Mausolée d'Auguste

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Mausolée d'Auguste
Mausolée d'Auguste
Mausolée d'Auguste

Lieu de construction Champ de Mars
Date de construction 29 av. J.-C.
Ordonné par Auguste
Type de bâtiment Mausolée
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Mausolée d'Auguste
Situation du mausolée d'Auguste
Coordonnées 41° 54′ 22″ N 12° 28′ 35″ E / 41.906111, 12.476389 ()41° 54′ 22″ Nord 12° 28′ 35″ Est / 41.906111, 12.476389 ()  
Liste des monuments de la Rome antique

Le mausolée d'Auguste est un monument funéraire construit par Auguste pour lui-même et sa famille, situé à Rome, au nord du Champ de Mars, non loin du Tibre.

Le modèle qui a inspiré l’édifice a fait débat parmi les spécialistes pendant longtemps, certains y voyant une influence des tumulus étrusques et d’autres considérant la bâtisse comme répondant à un modèle hellénistique.

Très endommagé par des siècles de prédation féroce, les vestiges qui subsistent ne constituent qu’un pâle reflet de son apparence originelle, ce qui explique les vicissitudes de la façon dont les modernes ont représenté cet édifice.

Histoire et fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

Histoire antique[modifier | modifier le code]

Urne d'Agrippine

Le monument fut construit à la demande d'Octavien (futur Auguste) en 29 av. J.-C. [1], sur la rive gauche du Tibre[2], sans doute sur un terrain lui appartenant[3].

Le mausolée prend comme « modèle architectural et idéologique » le tombeau d’ Alexandre le Grand, qu’il avait visité en 30 av. J.-C. lors d’un voyage à Alexandrie[1],[4].

Le monument fut saccagé lors du sac de Rome par Alaric en 410, les urnes furent volées et les cendres dispersées. L’urne d'Agrippine servit durant tout le Moyen Âge de mesure à blé et est conservée au Musée du Capitole.

Redécouverte et fouilles[modifier | modifier le code]

Les fouilles ont eu lieu à plusieurs reprises dans le lieu, principalement en 1937-1938 [1]. Le monument a été très largement dégagé par le régime fasciste de Mussolini qui a aménagé la ‘’piazza Augusto Imperatore’’, « une des plus sinistres réalisations de l’architecture fasciste », car furent détruits tous les immeubles qui le bordaient. Le côté qui flanque le Tibre est occupé par le remontage de l’autel de la Paix Auguste, localisé « là où le pouvoir fasciste lui a trouvé sa localisation la plus prestigieuse, au bord du Tibre, en face du Mausolée d’Auguste »[5]. Toute cette opération constitue « un intéressant exemple de l’exploitation de l’Antiquité romaine à des fins idéologiques et politiques »[1].

Description[modifier | modifier le code]

Il ne subsiste que des éléments des structures internes de l’édifice[4], le gros œuvre des parties inférieures[3].

Description générale[modifier | modifier le code]

Reconstitution du mausolée par Luigi Canina, Gli edifizi di Roma antica, 1851

L’édifice possédait un diamètre de 87 mètres et des murs concentriques en tuf pourvus de murs radiaux. Le mur de soubassement, circulaire également[4], était en travertin et haut de 12 mètres[1].

L’espace extérieur était constitué en forme de tumulus et planté d’arbres, des cyprès [6]. La forme générale était celle d’un tertre conique[4].

Le mausolée d’Auguste a fait l’objet d’une description par Strabon :

« énorme tumulus qui s’élève à peu de distance du fleuve, au-dessus d’un soubassement en marbre blanc déjà très haut par lui-même. Ce tumulus, ombragé d’arbres verts jusqu’à son sommet, est surmonté d’une statue d’airain représentant César-Auguste, et recouvre, avec les restes de ce prince, les cendres de ses parents ou de ses amis ou familiers. Il se trouve qui plus est adossé à un grand bois, dont les allées offrent de magnifiques promenades[7] »

La description de Strabon nous indique que la construction était située dans un enclos de jardins auquel les Romains pouvaient accéder, « à l’exemple des sanctuaires héroïques du monde grec ». Cependant le lieu ne serait jamais devenu un lieu de fréquentation important selon Duret et Néraudau du fait d’un objectif funéraire et de l’éloignement du centre de la Ville[3].

