Maurice Nadeau

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Maurice Nadeau

Nom de naissance Maurice Nadeau
Alias
Joë Christmas
Naissance 21 mai 1911
Paris
Décès 16 juin 2013 (à 102 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Activité principale critique littéraire, directeur littéraire de collections, directeur de revues et éditeur

Maurice Nadeau, né à Paris le 21 mai 1911[1] et mort dans la même ville le 16 juin 2013 (à 102 ans)[2], est un instituteur[3], écrivain[4], critique littéraire, directeur littéraire de collections, directeur de revues et éditeur français.

Il est le père de l'actrice Claire Nadeau et du réalisateur Gilles Nadeau.

Biographie[modifier | modifier le code]

Orphelin de guerre, Maurice Nadeau entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Il y découvre la politique. En 1930, à 19 ans, il adhère au PCF, où il est amené à militer avec Georges Cogniot[5]. Il en est exclu en 1932. Il lit alors Lénine et Léon Trotski, ce qui l'incite à rejoindre la Ligue communiste de France de Pierre Naville. C'est au cours de ces années qu'il fréquente Louis Aragon, André Gide, André Breton, Jacques Prévert, Benjamin Péret.

Nommé professeur de lettres en 1936, il enseignera jusqu'en 1945, brièvement comme professeur de lettres à Prades, mais il préférera très vite être instituteur à Thiais, afin de se rapprocher de Paris. C'est alors qu'il collabore avec André Breton à la revue Clé qui proteste contre l’internement en France des républicains espagnols dans le contexte de la montée de la guerre.

Après le bref épisode de sa mobilisation, il reprend l'enseignement sous l’occupation nazie et s'engage dans des activités politiques clandestines. Son réseau de Résistance (qui comprenait un soldat allemand qui sera fusillé) sera démantelé au cours d'une rafle : David Rousset et plusieurs de ses membres seront déportés. L'épouse de David Rousset aide alors Nadeau à échapper à la déportation.

Cette première partie de sa vie l'amène en 1945 à publier une Histoire du surréalisme, qui a été un temps un ouvrage de référence sur le sujet, même si André Breton ne la trouva pas exactement à son goût.

À la Libération, il entre d'abord comme critique, grâce à Pascal Pia qui en est le rédacteur en chef, dans le journal issu de la Résistance Combat dirigé par Albert Camus. Il tient la page littéraire durant sept ans et y fait connaître des auteurs comme Georges Bataille, Jean Genet, René Char, Henri Michaux, Claude Simon, Henry Miller, et entreprend de commencer l'édition des œuvres du marquis de Sade. Il étonne ses contemporains en prenant la défense de Louis-Ferdinand Céline.

Commence alors une longue période éditoriale dans diverses maisons et journaux : ainsi il est directeur de la collection Le Chemin de la Vie aux éditions Corréa de 1949 à 1954, critique au Mercure de France de 1949 à 1953, critique à France-Observateur (1952-1959), puis à L’Express de Françoise Giroud (1959-1964), directeur de collection aux Éditions Julliard (1953-1964), il dirige une revue littéraire, Les Lettres nouvelles, (1953-1976), où il publie Edmond Jabès, Yves Bonnefoy, Salah Stétié. C'est alors que, voisin de palier de la revue Les Temps modernes, il fréquente Jean-Paul Sartre, avec qui, durant la guerre d'Algérie, il signe et diffuse le Manifeste des 121 (1960). Il travaille ensuite chez Denoël (1965-1977) puis aux éditions Robert Laffont.

Le 15 mars 1966, il publie, avec François Erval, le no 1 du bimensuel La Quinzaine littéraire[6]. Il la dirige à partir de 1970, et, dès le no 2, s'assure de la collaboration étroite d'Anne Sarraute[7]. Cette publication traverse régulièrement des difficultés financières. Une vente aux enchères est même organisée en 1976 pour la sauver, avec la participation de personnalités comme Pierre Soulages, Samuel Beckett, Henri Michaux ou Nathalie Sarraute.

Les Lettres nouvelles devient alors le nom de sa propre maison d'éditions qu'il fonde en 1977 et qu'il continue à diriger jusqu’à sa mort[8]. En 1984, elles deviennent les Éditions Maurice Nadeau. Il y publie notamment le premier roman de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, les ouvrages du futur Prix Nobel, J. M. Coetzee, et des jeunes auteurs comme Soazig Aaron, Ling Xi ou Yann Garvoz.

Le 16 mai 2013, Maurice Nadeau a signé un texte intitulé Vous ne laisserez pas mourir la Quinzaine[9]. Il appelait à la création d’une société participative comportant deux collèges (l’un regroupant les lecteurs et amis de la Quinzaine littéraire, l’autre les collaborateurs) afin que chacun – ami ou écrivain collaborateur – puisse devenir actionnaire et propriétaire de « son » journal. Il s'est éteint un mois plus tard.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Maurice Nadeau a notamment reçu le prix Mac Orlan en 1982 et le Grand Prix national des lettres en 1988.

Il a été Commandeur des Arts et des Lettres[10].

Travail éditorial[modifier | modifier le code]

alternative textuelle
Claire Nadeau, Maurice Nadeau et Tiphaine Samoyault à l'Odéon ; enregistrement pour France Culture le 26 avril 2011.

On lui doit l’édition – et parfois la découverte – en France de nombreux auteurs[11], parmi lesquels (par ordre alphabétique) :

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Histoire du surréalisme, Le Seuil, 1945 ; Points-Seuil 1970
  • Marquis de Sade : Œuvres, précédé de Exploration de Sade, La Jeune Parque, 1947. [Textes choisis par Maurice Nadeau, précédés d'un essai.]
  • Documents surréalistes, Le Seuil, 1948. [Ils seront repris en appendice de Histoire du surréalisme en 1969.]
  • Littérature présente, Corréa, 1953
  • Michel Leiris et la quadrature du Cercle, essai, Julliard, 1963 ; Maurice Nadeau, 2002. [Le premier d'une série d'ouvrages présentant cet auteur, visant ici particulièrement le jeune public. Avec un portrait de Michel Leiris par Alberto Giacometti.]
  • Gustave Flaubert : Œuvres complètes et Correspondance, dix-huit volumes, Rencontre, 1965-1983
  • En collaboration avec Robert Kanters : Anthologie de la poésie française, 12 volumes, Rencontre (Lausanne), 1966-1967
  • Le Roman français depuis la guerre, essai, Gallimard, 1969 ; Le Passeur en 1992. [Une histoire littéraire de l'immédiat après-guerre jusqu'au Nouveau roman.]
  • Gustave Flaubert, écrivain, études, Denoël, 1969 ; Maurice Nadeau, 1980. [Ce livre regroupe les 18 préfaces fournies pour l'édition des Œuvres complètes de Gustave Flaubert, référencées ci-dessus.]
  • En collaboration avec Serge Quadruppani : Un coupable idéal, Roger Knobelspiess, Maurice Nadeau, 1985
  • Album de la Pléiade : André Gide, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, , 1985
  • Grâces leur soient rendues, Albin Michel, 1990 et 2011 [Portraits de diverses personnalités de la littérature et du monde éditorial.]
  • Une vie en littérature. Conversations avec Jacques Sojcher, Complexe, 2002
  • Sade, l'insurrection permanente, Maurice Nadeau, 2002
  • Serviteur ! Souvenirs littéraires, Albin Michel, 2002. [Choix d'articles critiques parmi sa production dans diverses revues et journaux.]
  • Journal en public, Maurice Nadeau / La Quinzaine littéraire, 2006. [Dix ans de réflexions critiques tenues dans La Quinzaine littéraire, pour ce livre dont le titre reprend celui du Journal en public d'Elio Vittorini, préfacé par Maurice Nadeau pour l'édition française, Gallimard / Du monde entier, 1961.]
  • Ferdinando Scianna, Actes-Sud, 2008. [Texte de présentation du photographe italien.]
  • Le Chemin de la vie, entretiens avec Laure Adler, Verdier, 2011

Autres[modifier | modifier le code]

Quatre films[modifier | modifier le code]

  • Maurice Nadeau (32 min) L'épisode 17/20[12] de la collection Passages, ensemble réalisé par Michel Burnier (université de Bretagne, Brest), CNRS, 2005
  • Maurice Nadeau, révolution et littérature (deux versions : 52 min et 82 min) réalisé par Gilles Nadeau (Morgane prod. & Gilles Nadeau), 2005. 52 min diffusé sur la chaîne histoire en 2005. (82 min diffusé sur DVD + livre diffusé par LMAC sous le titre Maurice Nadeau. Entretiens. Une histoire personnelle et mouvementée de la littérature)
  • Maurice Nadeau, une vie en littérature (54 min) Diffusé sur Arte 28 mai 2011) réalisé par Ruth Zylberman produit par Zadig productions.
  • Maurice Nadeau, entretiens filmés. (2010) À l’occasion du millième numéro de la Quinzaine littéraire, Claire Richard, membre du comité de rédaction, a interviewé son directeur. Plusieurs extraits vidéo de Maurice Nadeau, écrivain, éditeur, cofondateur de la Quinzaine littéraire en mars 1966. Comment a été créée la revue en mars 1966. Être directeur d’une revue, c’est publier ce qui paraît publiable ; Je regrette qu’il n’y ait pas assez de jeunes qui viennent [13].

Une curiosité[modifier | modifier le code]

  • Bernard Fillaire, Lettre à Maurice Nadeau, le Cherche midi, 2005

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Nadeau, Maurice », notice d'autorité personne n° FRBNF11917345, catalogue Bn-Opale Plus, Bibliothèque nationale de France, créée le 23 avril 1976 et mise à jour le 24 février 2004.
  2. Pierre Haski, « Maurice Nadeau s’éteint à cent ans passés et un dernier combat », sur rue89.com,‎ 17 juin 2013 (consulté le 17 juin 2013)
  3. Maurice Nadeau, éditeur génial et désargenté, mort à la tâche à 102 ans, article sur le site du quotidien Le Monde, daté du 17 juin 2013.
  4. Sous le pseudonyme de Joë Christmas, Maurice Nadeau a publié en 1941 Barbara Rogers aux éditions Georges Ventillard (source BnF). Photographie de la couverture.
  5. Grâces leur soient rendues, Albin Michel, 1990, p. 13.
  6. Le site de La Quinzaine littéraire.
  7. Née en 1930, Anne Sarraute est la fille de l'écrivain Nathalie Sarraute, la monteuse d'Alain Resnais, (Toute la mémoire du monde, Le Mystère de l'atelier quinze, Hiroshima mon amour, et son assistante sur Nuit et brouillard) et la monteuse de Chris Marker (Lettre de Sibérie). Elle entre à La Quinzaine littéraire dès 1966 et en devient la cheville ouvrière, jusqu'à son décès en 2008.
  8. Écouter un jeune homme de quatre-vingt-dix-sept ans, réalisé au printemps 2008 : un entretien avec Maurice Nadeau.
  9. Vous ne laisserez pas mourir la Quinzaine
  10. Entretien filmé de Maurice Nadeau par Michel Boujut
  11. Le Chemin de la vie, entretiens avec Laure Adler, Verdier, 2011.
  12. Le film sur le site de la vidéothèque du CNRS.
  13. laquinzaine.wordpress.com, octobre 2009

Liens externes[modifier | modifier le code]