Marie Skobtsov

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Marie Skobtsov
Image illustrative de l'article Marie Skobtsov
Nikolay Berdyaev et Maria Skobtzeva
Naissance le 8 décembre 1891
Riga, Gouvernement de Livonie, Russie impériale
Décès le 31 mars 1945 
Ravensbrück
Béatification le 16 janvier 2004 Patriarcat œcuménique de Constantinople
Vénéré par l'Église orthodoxe

Mère Marie Skobtsov ou sainte Marie de Paris, en russe Мать Мария (Скобцова), née Élisabeth Iourievna Pilenko le 8 (21) décembre 1891 à Riga, dans le gouvernement de Livonie qui faisait alors partie de l'Empire de Russie et morte le 31 mars 1945 à Ravensbrück, est une poétesse, mémorialiste et membre de la résistance française, devenue religieuse orthodoxe. Elle a été canonisée comme martyre de la Foi par l'Église orthodoxe (Patriarcat de Constantinople) le 16 janvier 2004.

Biographie[modifier | modifier le code]

En Russie[modifier | modifier le code]

Mère Marie était la fille d'un magistrat de l'Empire russe, Youri Dmitriévitch Pilenko, qui exerçait à Riga, sa mère était issue de la famille aristocratique des Dmitriev-Mamonov. La famille déménagea à Anapa, ville balnéaire des bords de la mer Noire, en juin 1895, à la retraite du père de famille. Celui-ci avait hérité dans le village de Djemet, à six verstes de la ville, d'un domaine viticole. Youri Pilenko fut nommé directeur du jardin botanique Nikitsky en Crimée, au printemps 1905 et la famille déménagea à nouveau, mais toujours près de la mer. La jeune Élisabeth fit ses études au lycée de filles de Yalta, mais la famille Pilenko dut à nouveau partir l'année suivante, lorsque le père fut nommé comme fonctionnaire au département des affaires agricoles à Saint-Pétersbourg. Deux mois après, le 17 juillet 1906, il mourut brutalement.

La jeune fille qui avait quinze ans se tourna vers la littérature et les arts. Elle s'intéressait à la poésie et croisa même Alexandre Blok plus tard au cours d'une soirée littéraire, mais elle n'éprouva pas de sympathie à son égard. Élisabeth termina ses études secondaires en 1909, avec médaille d'argent, et passa les grandes vacances dans le domaine familial près d'Anapa. Quelques mois plus tard, en février, elle épousait un juriste féru de littérature, Dimitri Kouzmine-Karavaïev. C'est à cette époque, qu'elle se plongea dans la littérature religieuse et s'efforça, parallèlement à la déception de son mariage, d'approfondir sa Foi. En même temps, elle écrivait des poèmes aux accents acméistes et en fit publier plusieurs recueils, dont Les Tessons scythes, Ruth ou Iourali...La Russie connaissait alors son Siècle d'argent et les discussions philosophiques et littéraires s'accompagnaient aussi de prises de parti dans le domaine politique, dans ces années postérieures à la première révolution de 1905. La jeune femme n'y était pas étrangère. Elle regrettait le conservatisme du pouvoir qui trouvait l'idée d'une Constitution prématurée. Elle s'inscrivit même au parti SR, porte-drapeau de l'intelligentsia de gauche de l'époque.

Son mariage avec Dimitri Kouzmine-Karavaïev[1] se dissout après 1913, de cette union naît une fille, Gaïna. La jeune femme s'installe alors dans le sud de la Russie.

Ses convictions politiques se doublèrent vite de préoccupations sociales, dans un pays où l'industrialisation rapide et plus tardive provoquait des tensions sociales que la Grande guerre ne fit qu'agraver. La Russie impériale se battait du côté de ses alliés français et anglais, mais la révolution de février 1917 allait précipiter l'Empire et faire advenir en octobre le parti bolchévique. La jeune femme avait vu avec soulagement l'abdication de Nicolas II, mais s'inquièta de la tournure des événements, lorsque la révolution se transforma en guerre civile. Elle prit parti du côté des Blancs, alors qu'elle avait été élue maire-adjoint d'Anapa du temps du gouvernement bolchévique. Lorsque les Blancs prennent la région, elle passe en jugement, mais finalement acquittée et même nommée par eux maire de la ville en février 1918. La région changea de mains brièvement, mais resta jusqu'au début de 1920 aux mains de l'Armée blanche qui luttait contre le pouvoir bolchévique. Elle s'était séparée de son premier époux pour épouser Daniel Skobtsov qui avait été juge à son procès et décida fin 1919 de s'enfuir en Géorgie où naquit son fils Georges, puis de prendre l'un des derniers bateaux de la mer Noire qui évacuait les soldats de l'Armée blanche et quelques alliés en direction de Constantinople, où ensuite avec sa mère, ses deux enfants et son mari, elle rejoignit la Serbie (où naquit son troisième enfant, sa fille Anastasia) qui avait été alliée de la France, et enfin s'installa à Paris en 1923.

