Maurizio Cattelan

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Maurizio Cattelan

Naissance 21 septembre 1960 (54 ans)
Padoue Drapeau de l'Italie Italie
Nationalité Italienne
Mouvement artistique art contemporain

Œuvres réputées

Him

Maurizio Cattelan est un artiste italien né à Padoue le 21 septembre 1960[1]. Il vit et travaille à New York.

Ses œuvres connaissent le succès à la fin des années 2000 sur le marché de l'art contemporain[2] et chez les collectionneurs[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfant des rues, issu d'un milieu populaire, il débute par toutes sortes de petits boulots, mais sans succès et vit licenciement sur licenciement. Il travaille même à la morgue ce qui va le marquer et, qui sait, être à l'origine de son goût particulier pour le macabre. Au sujet de son enfance, il dit dans une interview :

« La pire période de mon existence. Les décisions sont toujours prises par quelqu'un d'autre : parents, professeurs… Je n'en garde aucun bon souvenir. »

Au début des années 1980, pour occuper son oisiveté, il se met à fabriquer des petits meubles en bois, qu'il tente de vendre, ce qui lui permet d'entrer en contact avec des personnalités du design comme Ettore Sottsass et le groupe de Memphis. Il fait alors éditer un catalogue de ses réalisations qu'il envoie par mailing aux galeries en un millier d'exemplaires. Cette action promotionnelle lui permet de faire une petite percée dans le milieu du design et de l'art contemporain.

Il décide alors de trouver sa place et de faire parler de lui par la provocation et les détournements, ou par la surprise : il plante des oliviers dans la cour d'institutions, présente une autruche empaillée avec la tête enterrée dans le sol, se balade déguisé en figurine avec une tête géante de Picasso, transforme son galeriste parisien en lapin rose et phallique, accroche sur un mur son galeriste milanais avec du ruban adhésif, crée la Fondation Oblomov.

Cattelan s'installe définitivement à New York au début des années 1990 dans un deux pièces de l'East Village qu'il occupe toujours, mais conserve son pied à terre à Milan. Il n'a pas d'atelier, juste un téléphone.

Il a créé plusieurs revues d'artistes (Permanent Food, Charley, Toilet Paper) dans lesquelles il publie notamment des images « volées » ou « empruntées » à d'autres magazines ou d'autres artistes.

Le musée Guggenheim de New York présente en janvier 2012 une rétrospective de son œuvre sur 21 années, intitulée « Maurizio Cattelan: All »[4].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Pour accentuer sa critique, Cattelan ouvre sa propre galerie new-yorkaise (la « wrong gallery »), galerie où rien ne se vend et qui est de toute façon fermée en permanence par simple contestation. Lorsqu'il ne veut pas se déplacer lui-même pour répondre, même de façon lapidaire, aux interviews, il n'hésite pas à envoyer son assistant et compère Massimiliano Gioni à sa place — une journaliste du New York Times s'est fait piéger.

Cattelan crée des œuvres qui font toujours scandale et donnent lieu à toutes sortes d'interprétations, jusqu'à mettre en cause la religion et le sacré, comme La Nona Ora, sculpture qui représente une effigie, en cire et grandeur nature, du défunt pape Jean-Paul II terrassé par une météorite. L'artiste n'apprécia d'ailleurs pas la revente de La Nona Ora par son collectionneur ; pour illustrer son mécontentement, il scotcha son galeriste (Massimo De Carlo) au mur afin qu'il se vende lui-même.

Il ne fabrique jamais ses pièces et utilise parfois des acteurs pour ses performances. En 1994, il persuade le célèbre galeriste Emmanuel Perrotin de passer un mois déguisé en lapin rose et pénis marchant, Errotin le Vrai Lapin. À une autre occasion, il fait pédaler sur place les gardiens du musée où on lui demande d'exposer.

Cattelan base donc son art sur le tragique, le drôle mais, surtout, la provocation. Il veut marquer les esprits, à tel point que des accidents se sont déjà produits ; à Milan, sur la place du 24-Mai, où il avait pendu trois mannequins d'enfants à un chêne, un homme outré s'est fendu le crâne en voulant décrocher ces sculptures. L'œuvre a été retirée — mais l'incident a été largement popularisé par le journal télévisé — et continue d'exister à travers les documents d'actualité de l'époque.

Sa sculpture Him, réalisée en 2001, connut un énorme succès.

Réception[modifier | modifier le code]

Il entretient une allure de « ragazzo[5] » italien[réf. nécessaire]. Des médias rapportent qu'il est désigné comme « le Buster Keaton de l'art contemporain[6] » ou comme « l'idiot du village » de l'art contemporain[7] ». Le caractère provocateur de ses expositions est généralement évoqué[8],[9],[10].

