Martin Sandberger

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Martin Sandberger photographié par l'armée américaine le 1er mars 1948.

Martin Sandberger (né à Berlin le 17 août 1911 - mort à Stuttgart le 30 mars 2010[1]) était un Standartenführer-SS (colonel) qui commanda le Sonderkommando 1a de l'Einsatzgruppe A dirigé par le Brigadeführer Stahlecker. Colonel SS, Martin Sandberger était également chef de la Sicherheitspolizei et du SD en Estonie, et joua donc un rôle significatif dans l'extermination des Juifs dans les États baltes. Il exerça aussi en Italie, organisant la déportation des Juifs vers Auschwitz. Martin Sandberger a été condamné à mort lors du procès des Einsatzgruppen à Nuremberg en 1948, mais sa peine fut commuée en prison à perpétuité en 1952. Il fut libéré en 1958 par le Comité des grâces. Il exerça alors à nouveau comme juriste pour l'entreprise Lechler, franchissant les échelons de la hiérarchie jusqu'à en être l'un de ses dirigeants[1].

Jeunesse et ascension[modifier | modifier le code]

Fils d'un directeur d'IG Farben[1], il étudie le droit à Munich, Cologne, Fribourg et Tübingen[2].

En 1931, âgé de 20 ans, il adhère au NSDAP et à ses sections spéciales, les SA, devenant alors un leader nazi du mouvement étudiant à Tübingen. Le 8 mars 1933, avec son camarade Erich Ehrlinger, qui sera plus tard aussi en charge d'un Einsatzkommando en 1941, il hisse le drapeau nazi devant le bâtiment principal de l'Université de Tübingen[3].

Docteur en droit en 1935[4], il devient inspecteur d'université grâce à son emploi de permanent à l'Union des étudiants nationaux-socialistes. En 1936, il adhére à la SS ainsi qu'à sa police spéciale, la SD, à Württemberg, étant sous les ordres de Gustav Adolf Scheel. Il gravit rapidement les échelons dans la hiérarchie, devenant Sturmbannführer-SS (major) dès 1938.

Parallèlement, il travaille comme juge adjoint pour le Ministère de l'intérieur du Wurtemberg, et devient conseiller du gouvernement en 1937[2].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 13 octobre 1939, après le début de la campagne de Pologne, le Reichsführer Himmler le nomme chef du Bureau d'immigration central du nord-est (Einwandererzentralstelle Nord-Ost), chargé de l'« évaluation raciale » (rassische Bewertung). Sandberger est ensuite nommé chef du Sonderkommando 1a (ou Einsatzkommando) en juin 1941, qui dépendait de l'Einsatzgruppe A dirigé par Stahlecker[2]. Il voyage avec celui-ci durant les deux premières semaines de l'invasion de l'URSS. Il gère par ailleurs depuis mars 1941 des affaires pour le RSHA et dirige l'organisation du cursus scolaire (Lehrplangestaltung der Schulen).

Selon ses déclarations lors du procès des Einsatzgruppen en 1948, il a appris l'existence de l'ordre du Führer ordonnant l'extermination des Juifs de Bruno Streckenbach, officier du RSHA IV (la section où travaillait Adolf Eichmann, chargée des « affaires juives »)[5],[6]. Outre un discours public à ce sujet, Streckenbach lui a donné des instructions personnelles pour l'« élimination des Juifs, Tsiganes et fonctionnaires communistes (...) et tout autre élément pouvant mettre en danger la sécurité[7] ».

Mission en Estonie[modifier | modifier le code]

Sandberger entre à Riga avec les Einsatzkommandos la et 2, qui participent à l'incendie des synagogues et aux massacres aux côtés du Sonderkommando Arājs. Il est en Estonie avec pour mandat clair, selon ses déclarations lors de son procès, d'appliquer l'ordre du Führer d'extermination des « ennemis du Reich[5] ». Le 10 septembre 1941, il promulgue un ordre général pour l'internement des Juifs. 450 d'entre eux sont transférés au camp de concentration de Pskov puis assassinés. Le 3 décembre 1941, il devient commandant de la Sicherheitspolizei et du SD pour l'Estonie[2].

