Marko Vovtchok

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Marko Vovtchok

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Marko Vovtchok

Nom de naissance Maria Vilinska
Autres noms Marko Wovzog, Markowozok, Maria Aleksandrovna Vilinskaia, Maria Alexandrovna Markovitch, Maria Oleksandrivna Lobach-Zhuchenko
Activités Écrivain, nouvelliste, traductrice
Naissance 22 décembre 1833
Ielets (Drapeau de la Russie Impériale Empire russe)
Décès 10 août 1907 (à 73 ans)
Naltchik (Drapeau de la Russie Impériale Empire russe)
Langue d'écriture ukrainien, russe

Œuvres principales

Maroussia (1871)

Marko Vovtchok (en ukrainien : Марко Вовчок), née Maria Vilinska (en ukrainien : Марія Олександрівна Вілінська) le 22 décembre 1833 et décédée le 10 août 1907) est une écrivaine et une traductrice ukrainienne.

En France, elle a souvent été mentionnée sous le nom Marko Wovzog. Elle a également écrit sous son patronyme de femme mariée : Maria Alexandrovna Markovitch puis Maria Oleksandrivna Lobach-Zhuchenko[1].

Elle est connue du public francophone grâce à l'adaptation par l'éditeur et écrivain français Pierre-Jules Hetzel d'une de ses nouvelles ukrainiennes : Maroussia, grand succès de librairie qui sera traduit dans plusieurs langues européennes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Maria Vilinska naît en 1833 dans le gouvernement d'Orel, dans l'Empire russe, près de la frontière de l'Ukraine actuelle, dans le village de Catherine, Elle est issue d'une famille désargentée de la petite noblesse. Ses grands-parents sont Ukrainiens de la région de Kiev. Sa mère est une femme instruite qui parle plusieurs langues, aime la musique et aime chanter. Maria a un frère aîné, Valérien, et un frère cadet, Dmitri, qui deviendra lui aussi un écrivain connu (il publiera de la poésie et des histoires de chasse). En 1840, son père, Alexandre Alexeyevich Vilinskiy, officier dans l'armée, meurt quand elle a sept ans. Sa mère se remarie avec Dimitriev, un propriétaire terrien, qui s’avérera cruel et tyrannique aussi bien avec ses serfs qu'avec sa propre famille.

Pour protéger ses enfants de la violence du beau-père, sa mère envoie le fils aîné Valérien chez sa sœur, et Maria chez son oncle Nicholas Daniel chez qui elle restera plusieurs mois. Puis elle est envoyée au domaine appartenant à sa tante Barbara Pisareva ; elle y sera élevée par une gouvernante et apprendra la musique, la langue et la littérature française.

De 1845 à 1846, Maria fréquente une école privée à Kharkov. Les filles y apprennent à se comporter dans une société laïque : elles parlent français, dansent des danses à la mode, jouent du piano. Maria étudie les langues. Son amie de pension Lyudmila Ozhigina dira d'elle : « Je me souviens d'une fort jolie fille. Elle avait un esprit ouvert, elle se tenait simplement et naturellement, ce qui le rendait différente des autres. En outre, elle avait les tresses blondes luxuriantes, et elle portait un pantalon, alors que c'était contraire aux règlement de la pension. »

Après la fin de ses études à Orel, Maria s'installe au domaine de l'Aigle et sera sous la tutelle de sa riche tante Catherine Petrovna Mardovinoy. Sa tante reçoit chez elle écrivains et folkloristes célèbres tels que Paul Iakushkin, Nikolaï Leskov, et d'autres. Les opinions du futur écrivain seront influencées par ce long séjour dans les maisons intellectuelles de sa famille, comme celle de son cousin DI Pisarev (qui deviendra un critique éminent et son proche ami). Maria y rencontre son premier mari, le folkloriste et ethnographe ukrainien Aphanassiy Markovytch, fils d'un propriétaire terrien pauvre, diplômé de l'Université de Kiev, exilé à Orel pour avoir fait partie de la Fraternité Saints-Cyrille-et-Méthode[2], un cercle politique clandestin pro-ukrainien. Le jeune homme était un interlocuteur intéressant ; il se lie d'amitié avec Maria.

