Massacre d'Ascq

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Massacre d'Ascq

Date
Lieu Ascq, Drapeau de la France France
Victimes Civils français
Morts 86
Auteurs Drapeau : Troisième Reich Reich allemand
Participants 12th SS Division Logo.svg 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend
Guerre Seconde Guerre mondiale
Coordonnées 50° 37′ 16″ N 3° 10′ 03″ E / 50.62123416, 3.16738844 ()50° 37′ 16″ Nord 3° 10′ 03″ Est / 50.62123416, 3.16738844 ()  

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Le massacre d'Ascq est un massacre commis pendant la Seconde Guerre mondiale dans le village français d'Ascq par des troupes de la Waffen SS.

À la suite d'un modeste attentat contre un convoi militaire aux abords de la gare d'Ascq dans la nuit du au , la population est violentée et quatre-vingt-six civils innocents sont fusillés. L'événement a un grand retentissement dans toute la région et renforce l'hostilité vis-à-vis de l'occupation allemande. On dénombrera 60 000 grévistes à Lille[1] à la suite du massacre — ce qui en fait une des plus grandes manifestations françaises de la guerre sous l'occupation[2] — et une foule estimée à au moins 20 000 personnes[1],[2] assiste aux funérailles dans le village.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Fin , Ascq est un gros bourg de 3 500 habitants, situé à égale distance de Lille et de la frontière belge, bordé par la nationale 41 et traversé par la voie ferrée Lille-Tournai-Bruxelles/Charleroi.

Nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale et la population subit de plein fouet l'occupation allemande. La ligne de chemin de fer a été endommagée par deux explosions les 27 et , et la police allemande est venue enquêter au village. Ces deux attentats de mars 1944, ainsi que divers autres antérieurs, avaient été ordonnés, dans le cadre de la mise au point du « plan Vert », par Dominique Ponchardier[3], chef du réseau des sosies du Nord.

Depuis l'occupation en 1940, il y a à Ascq un groupe de militaires allemands faisant partie du bataillon 908 (en résidence à Lille), composé d'hommes mûrs. Ils sont chargés de la police de la gare et du débarquement de matériel militaire ; leur cantonnement est proche de la gare d'Ascq[4].

Le train[modifier | modifier le code]

Le , à 22 h 44, le train 649.355 (n° français 9872) venant de Baisieux et à destination d'Haubourdin arrive aux abords de la gare d'Ascq. Le convoi est très important. Il transporte des éléments d'un bataillon blindé de reconnaissance de la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend, en provenance du camp d'Aarschot en vue du renforcement de la défense côtière de Normandie. Il se compose de la 1re compagnie d'automitrailleuses commandée par le sous-lieutenant Kudoke, de la 2e compagnie de chars de reconnaissance commandée par le lieutenant Obersturmführer Walter Hauck (25 ans), de la 3e compagnie d'infanterie sur chars légers de transport commandée par le sous-lieutenant Hauer et l'adjudant-chef Sturm, de l'état-major du bataillon avec un groupe d'agents de liaison, ordonnances, etc., sous les ordres du sergent Stun. Au total, il y a environ 400 hommes, et 60 blindés et véhicules.

Walter Hauck a eu la bonne idée de faire passer son train juste après l'express Lille-Bruxelles pour éviter « les bandes de terroristes […] particulièrement actives dans les régions à traverser »[5].

Le sabotage[modifier | modifier le code]

Gare d'Ascq vers 1900.

Soudain à 22 h 45, le bruit sourd d'une explosion retentit, et la locomotive qui roulait à faible vitesse (environ 25 km/h) s'arrête à la hauteur de la cabine d'aiguillage. Le groupe de résistants local appartenant au réseau Voix du Nord vient d'organiser le troisième sabotage de la semaine. Trois wagons chargés de véhicules sortent des rails (un sortant de deux essieux, entraînant ses deux voisins d'un essieu) et la locomotive a quelques pièces secondaires détériorées, selon le mécanicien belge René Dascotte[6],[7].

Les dégâts sont vraiment minimes[6]. Aucun homme n'est blessé. Une note d'archives d'Hauck énonce : un pneu d'automitrailleuse 8 roues endommagé, la boîte de vitesse d'une camionnette endommagée, une autre automitrailleuse projetée sur deux motocyclettes dont les essieux et jantes ont été faussés[6]. L'incident est jugé peu important, étant donnée l'insignifiance des dégâts. Les militaires sont initialement calmes[7], à l'exception de l'Obersturmführer Hauck qui est « furieux » et « vociférant »[8]. Dascotte se met à réparer lui-même la locomotive et les wagons seront remis sur rail dans la nuit « sans aide étrangère »[6].

Organisation du massacre[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'une demi-heure plus tard qu'éclate une rafale de mitraillette en direction des habitations, suivie de coups de sifflets et d'ordres. Les SS se rassemblent près du passage à niveau, habillés en feldgrau ou avec l'uniforme noir des blindés avec des écussons à tête de mort.

Walter Hauck donne l'ordre de rassembler tous les hommes de 17 à 50 ans et de les conduire sur les lieux du sabotage. Il constitue quatre groupes sous les ordres d'un gradé responsable : l'adjudant Jura cherchera les terroristes, le sous-lieutenant Kudoke explorera la partie gauche du chemin de fer, le sous-lieutenant Hauer la droite, l'adjudant Wetzlmayer ira du passage à niveau au centre du village et le sergent Buss a pour ordre d'abattre tout civil qui s'approcherait du train.

Dans les principales rues - Marceau, Courbet, du Maréchal-Foch, Faidherbe, de la Gare, de l'abbé-Lemire - presque toutes les habitations sont fouillées et les portes d'entrée forcées[9].

