Massacre d'Hébron (1929)

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31° 31′ 59″ N 35° 05′ 42″ E / 31.533, 35.095 ()

Scène de destruction après les émeutes arabes.
Enfant juif victime des émeutes
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Le massacre d’Hébron survient le , dans le cadre d'émeutes en Palestine mandataire (en). À la suite de fausses rumeurs selon lesquelles des Juifs tuaient des Arabes à Jérusalem et prenaient le contrôle des lieux saints musulmans, la communauté juive d’Hébron est prise d’assaut par des civils et des policiers arabes palestiniens. La police britannique est impuissante à les maîtriser.

Soixante-sept Juifs, dont un tiers d’étudiants à l’académie talmudique de Hébron, sont massacrés et les maisons ainsi que les synagogues sont pillées. 435 autres Juifs survivent cachés par dix-neuf familles arabes locales. Évacués par les autorités britanniques, quelques-uns parmi les survivants reviennent à Hébron en 1931 mais seule une famille demeure en 1939 après la Grande Révolte Arabe ; la plupart choisissent l’exil.

Hébron a été le théâtre d'autres massacres en 1517, 1834 et 1994.

Prélude

Article détaillé : Hébron.

Située à 30 km au sud de Jérusalem, Hébron abrite le caveau de Makhpela, acquis, selon la Bible, par Abraham afin qu’y reposent ses ossements et ceux de ses descendants (ainsi que, d’après la tradition rabbinique Adam, Ève et le crane d’Esaü). C'est également à Hébron que David a été oint et a régné jusqu'à la prise de Jérusalem.
Le judaïsme la compte parmi ses quatre villes saintes et une présence juive y a été maintenue sans discontinuité pendant des millénaires, quel que soit le pouvoir régnant en place. À l’orée des années 1920, une communauté séfarade arabophone, établie depuis les débuts de la domination ottomane, côtoie sans s’y mélanger des communautés ashkénazes plus récentes auxquelles se sont récemment joints des Juifs de Lituanie fuyant la conscription obligatoire ; les relations avec les communautés chrétienne et musulmane alternent entre coexistence pacifique et hostilité par tradition.
Les tensions montent suite à la déclaration Balfour de 1917. Bien qu’opposés pour la plupart au sionisme, les Juifs d’Hébron sont quotidiennement harcelés par leurs voisins arabes et se plaignent d’injures dans la rue, de bastonnades occasionnelles, de pierres jetées dans les fenêtres et de troubles autour du caveau des Patriarches ; ils attribuent certains de ces troubles à l'Association Nationaliste Arabe Chrétienne-Musulmane qui répand des chansons et autres incitations anti-juives[1].

Le 15 août 1929, plusieurs centaines de membres du comité pro-Kotel de Joseph Klausner se rendent devant le Mur occidental, revendiquent leur droit de propriété sur les lieux, brandissent le drapeau national juif et chantent l’Hatikva (qui deviendra l’hymne national israélien). Les autorités, averties de la manifestation, ont dépêché une lourde escorte policière afin de prévenir tout incident. Des rumeurs se propagent cependant, accusant les Juifs de s’en être pris aux résidents locaux et d’avoir proféré des propos blasphématoires sur Mahomet. Après un prêche incendiaire et une contre-manifestation organisée le Conseil Musulman Suprême, le grand mufti Hajj Amin al-Husseini est convoqué par le Haut-Commissaire qui s’émeut de l’ampleur de la contre-manifestation et des risques d’escalades. La foule présente au Mur brûle des livres de prière, des objets de culte et même les billets de supplications insérés dans les fentes du mur, molestant aussi le bedeau. Le mouvement s’étend rapidement au quartier commerçant juif de la ville.

Le 20 août 1929, la Hagana dépêche à Hébron dix hommes et deux femmes armés afin de proposer leurs services aux 750 Juifs de la ville. Arrivés chez Eliezer Dan Slonim (he), fils du rabbin de la ville, membre de son conseil municipal et directeur de l'Anglo-Palestine Bank, ils sont extrêmement mal reçus et promptement renvoyés par la police, le notable ayant été assuré par ses amis arabes et britanniques qu'aucune émeute ne pourrait se produire[2].

Le massacre

Synagogue détruite par des émeutiers arabes durant le massacre d'Hébron en 1929

Le vendredi 23 août, de nouvelles rumeurs circulent, faisant état d'une attaque imminente de la mosquée Al-Aqsa par les Juifs. Des violences éclatent dans les rues de la Vieille ville de Jérusalem, avant de se propager à l'ensemble de la Palestine.

