Maruyama Ōkyo

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Le Nouvel An par Maruyama Ōkyo.

Maruyama Ōkyo, (円山 応挙 Ôkyo Maruyama), ou Maruyama'kyo, de son vrai nom: Maruyama Masataka, surnom: Chūsen, noms familiers: Iwajirō et Mondo, noms de pinceau: Sensai, Isshō, Kaun, Untei, Senrei, Rakuyō-Sanjin et Seishūkan, est un peintre japonais du XVIIIe siècle. Il est né le 12 juin 1733 à Tamba (près de Kyoto) et mort le 31 août 1795. Il est le contemporain de Nagasawa Rosetsu.

Introduction[modifier | modifier le code]

Au cours du XVIIIe siècle qui voit l'épanouissement économique d'une société bourgeoise commerçante et d'un humanisme moderne, de nouvelles tendances se font jour dans la peinture nippone: la vision idéaliste de la peinture lettrée (bunjin-ga) d'une part, le mouvement réaliste de l'École Maruyama d'autre part. Ces deux courants subissent, l'un comme l'autre, l'influence d'apports étrangers et ne sont pas sans avoir ensemble de nombreux contacts. Fondateur du shasei-ga ou peinture réaliste, Maruyama Ōkyo est donc une des personnalités prééminentes de l'art japonais, et, bien que son réalisme suscite l'opposition unanime de tous les tenants de la tradition sino-japonaise, il correspond trop à l'esprit du temps pour ne pas s'imposer irrésistiblement et influencer jusqu'aux écoles antagoniques. Ōkyo sait, en effet, traduire sa vision novatrice en termes japonais, greffer les apports étrangers sur des techniques séculaires, intégrer les innovations aux traditions, réussir, enfin, une brillante synthèse qui s'inscrit harmonieusement dans l'art pictural de son pays[1].

Derniers feux: l'école « réaliste »[modifier | modifier le code]

À ces exaltés, vaguement anarchisants, en dépit de leur qualité de bonzes (ou peut-être à cause d'elle), le pouvoir et le public moutonnier préfèrent des artistes plus sages plus rassurants. Ces derniers sont ordinairement réunis sous l'appellation bien commode d'« école réaliste » (Shasei-ha). Appellation on ne peut plus impropre en l'occurrence: le réalisme, quelque sens qu'on veuille bien donner à ce mot, n'est assurément pas la marque distinctive des peintres ici rassemblés. Commençons par dire que le courant en question, même s'il véhicule (pas toujours) un esprit qui répugne à l'innovation, même s'il charrie parfois le pire, nous offre aussi du meilleur. On y range ainsi une bonne partie de la production de Goshun, dont on a déjà souligné qu'il commence par être le plus fidèle continuateur de Buson, mais qui en fin de carrière donne, sans excès d'ailleurs, dans un style plus ornemental. Quant à l'œuvre même du plus fameux représentant de ce prétendu « réalisme » c'est bien de Maruyama Ōkyo qu'il s'agit, elle déborde largement, par sa variété même, l'accusation de préciosité qui lui est souvent adressée avec juste raison[2]. Un autre élément joue un rôle indéniable à la base du « réalise » d'Ōkyo: il s'agit de la nouvelle vague d'influence chinoise, qui pénètre au Japon par Nagasaki. Ce port, à l'extrémité ouest de l'archipel, seul point de contact avec le monde extérieur, permet dès le XVIIe siècle l'infiltration de la peinture de la Chine autant que de l'Occident[3].

L'esthétisme décoratif[modifier | modifier le code]

Il est déjà à l'œuvre chez les peintres de l'École Kanō, il triomphe avec Sotatsu et Kōrin, et suscite encore l'engouement d'Ōkyo et de ses suiveurs, dans certaines de leurs œuvres en tout cas. Ses caractéristiques: un dessin très travaillé, non pour autant forcément « réaliste », un certain goût du faste, le recours systématique aux formats monumentaux, à l'or, aux couleurs éclatantes[4].

Ōkyo Lui-même cultive les genres et les styles les plus divers, et avec un égal brio, comme s'il veut rassembler en un ultime déploiement d'énergie créatrice les tendances contradictoires du génie pictural nippon: vastes compositions florales, franchement décoratives; peintures de genre d'un réalisme achevé; paysages brumeux d'une indiscutable poésie; évocations mythologiques dans la manière expressionniste d'un Sesson, etc. Seules les productions qui marquent la dernière partie de sa carrière laissent à désirer: il se relâche et donne alors, brillamment certes, dans le convenu (c'est à cette époque qu'il décore, avec ses disciples, les murs de Gosho. On regrette cette faiblesse: le « chant du cygne » auquel nous convie Ōkyo ne débute pas sans grandeur. Chant du cygne à plusieurs voix, si l'on veut être impartial. Car Ōkyo n'est tout de même pas l'unique artiste en son temps à produire des œuvres à la fois soignées et inspirées[5].