Malgré les ordres de Hauck, le Kommando Kudoke qui commence à visiter les maisons n'emmène pas tous les hommes qu'il rencontre, et épargne notamment Arthur Rigaut et Albert Thélier, les habitants des deux premières maisons qu'il visite. À au moins deux reprises, il laisse à la place une note rédigée en allemand. Mais Kudoke recroise Hauck, qui lui donne l'ordre d'emporter tous les sujets masculins. En chemin, il croise aussi un adjudant-chef de la Feldgendarmerie qui lui déclare que les SS ne sont pas qualifiés pour sortir les hommes des maisons. Mais les soldats continuent leur travail. Certains promettent aux familles que leurs hommes reviendront bientôt à la maison.

Le Kommando Hauer cherche lui aussi tous les individus masculins afin d'en faire des otages. Il parcourt les rues Marceau (rue principale, aujourd'hui rue Gaston-Baratte), du Quennelet, du Maréchal-Foch et Masséna. Comme Kudoke, il ne trouve que des portes fermées et doit les enfoncer. Mais contrairement à son collègue, il ne trouve que femmes, enfants et vieillards. Les hommes jeunes se sont presque tous enfuis. Il donne donc l'ordre de tirer sur tous les fuyards.

Le Kommando Wetzlmayer arrive lui près de l'église, et exécute plusieurs hommes autour et dans le presbytère.

Les nazis voyaient la Résistance (qui utilisait des tactiques de guérilla) comme du terrorisme, et les partisans comme des terroristes. La principale difficulté était d'éliminer un ennemi sans visage qui n'hésitait pas à attaquer n'importe quelle force d'occupation puis à disparaître dans la foule des civils. L'attaque sur du personnel non-combattant revenait à déclarer une guerre totale dont les civils avaient à assumer les conséquences de leur soutien à la Résistance. Aussi les nazis pensaient qu'il était justifié d'épargner la vie de leurs compatriotes en liquidant les « terroristes » et en anéantissant brutalement leurs « sympathisants » supposés. Le massacre d'Ascq faisait donc partie de cette politique globale de contre-terrorisme lancée pour briser l'aide à la Résistance et installer la collaboration par la crainte.

Premières exécutions[modifier | modifier le code]

Un premier groupe composé à la fois d'hommes et de femmes est rassemblé dans la cabine d'aiguillage du passage à niveau. Les otages sont emmenés en file indienne, les bras levés, à coups de crosse, le long de la voie. Les SS rient et sifflent pendant que leur officier roue de coups les otages, sans raison apparente. Monsieur Lautem, le garde-voie, est abattu de deux balles tirées à bout portant. Devant les filles et les épouses, les soldats abattent quelques hommes. Puis les femmes sont renvoyées. Les otages sont alors regroupés dans un wagon, et jetés un par un aux bourreaux. Il y aura quelques tentatives de résistance chez les civils, mais presque tous (une quinzaine) sont exécutés un par un. Il y aura quelques survivants, gravement blessés.

Après les premières exécutions, Hauck se précipite alors avec quelques hommes vers la gare. Des employés allemands de la Reichsbahn s'éclipsent rapidement à leur vue[9]. Le chef de gare Victor Carré et l'employé Élie Derache sont frappés à coups de poings, de pieds et de chaise, puis les SS leur tirent dessus à la mitraillette avant de quitter le bâtiment[9],[10].

Devant le train est situé un terrain, avec au bout la « maison Roseau », dernière maison de la rue Mangin appartenant à Marcel Roseau. Vers 0h15, quatre hommes sont dépêchés là-bas car les Allemands suspectent des fuyards de s'être enfuis dans cette direction. Ils s'y embusquent afin de tuer tous les rescapés qui tenteraient de fuir vers la rue Mangin. L'idée est pertinente, et de nombreux fuyards sont abattus[11]. Le propriétaire de la maison aura néanmoins la vie sauve.

Suite des exécutions[modifier | modifier le code]

Hauck décide ensuite de procéder à une exécution collective pour les prochains pelotons et fait aligner les hommes sur le champ voisin de la « maison Roseau », face au train qui se trouve distant d'une cinquantaine de mètres. Les hommes sont peu à peu abattus par petits groupes.

L'adjudant Jura a essayé de chercher les responsables de l'attentat en réquisitionnant des bicyclettes, mais n'y est pas parvenu. Il décide alors de se rendre au domicile du maire Delebart. Le maire est emmené à pied au lieu d'exécution, mais au moment de l'exécution retentissent des bruits de moteurs ainsi que des coups de sifflets. Le cauchemar est terminé.

M. Delebart, maire du village d'Ascq en 1944, faisait partie du quatrième peloton qui échappa à la mort. Voici ses déclarations[12] :

« [...] Je quittai donc la maison... On me dirigea vers le passage à niveau de la rue Marceau, là une véritable effervescence de soldats régnait, il [un soldat] me conduisit à un officier qu'il appelait le commandant : ce dernier me fit savoir en allemand le pourquoi de tout ce qui était arrivé à Ascq ; ne connaissant pas leur langue, je n'y comprenais rien, et lui demandai si parmi ses soldats ne se trouvait pas un interprète. Un soldat s'avança et me traduisit les paroles prononcées par l'officier. J'étais loin de supposer qu'une véritable tragédie était en train de se dérouler. J'appris donc par l'interprète qu'un attentat venait d'être commis sur la voie et que leur train était déraillé et la machine kapout et qu'il rendait responsable la population et la commune pour cet acte de sabotage ; en conséquence, cinquante personnes avaient été fusillées, et le groupe, soit une trentaine de civils de mes administrés qui se trouvait sur le trottoir de droite, gardés par des soldats allemands, allaient être passés par les armes immédiatement ; c'est alors que j'élevais une violente protestation de leur façon d'agir envers une population qui ne pouvait rien dans ce qui était arrivé et que cette dernière était innocente. Tout ceci eut le don de l'exaspérer et c'est alors que l'interprète me déclara venant de son officier et en me frappant sur l'épaule : « Vous aussi, monsieur le maire, vous serez fusillé ». Et à ce moment-là, je reçus un formidable coup de pied dans les reins qui me lança dans le groupe de civils qui attendaient le départ pour l'exécution. »
« Le petit cortège se mit en route encadré de soldats qui ne ménageaient ni coups de crosse, ni coups de pied : à tous moments, nous heurtions des cadavres. Après avoir marché sur le bas côté de la ligne du chemin de fer sur une longueur de deux cents mètres environ, l'ordre d'arrêt nous fut donné, les soldats nous placèrent face à leur train, bras levés. J'eus alors l'impression que le moment suprême était venu et qu'ils allaient nous fusiller dans le dos, nous restâmes dans cette position quatre à cinq minutes, c'est alors que des coups de sifflet retentirent... On nous intima l'ordre d'avoir à rentrer chez nous au plus vite ; ce fut alors une véritable course à travers champs pour regagner nos demeures. [...] »

