Match de football France – Bulgarie (1993)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le match de football France - Bulgarie est une rencontre qui s'est disputée le 17 novembre 1993 au Parc des Princes à Paris, comptant dans les éliminatoires du groupe 6 de la Coupe du monde 94. Elle reste comme l'un des plus gros échecs sportifs de l'histoire du football français.

Repères[modifier | modifier le code]

Les Bleus, entraînés par Gérard Houllier, sont à la lutte pour la qualification du prochain mondial se déroulant aux États-Unis. Malgré un fonds de jeu faible, reposant surtout sur les deux attaquants Jean-Pierre Papin et Éric Cantona, la France réalise de bons éliminatoires avec un bilan de six victoires pour un nul et une défaite après les huit premières journées.

Classement au matin du 13 octobre 1993, juste avant le match des Français contre Israël :

Classement
Rang Équipe Pts J G N P Bp Bc Diff Résultats (▼ dom., ► ext.) Drapeau : Suède Drapeau : Bulgarie Drapeau : France Drapeau : Autriche Drapeau : Finlande Drapeau : Israël
1 Drapeau : France France 13 8 6 1 1 14 5 +9 Drapeau : Suède Suède 2-0 1-1 1-0 - 5-0
2 Drapeau : Suède Suède 12 8 5 2 1 15 5 +10 Drapeau : Bulgarie Bulgarie 1-1 2-0 - 2-0 2-2
3 Drapeau : Bulgarie Bulgarie 10 8 4 2 2 13 8 +5 Drapeau : France France 2-1 - 2-0 2-1 -
4 Drapeau : Autriche Autriche 6 7 3 0 4 12 10 +2 Drapeau : Autriche Autriche - 3-1 0-1 3-0 5-2
5 Drapeau : Finlande Finlande 3 8 1 1 6 4 14 -10 Drapeau : Finlande Finlande 0-1 0-3 0-2 3-1 0-0
6 Drapeau : Israël Israël 2 7 0 2 5 5 21 -16 Drapeau : Israël Israël 1-3 0-2 0-4 - -


Suite à son bon début de parcours, la France est en tête du groupe. Elle n'a besoin que d'une victoire contre Israël ou d'un match nul contre la Bulgarie pour se qualifier au cours des deux dernières journées. La qualification s'annonce donc a priori aisée puisque ces deux rencontres doivent avoir lieu à domicile et de plus le premier adversaire est Israël. Cette équipe à l'époque, était l'une des équipes les plus faibles d'Europe, à l'instar du Luxembourg ou de Malte par exemple de nos jours. Les Bleus les avaient d'ailleurs étrillés chez eux 4 à 0 quelques mois plus tôt. La confiance avant le match était tellement présente dans le camp français que la chanson de Joe Dassin, l'Amérique, fut diffusée avant le match contre Israël. Durant celui-ci, la France mène 2-1 mais contre toute attente, encaisse deux buts aux 83e et 89e minutes. Cette défaite avec ces deux buts au cours des 7 dernières minutes est donc une énorme contre-performance car Israël n'avait gagné aucun match lors de ces éliminatoires.

Il reste néanmoins encore un match à jouer contre la Bulgarie, pour la clôture du groupe 6.

Classement du groupe au matin du 17 novembre 1993. Tous les matchs ont été joués, à l'exception de France-Bulgarie

Classement
Rang Équipe Pts J G N P Bp Bc Diff Résultats (▼ dom., ► ext.) Drapeau : Suède Drapeau : Bulgarie Drapeau : France Drapeau : Autriche Drapeau : Finlande Drapeau : Israël
1 Drapeau : Suède Suède 15 10 6 3 1 19 8 +11 Drapeau : Suède Suède 2-0 1-1 1-0 3-2 5-0
2 Drapeau : France France 13 9 6 1 2 16 8 +8 Drapeau : Bulgarie Bulgarie 1-1 2-0 4-1 2-0 2-2
3 Drapeau : Bulgarie Bulgarie 12 9 5 2 2 17 9 +8 Drapeau : France France 2-1 - 2-0 2-1 2-3
4 Drapeau : Autriche Autriche 8 10 3 2 5 15 16 -1 Drapeau : Autriche Autriche 1-1 3-1 0-1 3-0 5-2
5 Drapeau : Finlande Finlande 5 10 2 1 7 9 18 -9 Drapeau : Finlande Finlande 0-1 0-3 0-2 3-1 0-0
6 Drapeau : Israël Israël 5 10 1 3 6 10 27 -17 Drapeau : Israël Israël 1-3 0-2 0-4 1-1 1-3


Pour se qualifier, l'équation reste la même  : les Tricolores ne doivent pas perdre face à la Bulgarie, cette dernière s'étant imposée au match aller 2-0 lors d'un match houleux, ponctué de mauvais coups en tous genres.

Le football français, mal loti depuis plusieurs mois (affaire VA-OM, rivalités chez les Bleus entre parisiens et marseillais, fonds de jeu et tactique de Houiller très décriés, etc.), espère une qualification, qui ferait le plus grand bien. L'équipe de France, ayant raté le mondial précédent en 1990, et ayant été éliminée dès le premier tour de l'Euro 92, est à la recherche de son football depuis les années Platini et a perdu sa place dans le gotha européen. Mais l'avant-match est caractérisé par un contexte tendu au sein de l'équipe[1].

Le match[modifier | modifier le code]

Comme l'avait prévu le sélectionneur français, le match est fermé, tendu, haché. La France hésite à prendre le jeu à son compte et ne joue pas vraiment pour gagner, mais plutôt pour ne pas perdre. Les Bulgares, quant à eux, tentent vainement d'ouvrir le score, sans toutefois y parvenir.

