Maurice d'Elbée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Maurice Gigost d'Elbée
Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée, par Paulin Guérin.
Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée, par Paulin Guérin.

Surnom Général la Providence
Naissance 21 mars 1752
Dresde
Décès 6 janvier 1794 (à 42 ans)
Noirmoutier
Fusillé
Origine Allemand, Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Arme cavalerie
Grade Généralissime
Années de service 1777 - 1783, – 1793 - 1794
Conflits Guerre de Vendée
Commandement Armée catholique et royale
Faits d'armes Première Bataille de Fontenay-le-Comte
Bataille de Saumur
Bataille de Nantes
Bataille de Luçon
Bataille de Tiffauges
Bataille de Cholet

Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée, général des armées vendéennes, né le 21 mars 1752, à Dresde, d'une famille française établie en Saxe. Il meurt le 6 janvier 1794.

Biographie[modifier | modifier le code]

D'Elbée protégeant les prisonniers républicains après la bataille de Chemillé, peinture de Marie Félix Edmond de Boislecomte.

Il vint en France en 1777, y fut naturalisé, entra dans un régiment de cavalerie, parvint au grade de lieutenant, donna sa démission en 1783. Il se maria le 17 novembre 1788 en l’église de la Gaubretière, avec Marguerite-Charlotte du Houx d’Hauterive, et dès lors vécut retiré dans un bien de campagne près de Beaupréau en Anjou. Son fils Louis-Joseph Maurice d’Elbée, né le 12 mars 1793, lui survivra.

Maurice d'Elbée suivit les princes à Coblentz ; mais il revint pour obéir à la loi qui ordonnait aux émigrés de rentrer.

En 1793, les paysans de Beaupréau le décidèrent à se mettre à leur tête. Sa troupe se grossit de celles de Bonchamps, Cathelineau et Stofflet. Il servit d'abord sous Cathelineau, fut reconnu pour généralissime après la mort de ce chef, battit les Républicains à Coron et à Beaulieu, mais n'éprouva plus ensuite que des revers.

C'est en qualité de généralissime qu'il se trouva, le 30 juillet 1793, à la bataille de Luçon gagnée par les Républicains et dans laquelle il s'exposa aux plus grands dangers et contribua à sauver l'armée vendéenne d'une complète déroute. Une seconde défaite des Vendéens à Luçon, le 13 août suivant, fut encore plus meurtrière.

Mort du général D'Elbée, peinture de Julien Le Blant.

L'armée royale fut complètement défaite à la bataille de Cholet par le général Kléber. D'Elbée, blessé grièvement dans cette dernière bataille, fut d'abord transporté à Beaupréau, puis à Noirmoutier ; trois mois après, les Bleus s'étant emparés de cette île, il fut traduit devant une commission militaire, condamné à mort et fusillé sur la place publique du bourg de Noirmoutier, où on l'avait amené dans un fauteuil parce que ses quatorze blessures ne lui permettaient pas de se tenir debout (le siège a été repris par la famille d'Elbée qui le garda dans leur résidence jusque dans les années 1975, chez le marquis Charles Maurice d'Elbée. Lorsque celui-ci apprit qu'un musée vendéen était en construction à Noirmoutier, il fit don de ce fauteuil, désormais conservé au château de Noirmoutier).

Au jugement de plusieurs biographes, d'Elbée fut un homme pieux, d'un courage constant. Ses soldats l'avaient surnommé le général la Providence. De par son côté assez effacé, ce général n'aimait pas se mettre sur le devant de la scène, de sorte que les historiens oublièrent assez longtemps de reconnaître le rôle important qu'il joua dans les guerres de Vendée. Fin stratège, il était très aimé de ses soldats : Turreau dans ses mémoires, dira qu'il avait vu des soldats pleurer en entendant le seul nom de d'Elbée.

Madame d’Elbée fut fusillée à son tour, vingt jours après son mari, en janvier 1794, et enterrée sans sépulture dans un chemin creux en compagnie de madame Mourain. Les restes de son corps furent découverts par hasard longtemps après.

Son fils Louis-Joseph Maurice d’Elbée fut élevé à Beaupréau. Il servit dans les armées de Napoléon où il s’illustra à Leipzig, et à la bataille d’Hanau. Blessé à Hanau, il fut fait prisonnier et transporté à l'hôpital de Potsdam où il décéda l’année suivante[1].

Regards contemporains[modifier | modifier le code]

« Dans la grande armée, le principal chef était, en ce moment, M. d'Elbée ; il commandait plus particulièrement les gens des environs de Cholet et de Beaupréau. C'était un ancien sous-lieutenant d'infanterie, retiré depuis quelques années; il avait alors quarante ans; il était de petite taille, n'avait jamais vécu à Paris ni dans le monde; il était extrêmement dévot, enthousiaste, d'un courage extraordinaire et calme: c'était son principal mérite. Son amour-propre se blessait facilement : il s'emportait sans propos, quoiqu'il fût d'une politesse cérémonieuse, il avait un peu d'ambition, mais bornée comme toutes ses vues. Dans les combats il ne savait qu'aller en avant, en disant: « Mes enfants, la Providence nous donnera la victoire. » Sa dévotion était très-réelle; mais comme il voyait que c'était un moyen de s'attacher les paysans et de les animer, il y mettait beaucoup d'affectation et un ton de charlatanisme que l'on trouvait souvent ridicule; il portait sous son habit de pieuses images; il faisait des sermons et des exhortations aux soldats, et surtout il parlait toujours de la Providence; au point que les paysans, bien qu'ils l'aimassent beaucoup et qu'ils respectassent tout ce qui tenait à la religion, l'avaient, sans y entendre malice, surnommé le général la Providence. Malgré ces petits ridicules, M. d'Elbée était au fond un homme si estimable et vertueux, que tout le monde avait pour lui de l'attachement et de la déférence[2]. »

— Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires.

« A un physique agréable et distingué, d'Elbée joignait les talents nécessaires à un chef de parti. Militaire consommé, il avait formé les vendéens à la manière de combattre la plus convenable à la localité et au génie de ce peuple. Ce chef de parti avait toutes les qualités pour jouer un grand rôle. [...] D'Elbée a donné la preuve de ses talents dans l'exécution des plans. Ses lieutenants ont été battus à chaque fois qu'ils se sont écartés de ses principes. D'Elbée avait le don de la parole. Il s'exprimait avec grâce et facilité. Son éloquence était douce et persuasive. Il savait varier ses formes et ses tons. Il prenait souvent vis-à-vis des rebelles celui d'un inspiré, et il avait tellement acquis leur confiance et leur attachement, qu'après sa mort, j'ai vu des prisonniers vendéens verser des larmes, lorsqu'ils entendaient prononcer son nom[3]. »

— Louis Marie Turreau

Source[modifier | modifier le code]

  1. [1] Jacques Dupire - Le général d'Elbée. - En "La lettre du génie"
  2. Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Mémoires de Madame la marquise de la Rochejaquelein, sixième édition, 1848. p.149-150.
  3. Louis Marie Turreau Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre de Vendée, Volume 35, Partie 1, p.63-64.