Certains membres du bataillon 908 ont tenté de contrarier les plans des Waffen SS. Ainsi, selon le rapport de l'Untersturmführer Kudoke, un adjudant de la Feldgendarmerie lui aurait dit « Vous n'êtes pas qualifiés pour cela [sortir des hommes des maisons], c'est le quatrième transport subissant un attentat, nous n'y pouvons rien[13] ». Ce même adjudant enlèvera Maurice Vandenbussche aux nazis et l'abritera dans le cantonnement[13]. André Sabin, 15 ans, sur la route vers le lieu de l'attentat, sera envoyé chercher un médecin par deux membres du bataillon 908 et échappera ainsi à la mort[13].

Arrêt du massacre[modifier | modifier le code]

Ancien téléphone de la gare d'Ascq.

Dès 23 h 15 le 1er avril, la gare de Lille et la gendarmerie de Lannoy ont été averties du sabotage.

Le facteur enregistrant Élie Derache, indemne de blessures, téléphone à la permanence téléphonique de la gare de Lille à 23h30 pour l'informer de la fusillade et de ce que son collègue — le chef de gare, M. Carré — est blessé. Le téléphoniste de Lille alerte la Zugleitung — le service allemand — et M. Schmeider, territorial de la Wehrmacht du bataillon 908 alerte « toutes les autorités pour faire cesser cette situation » et fait chercher un docteur allemand pour le chef de gare[14],[10].

À 0h40, la Zugleitung informe la gare de Lille que « tout un personnel et des fonctionnaires sont partis à Ascq »[14].

La gendarmerie française qui n'aime pas se retrouver face aux Allemands n'est pas pressée d'intervenir. Le brigadier dépêché sur place à Ascq n'arrive au village qu'à 1h00 et ne dispose d'aucun moyen téléphonique pour informer ses supérieurs de la gravité de la situation. Pour rendre compte à son chef, il ne peut que se rendre personnellement à Roubaix[14].

De leur côté, les Allemands du Kommando 908 de la Wehrmacht stationnés à Ascq, et qui ne peuvent intervenir, avertissent leur supérieurs à Lille. Finalement, la Reichsbahn se rend compte de la situation, et la Feldgendarmerie est envoyée au village. C'est un détachement de cette Feldgendarmerie, commandé par le lieutenant Fricke, qui intime aux SS l'ordre d'arrêter. D'un air furieux, un officier crie aux victimes alignées prêtes à mourir « partez tous chez vous et tout de suite ». Il est 1h15, le 2 avril 1944. En tout, 86 civils auront été massacrés.

À 1h25, le préfet de Lille est mis au courant[14].

À 2h du matin, tandis que certains Waffen-SS sont occupés à détrousser les cadavres, la queue du train militaire (environ 40 wagons) retourne en gare de Baisieux avec Hauck à son bord, tandis que Jura restera avec les wagons restants à Ascq.

À 3h05, la Zugleitung à Lille informe la gare de Lille que le « le calme est rétabli à Ascq »[14].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les massacrés[modifier | modifier le code]

Tombes des massacrés dans le cimetière d'Ascq.

La relève des morts commence le matin du 2 avril 1944 : dix, rue Mangin ; un, rue Courbet ; un, place de la Gare ; deux, rue Marceau (actuellement rue Gaston-Baratte), devant le portail de l'église et trois au presbytère ; sept, carrière Dewailly et soixante-deux au Quennelet près de la voie ferrée.

Liste des massacrés, par ordre alphabétique. Le plus vieux était Pierre Briet, 75 ans, et le plus jeune Jean Roques, 15 ans.