Sélection d'œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1996 :
    • La Ballade de Trotski, composé d'un véritable cheval, vendue par Sotheby's en 2004 pour 2,08 millions de US$.
    • Novecento, analogue (ou la même ?), véritable cheval empaillé suspendu, par des harnais de cuir, à un des hauts plafonds peints du Château de Rivoli (musée d'art contemporain).
  • 1997  :
    • Charlie don't surf (1997), enfant au pupitre, les deux mains clouées par des crayons, au musée d'art contemporain (musée au Château de Rivoli).
    • Autruche mâle naturalisée (1997), Une autruche, la tête enfoncée dans le parquet (Fonds national d'art contemporain).
  • 1999 :
    • La Neuvième heure (La Nona Ora), créée en 1999, une effigie, en cire et grandeur nature, du pape Jean-Paul II terrassé et cloué au sol par une météorite, vendue par Christie's en 2004 pour 3 millions de US$.
    • Mère, présentée à la Biennale de Venise, un véritable fakir en train de prier est enfoui sous le sable, ses mains seules sont en vue. Cette performance fut réalisée quatre fois une heure par jour.
  • 2001 :
    • Hollywood, des lettres blanches géantes identiques à celles d'Hollywood sont plantées sur une colline dominant la décharge publique de Palerme, la plus importante de Sicile. Dans le cadre de la biennale de Venise, il affrète un avion et fait admirer sa réalisation par la jet-set de l'art contemporain, déclarant : « L'art doit être en compétition avec la télévision. Si on n'utilise pas la même stratégie, on n'aura jamais de succès. »
    • Par peur de l'amour, un éléphant en uniforme du Ku Klux Klan, vendue par Christie's en 2004 pour 2,7 millions de US$.
    • Him, représentant un petit Adolf Hitler agenouillé comme s'il priait. Cette œuvre a été exposée durant un mouvement néo-nazi en Suède, afin de rappeler les horreurs qu'a causées le nazisme[réf. nécessaire]. Elle est l'objet d'une controverse lors de son exposition à Varsovie en novembre 2012[11].
  • 2004 :
    • Maintenant, présentée à Paris dans la chapelle des Petits-Augustins aux Beaux-Arts, représente la dépouille de John Fitzgerald Kennedy allongé dans son cercueil. Il s'agit d'un mannequin en cire, pieds nus dans un cercueil ouvert.
  • 2013 :
    • Kaputt, une série de cinq chevaux naturalisés accrochés à un mur par l'encolure, exposés à la Fondation Beyeler[12].

Publications[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hans Werner Holzwarth, Art Now Vol 3. A cutting-edge selection of today's most exciting artists, Cologne, Taschen, 2008, pp. 88-91
  • Uta Grosenick, Burkhard Riemschneider, Art Now. 137 Artists at the Rise of the New Millenium, Cologne, Taschen, 2002, pp. 88-91
  • 6th Caribbean Biennal - A Project by Maurizio Cattelan, Les presses du réel, Dijon (2001) (ISBN 978-2-84066-050-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (it) Cattelan, paura d'essere risucchiato dallo scarico della lavatrice dans La Stampa le 20 juillet 2010.
  2. Olivier Wicker, « L'échelle de la célébrité », Libération Nextcinéma,‎ 3 juin 2011 (lire en ligne)
  3. (en) Personnel de rédaction, « Against the odds », The Economist,‎ 2 octobre 2009 (lire en ligne)
  4. (en) Roberta Smith, « A Suspension of Willful Disbelief », The New York Times,‎ 3 novembre 2011 (lire en ligne)
  5. Jeune homme.
  6. Interview dans Paris Match à lire sur parismatch.com.
  7. Site French Morning de New York frenchmorning.com.
  8. (it) Laura Larcan, « "Tutto" Cattelan al Guggenheim, irriverenza e provocazione », La Repubblica Arte, Recensioni,‎ 4 novembre 2011 (lire en ligne)
  9. Thierry Hay, « Maurizio Cattelan le provocateur expose à New York », culturebox.francetvinfo.fr,‎ 30 novembre 2011 (lire en ligne)
  10. Jean Pierrad, « Maurizio Cattelan - L'art spaghetti ? », lepoint.fr,‎ 19 janvier 2012 (lire en ligne)
  11. Alice Bosio, « Une statue d'Hitler controversée à Varsovie », Le Figaro,‎ 31 décembre 2012 (lire en ligne)
  12. Harry Bellet, « Bâle : les chevaux de Maurizio Cattelan », Le Monde,‎ 10 juin 2013 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]