Raymond Cafferata, directeur-adjoint du district des forces de police de Palestine et seul policier britannique de Hébron, est averti au matin des événements par des automobilistes. Commandant dix-huit policiers à cheval et quinze à pied (ces derniers sont relativement âgés et de peu d'utilité), il déploie ses hommes afin d'être averti immédiatement de tout mouvement de foule inhabituel dans la ville, et fait une demande à son état-major pour l'envoi d'urgence de renforts.
Une foule arabe d'environ 700 personnes se rassemble à la gare centrale des autobus de la ville avec l'intention de se rendre à Jérusalem. Cafferata tente de les calmer, démentant que des événements graves se soient déroulés à Jérusalem. Il prend ensuite huit de ses hommes à cheval pour patrouiller dans le quartier juif, où il rencontre le rabbin de la ville, Yaakov Yossef Slonim. Ce dernier, arrivé sous une pluie de pierres jetées par la foule arabe, implore la protection de la police. Cafferata lui demande ainsi qu'aux autres Juifs qu'il rencontre de rentrer chez eux et de se barricader. Après le départ du rabbin, Cafferata et ses hommes tentent de disperser la foule à l'aide de leurs bâtons[1].
À 16 h, la foule arabe se rassemble devant l’académie talmudique d'Hébron et jette des pierres dans les fenêtres. À cette heure, il n'y a que deux personnes dans la yechiva, un étudiant nommé Shmuel Rosenholtz et le bedeau. Touché par une pierre, l'étudiant tente de s'enfuir mais, rattrapé par la foule, il est battu à mort ; le bedeau échappe à ce sort en se cachant dans un puits.
Quelques heures plus tard, un groupe de mukhtars (chefs) locaux se rend chez Cafferata pour lui signaler que le Mufti leur a dit de « passer à l'action » ou d'être punis en raison du « massacre d'Arabes par les Juifs à Jérusalem ». Raymond Cafferata leur garantit que tout est de nouveau calme à Jérusalem et leur demande de retourner dans leur village ; il passe la nuit dans son commissariat[1].

Tôt le samedi matin, une foule armée de bâtons et de haches se répand dans les rues de la ville et lapide à mort deux garçons juifs. Des émeutiers se rendent chez Eliezer Dan Slonim, chez lequel quarante personnes se sont réfugiés la veille après la mort de Shmuel Rosenholtz, et lui proposent de leur remettre tous les étudiants ashkénazes de la yechiva, en échange de quoi ils épargneraient la communauté sépharade[3]. Le notable refuse et est abattu sur le champ (il succombera à ses blessures deux jours plus tard), ainsi que sa femme, son fils aîné et dix-neuf autres personnes.
Cafferata tente de maîtriser les troubles, tirant sur la foule et tuant deux émeutiers, mais sa selle se détache et il tombe sur le sol. Il donne l'ordre à ses hommes de faire feu mais les émeutiers restants forcent le barrage et se dirigent en hurlant vers le « ghetto ». Ils sont rejoints par des policiers arabes qui les conduisent aux endroits où se cachent les Juifs. Cafferata continue à tirer et tue de nombreux émeutiers, ainsi que l’un de ses hommes, le policier Issa Sherif de Jaffa qu’il surprend en flagrant délit de meurtre. Il est cependant impuissant à contenir le mouvement et les magasins du bazar, aussi bien juifs qu'arabes, sont pillés.

Le détachement de police, envoyé de Jérusalem, est retardé par de nombreuses violences sur le chemin d’Hébron et n'arrive qu'en fin de journée. Cafferata témoignera devant la Commission d'Enquête (Commission Shaw) à Jérusalem le 7 novembre qu’il lui était impossible, jusqu’à leur arrivée, « de faire plus que de protéger les Juifs se trouvant à l'abri dans l'hôpital et de garder les rues vides, [car il était] le seul officier britannique à Hébron, une ville de 20 000 habitants »[4]. Plus de 400 Juifs sont cachés par leurs voisins arabes et d’autres trouvent refuge au poste de police britannique de Beit Romano, dans les faubourgs de la ville[1].