  • 01. Lucien Albert, 38 ans (prisonnier en congé maladie).
  • 02. Henri Averlon, 49 ans (employé de chemin de fer, sinistré d'Hellemmes).
  • 03. Claude Averlon, 21 ans (employé de chemin de fer, sinistré d'Hellemmes).
  • 04. René Balois, 29 ans (habitant de Roubaix).
  • 05. Gaston Baratte, 46 ans (industriel, dirigeant d'un tissage spécialisé pour l'ameublement).
  • 06. Louis Beghin (artisan menuisier), 32 ans.
  • 07. Robert Billaux, 44 ans (prisonnier rapatrié).
  • 08. Pierre Brillet, 75 ans (négociant en grain et engrais retraité).
  • 09. Maurice Carpentier, 44 ans.
  • 10. Edgar Castain, 60 ans (négociant).
  • 11. René Catoire, 61 ans (horloger-bijoutier).
  • 12. Gaston Chrétien, 39 ans (artisan-serrurier, président de la Ligue ouvrière chrétienne).
  • 13. Henri Comyn, 24 ans.
  • 14. Arthur Couque, 35 ans.
  • 15. Clovis Couque, 31 ans (employé de chemin de fer).
  • 16. Pierre Courmont, 38 ans.
  • 17. Maurice Cousin, 35 ans (abbé, vicaire).
  • 18. René Crucq, 36 ans.
  • 19. Henri Debachy, 34 ans.
  • 20. Julien Declercq, 42 ans.
  • 21. Emile Decourselle, 58 ans (garde-champêtre d'Ascq).
  • 22. Louis Deffontaine, 32 ans (habitant de Baisieux).
  • 23. Henri Dekleermaker, 20 ans (garde-voie).
  • 24. Eugène Delannoy, 45 ans.
  • 25. René Delattre, 52 ans (patron de café de la gare).
  • 26. Henri Delbecque, 54 ans (jardinier-concierge d'André Guermonprez).
  • 27. Fernand Delcroix, 23 ans (épicier, gérant de la succursale des Docks du Nord).
  • 28. Paul Delemotte, 40 ans (cultivateur, prisonnier rapatrié).
  • 29. Albert Demersseman, 25 ans.
  • 30. Michel Depoorter, 50 ans (belge, commerçant, pris à tort pour un terroriste[15]).
  • 31. Charles Descamps, 40 ans.
  • 32. Marcel Descatoires, 43 ans.
  • 33. Gaston Desmettre, 45 ans (employé de chemin de fer, sinistré d'Hellemmes)
  • 34. Louis Desrumaux, 18 ans (habitant de Tressin).
  • 35. Emile Dété, 47 ans.
  • 36. Léon Dewailly, 41 ans (entrepreneur de couverture).
  • 37. Henri Dillies, 47 ans.
  • 38. Charlemagne Dubrulle, 64 ans (épicier).
  • 39. Roger Duretz, 23 ans (employé de chemin de fer).
  • 40. Charles Dutilloy, 45 ans (membre du réseau W.O).
  • 41. Georges Facon, 40 ans.
  • 42. Maurice Follet, 40 ans.
  • 43. Jules Francke, 36 ans (sinistré de Fives).
  • 44. Henri Guilleron, 60 ans (abbé, curé).
  • 45. André Grimopont, 35 ans (employé de chemin de fer).
  • 46. André Guermonprez, 39 ans (industriel).
  • 47. Raoul Hebert, 45 ans.
  • 48. Jules Hennebique, 55 ans (employé de chemin de fer).
  • 49. Apollinaire Hennin, 71 ans (employé de chemin de fer retraité).
  • 50. Jules Horbez, 52 ans.
  • 51. Pierre Lallard, 43 ans (prisonnier rapatrié).
  • 52. Maurice Langlard, 46 ans (dirigeant de la Ligue ouvrière chrétienne).
  • 53. Constant Lautem, 38 ans (garde-voie).
  • 54. Gustave Lhernould, 48 ans.
  • 55. Paul-Henri Lhernould, 17 ans (élève de seconde au collège moderne de Lille).
  • 56. Paul-Alphonse Lhernould, 57 ans.
  • 57. Paul Leruste, 33 ans.
  • 58. Paul Macaigne, 53 ans (grand blessé)
  • 59. Georges Marga, 24 ans.
  • 60. Maurice Menez, 41 ans.
  • 61. Paul Meplont, 72 ans.
  • 62. François Noblecourt, 45 ans.
  • 63. Jean Nuyttens, 40 ans.
  • 64. André Ollivier, 31 ans (aiguilleur de trains).
  • 65. Paul Otlet, 36 ans.
  • 66. Georges Oudart, 35 ans (artisan-menuisier, ancien prisonnier).
  • 67. Arthur Pottié, 71 ans (cafetier).
  • 68. Raphaël Poulain, 31 ans (employé de chemin de fer).
  • 69. Arthur Rigaut, 49 ans.
  • 70. Auguste Ronsse, 63 ans.
  • 71. Jean Roques, 15 ans (élève au Lycée Faidherbe à Lille).
  • 72. Maurice Roques, 48 ans (receveur des postes).
  • 73. Robert Rouneau, 45 ans (industriel).
  • 74. Lucien Sabin, 42 ans (industriel, ancien capitaine de chars d'assaut, prisonnier rapatrié).
  • 75. Henri Six, 29 ans.
  • 76. Gustave Thieffry, 66 ans.
  • 77. Maurice Thieffry, 47 ans.
  • 78. Michel Thieffry, 19 ans.
  • 79. Jean Trackoen, 20 ans (ouvrier métallurgiste).
  • 80. René Trackoen, 16 ans (ouvrier métallurgiste).
  • 81. Robert Trehoust, 38 ans (ex-lieutenant d'artillerie, prisonnier rapatrié[note 1].
  • 82. Roger Vancraeynest, 16 ans.
  • 83. Maurice Vandenbussche, 22 ans (cheminot).
  • 84. René Vandermersche, 24 ans (membre du réseau Voix du Nord).
  • 85. Albert Vanpeene, 22 ans (employé de chemin de fer).
  • 86. Paul Vermus, 59 ans.

Le massacre compte aussi des rescapés et de nombreux blessés. Les blessés dénombrés étaient Arthur Bettremieux, 17 ans ; Jean Cardon, 45 ans ; Édouard Cardon, 20 ans ; Léon Chuffart, 31 ans ; Richard Dejonghe, 54 ans ; Gustave Mérie, 59 ans ; Clovis Pelloquin, 45 ans ; Arsène Sion, 63 ans ; Gustave Vancraeyenest 51 ans ; Oscar Vanmœrbeke, 68 ans.