Structure interne[modifier | modifier le code]

Trois lignes de murs allaient vers l’intérieur du monument. Un premier mur épais muni de cloisons et avec remblai de terre était présent, « constituant des secteurs inaccessibles »[1]. Deux autres murs étaient pourvus de cloisons et d’espaces voûtés[8].

Un long couloir permettait d’accéder à une salle circulaire à l’intérieur de laquelle on trouvait un mur de travertin percé de deux portes : ce mur constituait un tambour qui dépassait de la structure du tumulus formant un second étage[9]. Cette structure possédait un diamètre de 9 mètres environ et une hauteur de 45 mètres[6].

Cette structure plus haute était destinée à la sépulture d’Auguste et était probablement ornée d’une colonnade. Un couloir circulaire entourait la cella, qui possédait en son milieu une salle carrée qui était sans doute la tombe du fondateur de l’Empire romain, « exactement sous l’endroit où s‘élevait, au sommet de la pile, la statue en bronze de l’empereur »[9]. En outre, la cella était pourvue de trois niches qui constituaient le lieu d’ensevelissement des autres membres de la famille impériale[9].

Le mausolée d’Auguste possède donc une « structure complexe, à étages superposés »[9],[10].

Obélisques[modifier | modifier le code]

L'obélisque de l'Esquilin, à l'arrière de la basilique Sainte-Marie Majeure

La porte d’entrée du mausolée, orientée au sud[6], était flanquée de deux obélisques égyptiens anépigraphes, ajoutés probablement du temps de Domitien, à la fin du Ier siècle. En l'absence de toute inscription, nous n'avons pas d'indication sur une quelconque utilisation antérieure. On sait seulement qu'ils ont été taillés dans les carrières de granite de Syène (Assouan), peut-être spécialement pour le mausolée.

La présence d’obélisques n’avait pas qu’un but ornemental ou une affirmation de la victoire de Rome sur l’Égypte selon Duret et Néraudau, mais était aussi le signe de la « fascination pour ce monde où les souverains étaient des dieux » [11]


Aujourd'hui, l'un se trouve sur le Quirinal, l'autre sur l'Esquilin [9].

Res Gestae[modifier | modifier le code]

Fragment des Res Gestae du Monumentum Ancyranum

Les piliers de chaque côté de la porte d’entrée étaient munis des tables en bronze des Res Gestae, faits et gestes d’Auguste, dont une copie a été retrouvée sur le mur du temple d’Auguste et Rome d’Ankara, et dont une copie moderne est placée le long du mur du musée de l’Ara Pacis[9].

Édifice dynastique sur modèle hellénistique ?[modifier | modifier le code]

L’apparence de l’édifice devait être très impressionnante, avec le contraste entre éléments naturels, arbres et étendue herbeuse, et éléments construits, murs et statue[12].

Cette construction entreprise dès le début de son règne et le nom de Mausolée qui lui fut donné aussitôt affirme la volonté d’Auguste de fonder une dynastie, à la manière des rois hellénistiques et dans la lignée du Mausolée d’Halicarnasse bâti pour le roi de Carie Mausole [4].

Il s'agit d'une tombe familiale qui rassembla de nombreuses personnalités et par ordre chronologique[9]

Cendres déposées dans le mausolée d'Auguste
Nom Date de décès Précisions
Marcellus 27 av. J.-C. inscription retrouvée en 1927
Agrippa 12 av. J.-C.
Octavie 11 av. J.-C.
Drusus l’Ancien 9 av. J.-C.
Publius Quinctilius Varus 9 ap. J.-C.
Lucius 2 ap. J.-C.
Gaius Caesar 4 ap. J.-C.
Auguste 14 ap. J.-C.
Germanicus 19 ap. J.-C.
Drusus le Jeune 23 ap. J.-C.
Livie 29 ap. J.-C.
Agrippine l'Aînée 33 ap. J.-C. épouse de Germanicus
Tibère 37 ap. J.-C.
Néron et Drusus frères de Caligula
Caligula 41 ap. J.-C.
Claude 54 ap. J.-C. Non certain selon Coarelli
Britannicus 55 ap. J.-C.
Poppée 65 ap. J.-C.
Vespasien 79 ap. J.-C. Non certain selon Coarelli
Nerva 98 ap. J.-C.
Julia Domna 217 ap. J.-C.

