Massacre de Myall Creek

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Le massacre de Myall Creek fut un massacre commis à l'encontre de vingt-huit Aborigènes d'Australie par douze colons blancs le 10 juin 1838, sur les terre d'un éleveur de moutons à Myall Creek, près d'Inverell, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud. De tels massacres n'étaient pas inhabituels, mais celui de Myall Creek eut ceci de particulier que sept des meurtriers furent reconnus coupables, condamnés à mort et exécutés par pendaison. Ce fut la première fois que des Blancs furent exécutés pour avoir assassiné des Aborigènes pour des questions de propriété (vol de bétail).

En l'an 2000, un mémorial fut érigé en souvenir des victimes.

Le massacre[modifier | modifier le code]

Un groupe d'hommes, composé de onze forçats et d'un homme libre, John Fleming, arrivèrent à une cabane de la station de la Myall Creek appartenant à Henry Dangar le 10 juin 1838. Ils firent part à un ouvrier de la station, George Anderson, de leur intention de rassembler tous les autochtones qu'ils pourraient trouver. Ils affirmèrent vouloir agir par mesure de représailles pour des vols de bétail, même s'ils n'avaient pas tenté d'identifier les responsables du vol. Les hommes réunirent vingt-huit personnes, principalement des femmes et des enfants, dans un groupe de quarante à cinquante Aborigènes qui campaient dans la région. Ils les emmenèrent derrière une colline, loin de la cabane et les assassinèrent. Les corps furent ensuite brûlés.

Lorsque le gérant de la station, un certain M. Hobbs, revint quelques jours plus tard et découvrit les ossements, il décida de déclarer l'incident, parcourant 400 km à travers les plaines de Liverpool jusqu'à Muswellbrook. Le magistrat de l'endroit, le capitaine Edouard Day, signala l'incident au secrétaire colonial, Edward Deas Thomson, qui en rendit compte au gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, George Gipps.

Gipps ne prit pas immédiatement de décision, mais en juillet, après avoir été invité à le faire par le ministre de la justice, John Plunkett, il ordonna à Day de prendre un groupe de policiers à cheval et d'aller enquêter. Arrivés sur l'endroit où les autochtones auraient été tués, ils trouvèrent de nombreux ossements calcinés, avec des fragments d'au moins une vingtaine de crânes différents, et d'autres restes squelettiques identifiables en quantité telle que Day en conclut qu'au moins vingt-sept personnes avaient été tuées là. Day fit son rapport en septembre, après quarante-sept jours d'enquête et repartit après avoir capturé les onze condamnés. Fleming ne fut pas capturé.

Jugement[modifier | modifier le code]

À partir du 15 novembre 1838, l'affaire fut jugée par le président de la Cour de Nouvelle-Galles du Sud, James Dowling. Les forçats étaient représentés par des avocats payés par une association de propriétaires fonciers et d'éleveurs de la région des plaines de Liverpool. L'association des Noirs, comme ils s'appelaient eux-mêmes, fut représentée par un magistrat local, qui apparemment utilisa de son influence pour rencontrer les prisonniers à Sydney, où il semble qu'il les ait encouragés à ne faire qu'un et à se tenir à cette attitude. Pas un seul des onze accusés ne témoigna contre ses coaccusés au procès, ce que Gipps attribua au rôle du magistrat.

Premier procès[modifier | modifier le code]

Anderson, l'ouvrier de la ferme, le seul témoin blanc, fut le témoin clé de l'accusation. Il dit à la cour comment les douze hommes avaient attaché les victimes ensemble et précisa que certains des jeunes et des vieux étaient incapables de marcher. Le berger dit également que le fils de l'un des détenus lui avait montré une épée couverte de sang. Le témoignage d'Anderson fut soutenu par le capitaine Day, qui avait mené l'enquête et ramené les preuves médico-légales recueillies sur les lieux.

Dowling prit soin de rappeler au jury que la loi ne faisait aucune distinction entre l'assassinat d'un Autochtone et celui d'un Européen. Le jury, après avoir délibéré pendant vingt minutes, déclara que les onze hommes n'étaient pas coupables. Plus tard, l'un des jurés déclara au journal The Australian que, bien qu'il estimait les hommes coupables d'assassinat, il ne pouvait pas condamner un blanc pour avoir tué un Aborigène :

"Je considère les Noirs comme un ensemble de singes et plus vite ils seront exterminés de la surface de la terre, mieux ce sera. Je savais que ces hommes étaient coupables d'assassinat, mais je n'aurais jamais voulu voir un homme blanc pendu pour avoir tué un noir."