Brutalité et exactions[modifier | modifier le code]

En plus de la fusillade, les Ascquois sont victimes de violence. Certains sont frappés. Un homme de 85 ans est précipité au bas de l'escalier du premier étage[16]. Des femmes et des jeunes filles (notamment Mlle Trakoen, Mme Dewailly et ses deux filles) sont emmenées sur le lieu de l'exécution, assistent à des fusillades, puis sont renvoyées chez elles[16]. La brutalité du Kommando Hauer est terrible. Divers faits sont relatés. Ils frappent, battent et piétinent Mme Albert. Ils cassent portes et fenêtres. La femme d'Alexandre Bouchard est tirée par les cheveux et brutalisée, avant d'être jetée dehors avec ses jeunes enfants. Chez Mme Wauquier, rue du Maréchal-Foch, un SS empoigne une fillette de cinq ans et la jette violemment sur le sol[16],[10].

De plus, les Waffen SS profitent de la réquisition des hommes pour piller les habitations. On dénombrera du linge, des vivres, des bonbons, du vin, du savon, des bicyclettes, le contenu des tiroirs-caisses des commerçants, les outils du coiffeur, de l'argent liquide, des bijoux, des cigarettes, une boite de stylos, compas, porte-mine, etc.[17],[10]. En outre, ils n'hésitent pas non plus à détrousser les cadavres de leurs bijoux, allant jusqu'à récupérer leurs dents en or[17],[10].

Le bilan aurait pu être encore plus lourd, compte tenu que Walter Hauck avait prévu d'incendier le village[18] - ce qu'il fera d'ailleurs un an plus tard lors du massacre de Leskovice.

Réactions[modifier | modifier le code]

La nouvelle du massacre se répand rapidement dans toute la région du Nord. Il n'y aura pas de réaction du gouvernement français. Radio Paris se contentera de dire le 4 avril que « quatre-vingt six terroristes ont été fusillés à Ascq dans le Nord »[19]. Par contre, les rapports de police condamneront fermement l'acte nazi dans les mêmes termes que la population et le directeur de cabinet du préfet formula « une protestation très ferme et très respectueuse »[20]. Le Conseil municipal de Lille, le Centre départemental de coordination et d'action des mouvements familiaux du Nord, le cardinal Liénart, les commissaires de Wattrelos, Lannoy et Wasquehal expriment leur sympathie envers la population ascquoise et condamnent la « répression sanglante », « un véritable acte de barbarie », « un esprit de sauvagerie peu commun »[21].

Le 3 avril 1944 paraît dans les journaux un communiqué du Generalleutnant Bertram, qui affirme que la population avait tiré des coups de feu sur le convoi, ce qui justifie une riposte[22]. Bertram refuse de modifier son avis à la population malgré l'intervention du préfet Carles. Les journaux refusent de publier l'avis, notamment le Journal de Roubaix, L'Écho du Nord et le Réveil du Nord[22]. La Feldgendarmerie occupe les locaux du Journal de Roubaix et de L'Écho du Nord pour faire imprimer l'avis ; le Réveil du Nord accepte de le publier, mais glisse le nom des massacrés en deuxième page à la rubrique « état civil », ce qui échappe au censeur allemand qui fera saisir tous les exemplaires du journal dans les kiosques[22]. Cependant, au courant de ces démêlés, la plupart des vendeurs de journaux ne viennent pas prendre livraison de leur stock[22]. L'administration allemande tente d'étouffer l'affaire et demande à tous les maires et les personnages officiels de l'arrondissement de Lille de minimiser les faits. En outre, la Kommandantur interdit la circulation entre 20h et 6h pour l'arrondissement de Lille et la région de Douai.

La population de la région est indignée. Le personnel des ateliers de la SNCF à Hellemmes refuse de travailler le 3 avril, et au dépôt de Lille-Delivrance le travail est fortement ralenti. Le Front national fait coller des affichettes dans toute la métropole lilloise contenant ces termes : « Contre l'ignoble massacre de la population d'Ascq, Français, Françaises, en signe de deuil et de protestation, cessez le travail mercredi 5 avril, de 11h.30 à 12 heures ! Assistez nombreux aux obsèques ! »[19]. On comptera 60 000 grévistes à Lille[1], ce qui en fera une des plus grandes manifestations françaises de la guerre sous l'occupation[2].

Une foule estimée à 20 000 personnes[1],[2] (plus de 30 000 personnes selon la brochure clandestine La nuit de l'effroi[19]) se rendra à Ascq le 5 avril à 11 h 30 pour les funérailles. Aucun uniforme allemand ne sera vu, à la suite d'une demande du préfet Carles. Cette même journée sont recensés par la police beaucoup de mouvements liés au massacre. Sur les 11 820 ouvriers des 38 usines de la région lilloise, 1 535 vont aux obsèques, 1 443 ont observé une minute de silence, 800 ont travaillé pour donner une heure de salaire aux veuves, 7 177 ont cessé le travail de 11 h 30 à 12 h. Seuls 875 ouvriers ne se sont pas associés à ces manifestations. Les ateliers de la SNCF d'Hellemmes et de Fives ont envoyé chacun 400 employés ou ouvriers[19].

Malgré l'interdiction formelle des Allemands de prononcer un discours, le cardinal Liénart s'exprime devant la foule et les victimes ; il déclare : « j'adresse à toutes les autorités dont la présence donne à cette cérémonie le caractère d'un hommage officiel de la France à ses morts, l'expression de ma vive gratitude »[19]. Les groupements officiels multiplient les motions de protestation et demandent réparation. Un peu d'argent sera donné par les instances officielles pour les orphelins, et beaucoup d'ouvriers travaillèrent en plus pour donner une part de leur salaire aux veuves. La solidarité des gens de la région sera jugée exemplaire par beaucoup d'observateurs.

Du côté allemand, les SS sont vivement félicités par leurs supérieurs. Ainsi, dans la nuit même du massacre, Jura resté à Ascq reçoit la visite d'un lieutenant-colonel (certainement le colonel Hartmann de Lille) qui lui dit : « Il est agréable de constater qu'il existe encore des commandants de transport à qui des ordres ne sont pas nécessaires pour de telles choses ». D'autres militaires viennent le féliciter. Le 10 mai 1944, le major Bremer, commandant le groupe motorisé de reconnaissance de la 12e SS, déclare dans un « ordre spécial » : « Au nom du commandant de la division, j'exprime ma reconnaissance au lieutenant SS Hauck » et qualifie son action d'exemplaire, tout en déplorant les pillages commis auprès de la population civile.