Rejetant par la suite cette technique foncièrement étrangère à l'Extrême-Orient, il tire néanmoins un merveilleux parti de cette expérience en en retenant l'approche intellectuelle, une transcription du monde respectueuse de la perception oculaire et non plus dans le cadre de conceptions préétablies. C'est par l'étude directe de la nature qu'il cherche à forger son style et un autre élément joue un rôle certain dans cet effort: la nouvelle vague d'influences chinoises. On retrouve dans la tradition réaliste ou naturaliste des peintres de fleurs et d'oiseaux de l'époque Ming la même prédilection pour le monde animal et végétal, la même minutie et le même rendu quasi scientifique[6].

Biographie[modifier | modifier le code]

Le sage Ōkyo.

Maruyama Ōkyo se prétend originaire de Kyoto, mais cela n'est pas prouvé. Dès son enfance, il dessine, montrant peu de goût pour les travaux agricoles auxquels le destine sa famille. Ses parents essaient ensuite, sans plus de succès, d'en faire un Bonze. Il trouve un emploi à Kyoto chez un marchand de kimonos, puis dans une boutique de jouets (stéréoscopes): il peint une bonne partie de ses tableaux pour cet instrument (de fabrication chinoise), qui fait fureur à l'époque. Son style, d'une précision ahurissante (même quand il s'abandonne aux délices du flou) s'en ressent; il confine parfois à l'illusionnisme. Très vite en effet Ōkyo met au point les trois techniques qui deviennent les piliers de l'école qu'il entreprend de fonder. « Parler d'école », le mot est juste dans le cas d'Ōkyo, qui donne même à celle -ci son propre nom (Maruyama)[2].

Maruyama Ōkyo (une autre prononciation de son prénom semble être Masataka, issu d'une famille d'agriculteurs de la région de Tamba, arrive dès l'âge de six-sept ans à Kyoto où il entre dans l'atelier de Ishida Yūtei (1721-1786), peintre de l'École Kanō de Kyoto. Il acquiert une grande maitrise dans le maniement du pinceau, tout en poursuivant parallèlement une bonne formation classique, comme le prouvent ses multiples copies d'anciens. Tôt amené à gagner sa vie, il fait des megane-e, visions stéréocopiques ou jeux optiques, nouveautés récemment importées de Chine et d'Europe. Ce sont des paysages dont la perspective linéaire, le graphisme et les jeux de clair-obscur sont directement inspirés des gravures hollandaises et que l'on contemple agrandis par une lentille. Ōkyo est appelé à en accroître le répertoire pour le compte d'un marchand de curiosités de Kyoto, vers 1760, et il en subsiste encore aujourd'hui un nombre considérable[6].

Tendances diverses de la peinture moderne XVIIe ‑ XIXe siècles[modifier | modifier le code]

Mais si la longue carrière de cet artiste n'est qu'un effort continu pour cerner de plus près la réalité objective, il ne se départit jamais du sens lyrique et décoratif si profondément ancré dans l'âme japonaise. Grâce au soutien financier et bienveillant du prince-moine Yūjō, supérieur du monastère Mii-dera, Ōkyo parvient à développer un style personnel et à affirmer une personnalité croissante, comme l'attestent les nombreux carnets et rouleaux de croquis datés de 1770 à 1776. Non seulement y saisit-il la morphologie animale et végétale, mais de plus, chose fort rare au Japon, l'anatomie humaine en dessinant des corps nus qu'il habille ensuite de traits de couleurs différentes; ses compositions à l'espace ouvert séduisent par leur ton harmonieux et les nuances raffinées de l'encre de Chine. Par exemple, Pin sous la neige, œuvre de jeunesse datée 1765 et conservée au Musée National de Tokyo éclate de spontanéité juvénile: quelques traits rapides dessinent les aiguilles de pin, tandis que des touches nuancées confèrent aux branches et au tronc leur volume et que le blanc de la soie évoque la neige sur l'arbre et sur la terre, avec légèreté, douceur et fraîcheur. Réalisme sans doute, mais imprégné de lyrisme[7].