Un homme pleurant après le pogrom

Bilan

Les émeutes font 67 victimes juives, 12 séfarades et 55 ashkénazes ; 59 meurent durant les émeutes et 8 succombent à leurs blessures. Un tiers de ces victimes, dont sept ressortissants américains et canadiens, étudiait à la yeshiva. La totalité de la communauté restante est en urgence transférée par camion à Jérusalem et tous leurs biens sont saisis par les Arabes[5]. Plusieurs cas de viols, de mutilations et de tortures sont signalés dans la presse juive[1]. Ces affirmations ont été contestées par le représentant arabe, et les corps examinés par le médecin-chef britannique ne portaient pas de traces de mutilation. Par la suite, l'examen de la vingtaine de corps exhumés sur demande des autorités juives n'a pas permis de confirmer les allégations de mutilation[6].

Les Juifs survivants sont évacués vers Jérusalem. Un tiers des tués sont des étudiants de la yechiva. Après le massacre, la yechiva aussi est transférée à Jérusalem[1].

Le 1er septembre, Sir John Chancellor condamne "les actes atroces commis par des groupes de criminels impitoyables et assoiffés de sang... meurtres perpétrés sur des membres sans défense de la population juive... accompagnés d'actes de sauvagerie innommables."

Conséquences

En tout, 195 Arabes et 34 Juifs sont condamnés par les différentes cours pour des crimes en rapport avec les émeutes de 1929. 17 Arabes et 2 Juifs sont condamnés à mort, mais à l'exception de 3 Arabes qui seront pendus, les sentences seront commuées en prison à vie. De fortes amendes sont imposées à 25 villages et quartiers urbains arabes. Quelques compensations financières sont payées aux personnes ayant perdu des membres de leur famille ou des biens.

Une petite douzaine de familles retournent à Hébron en 1930, mais sont de nouveau évacuées durant la révolte arabe de 1936-1939. La ville n'a plus de population juive pendant 37 ans jusqu'à la Guerre des Six Jours en 1967, quand des Juifs se réinstallent à Hébron.

En 2006, on compte quelques centaines de Juifs vivant à Hébron sur une petite partie de la terre qui appartenait aux Juifs en 1929.

Quelques extraits du rapport sur le massacre

Plusieurs familles arabes ont permis de sauver des centaines de Juifs. Zmira Mani parle de 18 familles et Tom Segev fait référence à 28 maisons dans lesquelles ils auraient pu trouver refuge[7]. Zmira Mani parle d'un Arabe nommé Abu Id Zaitoun qui alla chercher son frère et son fils pour la secourir, elle et toute sa famille. Abu et sa famille ont protégé les Mani avec leurs armes, les ont cachés dans une cave avec d'autres Juifs qu'ils avaient trouvés et ont recherché un policier pour les escorter en toute sécurité jusqu'au poste de police britannique de Beit Romano.

Références

  1. a, b, c, d, e et f (en) Tom Segev, One Palestine, Complete, New York, Metropolitan Books,‎ 1999, 1e éd. (ISBN 978-0-8050-4848-3, LCCN 00039536), pp. 314-327
  2. (he): Baruch Katinka, D'alors jusqu'à maintenant, p. 271 et archive de la Hagana
  3. (en): Le Massacre d'Hébron de 1929 par Shira Schoenberg (Bibliothèque Virtuelle Juive)
  4. (en): 'La Tragédie d'Hébron. Le témoignage de M. Cafferata', De notre correspondant. The Times, vendredi 8 novembre 1929; pg. 13; Issue 45355; col D.
  5. (he): 'Relations communautaires – Juifs et Arabes dans la ville d'Hébron' (2005)
  6. Tom Segev (2000) p 330. The Department of Health report to the Shaw Commission said: "A complete post mortem record of the cause of death in the case of the killed was not obtainable at the time, in view of the large number of wounded that had to be dealt with by the limited medical staff. As a result of external inspection by the Senior Medical Officer and British Police Officer no mutilation of bodies was observed. A subsequent exhumation demanded by the Jewish authorities with the object of proving or disproving deliberate mutilation took place on September 11th. Twenty bodies were exhumed and examined by a specially appointed Committee consisting of the Government Pathologist, Dr G. Stuart, and two non-official British doctors, Dr Orr Ewing and Dr Strathearn. The representatives of the Jewish authorities asked that the remaining bodies not be exhumed. The alleged mutilation of bodies was not confirmed by the Committee." Minutes of Evidence, Exhibit 17 (page 1031).
  7. Guy Delisle, dans ses "Chroniques de Jérusalem", rapporte que "selon Tom Segev, un historien israélien qui se base sur les archives sionistes de l'époque, plus de la moitié de la communauté juive a trouvé refuge dans 28 maisons arabes, certains Arabes parvenant à cacher plusieurs dizaines de Juifs".

Voir aussi

Liens externes