Marie-Antoinette d'Autriche

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Marie-Antoinette d’Autriche

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Marie-Antoinette en 1783,
par Élisabeth Vigée Le Brun.

Titres

Reine des Français

4 septembre 179110 août 1792
(11 mois et 6 jours)

Prédécesseur Elle-même (reine de France et de Navarre)
Successeur Joséphine de Beauharnais (impératrice des Français)

Reine de France et de Navarre

10 mai 17744 septembre 1791
(17 ans, 3 mois et 25 jours)

Prédécesseur Marie Leszczyńska
Successeur Elle-même (reine des Français)

Dauphine de France

16 mai 177010 mai 1774
(3 ans, 11 mois et 24 jours)

Prédécesseur Marie-Josèphe de Saxe
Successeur Marie-Thérèse de France
Biographie
Titulature Archiduchesse d’Autriche
Dynastie Maison de Habsbourg-Lorraine
Nom de naissance Maria Antonia Josepha Johanna von Habsburg-Lothringen
Surnom « L’Autrichienne »
« Madame Déficit »
Naissance 2 novembre 1755
Vienne (Autriche)
Décès 16 octobre 1793 (à 37 ans)
Place de la Révolution (Paris, France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père François Ier du Saint-Empire
Mère Marie-Thérèse d’Autriche
Conjoint Louis XVI de France
Enfants Marie-Thérèse de France
Louis-Joseph de France
Louis-Charles de France
Sophie-Béatrice de France
Religion Catholicisme
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Reines de France

Marie-Antoinette Josèphe Jeanne de Habsbourg-Lorraine (en allemand, Maria Antonia Josepha Johanna von Habsburg-Lothringen), archiduchesse d’Autriche, princesse impériale, princesse royale de Hongrie et de Bohême, (née le 2 novembre 1755 à Vienne – morte le 16 octobre 1793 à Paris), fut la dernière reine de France et de Navarre (1774–1792), épouse de Louis XVI, roi de France et de Navarre.

Fille de l'empereur François Ier du Saint-Empire, et de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de Hongrie et de Bohême, elle était une lointaine descendante des rois de France Henri II et Louis XIII, ainsi que l'arrière-petite-fille de Philippe, duc d’Orléans, frère de Louis XIV.

Jeunesse à Vienne[modifier | modifier le code]

Portrait par Martin van Meytens, vers 1767.

Marie-Antoinette est la quinzième et avant-dernière enfant de l’empereur germanique François Ier de Lorraine et de l’archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême Marie-Thérèse dite « la Grande », au milieu de leurs cinq fils (Joseph l’héritier du trône, Léopold, Charles, Ferdinand et Maximilien) et de leurs huit filles (Marie-Anne, Marie-Christine, Marie-Élisabeth, Marie-Amélie, Marie-Jeanne, Jeanne-Gabrielle, Marie-Josèphe, Marie-Caroline)[1].

Elle naît le 2 novembre 1755, au palais de la Hofburg, à Vienne[a 1]. Ses parrain et marraine sont le roi Joseph Ier de Portugal et son épouse la reine Marie Anne Victoire d'Espagne[a 2]. On apprend quelques jours plus tard qu'un tremblement de terre a ravagé Lisbonne la veille de la naissance de l'archiduchesse, jour de la Toussaint[a 2]. D'aucuns y verront — surtout après coup — un mauvais présage.

L'archiduchesse est baptisée sous les prénoms de Maria Antonia Josepha Joanna[a 2]. Elle est aussitôt confiée aux « ayas », les gouvernantes de la famille royale comme Mme de Brandeis[b 1] et partage son enfance entre le palais de la Hofburg à Vienne et le château de Schönbrunn[a 3]. Son enfance est ponctuée de belles rencontres, comme celle avec le tout jeune enfant prodige Mozart dans le Salon des Glaces du palais de Schönbrunn le 13 octobre 1762[2], ce dernier l’ayant ingénument demandée en mariage à cette occasion[a 4],[b 2],[3].

Marie-Antoinette reçoit une éducation où le maintien, la danse, la musique et le paraître occupent l’essentiel de son temps et ne bénéficie d’aucune instruction politique. Cependant, à l'âge de dix ans, elle a encore du mal à lire ainsi qu’à écrire en allemand, parle peu et difficilement le français, et très peu l’italien – trois langues qui étaient alors parlées couramment dans la famille impériale, sans compter son apprentissage des rudiments de latin[a 5]. Mme de Brandeis, rendue responsable par l'impératrice du retard de la jeune princesse, est congédiée et est remplacée par Mme de Lerchenfeld[a 6], plus sévère. Maria Antonia est à cette époque une enfant débordante de vie, espiègle, étourdie, volontiers moqueuse[4]

À cette époque, la cour d’Autriche possède une étiquette beaucoup moins stricte que celle de Versailles : les danses y sont moins complexes, le luxe y est moindre et la foule moins nombreuse. La jeune Maria Antonia Josepha est très proche de sa plus jeune sœur aînée, Marie-Caroline, qui deviendra reine consort de Naples en épousant Ferdinand Ier des Deux-Siciles[b 3].

