max Perkins, lui, désire publier des auteurs plus jeunes, et il se mêt à la recherche de jeunes auteurs au talent prometteur.

Sa première découverte, en 1919, est un manuscrit de F. Scott Fitzgerald. Mais chez Scribner, il est le seul à aimer le livre de Scott, qui porte le titre provisoire de The Romantic Egotist. Max Perkins doit inciter Scott à ré-écrire presque entièrement l'œuvre, et le manuscrit finit par emporter l'adhésion de ses collègues. Il parait sous le titre This Side of Paradise (L'Envers du paradis (roman) en 1920 et marque la naissance d'une nouvelle génération d'auteurs, qui devra beaucoup à Max Perkins.

La faiblesse de caractère, l'instabilité et l'alcoolisme de Scott Fitzgerald étaient les ennemis de son art, et Max Perkins fut celui qui aida Scott à écrire et qui resta son ami jusqu'à la fin de sa courte vie : il lui avançait de l'argent, lui octroyait des prêts à titre amical, et l'encourageait. C'est à Max Perkins que l'on doit aussi The Great Gatsby (Gatsby le Magnifique, 1925) , un chef-d'œuvre qui sans lui serait resté inabouti.

C'est par Scott Fitzgerald que Max Perkins a connu Ernest Hemingway : Scott lui a signalé en 1924 "un jeune Américain qui vit à Paris et qui écrit dans la Transatlantic Review" . Perkins publie le 1° grand roman d'Hemingway, The Sun Also Rises (Le soleil se lève aussi) en 1926. C'était un livre osé pour l'époque, et Max Perkins dut le défendre contre ses collègues plus traditionalistes, qui le trouvaient grossier. Mais le grand succès que connut (en 1929) le roman suivant d'Hemingway (A Farewell to Arms se plaça en tête de la liste des best-sellers ) créa une fois pour toutes la réputation de talents scout (découvreur de talents) de Perkins.

Thomas Wolfe posa à Perkins un problème particulier : Wolfe (dont le talent et l'auto-discipline étaient inversement proportionnels) écrivait sans retenue, et Perkins avait beaucoup de mal à inciter Wolfe à la concision. Il dut batailler ferme avec Wolfe pour lui faire retrancher 90 000 mots de son 1° roman, Look Homeward, Angel (1929). Pour le second roman, Of Time and the River (1935), Perkins lutta pendant 2 ans contre la prolixité de Wolfe, et finit par l'emporter [1]. Wolfe, d'abord reconnaissant à Max Perkins de son action, finit par lui en vouloir (il pensait à tort que le public attribuait ses livres à Perkins autant qu'à lui-même) et il quitta Scribner's. Perkins resta cependant l'ami de Wolfe, et fut son exécuteur testamentaire quand Wolfe mourut en 1938.

En plus de ces 3 grands auteurs, Max Perkins découvrit d'autres talents : non seulement John P. Marquand (1893-1960) et Erskine Caldwell, mais aussi Marjorie Kinnan Rawlings, dont le livre The Yearling (1938) doit beaucoup aux suggestions de Perkins et gagna le Prix Pulitzer. Perkins avait aussi rendu confiance à Ring Lardner, et c'est grâce à lui que parut le How To Write Short Stories (1924) de Lardner. Il édita aussi Sherwood Anderson, Zelda Fitzgerald [2] , Taylor Caldwell, Marcia Davenport, Martha Gellhorn, Edmund Wilson.

Cry, the Beloved Country (1946) de Alan Paton est aussi une découverte de Perkins, comme l'écrivaine Dawn Powell(1896-1965). Son dernier poulain est James Jones, que Perkins persuade d'abandonner son travail en cours pour se consacrer à From Here to Eternity[3].

Au début des années '50, la santé de Max Perkins décline, et il meurt sans voir le succès de The Old Man and the Sea (1952), que Hemingway dédie à sa mémoire[4].

Mort et in memoriam[modifier | modifier le code]

Max Perkins meurt le 17 juin 1947 à Stamford, Connecticut.

Outre sa courtoisie et son urbanité, Perkins était connu pour sa capacité à reconnaître un bon écrivain, et à savoir l'encourager à produire la meilleure œuvre possible. Grâce à cette qualité que Vance Bourjaily (lui aussi un poulain de Perkins) a appelée "son infaillible perception de la structure d'une œuvre" , Max Perkins a été à même de guider la main de plus d'un auteur.

La douceur de sa main sur les rênes a été vantée par plus d'un de ses poulains : ainsi Roger Burlingame expliquait à Malcolm Cowley du New Yorker : "Il ne vous dit jamais ce que vous devez faire. Au contraire, il vous suggère (et c'est là ce qui est extraordinaire) sans le mentionner, ce que vous avez vous-même envie de faire[5].".

