Marta Colvin

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Marta Colvin est une sculptrice non figurative chilienne née en 1907, morte en 1995, qui a développé une large part de son œuvre en France aux côtés des artistes de la nouvelle École de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marta Colvin (Andrade) est née à Chillán le , de James Colvin Hurst, d'ascendance irlandaise et d'Elcira Andrade Rojel, d'origine portugaise. Attirée très jeune par la sculpture et le dessin, après s'être mariée et avoir fondé une famille, elle y forme avec d'autres jeunes femmes le groupe “Tanagra” pour travailler la sculpture en autodidactes. Un tremblement de terre ayant en 1939 détruit entièrement la ville, elle s'installe à Santiago et entre à l'École des Beaux-Arts, où lui sont rapidement décernés plusieurs prix. Elle y est nommée en 1943 professeur auxiliaire, reçoit au Salon de Santiago, en 1944 puis en 1948, le Premier Prix de sculpture.

Santiago du Chili
Santiago du Chili
Tombe de Marta Colvin à Chillán

Obtenant à la suite d'un concours l'une des premières bourses d'études du gouvernement français pour l'Amérique latine, Marta Colvin fait alors un premier séjour à Paris où elle poursuit sa formation à l'Académie de la Grande Chaumière et travaille sous la direction des sculpteurs Ossip Zadkine et Henri Laurens. Elle y découvre également les œuvres novatrices de Constantin Brancusi et de Hans Arp, suit les cours de Jean Cassou au Louvre, d'Étienne Souriau à la Sorbonne. Elle voyage en France, où la Bretagne l'attire particulièrement par ses traditions celtiques, et à travers l'Europe. Elle s'initie en 1949 au travail sur bois dans l'atelier d'Étienne Martin, rencontre Jean Le Moal dont la femme Juana Muller, également sculptrice, est d'origine chilienne, le peintre Eudaldo lui aussi son compatriote, leur ami Manessier, puis regagne en 1950 le Chili, où elle est nommée professeur titulaire à l'École des Beaux-Arts de Santiago, se détache du réalisme académique de ses débuts, et réalise en 1951 le premier monument non figuratif du Chili.

Invitée par le British Council, elle reprend le chemin de l'Europe, se lie à Londres avec Henry Moore, qui l'incite à valoriser les traditions culturelles préhispaniques, et le critique Herbert Read. Lauréate en 1952 du Concours pour le Monument du Prisonnier Politique Inconnu elle fait en Irlande un voyage sur les pas de ses ancêtres paternels en 1953, puis présente en 1954 à Paris sa première exposition personnelle, préfacée par Henri-Pierre Roché. De retour au Chili elle réalise en 1955 et 1956 plusieurs monuments commémoratifs à Santiago.

Après avoir participé à une mission de l'Université du Chili à l'île de Pâques, Marta Colvin s'établit en 1958 en France pour plus de trente ans, où elle expose avec les peintres et sculpteurs de la nouvelle École de Paris. En un épanouissement de son art, ses œuvres aux volumes jusque-là épurés s'ancrent décisivement à cette époque sur les formes et les symboliques précolombiennes. « Tout ce que je fais est marqué de l'esprit sud-américain », dit-elle. Marta Colvin apprécie particulièrement le bois, qu'elle grave de multiples entailles et patine souvent en bleu, mais pour ses sculptures monumentales travaille la pierre rouge des Andes ou le marbre en taille directe. Plusieurs de ses œuvres sont fondues en bronze.

Marta Colvin obtient la consécration internationale avec le Grand Prix de Sculpture à la Biennale de São Paulo en 1965 et expose en 1967 à la Galerie de France qui présente régulièrement les œuvres des peintres non-figuratifs et gestuels, tels Le Moal, Manessier et Singier, Hartung, Soulages, Prassinos et Zao Wou-Ki. Elle commence à réaliser en France de nombreux monuments ou sculptures en plein air, recevant dans les années 1970 des commandes pour des établissements publics (Villepinte, Saint-Nazaire, Nantes, Lens, Lycée Professeur Clerc d'Outreau, Boulogne-sur-Mer, Niort, Bordeaux, Paris, Marly-le-Roi, Saint-Quentin-en-Yvelines). Elle participe simultanément en France, en Europe et en Amérique du Sud a plus d'une centaine d'expositions collectives.

Le Prix National des Arts du Chili est « pour le caractère américaniste de son art », décerné en 1970 à Marta Colvin, qui est nommée en 1986 membre de l'Académie chilienne des Beaux-Arts. De retour au Chili pour y enseigner et poursuivre sa création, elle meurt à Santiago le . Pour le centenaire de sa naissance, ses restes sont transférés le du cimetière général de Santiago à celui de Chillán, sa ville natale et quatre timbres sont émis par les postes chiliennes.

Ses œuvres sont présentes dans les Musées chiliens et français, ainsi qu'au Brésil, au Venezuela et au Mexique.

Jugements[modifier | modifier le code]

« Marta Colvin est un grand constructeur, pleine de souffle, et, même dans ses œuvres de petites dimensions, elle, que les grandes pierres n'effraient pas, garde une imagination épique. Elle bâtit, dans un mouvement ascendant, de grands axes qui s'articulent en étoiles, proues conquérantes de l'espace environnant. Ou bien elle édifie son propre toit, ses portes du soleil aux mesures de l'homme. »

Jacques Lassaigne, Marta Colvin, Paris, Galerie de France, 1967

« C'est au contact de la Cordillère des Andes, dans une sorte de retour aux sources, que Marta Colvin a trouvé l'impulsion fondamentale de son œuvre, dans laquelle les volumes clos ou percés de tranchantes embrasures, les plans net et imbriqués en systèmes de rigueurs sont animés par l'intensité de poussées intérieures. Les sculptures de Marta Colvin ont une volonté de puissance, une présence dans son temps qui forment sa propre identité artistique."

Ionel Jianou, Marta Colvin, in Ionel Jianou, Gérard Xuriguera et Aube Lardera, La sculpture moderne en France, Paris, Arted, 1982

Éléments de bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : source utilisée pour la rédaction de cet article

  • LASSAIGNE, Jacques, Marta Colvin, Paris, Galerie de France, 1967. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (es) IVELIC, Milan, La Escultura Chilena, Serie el Patrimonio Cultural Chileno, Departamento de Extensión Cultural del Ministerio de Educación, Santiago, Editorial Gabriela Mistral, 1978.
  • JIANOU, Ionel, Marta Colvin, dans Ionel Jianou, Gérard Xuriguera et Aube Lardera, La sculpture moderne en France, Paris, Arted, 1982. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (es) CARVACHO, Victor, Historia de la Escultura en Chile, Santiago, Editorial Andrés Bello, 1983.
  • (es) MELCHERTS, Enrique, Introducción a la Escultura Chilena, Colegio Nacional de Periodistas, Círculo de Prensa de Valparaíso, 1982.
  • (es) Marta Colvin, Exposición Retrospectiva, Museo Nacional de Bellas Artes, Santiago, Editorial El Mercurio, 1994.

Liens externes[modifier | modifier le code]