Le 15 avril 1944, des auditeurs clandestins de la radio anglaise BBC entendent Maurice Schumann parler du massacre. L'État français n'a toujours pas pris position. Le maréchal Pétain en sera informé comme pour le massacre de Rouffignac, mais il faudra attendre celui d'Oradour-sur-Glane pour que le chef de l'État français écrive une lettre à Adolf Hitler à propos de la férocité des représailles des troupes SS. Hitler ne reçut probablement jamais cette lettre, car personne ne voulait la lui transmettre alors que sa situation personnelle commençait déjà à être critique. Le 12 mai, sur la BBC, Maurice Schumann appelle la SNCF à « venger les morts d'Ascq ». Le journal publié par l'Office d'information de guerre du gouvernement des États-Unis, L'Amérique en guerre, relate le massacre d'Ascq dans son édition du 19 avril 1944. De nombreux journaux inofficiels évoquent également la tuerie.

Le procureur général de la cour d'appel de Douai, dans une lettre au Ministère de la Justice détaillant les démêlés avec la presse après le massacre, énonce qu'« il ne faut pas se dissimuler que l'affaire d'Ascq a porté à l'esprit de collaboration dans la région du Nord un coup très grave, et que même les personnes qui jusqu'à ce jour avaient manifesté un esprit favorable à l'autorité allemande lui sont subitement devenues hostiles. Cette affaire constitue, sans nul doute, un sérieux obstacle à l'action gouvernementale et n'est pas de nature à faciliter l'action de la justice pénale, chargée de la répression des menées terroristes. »[23].

Des coups de feu ?[modifier | modifier le code]

Dans son rapport daté du 4 avril, Walter Hauck mentionne que « [je] me suis rendu compte que des coups de fusils et de pistolets partaient de la lisière gauche de la commune. »[8]. Ce témoignage, déclenchant l'unanimité contre lui, est probablement un faux permettant à Hauck de couvrir son action[8]. Le mécanicien Dascotte témoigne être certain « de n'avoir entendu qu'une explosion au passage de la machine et qu'aucun coup de feu n'a été tiré avant la rafale [le début du massacre] »[8]. Le 3 avril, les journaux refuseront de publier l'avis du Generalleutnant Bertram mentionnant des coups de feu[22]. Le commissaire de Wasquehal écrit dans un rapport qu'« on est certain […] qu'il n'y a pas eu de coup de feu contre les Allemands »[21].

Procès[modifier | modifier le code]

Les résistants d'Ascq sont arrêtés quelques semaines plus tard, jugés par un tribunal allemand et exécutés au fort de Seclin le 7 juin 1944 dans ce qui sera appelé la fusillade du Fort de Seclin.

Le 2 août 1949 s'ouvre au palais de Justice de Lille le procès des SS de la division responsable du massacre d'Ascq. À part le chef du convoi, le lieutenant Hauck, les responsables de la tuerie sont absents et il n'y a que des subalternes[note 2],[10]. Il faut dire que la 12e SS a subi de lourdes pertes en Normandie quelques mois après le massacre d'Ascq. Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, alors que la compagnie repasse dans le Nord, un de ses camions culbute dans le Thon à Étréaupont[24]. Ce camion rempli d'archives contenait tous les rapports des gradés responsables du massacre d'Ascq[24].

La loi Ascq-Oradour de septembre 1948 fait d'un membre quelconque de la division le responsable des exactions de ses compagnons. Le 6 août 1949, tous les inculpés à l'exception d'un seul[note 3] condamné à 15 ans de travaux forcés, sont condamnés à mort[10].

Les avocats de la défense font appel à la Cour de cassation qui rejette le pourvoi le 3 juin 1950. À la suite de divers rebondissements, notamment plusieurs révisions du procès et la présence d'un faux dans l'acte remis à la Cour suprême, le président René Coty en possession d'une supplique de quelques veuves d'Ascq, transforme les peines en 10 années de travaux forcés. En 1956, huit des accusés sont libérés et rejoignent l'Allemagne. Walter Hauck, condamné à perpétuité, bénéficie d'une remise de peine, et quitte la prison de Loos en 1957 pour l'Allemagne.

Commémorations et hommages[modifier | modifier le code]

Panneau de la rue Gaston Baratte à Ascq.

Régulièrement, le village d'Ascq a commémoré le massacre au cours du XXe siècle :

  • Le 29 juin 1947, le général de Gaulle se rend sur les lieux du massacre. Il est reçu par le conseil municipal et Isidore Hofman, le maire du village.
  • Le 13 juillet 1947, Vincent Auriol, président de la République, pose la première pierre du monument des fusillés. Il est accompagné d'un dispensaire, à la demande des veuves. L'ensemble est construit par les architectes Luc et Xavier Arsène-Henry, et inauguré en 1955
  • En 1949, la commune d'Ascq reçoit une décoration : la Croix de guerre 1939-1945.
  • En 1952, la commune reçoit la Légion d'honneur.
  • En 1964, une délégation chrétienne d'Ascq est reçue à Rome par le pape Paul VI.
  • En 1969, la municipalité organise le 25e anniversaire du massacre, en présence de nombreuses personnalités dont le ministre François-Xavier Ortoli et le cardinal Liénart. Le docteur J-M. Mocq publie : Ascq, la nuit la plus longue, la première histoire des événements d'Ascq.
  • En 1970, la ville nouvelle composée d'Ascq, Annappes et Flers-lez-Lille devient Villeneuve-d'Ascq et non Villeneuve-en-Flandre comme initialement prévu. Des routes commémorent l'événement, comme la rue des Martyrs du 2 avril 1944 (la rue des Fusillés commémore un autre événement du 7 juin 1944).
  • En 1983, le Tertre des Massacrés est visité par François Mitterrand, président de la République.
  • En 1984, le musée du Souvenir des victimes d'Ascq, créé par le docteur Jean-Marie Mocq et Gérard Chrétien, fils de massacré, est inauguré par Pierre Mauroy, Premier ministre.
  • En 1994, pour les 50 ans, des commémorations importantes sont organisées.
  • En 2005, inauguration du nouveau musée commémoratif : le Mémorial Ascq 1944.