Dans sa biographie (qui a remporté le Prix Pulitzer) , Max Perkins: Editor of Genius , A. Scott Berg écrit : "Son jugement sur les oeuvres littéraires était extraordinaire d'originalité et d'intelligence. Il était fameux pour sa façon d'inciter un auteur à donner ce qu'il avait de meilleur en lui ou en elle. Pour ses auteurs, il était plus un ami qu'un directeur, et il les aidait de multiples façons : à structurer leur livre si nécessaire, à trouver des titres, à inventer des intrigues. Il pouvait devenir psychologue, conseiller en amours ou en mariages, organisateur de carrière, banquier. Peu d'éditeur avant lui avaient travaillé autant sur des manuscripts, et pourtant il professait sans cesse que "le livre appartient à l'auteur"[6].

La bonté et la finesse psychologique de Max Perkins, à 1000 lieues de ces éditeurs qui amputent ou ré-écrivent des chapitres, était donc très appréciée des auteurs.

Au cours de sa carrière, 68 livres (dont The Old Man and the Sea) lui ont été dédiés par ses auteurs.


Max Perkins et son épouse Louise Saunders ont eu 5 filles. Max a été membre du Fox Club (Harvard).

Sa maison de famille (achetée en 1820) à Windsor, Vermont a été transformée en auberge en 2005 : The Snapdragon Inn (L'auberge des mufliers) [7] dispose d'une salle d'exposition sur Max Perkins et sa famille. La maison personnelle de Max Perkins, sise à New Canaan, Connecticut, est répertoriée comme monument historique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • une biographie : Max Perkins: Editor of Genius (1978), de A. Scott Berg. Les archives de Max Perkins sont conservées dans la collection Charles Scribner's Sons à Princeton University.
  • Malcolm Cowley, "Unshaken Friend," New Yorker (April 1 and 8, 1944).
  • Lettres échangées avec Hemingway : Ernest Hemingway et Carlos Baker. Ernest Hemingway, Selected Letters, 1917-1961 - et The Only Thing That Counts, ed. Matthew J. Bruccoli and Robert W. Trogdon.
  • La correspondance avec Scott Fitzgerald est réunie dans Dear Scott, Dear Max: The Fitzgerald-Perkins Correspondence, ed. John Kuehl and Jackson Bryer (1991).
  • Un 3° volume des letrres de Perkins est en voie de publication : Editor to Author: The Letters of Maxwell E. Perkins, chez John Hall Whelock ed.
  • Perkins, Maxwell E. (Maxwell Evarts), 1884-1947; Correspondance avec Thomas Wolfe : Guide; Houghton Library, Harvard College Library
  • "Father to Daughter: The Family Letters of Maxwell Perkins" , Andrews Mcmeel Pub (October 1995)
  • "As Ever Yours: The Letters of Max Perkins and Elizabeth Lemmon", edited by Rodger L. Tarr
  • "William Maxwell Evarts Perkins." Encyclopedia of World Biography, 2nd ed. 17 Vols. Gale Research, 1998. Reproduced in Biography Resource Center. Farmington Hills, Michigan: Thomson Gale. 2005. http://galenet.galegroup.com/servlet/BioRC
  • "Maxwell Perkins: editor of F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Dawn Powell, and Thomas Wolfe", Library of America, Monday, September 20, 2010]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Matthew Bruccoli, The Sons of Maxwell Perkins: Letters of F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Thomas Wolfe, and Their Editor, Columbia, South Carolina, University of South Carolina Press,‎ 2004 (ISBN 978-0-224-61721-5), xvii :

    « Maxwell Perkins (1884-1947) is the only literary editor of whom students of American literature and most of their teachers have heard. »

  2. il fut l'ami fidèle à la fois de Zelda et de Scott Fitzgerald (ce qui ne fut sans doute pas facile) et acheta même un tableau de Zelda (selon Jacques Tournier , Zelda, p. 112)
  3. From Here to Eternity : d'où Zinnemann tirera son film Tant qu'il y aura des hommes
  4. Perkins, Maxwell Evarts; Baughman, Judith, The sons of Maxwell Perkins: letters of F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Thomas Wolfe, and their editor, University of South Carolina Press, 2004]. Cf. p. xxvii
  5. He never tells you what to do. Instead, he suggests to you, in an extraordinarily inarticulate fashion, what you want to do yourself.” in Library of America , http://blog.loa.org/2010/09/maxwell-perkins-editor-of-f-scott.html
  6. "His literary judgment was original and exceedingly astute, and he was famous for his ability to inspire an author to produce the best that was in him or her. More a friend to his authors than a taskmaster, he aided them in every way. He helped them structure their books, if help was needed; thought up titles, invented plots; he served as psychologist, lovelorn adviser, marriage counselor, career manager, money-lender. Few editors before him had done so much work on manuscripts, yet he was always faithful to his credo : “The book belongs to the author" "
  7. voir Snapdragon Inn.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]