Italie et chef du service de renseignements extérieurs[modifier | modifier le code]

De retour en Allemagne en septembre 1943[2], il est nommé à l'automne chef de la Gestapo à Vérone, où il organise la déportation vers Auschwitz.

En janvier 1944, il est nommé à la tête du Bureau des Renseignements extérieurs du RSHA (VI-A, Organisation des Auslandsnachrichtendienstes), répondant directement de ses actes devant Walter Schellenberg et gardant le compte interne de l'organisation[8]. En tant que premier assistant de Schellenberg, il lui sert d'homme de liaison avec Himmler[9].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Son accès à des informations hautement classifiées le pousse à tenter d'empêcher ou au moins à retarder son inculpation lorsqu'il est détenu comme prisonnier de guerre par les Britanniques[10].

Mais, avec la découverte de documents concernant les Einsatzgruppen, le rôle criminel de Sandberger devient apparent aux yeux des Alliés, et il est inculpé pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et appartenance à une organisation criminelle (la SS) lors du procès des Einsatzgruppen à Nuremberg en 1948. Le tribunal considère notamment que Sandberger était responsable des forces auxiliaires estoniennes et qu'il a volontairement appliqué l'ordre du Führer ordonnant l'extermination des Juifs, Tziganes, communistes, handicapés, etc[2].

Le juge Michael Musmanno le reconnaît ainsi coupable de ces trois chefs d'accusation en septembre 1947[11], ce qui lui vaut la peine capitale par pendaison[12].

Malgré des pressions politiques, cette sentence est confirmée en 1949 par le général Lucius D. Clay[10] mais elle est commuée en 1951 en emprisonnement à perpétuité par un conseil réuni sous l'autorité de John J. McCloy, Haut Commissionnaire des États-Unis pour l'Allemagne et chargé à ce titre de la dénazification[10],[13]. Le sénateur américain William Langer, du Dakota du Nord, a notamment poussé McCloy en ce sens, un grand nombre de ses électeurs étant d'origine allemande tandis qu'il pensait lui-même que juger des nazis autres que les chefs suprêmes aurait été contraire à la tradition juridique américaine et aurait aidé le communisme[11].

Par ailleurs, le père de Sandberger, à la retraite de ses fonctions de direction à IG Farben, compagnie elle-même fortement impliquée dans le nazisme, fait appel à Theodor Heuss, président fédéral d'Allemagne et ami de celui-ci[1],[14]. Theodor Heuss lui-même contacte l'ambassadeur américain James B. Conant en lui demandant de gracier l'ex-Standartenführer. D'autres politiques influents se prononcent en sa faveur, dont Carlo Schmid, vice-président du parlement et ancien professeur de Sandberger à Tübingen[1],[14] ; Gebhard Müller, ministre-président du Bade-Wurtemberg[1]; Wolfgang Haußmann, ministre de la Justice[15], et Martin Haug, Landesbischof. La pression politique aidant, ainsi que le temps et les conditions de la guerre froide, il ne reste à la fin de l'année 1957 plus que quatre criminels de guerre nazis en prison en RFA, dont Sandberger. Il est libéré le 9 janvier 1958 de la prison de Landsberg[14].

