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Mary-Sue

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Mary-Sue, au masculin Gary Stu ou Marty Sue, est un terme péjoratif donné à un personnage de fiction représenté d'une manière idéalisée, sans défaut notable. Ce terme est habituellement utilisé dans les critiques de fanfiction. On le trouve également parmi les pratiquants de jeux de rôle anglophones.

Il se rapporte généralement à un ou des personnage(s) créé(s) par l'auteur de la fanfiction, mais peut également être attribué à un des personnages du canon (œuvre originale), qui est alors décrit d'une manière idéalisée, que ce soit par l'auteur d'une fanfiction ou par l'auteur du canon.

Ce qui distingue la Mary-Sue est la pureté de son caractère fantasmatique et la suridentification de l'auteur avec son personnage. Une Mary-sue a toujours raison et est toujours appelée à un destin grandiose finissant de manière épique.

Le terme de Mary-Sue est une notion résolument subjective et visant la plupart du temps à déprécier la valeur littéraire du personnage visé. De ce fait il n'existe pas de définition propre de cet archétype : les auteurs qui tentent de le suivre à la lettre sont ceux qui veulent justement le parodier ou le subvertir. Tout « critère » définissant une Mary-Sue doit être replacé dans le contexte de l'œuvre où elle apparaît[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Le terme vient d'un personnage de Paula Smith (à ne pas confondre avec la joueuse de tennis du même nom), le Lieutenant Mary Sue (« la plus jeune lieutenant de Starfleet — seulement quinze ans et demi ») immortalisée dans la parodie A Trekkie's Tale[2], publié en 1974 dans son fanzine Menagerie #2 [3]. On remarquera que le concept ne tire pas son origine d'un exemple précis mais de sa propre parodie : la Mary-Sue originelle était une réaction face au nombre considérable de personnages sur-idéalisés dans les fanfictions de l'époque sur Star Trek, généralement créés par des adolescents.

À noter que l'archétype de la Mary-Sue, dans le monde de la fanfiction, est souvent confondu avec d'autres types de personnages auxquels il est souvent mélangé : les OC (Original Characters) et le self-insert. Un OC désigne tout personnage qui n'existait pas auparavant dans le canon de l'œuvre choisie (ou qui était très peu développé) ; il n'y a pas de connotation péjorative et ce personnage, créé par l'auteur de la fanfiction, peut ne répondre à aucune caractéristique de la Marye-Sue. Par ailleurs la Mary-Sue peut tout à fait être un personnage du canon existant dont on a exagéré la perfection jusqu'à l'excès, ou qu'on a complètement déformé (on parle alors de personnage ooc - out of character). Le self-insert désigne tout personnage par lequel l'auteur s'intègre lui-même dans son histoire et se fait y prendre part, directement ou via un avatar littéraire portant un autre nom. Néanmoins l'auteur peut rester critique vis-à-vis de lui-même et pratiquer l'auto-dérision ; il est aussi simplement possible que ce personnage puise dans une résonance autobiographique. Lorsque la Mary-Sue n'est pas une représentation évidente de l'auteur, on peut parler de self-insert dans le sens où ce personnage sert à réaliser une sorte de fantasme personnel de puissance et de perfection, et d'imposer la vision qu'a l'auteur de l'œuvre et du monde en général. Le problème est que ce genre de transfert psychologique peut être inconscient par nature.

Usage[modifier | modifier le code]

Mary-Sue peut être utilisée pour décrire des personnages féminins ou masculins, mais les Mary-Sue de sexe masculin sont également appelé de diverses autres façons, plus rares : Gary Stu, Marty Stus, Murray Stus, etc.

Bien que les personnages ne soient généralement pas des Mary-Sue de manière intentionnelle, certains auteurs écrivent délibérément des Mary-Sue sous forme de parodie. La Mary-Sue originale de Paula Smith est une réponse ironique à l'accumulation de nouvelles de fanfiction bâties autour de tels archétypes.

Parmi les pratiquants de jeu de rôle anglophones, il est associé au concept de Munchkin (fr. : grosbill) et de GMPC (GameMaster Playing Character = personnage fétiche du Maître de Jeu). Des Mary-Sue présentés dans des jeux par forums, voire dans des livres officiels de la gamme de jeu, dépassent fréquemment les limites imposées par le système de simulation.