Second procès[modifier | modifier le code]

Cependant, avant que les hommes ne soient remis en liberté, le ministre de la justice ordonna que sept des hommes soient jugés pour l'assassinat de l'un des enfants qui avaient été tués. Le deuxième procès eut lieu le 29 novembre. Anderson, qui avait été le témoin-clé lors du premier procès, donna un compte-rendu plus détaillé du massacre lors du deuxième procès. Il dit au tribunal que:

« Pendant que le patron était en voyage, environ dix hommes sont venus un samedi, je ne peux pas dire combien de jours après le départ du chef, à cheval, armés de fusils, d'épées et de pistolets, tous étaient armés ... les Noirs, quand ils ont vu les hommes arriver, ont couru vers notre maison et tous les hommes sont alors descendus de cheval. J'ai demandé ce qu'ils allaient faire aux Noirs et Russel m'a dit : « Nous allons les amener derrière la montagne pour leur faire peur ». »

Anderson apporta ensuite la preuve que les Autochtones dans la cabane lui avaient demandé de l'aide. Il déclara qu'au moins une femme fut laissée chez lui parce que, lui ont-ils dit, elle était très belle, et qu'un jeune enfant qui avait été laissé avec lui, tenta de suivre sa mère qui était partie entravée avec les autres, avant qu'Anderson ne le ramène chez lui.

Les Blancs revinrent seuls tard dans la journée et, le lendemain matin, ils prirent dans la cabanes des rondins de bois pour le feu, et plus loin :

« J'[Anderson]ai vu de la fumée dans la direction où ils étaient partis et ce peu de temps après qu'ils ont emporté les rondins pour le feu… Fleming dit à Kilmeister d'aller ramasser du bois dans les alentours et soyez sûr que tout a été brûlé… Les filles sont parties, les deux garçons et l'enfant que j'ai renvoyé avec 10 noirs sont partis dans la matinée… Je ne voulais pas les garder car les hommes pouvaient revenir et les tuer. »

Anderson certifia qu'il avait dit toute la vérité au second procès. Il dit qu'il ne cherchait pas de récompense pour son témoignage mais, plutôt, "la protection de la justice". Le procès se poursuivit jusqu'à 2 h du matin le 30 novembre, lorsque les sept hommes furent reconnus coupables. Le 5 décembre, ils furent condamnés à être pendus. La sentence fut ratifiée par le Conseil Exécutif de Nouvelle-Galles du Sud le 7 décembre, Gipps écrivant plus tard, dans un rapport, qu'aucune circonstance atténuante ne pouvait être accordée à aucun des accusés et qu'il ne pouvait pas dire que l'un des hommes était plus ou moins coupable que les autres. Les sept hommes furent exécutés de bonne heure le 18 décembre.

Alors que ce n'était pas la première fois que des colons étaient pendus pour le meurtre d'Aborigènes, c'était la première fois que les colons ont été reconnus coupables et pendus pour le meurtre prémédité de personnes autochtones pour des questions de terres.

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'affaire fit grand bruit dans la population et raviva les tensions entre Blancs et Aborigènes. Les médias prirent parfois parti en faveur des coupables. Par exemple, un article paru dans The Sydney Morning Herald dit "toute cette bande d'animaux noirs ne valent pas l'argent que les colons devront payer pour l'impression des documents idiots de la cour sur lesquels nous avons déjà perdu trop de temps» [4].

John Fleming, le leader du massacre, ne fut jamais capturé et aurait été responsable des massacres dans les plaines de Liverpool et de la Nouvelle-Angleterre. Son frère. Joseph Fleming, aurait aussi été lié à des massacres dans la région de Maranoa du sud-ouest du Queensland.

John Blake, l'un des quatre hommes acquittés lors du premier procès et qui ne fut pas inculpé au second, s'est suicidé en se tranchant la gorge en 1852. Ses descendants, qui vivent encore dans la région d'Inverell, disent qu'ils aiment à croire qu'il ne l'a pas fait parce qu'il se sentait coupable.

Mémorial[modifier | modifier le code]

29° 46′ 48″ S 150° 42′ 54″ E / -29.78, 150.715 Un mémorial aux victimes du massacre a été inauguré en 2001, composé d'un bloc de granit et d'une plaque commémorative placés sur le lieu du massacre. Une cérémonie a lieu chaque année le 10 juin en souvenir des victimes. Le mémorial a été vandalisé en janvier 2005, avec les mots "assassinat", "femmes" et "enfants" gravés de-ci de-là, pour essayer de rendre la plaque illisible. Le mémorial est situé à 23 km au nord-est de Bingara à l'intersection de la route Bingara-Delungra et de la route Whitlow Roads.

Le monument commémoratif et le site ont été inscrits sur la Liste du patrimoine australien national le 7 juin 2008.

Sources[modifier | modifier le code]