Style de genre[modifier | modifier le code]

Il pratique tous les genres de peinture, du petit format à la grande composition, domaine dans lequel il s'illustre avec particulièrement d'éclat. Il laisse un grand nombre de paravents destinés aux temples ou aux maisons bourgeoises ainsi que des décorations intérieures de plusieurs monastères tels le Kongō-ji à Tamba, le Daijō-ji à Hyōgo ou le Kotohira-gū à Sanuki. Les portes en bois du Pavillon d'Ōkyo, petit bâtiment rattaché au temple Meigen-in à Aichi (transféré aujourd'hui dans le parc du Musée National de Tokyo), décorées en 1784 de deux chiens, l'un blanc et l'autre brun, jouant avec des fleurs de liseron bleu, offrent un charmant témoignage des dons d'observation et de la grande habileté de l'artiste. Comme si la vie, dont il sait doter ses œuvres, réside moins dans la minutie et le réalisme que dans l'emploi ingénieux du pinceau dont les accents variés servent parfois à masquer une certaine ténuité. À sa mort, Ōkyo laisse quantité d'élèves, mais c'est chez Goshun que le lyrisme, qui marque déjà d'un charme inattendu les meilleurs de ses œuvres, devient encore plus sensible[1].

Œuvres racontées[modifier | modifier le code]

  • Dragon marin.

Ôkyo peut tout faire, tout oser. À la charnière de deux mondes (il n'ignore pas la peinture européenne), il offre un éblouissant résumé de ce que l'art pictural japonais produit de plus rare. Même s'il n'évite pas toujours la préciosité, on va voir que c'est loin d'être toujours le cas...

Une lame de fond en forme d'aigle se métamorphose en dragon... Vision baroque, mais si fabuleusement maîtrisée qu'on finit par y croire. Ce monstre expert en transmutations aurait presque pu être signé deux siècles plus tôt par Sesson. Que dire de mieux ?
  • La Cascade.

Préciosité, oui (on songe aux Kanō). Mais la poésie aussi est là, qui rêve l'intimité de ces eaux en fuite: filets d'écume qui jouent au lasso entre les rochers, petites mains ondines cherchant où s'agripper...

La terre, par un de ces tours de passe-passe dont Ôkyo a le secret, a l'air soudain comme gommée: avalée elle aussi par le Vide glouton...
  • Rivage sous la pluie.

Ôkyo parvient même, quand il le veut, à rejoindre l'esprit du nanga, dont tout, en principe,doit l'écarter.

Innombrable clapotis de la pluie d'été. Sensation mélangée d'humidité et de tiédeur. Que n'a-t-il donné plus souvent dans ce style sans fard ! Il y nage visiblement comme un poisson dans l'eau.
  • Le Nouvel An (détail).

Une autre facette, pour le moins inattendue, du génie caméléonesque d'Ôkyo. Simplicité du trait, goût du détail familier:

c'est toute l'atmosphère des vieux Emaki que recrée ici le pinceau de l'artiste, peu coutumier par ailleurs de ce style bon enfant[8].

Musées[modifier | modifier le code]

Le voyage de Narihira vers l'Est par Maruyama Ōkyo.
  • Collection particulière:
    • Dragon marin, encre sur papier (107x36 centimètres).
  • Kanagawa (Musée Kotohiragu):
    • La cascade, encre et or sur papier (230x492 centimètres).
  • Kyoto (Temple Kanchi-in):
    • Les dragons.
  • Nara (Yamato Bunkakan):
    • Rivage sous la pluie, encre et couleurs légères sur papier (154X332 centimètres).
  • Ōtsu (Emman-in, Miidera):
    • Heurs et malheurs.
    • Le paon.
  • Paris Mus. Guimet:
    • Le voyage de Narihira vers l'Est.
  • Tōkyō (Nat. Mus.):
    • Pin sous la neige, daté 1765, rouleau en hauteur, encre sur soie.
    • Pavillon d'Ôkyo, carnets de croquis.
  • Tōkyō (Tokugawa Reimeikai) :
    • Le Nouvel An, couleurs sur soie (hauteur du rouleau: 28 centimètres).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire Bénézit, Dictionnaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs, éditions Gründ,‎ janvier 1999, 13440 p. (ISBN 2700030192), p. 306.
  • Maurice Coyaud, L'Empire du regard – Mille ans de peinture japonaise, éditions Phébus, Paris,‎ novembre 1981, 256 p. (ISBN 2859400397), p. 50, 51, 54, 56, 60, 61, 239, 240, 241, 242, 243, 244, 245
  • Akiyama Terukazu, La peinture japonaise - Les trésors de l'Asie, éditions Albert SkiraGenève,‎ 1961, 217 p., p. 1176, 182/188, 190

Notes et références[modifier | modifier le code]

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