Chaque dimanche des Rameaux depuis 1945 sans exception, le souvenir du massacre est célébré à Ascq. Une double commémoration a lieu tous les cinq ans avec une marche aux flambeaux.

Un musée de la commémoration du massacre des 1er et 2 avril 1944 existe à Ascq : le mémorial Ascq 1944. On trouve dans le jardin qui l'entourne un alignement de pierres en souvenir des victimes et un monument au gisant, le Tertre des massacrés.

Enfin, dans le cimetière d'Ascq se trouvent les tombes des massacrés, toutes alignées derrière un monument sur lequel est apposé une plaque.

Une rue près de la gare d'Ascq s'appelle rue des Martyrs.

Affaire Le Pen – Rivarol[modifier | modifier le code]

À la suite de la publication le 7 janvier 2005 dans l'hebdomadaire Rivarol d’une interview du leader d’extrême droite Jean-Marie Le Pen remettant en cause l’histoire du massacre de la nuit des Rameaux à Ascq et qualifiant l'occupation allemande de « pas particulièrement inhumaine », la ville de Villeneuve-d'Ascq s'est portée partie civile au procès devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, le 14 décembre 2007[25]. La Ligue des droits de l'homme, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et l'association des Fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF) se sont également portés partie civile au procès[26].

Jean-Marie Le Pen avait notamment affirmé avoir le souvenir qu'« un lieutenant allemand, fou de douleur que son train de permissionnaires ait déraillé dans un attentat, causant ainsi la mort de ses jeunes soldats, voulait fusiller tout le village : il avait d’ailleurs déjà tué plusieurs civils. Et c’est la Gestapo de Lille, avertie par la SNCF, qui arriva aussitôt pour arrêter le massacre »[27].

Jean-Marie Le Pen n'était pas présent au procès, et la ville était représentée par le maire, Jean-Michel Stievenard ; Yves Le Maner (directeur de la Coupole d'Helfaut) a témoigné comme historien[28]. Étaient également poursuivis dans cette affaire le journaliste qui l’avait interviewé, Jérôme Bourbon, et la directrice de publication de l’hebdomadaire d’extrême droite, Marie-Luce Wacquez. Une peine de 10 000 € d'amende et 5 mois de prison avec sursis avaient été requis à ce procès du 14 décembre 2007[27]. Le , Jean-Marie Le Pen a été condamné à 10 000 euros d'amende et à trois mois de prison avec sursis : le tribunal correctionnel de Paris a en effet jugé que ses propos sur l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale constituaient une « contestation de crimes contre l'humanité », et que ceux concernant le massacre d'Ascq le rendaient complice « d'apologie de crimes de guerre et contestation de crimes contre l'humanité ». En revanche, la plainte de la commune de Villeneuve-d'Ascq a été jugée irrecevable[29]. Jean-Marie Le Pen a fait appel de la décision.

Le 21 janvier 2009, la cour d'appel de Paris a confirmé le précédent jugement et condamné Jean-Marie Le Pen à 10 000 euros d'amende et à trois mois de prison avec sursis pour ses propos minimisant les crimes commis par l'occupant nazi sous l'occupation, et notamment le massacre d'Ascq. Son avocat a indiqué qu'il se pourvoirait en cassation[26]. On notera que si la cour d'appel a confirmé la condamnation de Jean-Marie Le Pen pour « complicité de contestation de crimes contre l'humanité », elle l'a en revanche relaxé pour ceux d'« apologie de crimes de guerre »[30].

Massacre d'Ascq dans la culture[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

Le poète Louis Aragon a écrit quelques vers en 1954 à propos d'Ascq et du massacre d'Ascq[31] :

« Or sur la chaussée de Lille
Soudain se sont tus les chants
Or sur la chaussée de Lille
Ascq a paru dans les champs
Compagnons vous souvient-il

Voici que vous rencontrez
Dès les premiers pas en France
Voici que vous rencontrez
Sur ses pierres de souffrance
Ascq assise au coeur des prés

Les bourreaux qui la marquèrent
Arrêtons-nous un moment
Les bourreaux qui la marquèrent
attendent leur jugement
Maudits soient les gens de guerre »

Romans[modifier | modifier le code]

Marie-Paul Armand raconte, d'une façon un peu romancée mais en gardant les noms de personnalités engagés, cette tuerie d'Ascq dans le livre, Le vent de la haine qui fait partie de la trilogie La poussière des corons (1985).

Sorj Chalandon évoque le massacre dans son roman La légende de nos pères (2009).