Fleury estime que Claude, Britannicus et Nerva y furent inhumés[6]. Néron, empereur qui subit la damnatio memoriae, et Julia, fille d’Auguste, n’y furent pas enterrés.

On ne pense plus, aujourd'hui, qu'il ait été construit sur le plan des tumulus étrusques ; le tombeau d’Alexandre le Grand se présentait également sous la forme d’un tumulus[1]. Duret et Néraudau évoquaient une « structure italienne »[12].

La structure du mausolée se rapproche de la structure des mausolées hellénistiques selon Coarelli, avec tombeau situé dans les parties inférieures de l’édifice alors que la partie supérieure était dédiée à un temple funéraire[9]. Duret et Néraudau considèrent pour leur part que l’édifice « combinait avec la tradition italique la complexité des réalisations hellénistiques »[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Coarelli 1994, p. 213.
  2. a et b Duret et Néraudau 1983, p. 171.
  3. a, b et c Duret et Néraudau 1983, p. 240.
  4. a, b, c, d et e Golvin et Lontcho 2008, p. 141.
  5. Duret et Néraudau 1983, p. 288.
  6. a, b, c et d Fleury 2005, p. 245.
  7. Duret et Néraudau 1983, p. 329.
  8. Coarelli 1994, p. 213-214.
  9. a, b, c, d, e, f, g et h Coarelli 1994, p. 214.
  10. Voir la belle restitution au moyen de l’aquarelle par Jean-Claude Golvin dans Golvin et Lontcho 2008, p. 141.
  11. Duret et Néraudau 1983, p. 310.
  12. a et b Duret et Néraudau 1983, p. 330.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Bernard Andreae, L'art de l'ancienne Rome, Mazenod,‎ 1973 (ISBN 2850880043)
  • Bernard Andreae, L’art romain d’Auguste à Constantin, t. 3, Picard,‎ 2012 (ISBN 9782708409101)
  • François Baratte, Histoire de l’art antique : L’art romain, Paris, éd. Manuels de l’école du Louvre - La documentation française,‎ 1996 (ISBN 2711835243)
  • Ranuccio Bianchi Bandinelli, Rome : le centre du pouvoir : L'univers des formes, nouvelle présentation, Gallimard,‎ 2010 (ISBN 9782070129836)
  • Jean Charbonneaux, L'art au siècle d'Auguste, La Guilde du Livre,‎ 1948
  • Filippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, Hachette,‎ 1994 (ISBN 2-01-235428-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Duby et Jean-Luc Daval, La sculpture : De l'Antiquité au Moyen-âge, Taschen,‎ 2010 (ISBN 9783836523943)
  • Luc Duret et Jean-Pierre Néraudau, Urbanisme et Métamorphoses de la Rome antique, Paris, coll. Realia, Les Belles Lettres,‎ 1983 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Fleury, La Rome antique : plan relief et reconstitution virtuelle, Caen, Presses universitaires de Caen,‎ 2005 (ISBN 2841332322) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Claude Golvin et Frédéric Lontcho, Rome antique retrouvée,‎ 2008 (ISBN 9782877723657) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Heinz Kähler, Rome et son empire, Paris, Albin Michel,‎ 1983 (ISBN 2226018379)
  • Claude Moatti, À la recherche de la Rome antique, découvertes Gallimard,‎ 1989 (ISBN 2070530736)
  • Nancy H. Ramage et Andrew Ramage, L'art romain de Romulus à Constantin, Cologne, Könemann,‎ 1999 (ISBN 3829017219)
  • (en) Paul Rehak, Imperium and cosmos : Augustus and the northern Campus Martius, Madison, University of Wisconsin Press,‎ 2006, 222 p. (ISBN 0-299-22010-9)
  • (en) Lawrence Richardson, A new topographical dictionary of Ancient Rome, Baltimore - London, The Johns Hopkins University Press,‎ 1992 (ISBN 0801843006)
  • (en) Ian Richmond, Roman archaeology and art : essays and studies, Londres, Faber and Faber,‎ 1969, 294 p. (ISBN 0-571-08841-4)
  • Robert Turcan, L'art romain, Flammarion,‎ 1995 (ISBN 9782080101877)
  • (de) Paul Zanker, Augustus und die Macht der Bilder, Munich,‎ 1987