Massacre de la Lena

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Photographie des victimes du massacre.

Le massacre de la Léna (en russe : Ленский расстрел) désigne la répression meurtrière par l’armée impériale russe d’une manifestation d'ouvriers en grève dans les mines d’or de la Léna, en Sibérie, le 17 avril (4 avril) 1912.

Les événements[modifier | modifier le code]

Cet événement eut lieu dans les mines de la Société des mines d’or de la Léna (Lenzoloto), qui se trouvaient sur les rives de la Léna, près de la ville de Bodaïbo (aujourd'hui dans l'oblast d'Irkoutsk) en Sibérie. L’exploitation impitoyable de la main-d’œuvre assurait d’énormes profits aux actionnaires britanniques et russes, dont A.I. Vychnegradsky, Alexeï Poutilov (tous les deux membres du conseil d’administration), au comte Sergueï Witte, à l’impératrice Maria Fiodorovna, etc. Les conditions de travail dans ces mines étaient extrêmement dures, les journées de travail très longues (15 à 16 heures) et les accidents très fréquents. Les salaires étaient très bas et souvent amputés par des amendes. Le restant était versé sous la forme de bons à utiliser dans les magasins de la compagnie.

Une grève éclata spontanément à la mine d’or Andreïevski, le 13 mars (29 février) 1912, après la distribution de viande avariée dans l’un des magasins. Le 17 mars (4 mars), les ouvriers annoncèrent leurs revendications : journée de travail de 8 heures, augmentation des salaires de 30 %, suppression des amendes, amélioration de la nourriture, etc. Mais aucune de ces exigences ne fut satisfaite par la compagnie. La grève était dirigée par un comité central de grève et un bureau central, formé par P.N. Batachev, G.V. Tcherepakhine, R.I. Zelionko, M.I. Lebedev et d’autres. La grève gagna les autres mines d’or et à la fin mars 6 000 mineurs avaient cessé le travail.

Le gouvernement tsariste envoya des troupes de Kirensk à Bodaïbo et fit arrêter tous les membres du comité de grève, dans la nuit du 17 avril (4 avril). Le lendemain, les grévistes exigèrent leur libération immédiate. Dans l’après-midi, environ 2 500 personnes marchèrent vers la mine d’or de Nadejdinski pour porter au bureau du procureur une plainte contre l’arbitraire des autorités. Mais les ouvriers se heurtèrent aux soldats qui commencèrent à tirer dans la foule, sur l’ordre du capitaine Trechtchenko. Le journal local, Zvezda, rapporta un bilan de 270 morts et 250 blessés. Ces chiffres furent repris par la propagande à l’époque soviétique, mais un des rapports rédigés le 18 avril (5 avril) à la mine fait état de 150 morts et 100 blessés.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

L’opinion publique exigea du gouvernement l’envoi d’une commission d’enquête sur les lieux. Peu après, la direction de la compagnie minière proposa aux travailleurs un nouveau contrat, qui ne répondait pas à leurs demandes. La nouvelle du massacre provoqua une vague de grèves et de manifestations de protestation à l’échelle nationale, auxquelles prirent part plus de 300 000 personnes. En avril, plus de 700 grèves éclatèrent ; le 1er mai, plus de 1000 grèves eurent lieu dans la seule région de Saint-Pétersbourg. La grève dans les mines d’or se prolongea jusqu’au 25 août (12 août), quand les derniers mineurs quittèrent les mines et partirent vers d’autres régions. On estime qu’au total 9 000 mineurs et membres de leur famille abandonnèrent les mines d’or de la Léna après le massacre du 17 avril.

La commission d’enquête de la Douma sur le massacre de la Léna était présidée par Alexandre Kerensky. Son rapport quelque peu exagéré de l'événement fit beaucoup pour promouvoir la carrière de son auteur, qui émergea des bancs de l’opposition pour devenir un leader populaire à la Douma, et plus tard le chef du gouvernement provisoire, en 1917.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael S. Melancon, The Lena Goldfields massacre and the crisis of the late tsarist state, Texas A&M University Press, 2006, 238 p. (ISBN 1-58544-508-8)

Source[modifier | modifier le code]