Mausolée royal de Maurétanie

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Le mausolée royal de Maurétanie, porte est

36° 34′ 29″ N 2° 33′ 12″ E / 36.57472, 2.55333 () Le Mausolée royal de Maurétanie, surnommé Tombeau de la Chrétienne, en arabe Kbour-er-Roumia, est un monument de l'époque numide, situé en Algérie, sur l'actuelle commune de Sidi Rached, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest d'Alger.

Inscrit en 1982 au patrimoine mondial au titre de « Tipaza » pour les critères (iii)(iv), le mausolée royal de Maurétanie est en outre sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2002 au titre des « Les Mausolées Royaux de Numidie, de la Maurétanie et les monuments funéraires pré-islamiques » pour les critères (ii)(iii)(iv)[1].

Description[modifier | modifier le code]

Situation sur les collines du Sahel algérois à l'Est de Tipaza

L'édifice, un tumulus de pierre d'environ 80 000 m3, ressemble de loin à une énorme meule de foin. Il mesure 60,9 mètres de diamètre et 32,4 m de hauteur. Érigé non loin de Tipaza (près du village de Sidi Rached), sur une crête des collines du Sahel algérois, il domine la plaine de la Mitidja à 261 mètres d'altitude.

Il comporte une partie cylindrique ornée sur son périmètre, dont le développement est de 185,5 m, de 60 colonnes engagées surmontées de chapiteaux ioniques et supportant une corniche. Cette partie présente quatre fausses portes situées aux points cardinaux. Ce sont des panneaux de pierre de 6,9 m de haut, encadrés sur un chambranle et partagés au centre par des moulures disposées en croix. C'est cet ornement qui a justifié le nom traditionnel de Tombeau de la Chrétienne.

Sous la porte sud le tunnel creusé par Berbrugger qui lui a permis de rejoindre la couloir circulaire à l'intérieur de l'édifice

Au-dessus, la partie conique est constituée de 33 assises de pierres, hautes de 58 cm, et se termine par une plate-forme. Elle est largement échancrée au-dessus de la fausse porte de l'Est[2].

L'entrée véritable du monument, longtemps ignorée, se situe dans le soubassement, sous la fausse porte de l'Est. Elle a été découverte lors de la campagne de fouilles menée en 1865 par Adrien Berbrugger, inspecteur des Monuments historiques, à la demande de Napoléon III. C'est une porte basse, 1,1 m de haut, et étroite, qui donnait sur une dalle coulissante en grès, trouvée brisée. Ensuite un couloir d'accès très bas conduit au vestibule des lions. Il est ainsi appelé parce qu'on y voit un lion et une lionne sculptés en relief au-dessus de l'accès au couloir intérieur. Ce vestibule voûté mesure 5,33 m de long, 2,52 m de large et 3,20 m de haut.

Cette entrée est aujourd'hui condamnée et est inaccessible aux visiteurs.

De ce vestibule on accède en gravissant 7 marches à la galerie circulaire. Celle-ci suit un tracé circulaire horizontal formant un cercle presque complet, qui partant de la fausse porte Est passe successivement derrière les fausses portes du Nord, de l'ouest et du Sud, avant de tourner vers le centre du monument.

Plan de l'édifice

Au bout de la galerie, une porte munie d'une herse, brisée elle-aussi, ouvre sur un vestibule de 4,04 m de long, 1,58 m de large et 2,73 de haut. De ce vestibule, un couloir surbaissé mène à la chambre centrale située au cœur du monument. Fermée par une porte à herse coulissante, trouvée aussi brisée, ce caveau voûté mesure 4,04 de long, 3,06 de large et 3,43 de haut. Orienté nord-sud, avec l'entrée à l'est, il comporte 3 niches sur chacune des parois nord, sud et ouest.

Le monument est entièrement vide de tout mobilier. Aucune chambre secrète n'a été trouvée, malgré de nombreuses recherches.

