Marque de tâcheron

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Marques de tâcherons sur une tour du château de Coucy, Picardie, France

Une marque de tâcheron est un signe géométrique (voire une lettre ou un monogramme) gravé dans la pierre de taille par un tailleur de pierre.

Fonction[modifier | modifier le code]

Marque de tâcheron sur le manche d'une polka

Autrefois, chaque tailleur de pierre possédait sa marque qui lui servait de signature de manière à recevoir son salaire à la fin d'une semaine de travail, en fonction du nombre de pierres taillées, les tailleurs de pierre étant payés à la tâche.

Parfois, l'ouvrier a inscrit sa marque sur le manche de ses outils.

Les marques de tâcheron ne doivent pas être confondues avec les signes conventionnels de reconnaissance des faces de la pierre de taille qui permettent de placer une pierre dans un appareil.

Glyptographie[modifier | modifier le code]

L'étude des marques de tailleurs de pierre s'appelle la glyptographie.

Les marques de tâcheron dans l'architecture romane[modifier | modifier le code]

Les marques de tâcheron sont fréquentes sur les édifices romans. On en trouve des exemplaires sur les murs des chapelles et églises romanes du sud de la France comme, par exemple, la chapelle du Saint-Sépulcre de Beaumont-du-Ventoux, l'église Saint-Pierre-ès-Liens de Colonzelle et la Cathédrale Notre-Dame de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Les marques de tâcheron dans l'architecture militaire médiévale[modifier | modifier le code]

Les marques de tâcheron foisonnent également sur les remparts des châteaux et forteresses du Moyen Âge comme le château de Coucy, le château de Pierrefonds ou encore les remparts d'Avignon ou ceux d'Aigues-Mortes.

Remparts d'Aigues-Mortes
Remparts d'Aigues-Mortes
Marques des tailleurs de pierre des remparts d'Avignon relevées en 1880
Marques de lapidaires sur les remparts d'Avignon

Comme il était habituel au Moyen Âge, les papes d'Avignon firent appel à des corporations de tailleur de pierre organisées en groupe de cinquante à cent compagnons[1]. Ce sont eux eux qui ont gravé dans des pierres des marques qui se distinguent encore, par endroit, sur la partie supérieure des remparts, les pierres du bas ayant été trop érodées, au cours des siècles par les inondations[2]. Ces marques ont été relevées, en 1880, par Albert et Auguste Maire. Elles permettaient à chaque tailleur qui l'avait gravé de faire connaître le résultat de son travail[3].

Il en a été relevé environ 450 de graphie différente. Leur dimensions sont de 7x7 centimètres pour une profondeur de 5 à 6 millimètres[2]. Ce sont les frères Maire qui ont expliqué les premiers que ces signes n'étaient ni un alphabet secret ni un code lié à l'hermétisme maçonnique, mais uniquement des signatures. Outre les lettres de l'alphabet A, H K, M, O, R, V et Y, se retrouvent stylisés des instruments de métier comme le compas, l'équerre, la pioche, la pelle, l'échelle et nombre de marteaux[1].

Les signatures des maîtres lapidaires[modifier | modifier le code]

Signature d'Ugo sur le linteau extérieur de la crypte de la Cathédrale Sainte-Anne d'Apt

On ne connait rien généralement des vies des premiers architectes médiévaux sinon qu'ils furent maître d'œuvre, chef de chantier et maître appareilleur de nombre de cathédrales, d'églises et de chapelles rurales qu'ils signèrent de leur nom sur une pierre. Ce type de signature se retrouve surtout en haute Provence, dans le Tricastin et le Comtat Venaissin[4].

Hugues, dit VGo fut l'un des premiers, durant la seconde moitié du XIIe siècle, à signer son travail de son sigle VGo (Ugo) constitué d'un grand V, d'un G en faucille et d'un petit o. Il fut l’un des premiers grands individualistes de l’art au XIIe siècle avec Gilibertus (1115-1140), dont le nom est gravé à Vézelay et Saint-Lazare d’Autun, et Rogerus, qui œuvra entre 1145 et 1150 à Saint-Denis et à Chartres. Guy Barruol signale que les noms d'appareilleurs en toutes lettres sont rares. En Provence, sont connus STEFANUS à Saint-Trophime d'Arles, à Saint-Paul-Trois-Châteaux et au prieuré de Carluc près de Céreste ; PONCIUS à Saint-Honorat des Alyscamps et à Notre-Dame d'Auton au Pègue ; PONTIUS à Carpentras et Saint-Andiol ; PETRUS à Arles ; BERTR. et GIL. à Saint-Gabriel de Tarascon ; JOHANNES et SIMON à l'abbaye de Sénanque[4].

Les marques de tâcheron en Norvège[modifier | modifier le code]

Les marques de tâcheron en Portugal[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Paul Clébert, op. cit., p. 93.
  2. a et b Jean-Paul Clébert, op. cit., p. 92.
  3. Jean-Paul Clébert, op. cit., pp. 92-93.
  4. a et b Guy Barruol, op. cit., p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ržiha, Franz. Studien über Steinmetz-Zeichen. Wien: Hof- und Staatsdruckerei, 1883.
  • Ržiha, Franz. Études sur les marques de tailleurs de pierre, trad. de l'allemand par L. Harnagea; préf. de R. Bechmann, notes de M. Rosamondi. Paris: Éd. de la Maisnie-Trédaniel; Dieulefit: la Nef de Salomon, 1993. (Coll. Voies traditionnelles.)
  • G. Tournier, Sur les traces d'Ugo, Archéologia, n° 1, 1964.
  • Guy Barruol, Provence Romane II, Éd. Zodiaque, La Pierre qui Vire, 1981.
  • Jean-Paul Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mathonière, J.-M., "Le plus noble et le plus juste fondement de la taille de la pierre. Aperçus et considérations sur le « réseau fondamental » des Compagnons tailleurs de pierre de l'ancienne Bauhütte", dans La Règle d'Abraham, n°3, avril 1997 [en ligne: http://www.compagnonnage.info/compagnons-tailleurs-de-pierre/reseaux.htm]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :