Mathilde Carré

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Mathilde Carré

Nom de naissance Mathilde Lucie Bélard
Alias
La petite Princesse
La Chatte
Naissance 30 juin 1908
Le Creusot
Décès 30 mai 2007 (à 98 ans)
Paris 6e
Nationalité Française
Pays de résidence Drapeau de la France France
Profession
Infirmière
Autres activités
Espionne
Conjoint
Maurice Henri Carré (1933)

Mathilde Carré, née Mathilde Lucie Bélard (Creusot, 30 juin 1908-Paris, 30 mai 2007), dite la Chatte, fut une espionne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Elle a travaillé pour plusieurs services de renseignements et a été condamnée après la libération de la France. Elle avait joué un triple jeu et fut responsable de nombreuses arrestations par trahison.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Née dans une famille d'origine jurassienne, elle épouse le 18 mai 1933 le professeur Maurice Henri Carré qui l'emmène à Oran, en Algérie, où elle devient elle aussi professeur.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En septembre 1939, son mari part rejoindre son affectation comme lieutenant. Elle le quitte pour retourner en France où elle devient infirmière à Paris.

Elle soigne les blessés. La débâcle de l'armée française l'éloigne de Paris dans les colonnes de l'exode. Elle décide alors de divorcer (1940).

Au milieu du mois de septembre 1940, au café La Frégate de Toulouse, elle rencontre Roman Czerniawski, alias Armand Borni, chef d’un réseau de renseignements, le réseau INTERALLIÉ. Il la persuade de travailler pour lui. En octobre, ils se rendent à Vichy avec Philippe Autier. En novembre, Raoul Beaumaine, le Sir Raoul du 5e bureau de Vichy, lui donne une formation d'agent secret. Elle décide de travailler aussi pour ce service. C'est pendant cette période à Vichy que des journalistes américains, au bar des Ambassadeurs, la surnomment « la Chatte ».

À Paris, Armand et Mathilde développent le réseau INTERALLIÉ, qui obéit au gouvernement polonais en exil à Londres. Le réseau s'étoffe considérablement. Bernard Krótki dit Christian en devient le numéro 2. Armand dispose, dans la plupart des départements de la France occupée, de correspondants dirigeant des groupes de sympathisants.

En février 1941, à Paris, Mathilde Carré est en relations avec Pierre de Froment qui la charge de faire passer à Vichy des renseignements militaires recueillis par son réseau de zone interdite (Nord et Pas-de-Calais). Le 10 mai, le premier message radio part pour Londres depuis le numéro 3 du square du Trocadéro. L'Intelligence Service envoie deux opérateurs radio, qui, à partir de ce moment-là, vont pouvoir émettre quotidiennement vers Londres les renseignements utilisés ensuite par la RAF pour définir ses cibles.

En octobre, un agent récemment recruté pour le réseau Bretagne, Émile, prenant un verre dans un bistrot du port de Cherbourg, met au courant imprudemment un soldat allemand de ses activités d'espion. Celui-ci fait un rapport. Les Allemands confient l'affaire à Hugo Bleicher. De fil en aiguille, celui-ci arrête « Paul » (le sous-chef du réseau Calvados) et « Christian » (le second d'« Armand »).

Le 18, c'est au tour d’« Armand » lui-même et de sa maîtresse Renée Borni d'être arrêtés au petit matin à leur domicile 8 bis, villa Léandre, à Montmartre. En interrogeant Renée Borni dîte « Violette », Hugo Bleicher apprend qu'une dénommée Mathilde Carré, dite la Chatte, joue un rôle très important dans le réseau et qu'elle habite à deux pas du Sacré-Cœur, rue Cortot. Il arrête Mathilde près de son domicile. Effrayée après une nuit passée en prison, elle demande à parler à Bleicher et livre la cachette du fichier des membres et la caisse du réseau INTERALLIÉ. « Victoire » travaille désormais pour l'Abwehr contre la Résistance. Son travail est énorme. Elle fait arrêter beaucoup de monde[1], notamment un des chefs du réseau, nommé Marc Marchal (ou « oncle Marco »), qui est immédiatement arrêté et condamné à mort.

Agent retourné, elle participe activement à l'intoxication de l'Intelligence Service, notamment à propos de l'évasion de Brest des croiseurs allemands Scharnhorst, Gneisenau et Prinz Eugen.

En décembre, l’avocat Michel Brault lui fait rencontrer des agents du Special Operations Executive : Pierre de Vomécourt « Lucas » qui cherche à obtenir son aide pour communiquer avec Londres, et Benjamin Cowburn « Benoît ». Elle se présente à eux comme le chef du réseau INTERALLIÉ, qui, avec le pseudo « Victoire », remplace le chef arrêté et qui a engagé la remise en activité de ce qui reste du réseau. Ils tombent d'accord pour qu'elle les aide à envoyer des messages à Londres. Naturellement, c’est un marché de dupes, car Lucas ignore que l’émetteur est contrôlé par l’Abwehr.

En janvier 1942, sous la pression de Pierre de Vomécourt « Lucas », elle reconnaît sa trahison, accepte de trahir maintenant l'Abwehr et d'aider les agents du Special Operations Executive. Dans la nuit du 27 au 28 février, grâce à un stratagème imaginé par « Lucas », ils rentrent à Londres sous la protection des Allemands, qui s'attendent à ce qu'elle travaille pour eux depuis Londres. Le 1er juillet, elle est arrêtée « sur demande du gouvernement français et pour la durée de la guerre », et maintenue en détention, compte tenu du rôle trouble qu'elle a joué. Elle passera trois ans en prison à Aylesbury et à Holloway. En novembre, elle entame une grève de la faim pour obtenir l'amélioration de ses conditions de détention.

Le 12 juillet 1943, l'Abwehr, qui n'a plus de nouvelles de son agent, détruit son dossier.

Après guerre[modifier | modifier le code]

Le 1er juin 1945, elle est transférée par avion au Bourget, et de là, rue des Saussaies, où elle est interrogée pendant 22 jours. Du 22 au 26, elle est incarcérée au dépôt. Puis au fort de Charenton. Le 7 juillet, elle subit son premier interrogatoire devant la cour de justice de la Seine, en l'absence de son avocat, maître Naud. Le 29 octobre, elle est transférée à Fresnes.

En 1947, Me Donsimoni, juge d'instruction, est chargé de reprendre l'affaire. Une nouvelle charge : elle aurait révélé les activités de l'attaché militaire américain à Vichy. Le 3 janvier 1949, s'ouvre son procès. Sa défense repose sur son affirmation de son apport à Londres de l'organigramme de l'Abwehr sur la Résistance. Après une attitude incroyable devant la Cour et à la suite de témoignages de rescapés des camps de la mort, le 7 janvier, elle est condamnée à mort.

Le 2 août 1952, sa peine est commuée en vingt ans de travaux forcés, grâce à un brillant recours de son avocat qui plaide ses actions menées avant sa capture et sa trahison. Elle bénéficie d'une grâce du Président Vincent Auriol. En 1953, elle se fait baptiser.

Le 7 septembre 1954, après douze années de détention, trois en Angleterre et neuf en France, elle est libérée pour raisons de santé.

Elle écrit deux versions de ses mémoires, en 1959 et en 1975 et meurt le 30 mai 2007 à Paris 6e[2].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • J'ai été « La Chatte », préface d'Albert Naud, collection « Actualité et politique », no 6, éditions Morgan, 1959.
  • On m'appelait la Chatte, Paris, Albin Michel, 1975.
  • Ma conversion. La conversion de « la Chatte », préface du Père Braun, Paris, Beauchesne, 1975.
  • Ainsi vécut Marie, jeune-fille de Nazareth, mère du Christ, préface du Père Riquet, éditions Droguet-Ardant, 1980.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Chatte, film de Henri Decoin de 1958. C'est une adaptation de sa vie pendant la guerre, avec quelques écarts (elle passe pour « traître involontaire »).
  • La Chatte sort ses griffes, film de Henri Decoin (1960). La jeune femme sauve un réseau de résistance.
  • La Gatta, film TV en trois parties, Leandro Castellani, prod. RAI, 1978.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, (ISBN 978-2-84734-329-8), (EAN 9782847343298). Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, Londres, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004.
    Ce livre présente la version officielle britannique de l’histoire du SOE en France. Une référence essentielle sur ce sujet.
  • Gordon Young, L'espionne no 1 : celle qu'on appelait la Chatte, Arthème Fayard, 1957 ; rééd. L’Espionne no 1 : la Chatte, éditions "J'ai lu leur aventure" n°A60, 1964 ; rééd. L’Espionne no 1 : celle qu'on appelait la Chatte, éditions Famot, collection « Histoire vécue de la Résistance », 1974.
  • Benjamin Cowburn, Sans cape ni épée, Gallimard, 1958.
  • Janusz Piekalkiewicz, Les Grandes Réussites de l'espionnage, Fayard Paris-Match, 1971. Chapitre Montmartre, Plan directeur H 18, p. 10-23.
  • Patrice Miannay, Dictionnaire des agents doubles dans la Résistance, Le Cherche midi, 2005
  • (en) Lauran Paine, Mathilde Carré, Double Agent, Londres, Hale, 1976.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le colonel Paillole la rend responsable de 66 arrestations ; et son avocat Albert Naud de plus de 100 agents du réseau Interallié. Elle assiste à presque toutes les arrestations, et désigne ses victimes : « C'est bien lui, vous pouvez y aller ».
  2. Mention marginale sur son acte de naissance.

Liens externes[modifier | modifier le code]