L'écrivain Nikolaï Leskov dresse le portrait de Maria Vilinskiy : « Grande, majestueuse, luxueuse avec des tresses couleur châtain, enroulés en couronne sur la tête ; une exceptionnelle profondeur d'âme, de beaux yeux gris. L'on savait tous, à Orel, que, même si elle n'avait pas de dot et avait vécu dans la maison de son oncle en tant que « parent pauvre », elle ne manquerait pas de prétendants. » Bientôt, l'amitié entre Maria et Aphanassiy se transforme en amour. Entre-temps, la tante de Maria, Catherine Petrovna, lui trouve un parti qu'elle juge bien plus avantageux pour sa nièce : Ergolskogo, un propriétaire terrien ayant à son service deux mille serfs. À la grande surprise de sa tante, Maria refuse et annonce ses fiançailles avec Aphanassiy. La tante désapprouve l'union et posee un ultimatum à sa nièce rebelle. Maria quitte alors le domicile de sa tante.

Déménagement en Ukraine[modifier | modifier le code]

En Janvier 1851, Maria et Aphanassiy Markovytch se marient. Maria prend alors le patronyme de son époux et devient Maria Markovytch, d'où le premier élément de son pseudonyme littéraire (Marko Vovtchok). Les autorités leur permettent d'aller vivre en Ukraine ; le couple y passera sa lune de miel.

À Tchernihiv où se sont installés les jeunes mariés, l'argent manque. Bientôt Maria tombe enceinte. La grossesse est difficile, compliquée par une variété de maladies. Une petite-fille naît, baptisée Vera, qui ne vivra pas longtemps. La famille déménage à Kiev dans un petit appartement, dans l'église paroissiale de Kiev-Lybedskaya. Athanase ayant obtenu un emploi, la situation financière s’améliore. En 1853, naît un fils, Bogdan Markovic. En 1855, Athanase est nommé professeur de géographie à l'école de Nemyriv. La famille vit modestement, car en tant qu'ancien membre d'une organisation politique clandestine, le mari peine à trouver un emploi. Pendant son séjour à Nemiroff, Maria lit avec enthousiasme les poèmes de l'Ukrainien Taras Chevtchenko, ce qui va lui permettre de mieux comprendre la nature inhumaine du servage, qu"elle dénoncera dans plusieurs de ses futurs écrits.

En 1856, elle écrit ses premières histoires courtes : Выкуп (Remboursement) et Отец Андрей (Père André). Elle les lit à mes amis et est bientôt convaincue que ses récits devraient être publiés. Athanase envoie les œuvres de sa femme à un éditeur de Saint-Pétersbourg, Panteleimon Kulish. Celui-ci a aimé les histoires de Maria et lui en commande d'autres. Peu à peu, sont écrites dix histoires qui composeront un premier livre : Народных рассказов (Narodni opovidannya, Nouvelles populaires), signé sous le pseudonyme de Mark Vovchok. Ce sera un très grand succès.

Pendant son séjour à Nemiroff (1851-1858), Maria aide son mari dans ses études ethnographiques et perfectionne sa maîtrise de la culture et de la langue du peuple ukrainien.

Maria en Europe de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Timbre postal ukrainien commémorant Marko Vovtchok.

En 1859, après un court séjour à Saint-Pétersbourg, Marko Vovtchok part avec son fils et l'écrivain Ivan Tourgueniev pour l'Europe occidentale, avec l'intention d'établir une communication créative et éditoriale. Elle séjourne en Allemagne (à Berlin et Dresde), à Londres, Rome, Genève et à Paris. Elle apprendra l'allemand. Très intéressée par les nouvelles sociales et littéraires, elle correspondra avec de nombreux écrivains, surtout avec Taras Chevtchenko. Elle rencontre Dmitri Mendeleïev, Alexandre Borodine, Ivan Setchenov. Par l'entremise de Tourgueniev, elle fait le connaissance de Tolstoï et de Jules Verne.

Tourgueniev a présenté Marie à la maison de ses amis Reichel. A Londres, il s'est rendu avec son Ogaryovo et Herzen, qui tomba bientôt dans l'amour avec Marie.

A Dresde, Maria reçoit la visite de sa cousine Tatiana Passek arrivée de Saint-Pétersbourg. Elle fait la connaissance de ses fils, en particulier Alexandre, 23 ans. Celui-ci tombe passionnément amoureux de Maria, et elle répond à son amour. La mère d'Alexandre, scandalisée et terrifié par la liaison de son fils avec une femme mariée ; elle prie Tourgueniev de raisonner Maria. L'écrivain lui envoie une lettre "féroce" et met un terme à leur relation. Quand il apprend la chose, le mari de Maria, après avoir soutiré quelque argent, lui rend sa liberté. Il ne reverra jamais sa femme ou son fils.

Maria s'installe avec Alexandre en Italie où ils se marient civilement. En 1866, après un voyage en Angleterre, Alexander contracte une phtisie galopante et meurt à l'âge de 30 ans.