Le phénomène Mary-Sue prend actuellement une telle ampleur que de nombreux sites internet proposent des tests sur le thème « Votre personnage est-il une Mary-sue ? »

Exemple : The Universal Mary-Sue Litmus Test

Caractéristiques récurrentes[modifier | modifier le code]

  • La suridentification de l'auteur dans son personnage :
  1. partage le(s) même(s) hobbies, opinions politiques, convictions religieuses, âge et nationalité que son auteur. Cela peut aller jusqu'à partager une forme idéalisée de son nom, de son aspect physique ou de sa situation socio-professionnelle;
  2. fait montre d'une haute moralité de type occidentale (morale individualiste fondée sur le bien-être des personnes du type liberté individuelle), même si c'est inadéquat pour son ethnie supposée ou l'univers dans lequel le personnage interagit (des esclaves dans l'Antiquité qui trouvent que l'esclavage n'est pas normal ; mariages forcés ou arrangés qui sont vécus comme répugnants, indépendamment des cultures ; application d'une morale religieuse inadéquate, comme la condamnation de l'inceste en Égypte antique...);
  3. aime/déteste les mêmes personnages que son auteur, surtout dans les fanfictions. Cela peut aller jusqu'à provoquer des situations dans l'intrigue de l'histoire (mariage entre personnages canons, réhabilitation du Méchant...) que l'auteur souhaiterait voir dans l'œuvre originale, qui s'accompagne d'amitié/amour ou puissante rivalité avec un ou plusieurs personnages canons de l'histoire originale;

Note : Cette suridentification de l'auteur est appelée Self-Insert (« Insertion de Soi ») dans le monde de la fanfiction. Il s'agit d'un cas particulier des Mary-Sue, mais les SI peuvent être indépendants des caractéristiques bodybuildées habituelles (cas d'un personnage contemporain « largué » dans un univers qui lui est inconnu).

  • Des particularités du personnage pour le rendre plus attrayant (plus fort, plus beau, plus intelligent):
  1. pouvoir(s) surnaturel(s) d'une puissance extravagante;
  2. connaissances/compétences les plaçant devant les leaders mondiaux de la recherche technologique et/ou les opérations militaires ; l'auteur n'hésitant pas à les multiplier, dans des domaines extrêmement différents voire contradictoires ;
  3. grande beauté rehaussée par un détail rarissime (yeux couleur Améthyste...). L'auteur n'hésite pas à la décrire en détail en exprimant à quel point tout le monde est fasciné dans son entourage;
  4. possède un objet ou un animal exotique et/ou magique (batte de baseball magique...);
  • En contrepartie, l'auteur peut choisir de rajouter des défauts qu'il juge intéressants à son personnage, pour éviter qu'il ne soit entièrement parfait et donc qu'il soit impossible de s'identifier à lui :
  1. défaut à la mode évoqué mais idéalisé ou jamais interprété;
  • L'auteur veut que l'on plaigne son personnage, pour qu'il en ressorte grandi :
  1. un passé familial difficile, voire scabreux, impliquant négligences et abus, mais ne laissant que peu de traces dans son comportement
  2. tendance au sacrifice (de sa vie ou autre).

Extension au monde de l'art contemporain[modifier | modifier le code]

Dernièrement, on a pu observer une recrudescence dans divers domaines de l'identification dans le réel au personnage de fiction. Ainsi, alors qu'à l'origine c'est l'écrivain qui place dans son personnage des éléments qui lui sont propres, on voit aujourd'hui apparaitre l'effet contraire : Le personnage de Mary Sue, désormais codifié et identifiable effectue un transfert dans le réel et l'on observe,

  • que ce soit dans les environnements considérés par certains comme marginaux, liés par exemple aux formes les plus approfondies de l'identification d'un personnage de fiction dans le réel (en occident, on observe par exemple une démocratisation d'un phénomène de mimesis à certaines Mary Sue célèbres du monde des mangas ou de l'animé nippon par le biais du cosplay),
  • mais également sur le plan artistique (Une artiste plasticienne nommée « Mary Sue » ayant revêtu les codes qui constituent la Mary Sue au sens le plus large met en avant ce phénomène d'inversion. À défaut de placer dans son personnage de Mary Sue les idées et les éléments qui constitueraient des indices autobiographiques, elle gomme habilement tout ce qui a trait à l'identité, au personnel, incarnant sans détour les codes d'une Mary Sue. Elle en porte d'ailleurs le pseudonyme, détruisant par là même ce qui constitue habituellement l'identité la plus forte d'un individu, le nom de famille, ses racines, son histoire... Il s'agit d'une critique du monde qui l'entoure, observant dans la société de mass-média et dans l'ère d'une forme de généralisation de la pensée, la destruction de l'identité d'une personne. Devenue personnage, laissant le concept de Personne cher à Nietzsche à l'écart, elle fabrique par le biais de la photographie, de l'installation et de la vidéo contemporaine une histoire globale d'une jeune femme conditionnée par la culture de masse, l'éducation, la morale),