Il reprend alors son activité de juriste pour Lechler, spécialiste des techniques de pulvérisation, en devenant l'un de ses dirigeants[1]. Lorsque le Centre national d'enquêtes sur les crimes de guerre nazis de Ludwigsburg tente de le faire rejuger en 1970, son avocat Fritz Steinacker, qui avait défendu Josef Mengele, fait valoir le principe de la chose jugée, empêchant toute nouvelle poursuite. Bien que la publication des archives du bloc de l'Est après la chute du mur de Berlin ait apporté de nouveaux éléments dans le dossier Sandberger, ceux-ci ne furent pas considérés suffisants pour justifier un nouveau procès. Sandberger n'a jamais exprimé publiquement de remords concernant les crimes commis lorsqu'il était en Estonie et en Italie. Il a fini les dernières années de sa vie dans l'une des meilleures maisons de retraites d'Allemagne[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Mort d'un nazi, L'Express, 7 avril 2010
  2. a, b, c, d, e et f Trials of War Criminals before the Nuremberg Military Tribunals under Control Council Law No. 10, Nuernberg, October 1946 - April 1949, Volume IV, ("Green Series) (the "Einsatzgruppen case"), at pages 532 to 536 ("Einsatzgruppen judgment") (also available at Mazel library (well indexed HTML version))
  3. Wildt, Michael, Generation of the Unbound, at page 13.
  4. Browder, George C, Hitler's Enforcers, at page 222.
  5. a et b Ezergailis, The Holocaust in Latvia, at pages 204-205
  6. Ezergailis, A. (en) (1996), The Holocaust in Latvia, p.  149.
  7. Einsatzgruppen trial transcript, 1947-1948, volume 6, pages 2143-2176, as excerpted and republished in Ezergailis, The Holocaust in Latvia, at page 205.
  8. Kahn, Hitler's spies, at pages 263-264.
  9. International Military Tribunal, record of proceedings, 4 April to 15 April, 1946, Testimony of Ernst Kaltenbrunner, April 12, 1946, page 310.
  10. a, b et c Breitman and Goda, U.S. Intelligence and the Nazis, at pages 105 and 146-147.
  11. a et b Smelser, Ronald M., and Davies, Edward J., The Myth of the Eastern Front, Cambridge University Press 2007 ISBN 0521712319
  12. Einsatzgruppen judgment, at page 587
  13. National Archives. org: Breitman, Richard, "Historical Analysis of 20 Name Files from CIA Records analysis of CIA files", April 2001
  14. a, b et c Frei, Norbert, and Golb, Joel, "Adenauer's Germany and the Nazi past", at pages 226 to 229.
  15. Notice biographique
  16. Derniers jours paisibles à Stuttgart pour Martin Sandberger, criminel de guerre nazi, 5 avril 2010

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Birn, Ruth Bettina: Die Sicherheitspolizei in Estland 1941-1944. Eine Studie zur Kollaboration im Osten. Ferdinand Schöningh, Paderborn 2006, (ISBN 978-3-506-75614-5).
  • Breitman, Richard, and Goda, Norman, U.S. intelligence and the Nazis, Cambridge University Press 2005 (ISBN 0521852684)
  • Conclusions of the Estonian International Commission for the Investigation of Crimes Against Humanity
  • Ezergailis, Andrew, The Holocaust in Latvia 1941-1944 — The Missing Center, Historical Institute of Latvia (in association with the United States Holocaust Memorial Museum) Riga 1996 (ISBN 9984-9054-3-8)
  • (de) Frei, Norbert: "Vergangenheitspolitik. Die Anfänge der Bundesrepublik Deutschland und die NS-Vergangenheit", München 1996, (ISBN 3-406-42557-7)
  • Kahn, David, Hitler's spies
  • (de) Klee, Ernst: „Martin Sandberger“ Eintrag in ders.: Das Personenlexikon zum Dritten Reich. Wer war was vor und nach 1945. Aktualisierte Ausgabe. Fischer-Taschenbuch, Frankfurt am Main 2005, (ISBN 3-596-16048-0), S. 43
  • (de) Ruck, Michael: Korpsgeist und Staatsbewußtsein. Beamte im deutschen Südwesten 1928 bis 1972. Oldenbourg, München 1996, (ISBN 978-3-486-56197-5)
  • Smelser, Ronald M., and Davies, Edward J., The Myth of the Eastern Front, Cambridge University Press 2007 (ISBN 0521712319)
  • (de) Wildt, Michael Wildt: Generation der Unbedingten – Das Führungskorps des Reichssicherheitshauptamtes. Hamburger Édition, Hamburg 2003, (ISBN 3-930908-87-5).

Sources judiciaires[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Source originale[modifier | modifier le code]