Durant son séjour, Maria écrira des romans historiques et des histoires courtes pour les enfants (Karmelyuk, Nevilnychka, Maria).

Retour en Russie[modifier | modifier le code]

Maria commence alors à mener une vie recluse. En 1867, elle revient en Russie. Cependant, après un certain temps, elle rencontre son cousin au second degré, Dmitry Pisarev, qui devient rapidement le nouvel objet de sa passion. Tous deux s'installent dans une maison de Lopatin, avec le fils de Maria. Dans l'été de 1868, ils vont dans le golfe de Riga - célèbre pour ses bain de mer - afin d'améliorer la santé de Dmitry. Mais le 17 Juillet, il est retrouvé noyé.

En été, son fils Bogdan lui présente des amis en visite, parmi lesquels Michael Lobach-Zhuchenko, un jeune officier diplômé de l’École Navale. Ils s’éprennent l'un de l'autre et se marient quelques années plus tard.

Bogdan, son fil, devient un révolutionnaire et est contraint de se cacher de la police. Quand Maria apprend qu'il est tombé gravement malade du typhus, elle va le trouver à Moscou, l'a soigné et lui a sauvé la vie.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

De 1867 à 1878, elle vivra à Saint-Pétersbourg. En 1876, l'Empire russe interdisant désormais de parler la langue ukrainienne, Marko Vovtchokelle se met à écrire et à faire des traductions dans sa langue maternelle (le russe) pour des magazines russophones. Elle rédige quelques œuvres en russe : Jivaïa doucha (L’Âme vivante, 1868), Zapiski pritchetnika (Notes d'un jeune diacre, 1870), V glouchi (Dans les coins reculés, 1875) et quelques autres romans.

En 1878, elle s'installe dans le Caucase du Nord à Naltchik. Entre 1885 et 1893 elle retourner en Ukraine, où elle travaille à un dictionnaire ukrainien et à des études folkloriques ukrainiennes, puis repart dans le Caucase.

Elle meurt le 10 août 1907, à l'âge de 73 ans ; elle était assise dans son jardin. Elle a été ensevelie sous son poirier préféré.

Marko Vovtchok est également traductrice. Maîtrisant le français, elle a été une des premières à traduire les romans de Jules Verne (quinze au total) en ukrainien et en russe. Elle a traduit d'autres écrivains francophones (Victor Hugo), mais aussi des auteurs allemands, anglais, danois et polonais (Boleslaw Prus)[3].

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

C'est à Nemiroff que Marko Vovtchok a écrit la plupart de ses premières histoires en langue russe : le recueil Рассказы из народного русского быта (Histoires de la vie nationale russe, 1859) et Институтка (L'Institutrice). Avec son livre Narodni opovidannya (Nouvelles populaires), qui regroupe onze nouvelles (parmi lesquelles Sestra (La Sœur), Козачка (Kozachko), Чумак (Chumak), Одарка (Odarka), Сон (Le Rêve), Панская воля (Panskaya fera), Выкуп (Rachat), Marco Vovchok atteint le plus haut niveau artistique. L’œuvre, qui condamne le servage, est acclamé par le monde littéraire ukrainien, notamment par Tarass Chevtchenko et Panteleimon Koulich. Les nouvelles seront traduites en russe et publiées par Ivan Tourgueniev sous le titre : Ukrainskie narodnye rasskazy (Nouvelles populaires ukrainiennes, 1859)[4] et connaîtront le même succès. Le thème des opprimés se retrouve également dans Рассказах из народного русского быта (Contes de la vie nationale russe) et Институтка (L'Institutrice).

Durant son séjour en Europe de l'Ouest, Marco Vovchok développe le genre psychologique (Три судьбы (Trois destins)), écrit des histoires courtes : Павел Чернокрыл (Paul Chernokryl), Не под стать (Ne devenez pas un), ainsi que des romans historiques et des nouvelles pour la jeunesse : Kармелюк (Karmelyuk), Невольница (L'Esclave), Маруся (Maroussia). Avec Девять братьев и десятая сестрица Галя (Neuf frères et la sœur, Galya la dixième), elle crée un genre littéraire mêlant vie sociale et conte de fées.