une sorte de critique de la société telle qu'elle absorbe les individus en les fondant dans une pensée globalisante. L'incarnation d'un standard parfait tel qu'une Mary Sue se doit d'être témoigne d'un engagement profond, elle accumule les codes de la société contemporaine de l'image (publicité, morale, sexualité, éducation...) dans des travaux mettant tous ces critères en confrontation dans un même moment, celui de l'œuvre, dévoilant les incohérences et les contresens inhérents à cette culture globale à laquelle chacun se plie au quotidien. L'avatar supplante alors le réel dans son œuvre alliant l'aspect positif (le personnage parfait aux qualités héroïques) et la face la plus sombre de la Mary Sue.

Motifs de critique[modifier | modifier le code]

  • Le personnage est un reflet narcissique de l'égo de son auteur, plus particulièrement de ses aspects les moins agréables.
  • Une Mary-Sue tend à modifier l'univers de référence en sa faveur, et dès lors à en saper le réalisme et l'intérêt.
  • Tout autre personnage devient son faire-valoir (« L'univers n'est pas assez grand pour deux héros de cette pointure. »).
  • Son attitude de prima donna est profondément irritante pour tous, sauf son auteur. Dans certains cas, l'auteur prend un plaisir évident à irriter les autres fans / joueurs, ou tout au moins à être le sujet de débats virulents.
  • Être mêlé sans avertissement ou consentement préalable à un procédé cathartique relevant de la psychothérapie est vécu par les autres fans / joueurs comme une intrusion.

Différents types de Mary-Sue[modifier | modifier le code]

La quantité considérable de fanfictions sur Internet a conduit à créer des catégories non officielles de Mary-Sue, parmi lesquelles :

  • Angsty Sue : désigne un personnage torturé jusqu'à l'excès, et/ou dont l'horreur du passé frise le ridicule, et se met en contraste avec celui des autres personnages de l'œuvre. Clichés communs : meurtre, viol, maltraitance ou abandon durant l'enfance, condition d'orphelin, etc. Les parents sont rarement épargnés. Par la surcharge du pathos, le personnage est censé acquérir la sympathie du lecteur ; il peut être dépressif, constamment exécré par tout ce qui l'entoure, ou obsédé par une vengeance sanguinaire. Stéréotypiquement, si le personnage porte une lourde culpabilité (parfois complètement injustifiée), l'histoire dévoilera en fait un détail jusqu'alors inconnu des faits qui l'absoudra de tout regret éthique. Au contraire, s'il n'a aucune culpabilité vis-và-vis de ses actes, il imposera sa vision des choses sans les moindre remords ou interrogations, écrasant tous ses opposants sur son passage (peu importe s'ils ont raison ou non). Dans tous les cas, c'est généralement une relation amoureuse avec un autre personnage qui le « sauvera » et lui apportera le bonheur. C'est souvent une déformation dénaturée du héros byronien.
  • Anti-Sue : type assez rare de Mary-Sue, il s'agit du résultat des efforts d'un auteur ayant pris acte du concept et tentant de ne pas y correspondre en sur-ajoutant des défauts et caractéristiques négatives à son personnage. Ceci ne suffit néanmoins toujours pas : le personnage peut avoir une importance encore trop démesurée, ou des défauts n'ayant aucune manifestation dans l'intrigue, ou seulement choisis pour attirer encore plus la sympathie du lecteur (par exemple un personnage timide est jugé « mignon » et « pur » ; s'il est râleur et malpoli, c'est pour montrer sa force de caractère, etc). On peut voir cette sous-catégorie comme un tentative ratée de décrire un anti-héros.
  • Villain Sue : une Mary-Sue antagoniste (même si l'histoire peut être racontée par ses yeux). Ce type de personnage résulte d'une fascination inconsciente pour les méchants, en dépit de toute logique. Très talentueux, son intelligence et sa puissance exacerbés lui permettent de toujours triompher des protagonistes. Généralement, on lui invente un passé tellement tragique qu'il l'absoud de toute culpabilité (car il n'avait pas la possibilité de choix moraux), ou encore des qualités insoupçonnées. On peut en fait aller jusqu'à en faire un anti-héros incompris de tous, ou par contraste faire des protagonistes des individus peu scrupuleux qui ont beaucoup en commun avec lui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Mary Sue, définition du terme et exemples sur tvtropes.org
  2. Smith, Paula, A Trekkie's Tale.
  3. SF Citations for OED: Mary Sue.