Martyrs de Kantara

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Les martyrs de Kantara désignent treize moines orthodoxes martyrs de Chypre, tués en 1231 et vénérés localement le 19 mai.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Au cours de la troisième croisade, Richard Coeur de Lion aborde sur l'île de Chypre, province byzantine, et en prend possession. N'en voyant pas l'utilité, il la cède à l'ordre du Temple. Par la suite, Chypre va devenir un royaume latin, qui existera jusqu'en 1489. Amaury de Lusignan, qui prendra le titre de roi de Chypre, va négocier avec le Saint-Siège la création d'un Archevêché latin à Nicosie et de plusieurs Evêchés latins sur l'île. Et ledit Archevêché latin, profitant des privilèges qu'il a sur l'île, va tenter par la suite de convertir la population Orthodoxe au Catholicisme romain.

Les moines de Kantara[modifier | modifier le code]

Il existe alors un Monastère Orthodoxe de grande réputation à Chypre, celui de Panaghia Kantariotissa, ( Παναγία Κανταριώτισσα en grec) dit de Kantara, connu par la population locale à cause des moines qui y résident, remarquables pour leur sainteté et leur combats ascétiques. Les treize moines sont Jean, Conon, Barnabé, Gennade (ou Gennadios), Gerasime, Germain, Theoctiste, Jeremie, Joseph, Marc, Cyrille, Theognoste et Maxime. Certaines sources disent que les Moines Jean et Conon seraient venus d' Asie Mineure et les autres moines les auraient ensuite rejoints. D'autres affirment qu'ils seraient venus du Mont Athos. L'Archevêque latin de Chypre, Eustorgius, craignant que la vénération dont ils font l'objet ne vienne s'opposer à ses plans, envoya des représentants pour tenter de convertir les moines au Catholicisme (selon d'autres sources il n'aurait envoyé qu'un seul représentant). Les moines refusèrent pour des motifs théologiques et comme les représentants latins insistaient, l'Higoumène Jean, supérieur du Monastère, proposa que les latins célèbrent leur messe d'un côté, les Orthodoxes de l'autre, puis que tous entrent dans un feu pour que celui-ci montre qui a raison entre les deux parties, les hérétiques étant censés ne pas résister aux flammes. Les représentants latins refusèrent et partirent. Selon une autre source, le représentant latin les aurait en même temps accusés d'hérésie pour s'être opposés à la conversion.

Le martyre des moines[modifier | modifier le code]

Eustorgius convoqua alors les moines pour tenter de les soumettre. Les moines se mirent en route vers Nicosie et beaucoup de gens, attirés par leur sainteté, vinrent se recueillir sur leur passage. Arrivés sur place, Eustorgius les interrogea et tenta de les faire céder sur les points théologiques qu'ils défendaient, en concordance avec la théologie et de droit canon des sept premiers conciles. Les latins, eux, s'en étaient éloignés depuis le schisme de 1054, adoptant des innovations théologiques et canoniques comme le filioque, le purgatoire, l'inquisition, le célibat des prêtres entre autres. Mais dans la controverse entre les moines de Kantara et Eustorgius, la pierre d'achoppement fut l'utilisation du Pain levé au cours de la Liturgie. Eustorgius n'arriva pas à ses fins et il fit jeter les moines en prison où ils furent torturés. Leur emprisonnement durera au total 3 ans. Eustorgius leur envoya en prison de nouveaux représentants pour tenter de les convertir en leur promettant la libération et des avantages s'ils acceptaient. Ils refusèrent catégoriquement et le moine Theognoste fut le premier à mourir, des suites des tortures subies. Les autres comparurent devant André, inquisiteur et assistant d'Eustorgius. Ils proclamèrent leur attachement à la foi des sept premiers conciles, dite « orthodoxe » ou de la « Communion orthodoxe », ce qui irrita André, qui en informa Henri Ier, Roi latin de Chypre. Afin de se décharger de la responsabilité de leur mise à mort, André demanda au roi l'autorisation de les torturer puis de les tuer. Le Roi accepta sous la pression des hiérarques catholiques. Les moines furent alors déclarés hérétiques lors d'une nouvelle convocation.

Ils furent mis à mort le 19 mai 1231. On attacha les moines à des chevaux qu'on envoya au galop à travers toute la ville, dans le but de montrer aux Orthodoxes locaux ce qui les attendait s'ils s'opposaient aux autorités latines. Agonisants, on les jeta dans un bûcher où on jeta aussi des os d'animaux pour les humilier, puis leurs cendres furent dispersées.

Conséquences du martyr[modifier | modifier le code]

Le martyr des moines provoqua à Chypre des effets contraires à ceux escomptés. En effet, la population locale voyait déjà les autorités latines comme des « barbares sales, malodorants et brutaux » auxquels elle ne reconnaissait aucune légitimité, tandis que les latins trouvaient les Chypriotes « efféminés et schismatiques » parce qu'« ils se rinçaient souvent au savon et basilic, discutaient beaucoup » et n'admettaient ni le filioque ni le statut de primus inter pares du pape[1]. De plus les latins étaient choqués de trouver dans une île chrétienne des synagogues ayant pignon sur rue et des juifs romaniotes se promenant librement comme les chrétiens. Dans cette situation tendue, le martyre des moines provoqua des troubles, durement réprimés par les latins, et le Patriarche de Constantinople, Germain II, envoya au Pape Grégoire IX une lettre de protestation, dans laquelle il lui écrit : Est-ce ainsi qu'un humble disciple du Christ [se référant au Pape] ordonne de traiter des moines ?

Depuis cette époque, les treize martyrs font l'objet d'une grande dévotion dans la population chypriote. L'histoire de leur martyre a été retracée grâce au manuscrit Diigisis. De son côté, l'inquisiteur André fut par la suite promu évêque d'Avila mais sa mort survenue quelques années plus tard, fut vue par les Orthodoxes comme une punition divine, car il mourut dans de grandes souffrances des suites de ses brûlures, après s'être endormi devant sa cheminée, dont le feu s'était étendu à ses vêtements et couvertures.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Jean Gouillard et Nicolas Svoronos, L'empire byzantin des origines au XIIe siècle. Travaux et Mémoires du Centre d'Histoire et Civilisation de Byzance, Éd. De Boccard, Paris