Marousssia[modifier | modifier le code]

En France, Marko Vovtchok est surtout connue grâce à une de ses nouvelles ukrainiennes écrite en 1871 lors de son séjour à Paris, qui sera adaptée par l'éditeur et écrivain Pierre-Jules Hetzel sous le titre Maroussia. Publiée en France pour la première fois en 1878[5], non pas sous le nom de Marko Vovtchok mais sous le nom P.-J. Stahl, le pseudonyme de Pierre-Jules Hetzel, Marousssia est un succès. Le roman obtiendra le Prix de l'Académie française (qui sera décerné à Pierre-Jules Hetzel)[6] et sera recommandé par le ministère de l'Éducation de la France pour les bibliothèques scolaires. Le roman sera très régulièrement réédité jusqu’à la fin des années 1970 (dans des éditions souvent abrégées et adaptées après 1945), toujours, curieusement, sous le nom de P.-J. Stahl. La reprise des rééditions se fera en 1991 et coïncide avec l'accession à l'indépendance de l'Ukraine après la chute du bloc communiste. La dernière réédition date de 1996[7] et en 2008, est paru un fac-simile de l'édition de P. J. Stahl[8].

Un certain nombre d'histoires et de contes de fées, écrit en français, seront publiés dans le "Journal de l'éducation et de divertissement" (Hetzel) ; elle a également rédigé des essais sur l'art (Lettres de Paris).

Œuvre parue en France[modifier | modifier le code]

  • 1878 : Maroussia par P.-J. Stahl, d'après une légende de Markowovzok ; dessins par Théophile Schuler ; gravures par Adolphe François Pannemaker ; Paris : J. Hetzel, collection : Bibliothèque d'éducation et de récréation, 272 p.
  • 1878 : L'Ours de Sibérie et Mademoiselle Quatre-Épingles - texte par Stahl et Marco-Wovzoc ; vignettes par Lorenz Froelich ; gravures par Matthis ; Paris : J. Hetzel, collection : Bibliothèque d'éducation et de récréation, 22 p., avec texte en regard.
  • 1999 : Contes russes et ukrainiens d'après Alexandre Afanassiev, Marko Vovtchok et Ivan Tourguéniev ; trad. du russe et présentés par Michel Cadot ; Paris : Hachette littératures, 203 p. (ISBN 2-01-235526-9)
  • 2009 : Le Voyage en glaçon : histoires pour les enfants sages du XIXe siècle de Marko Vovtchok et Pierre-Jules Hetzel ; présentées par Iryna Dmytrychyn et Nicolas Petit, illustrations d'Igor Mekhtiev ; Paris : l'Harmattan, collection : Présence ukrainienne, section Jeunesse l'Harmattan, 173 p. (ISBN 978-2-296-10892-9)
Buste de Marko Vovchok Naltchik, à Hohitva (Naltchik)

Hommage[modifier | modifier le code]

En 2008, l'Ukraine émet un timbre-poste en Ukraine à l'effigie de Marco Vovchok. Des rues portent le nom de l'écrivain dans les villes de Kiev, Lvov. Dnipropetrovsk, Soumy et Nalchik.

À Naltchik, station thermale russe et capitale de la République de Kabardino-Balkarie, dans le village Hohitva où Marko Vovtchok vécut les dernière années de sa vie, un monument a été érigé le 4 août 1978 en son honneur (œuvre du sculpteur ukrainien V. Feschenko).

Ont été classés au patrimoine culturel : sa maison dans le village d'Alexandrov, où elle a vécu de 1889 à 1906 ; sa maison à Nalchik, dans le jardin de laquelle elle est enterrée, devenue un musée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Notice d'autorité personne sur le site de la Bibliothèque nationale de France (notice n°: FRBNF13487959)
  2. (en) Martha Bohachevsky-Chomiak, Feminists despite themselves: women in Ukrainian community life, 1884-1939, Edmonton, Canadian Institute of Ukrainian Studies, 1988, p. 9.
  3. Cf. Notice d'autorité personne sur le site de la Bibliothèque nationale de France (notice n°: FRBNF13487959)
  4. (ru) Маркович Марья Александровна (Марко-Вовчок), Russian Biographical Dictionary,‎ 1896–1918 (lire en ligne)
  5. Notice n°: FRBNF30601919 de la Bibliothèque nationale de France (catalogue général)
  6. Infos figurant dans l'introduction de la dernière réédition de 2008 de Maroussia publiée par L'Harmattan, et qui présente la version de Pierre-Jules Hetzel et le texte original écrit par Marko Vovtchok. (ISBN 978-2-296-07566-5). Cf. notice n°: FRBNF41407486 de la Bibliothèque nationale de France
  7. Cf. notice n°: FRBNF35826019 de la Bibliothèque nationale de France (catalogue général)
  8. Maroussia, texte inédit de Marko Vovtchok et fac-similé de P. J. Stahl ; L'Harmattan, 272 p. (ISBN 978-2-296-07566-5). Cf. notice n°: FRBNF41407486 de la Bibliothèque nationale de France

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]