La date de construction et la fonction réelle de ce monument ne sont pas connues avec certitude. Sur la date, on sait qu'il est mentionné dans un texte du géographe Pomponius Mela[3], daté des années 40 ap. J.-C., époque où le royaume de Maurétanie fut annexé par Rome. Certains historiens pensent qu'il s'agit d'un mausolée royal construit par le roi Juba II qui régna de 25 av. J.-C. à 23 ap. J.-C. et son épouse, la reine Cléopâtre Séléné. Pour d'autres, l'étude architecturale du monument permettrait de le dater approximativement du Ier ou IIe siècle av. J.-C. et donc antérieurement à la domination romaine sur l'Afrique du Nord. Stéphane Gsell a bien dit à son sujet : « C'est une construction de type indigène couverte d'une chemise grecque. »

Historique du nom donné à ce tombeau[modifier | modifier le code]

L'Assise du monument

Juba II fut un des hommes les plus savants de son temps : Pline et Plutarque le citent souvent dans leurs ouvrages à titre de référence incontestable, notamment dans les domaines de l'histoire, de la géographie, de la grammaire, de l'éducation, de la philosophie, de l'archéologie, de l'histoire naturelle, de la botanique, de l'art lyrique, de la peinture, etc.

Quant à son impériale épouse, si ses actes n'ont pas pris place dans les bibliothèques sous forme de livres, c'est qu'elle se dévouait sans compter pour le bien-être de son peuple dont elle était aimée, voire vénérée. C'est cette vénération qui s'est traduite, après la mort de Séléné, par un mausolée dénommé par les populations locales : Tombeau de la Romaine.

La traduction française a confondu en une seule et même signification Roumi qui veut dire Romain, ou Roumia pour Romaine avec Roum signifiant Chrétien.

Sommet du monument

Cette mauvaise traduction ne peut que surprendre puisqu'au Ier siècle de l'ère chrétienne, le christianisme ne s'était pas encore étendu au delà de la Palestine et ce monument ne peut donc appartenir au monde chrétien.

Un monument analogue se trouve dans l'Est algérien, c'est le Medracen situé près de Batna. Il en diffère cependant par la taille, seulement 18,5 m de haut, la structure interne, et est certainement plus ancien.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. Ref. 1776 du patrimoine mondial.
  2. « Le pacha Salah Raïs, en 1555, a tenté de démolir le K'bour pour en enlever le trésor. Il l'a même fait battre au canon, sans autre résultat qu'abimer la fausse porte de l'Est » (Mounir Bouchenaki, Le Mausolée Royal de Maurétanie, traduction en arabe de Abdelhamid Hadjiat, Ministère de l'information et de la culture, Direction des musées, de l'archéologie et des monuments et sites historiques, Alger, 1979, p. 13).
  3. Il parle de « monumentum commune regiae gentis », Gabriel Camps, « Nouvelles observations sur l'architecture et l'âge du Medracen, mausolée royal de Numidie », CRAI, 117-3, 1973, p. 470

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Christofle, Le tombeau de la Chrétienne, Paris, 1951.
  • Yvon Thébert et Filippo Coarelli, « Architecture funéraire et pouvoir : réflexions sur l'hellénisme numide », MEFRA, Année 1988 Lire en ligne
  • Mounir Bouchenaki, Le Mausolée Royal de Maurétanie, traduction en arabe de Abdelhamid Hadjiat, Ministère de l'éducation nationale, Direction des affaires culturelles, Alger, 1970 (34 + 17 p.)
  • Mounir Bouchenaki, Le Mausolée Royal de Maurétanie, traduction en arabe de Abdelhamid Hadjiat, Ministère de l'information et de la culture, Direction des musées, de l'archéologie et des monuments et sites historiques, Alger, 1979 (34 + 22 p.) [édition remaniée]
  • Mounir Bouchenaki, Le Mausolée Royal de Maurétanie, Agence Nationale d'Archéologie et de Protection des Sites et Monuments Historiques, Alger 1991
  • Monique Dondin-Payre, « L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et la photographie : les fouilles du Tombeau de la Chrétienne au XIXe siècle », CRAI, 147-3, 2003 p. 1139-1157 Lire en ligne