À la 32e minute, c'est la délivrance pour le public français : Deschamps récupère le ballon dans les pieds de Tsvetanov sur le côté droit et effectue une transversale vers Papin, qui remet de la tête pour Cantona qui marque en force du droit à bout portant.

Le plus dur semble fait, mais l'avantage ne dure que cinq minutes. À la 37e minute de jeu, Blanc rate sa relance, se fait prendre le ballon par Stoitchkov et concède un corner. Sur ce dernier, tiré par Balakov, Kostadinov, au premier poteau, place une tête croisée qui finit sa course dans les buts, malgré Pedros.

Étrangement, la France, au lieu d'essayer de marquer à nouveau, se crispe complètement et retombe dans ses travers en essayant avant tout de défendre, proposant un jeu médiocre techniquement. Papin est totalement mis sous silence par la défense adverse, notamment par Ivanov et est remplacé à la 68e minute par Ginola, prétextant des crampes… La Bulgarie, quant à elle, tente le tout pour le tout.

Les minutes passent et malgré un match plus que laborieux, les Bleus semblent se diriger vers une qualification. Mais tout bascule à la 90e minute : coup franc à droite presque au poteau de corner tiré par Ginola. Celui-ci prend l'initiative de le jouer rapidement. Il centre mais ne trouve personne à la réception. La défense bulgare intercepte et amorce un contre, Penev lance Kostadinov sur l'aile droite, qui résiste à Roche et vient battre Lama d'un tir puissant sous la barre, malgré un tacle désespéré de Laurent Blanc. Houiller en voudra très longtemps à Ginola d'avoir joué le coup franc rapidement alors qu'il ne restait que quelques secondes à jouer. Il aura des mots très durs à son encontre, qualifiant son entrevue la veille du match dans le journal L'Equipe de « crime contre l'équipe de France ».

Sur l'engagement, les Bleus tentent de forcer le destin mais moins d'une minute après ce but assassin, M. Mottram siffle la fin du match.

C'est une énorme désillusion pour la France, qui à une minute près, était qualifiée pour la coupe du monde aux États-Unis.

Composition des équipes[modifier | modifier le code]

Équipes Drapeau : France France - Drapeau : Bulgarie Bulgarie
Score 1 - 2 (1 - 1)
Date 17 novembre 1993
Stade Parc des Princes, Paris
48 402 spectateurs
Arbitre M. Leslie Mottram Écosse Écosse
Buts Cantona (32') pour la France, Kostadinov (37' et 90') pour la Bulgarie
France 1 Bernard Lama - 2 Marcel Desailly, 4 Alain Roche Petit carton jaune.png, 5 Laurent Blanc, 3 Emmanuel Petit - 6 Paul Le Guen, 7 Didier Deschamps, 8 Franck Sauzée (80' 13 Vincent Guérin), 10 Reynald Pedros - 11 Éric Cantona, 9 Jean-Pierre Papin Capitaine (68' 15 David Ginola)
Entraîneur : Gérard Houllier
Bulgarie 1 Borislav Mikhailov Capitaine - 2 Emil Kremenliev, 3 Trifon Ivanov, 5 Petar Houbtchev, 4 Tsanko Tsvetanov (82' 15 Petar Alexandrov) - 6 Zlatko Yankov, 11 Iordan Letchkov (82' 14 Daniel Borimirov), 10 Krasimir Balakov - 7 Emil Kostadinov, 9 Luboslav Penev Petit carton jaune.png, 8 Hristo Stoitchkov
Entraîneur : Dimitar Penev

Après le match[modifier | modifier le code]

Au lendemain de cette défaite, le quotidien sportif L'Équipe fit la une de son journal avec une photo d'un tir d'Éric Cantona stoppé par le portier bulgare, barré du titre en gras Inqualifiable !, qui deviendra l'une des plus célèbres unes de ce journal.

L'élimination des Bleus pointa du doigt les insuffisances du jeu prôné par Houiller, s'appuyant essentiellement sur un jeu physique, rugueux, défensif mais peu inventif et peu porté vers l'attaque. Ce type de jeu marchait bien contre les petites équipes mais n'était plus très utile dès lors qu'il y avait en face un adversaire supérieur techniquement. Ses choix tactiques étranges comme le fait d'avoir joué de façon si défensive contre Israël et la Bulgarie, la mise au banc de joueurs techniques comme Ginola, Martins, ou Zidane (qui connaitra sa 1re sélection quelques mois plus tard, en août 1994), le fait de reposer tout le jeu de l'équipe sur ces deux attaquants, furent présentés comme ce qui avait coûté la qualification. Tous ces défauts étaient masqués pendant les éliminatoires grâce aux bons résultats obtenus.

Montrés du doigt aussi le manque de concentration fatal aux Bleus, avec 3 buts encaissés sur les 2 derniers matchs dans les 10 dernières minutes (2 buts israéliens aux 83e et 89e minutes et le but de Kostadinov à la 90e).

Les rivalités internes, dues en grande partie aux oppositions entre parisiens et marseillais explosèrent au grand jour, tout comme Ginola fut pointé au début comme l'unique responsable de l'élimination.

Houiller fut démis de ses fonctions et remplacé par Aimé Jacquet, quelques jours après ce match. L'équipe bâtie par Aimé Jacquet remportera la Coupe du Monde en France cinq ans plus tard et l'Euro en 2000, et entra ainsi dans l'histoire.

À noter que la Suède et la Bulgarie, qui sortent donc de ce groupe de qualification où la France échoue à la troisième place, atteindront toutes les deux le stade des demi-finales de la Coupe du monde 1994.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]