En France[modifier | modifier le code]

Comme des dizaines de milliers de réfugiés russes, elle allait alors partager la condition des émigrés Blancs de Paris, autrefois membres de l'élite sociale pour la majorité d'entre eux et désormais obligés de survivre à l'exil. On pouvait croire qu'il serait bref, mais plus les années passaient, plus l'on se rendait compte que la nouvelle Union soviétique, créant un type d'homme nouveau, s'installait pour longtemps. Lorsque son dernier fils fut adolescent, Élisabeth qui fréquentait les nouvelles églises modestes de la communauté russe de banlieue et celle plus ancienne de la rue Daru, prit un directeur spirituel. La mort de sa petite fille Anastasia en 1926 avait été une grande souffrance. En 1932, elle prononça ses vœux et devint religieuse sous le nom de Marie, en l'honneur de Marie l'Égyptienne, la repentante du désert. Toutes ces années d'épreuves l'avaient véritablement convertie. Elle fréquenta des monastères orthodoxes russes en Lettonie et en Lituanie, nouveaux pays qui abritaient de petites communautés de ses compatriotes. Elle fut choisie comme secrétaire du Mouvement de la Jeunesse Chrétienne Étudiante Russe, particulièrement actif avant-guerre, lorsque les anciens comprirent qu'il fallait transmettre aux plus jeunes les valeurs de la patrie perdue, et témoigner de la solidarité. Elle devint rapidement secrétaire centrale et s'occupait d'actions sociales et missionnaires. Grâce à des fonds qu'elle parvint à réunir, elle ouvrit au 9 rue de Saxe un foyer pour jeunes femmes isolées qui déménagea en 1935 au 77 rue de Lourmel. On fit bientôt construire une petite église qui rayonna dans le XVe arrondissement et au-delà et l'on donna des cours de religion et de chant psalmodique et à partir de l'hiver 1936-1937 des cours d'action missionnaire. Tout ceci était organisé par divers mouvements de l'émigration orthodoxe, dont l'un des pères spirituels était le fameux Père Pavel Golychev (1914-1979).

Mère Marie sillonnait le XVe arrondissement, où beaucoup d'émigrés défavorisés avaient trouvé refuge, ainsi que les quartiers de Boulogne-Billancourt et de la banlieue ouest où des Russes travaillaient comme ouvriers d'usine, cherchant à soulager spirituellement et financièrement leur situation, et celle de leur famille. Lorsque Paris fut occupé par l'armée allemande, en juin 1940, Mère Marie comprit tout de suite les principes de ce régime, et ses dangers non seulement pour la capitale qui l'avait accueillie elle-même, Slave devenue parisienne, mais aussi pour son ancienne patrie. C'est en chrétienne qu'elle entra en résistance, en se servant de ses multiples allées et venues pour des actions de renseignement et de dénonciations des mesures prises par l'occupant, tout en continuant sa mission d'évangélisatrice. Elle sauva ainsi des Juifs de la déportation[2]. En juillet 1942, elle sauve 3 ou 4 enfants juifs du Vélodrome d'hiver à Paris[3]. Son fils Georges (Youra), âgé de dix-huit ans, et le Père Dimitri Klépinine furent arrêtés par la Gestapo en février 1943[4]. Peu après, ce fut à son tour de l'être. Elle s'était préparée spirituellement. Elle fut déportée à Ravensbrück, comme tant d'autres femmes.

Elle mourut au camp le 31 mars 1945, Vendredi saint dans le calendrier julien, après avoir pris la place d'une femme juive destinée à la chambre à gaz.

Elle est canonisée (glorifiée dit-on plus souvent dans l'Église orthodoxe) en 2004 par le Patriarcat de Constantinople[5].

Un film sur sa vie a été tourné en 1982, avec Lioudmilla Kassatkina dans le rôle principal.

Le Conseil de Paris a décidé en 2013, à l'unanimité, de donner son nom à une future rue de Paris[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il se convertira plus tard au catholicisme
  2. Elle fut reconnue comme Juste parmi les nations, avec son nom à Yad Vashem.
  3. Orthodoxie.com: Sainte Marie (Skobtsov) de Paris et la rafle du Vélodrome d'hiver
  4. Ils mourront tous les deux en déportation, le premier qui était sous-diacre, au camp de Buchenwald, le second, au camp de Dora. Ils ont été aussi canonisés.
  5. Documents sur les canonisations
  6. La Croix, « Une rue de Paris portera le nom de Mère Marie Skobtsov », 24 novembre 2013.

Adresses à Paris[modifier | modifier le code]

9 villa de Saxe
77 Rue de Lourmel

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]