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Le Crime des nazis à Ascq ou Massacre des Innocents, Édouard Catel, librairie de la Croix du Nord, Lille, 1944, ré-édité par la Société historique de Villeneuve-d'Ascq et du Mélantois (SHVAM) en 1996.
  • J'accuse, Louis Wech, Imprimerie Boulonnais, Ascq, 1945, ré-édité par la SHVAM en 1996.
  • Quand Lille avait faim (chapitres 5 et 6), Mgr Lucien Détrez, Imprimerie S.I.L.I.C., Lille, 1945.
  • Sous le signe de la croix gammée, F. Beurtheuret, Imprimerie du Beffroi, Armentières, 1945.
  • Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946.
  • L'affaire d'Ascq, Raymond de Geouffre de la Pradelle, Éditions internationales, 1949.
  • Die faschistische Okkupationspolitik in Frankreich (1940 – 1944) Dokumentenauswahl Hg. und Einl, Ludwig Nestler, Deutscher Verlag der Wissenschaften, Berlin, 1990. (ISBN 3326002971).
  • La 12e SS Hitlerjugend massacre Ascq, cité martyre (album historique), Jean-Marie Mocq, Éd. Heimdal, 1994.
  • Frankreich und die deutschen Kriegsverbrecher: Politik und Praxis der Strafverfolgung nach dem Zweiten Weltkrieg, Claudia Moisel, Göttingen, Wallstein, 2004. (ISBN 3892447497).
  • Ascq 1944. Un massacre dans le Nord, une affaire Franco-Allemande., Jacqueline Duhem, Ed. Les lumières de Lille, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Robert Trehoust fut prisonnier de guerre à Oflag VI A ; en 1951 la caserne servit pour l'armée belge et un bloc est nommé en honneur du lieutenant.
  2. Ce sont les soldats Rembardt Onken, Werner Fürst, Walter Jury, Gunther Bänsch, Johannes Rasmussen, August Zuismeister, Werner Voigt et Felix Wronna.
  3. Felix Wronna, resté de garde dans le wagon.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Brochure 60ème anniversaire du massacre d'Ascq, dossier pédagogique, textes : Sylvain Calonne, publication de la mairie de Villeneuve d'Ascq en collaboration avec la Société Historique de Villeneuve d'Ascq et du Mélantois, 2004
  2. a, b, c et d Ascq avril 44 le massacre des Rameaux, reportage, 29/03/1969. Producteur : Office national de radiodiffusion télévision française Lille. Réalisateur : Bernard Claeys. Journaliste : Claude Laplaud. Regardable sur http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/RCF01015866/ascq-avril-44-le-massacre-des-rameaux.fr.html.
  3. Dominique Ponchardier, Les pavés de l'Enfer, Paris, 1950, Editions J'ai lu
  4. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, page 48
  5. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Paris, Éditions Mellottée, 1946, p. 18.
  6. a, b, c et d Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 21 à 23, chapitre Les dégâts.
  7. a et b Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, page 24.
  8. a, b, c et d Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 27 et 28
  9. a, b et c Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 29 à 31, chapitre Le carnage
  10. a, b, c, d, e, f et g « Troisième page sanglante », « Le massacre du 1er avril 1944 », Part. 6, Chap. 5, pages 264 à 272, Essai de l'histoire d'Ascq et de ses environs, Pierre Delebart, Imprimerie R. Boulonnais, Ascq, 1952.
  11. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 37 à 39, chapitre La maison Roseau
  12. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 46 à 48, chapitre Déclaration du maire d'Ascq
  13. a, b et c Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 48 à 50, chapitre Que s'est-il passé ?
  14. a, b, c, d et e Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 51 à 56, retranscription de la permanence téléphonique en gare de Lille.
  15. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, page 73
  16. a, b et c Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 33 à 35, chapitre Fusillé ? Non - assassinés
  17. a et b Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 61 et 62, chapitre Détrousseurs de cadavre
  18. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, page 45.
  19. a, b, c, d et e Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 63 à 67, chapitre Les Funérailles.
  20. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 78 et 79.
  21. a et b Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 81 à 83.
  22. a, b, c, d et e Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 74 à 77, chapitre Un avis que la presse asservie refuse de publier.
  23. Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, pages 77 et 78.
  24. a et b Crimes Hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Editions Mellottée (Paris), 1946, page 8.
  25. Massacre d'Ascq: la ville partie civile contre Le Pen, Jean-Michel Stievanard, Blog, 13 décembre 2007, http://www.blog-jmstievenard.fr/index.php/massacre-d-ascq-la-ville-partie-civile-contre-le-pen (archive sur http://web.archive.org/web/20071215224647/www.blog-jmstievenard.fr/index.php/massacre-d-ascq-la-ville-partie-civile-contre-le-pen)
  26. a et b Massacre d'Ascq : peine confirmée en appel pour J.-M. Le Pen, F.FL. avec AFP, La Voix du Nord, 21 janvier 2009, http://www.lavoixdunord.fr/actualite/L_info_en_continu/Region/2009/01/21/article_massacre-d-ascq-peine-confirm-eacute-e-e.shtml?xtor=RSS-2
  27. a et b Cinq mois avec sursis requis contre Le Pen pour ses propos sur l’Occupation, Ligue des droits de l'Homme de Toulon citant AFP, 14 décembre 2007, http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article467
  28. Villeneuve-d'Ascq contre Le Pen, Jean-Michel Stievanard, Blog, 15 décembre 2007, http:// www.blog-jmstievenard.fr/index.php/villeneuve-d-ascq-contre-le-pen (archive : http://web.archive.org/web/20071217215242/www.blog-jmstievenard.fr/index.php/villeneuve-d-ascq-contre-le-pen)
  29. Le Pen paye pour ses dérapages, la Rédaction, Le Journal du Dimanche, 8 février 2008, http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/Le-Pen-paye-pour-ses-derapages-97389/
  30. Appel - Prison avec sursis confirmée pour Le Pen, d'après AFP, LCI, 21 janvier 2009, http://tf1.lci.fr/infos/france/justice/0,,4233693,00-prison-avec-sursis-confirmee-pour-le-pen-.html
  31. Villeneuve-d'Ascq contre Le Pen, Jean-Michel Stievenard, Blog, 15 décembre 2007, http://www.blog-jmstievenard.fr/index.php/villeneuve-d-ascq-contre-le-pen (archive sur http://web.archive.org/web/20071217215242/www.blog-jmstievenard.fr/index.php/villeneuve-d-ascq-contre-le-pen)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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