Mariage à quatorze ans[modifier | modifier le code]

Pastel de Marie Antoinette réalisé par Joseph Ducreux en 1769 à l'intention du Dauphin afin qu'il puisse faire connaissance de sa future épouse.

Sa mère Marie-Thérèse, comme tous les souverains de l’époque, met le mariage de ses enfants au service de sa politique diplomatique, qui vise à réconcilier, après des décennies de guerres fratricides, les Habsbourg et les Bourbons (contexte du renversement des alliances et de la fin de la guerre de Sept Ans), et faire ainsi face aux ambitions de la Prusse et de l'Angleterre. Ainsi, parmi les sœurs aînées de Marie-Antoinette, seule Marie-Christine, l’enfant préféré de l’impératrice, peut épouser en 1766 l'homme qu'elle aime, Albert de Saxe, créé duc de Teschen par Marie-Thérèse[5], et elle sera nommée avec lui régente des Pays-Bas en 1780. En revanche, Marie-Amélie épouse contre son gré, en 1769, Ferdinand Ier, duc de Parme[5], et Marie-Caroline épouse en 1768 Ferdinand IV, le roi de Naples et des Deux-Siciles[b 3], après que deux sœurs successivement promises au jeune monarque sont mortes prématurément[a 7],[5].

Désormais veuve depuis le décès de François Ier[a 8], extrêmement douloureux pour Marie-Antoinette, Marie-Thérèse prend en mains la vie de ses filles et le mariage entre le dauphin – futur Louis XVI – et Marie-Antoinette qui doit concrétiser la réconciliation des deux Maisons les plus prestigieuses d'Europe semble poindre. Louis XV ne voit pas d'inconvénient au mariage de la princesse avec son petit-fils à condition que celle-ci soit capable de parler convenablement français. Cela semble perdu d'avance. C'est pourquoi Mathieu-Jacques de Vermond est envoyé à la Cour pour s'occuper de la future dauphine[a 8]. Celle-ci semble bien progresser[a 9]. Elle est alors prise en charge par de grands professionnels français afin d'améliorer entre autres sa dentition, alors très mauvaise, et sa coiffure[a 9],[a 10].

Le 7 février 1770 au soir, Marie-Antoinette est réglée, prête à être donnée en mariage[a 10]. Cela ne tarde pas, le 17 avril 1770, Marie-Antoinette renonce officiellement à ses droits sur les couronnes dépendant de la Maison d’Autriche. Le 19 avril 1770, on célèbre son mariage par procuration, à cinq heures du soir, dans l'église des Augustins[a 11]. Seul le mariage de Louis XIV avec l'infante d'Espagne un siècle auparavant avait eu un semblable retentissement. Par ailleurs, on n'avait pas vu une archiduchesse d'Autriche sur le trône de France depuis Élisabeth d'Autriche, épouse de Charles IX en 1570.

Deux jours plus tard, au petit matin, elle quitte Vienne pour ne jamais y revenir[a 12]. Elle a quatorze ans. Sa mère lui laisse alors un grand nombre de recommandations[b 4]. De douloureux pressentiments entourent alors son départ de Vienne. Weber dira, dans ses mémoires : « On a peine à se défendre de la superstition des pressentiments quand on a vu les adieux de Marie-Antoinette à sa famille, à ses serviteurs et à son pays, en 1770. Hommes et femmes se livrèrent aux mêmes expressions de la douleur. Les avenues, comme les rues de Vienne en retentirent. On ne rentrait chez soi qu'après avoir perdu de vue le dernier courrier qui la suivait, et l'on y rentrait que pour gémir en famille d'une perte commune. »[b 5]. L'impératrice sa mère semble aussi touchée par le phénomène. Une anecdote raconte que Joseph Gassner, ecclésiastique venu chercher l'asile à Vienne, se croyant inspiré par Dieu, à une question de Marie-Thérèse lui demandant comment allait sa fille, ne répondit pas, pâlit, et finit par articuler : « Madame, il est des croix pour toutes les épaules. »[b 6].

En chemin pour la France, Marie-Antoinette croise le cortège de sa tante paternelle Anne Charlotte de Lorraine, qui, comme toute sa famille, est résolument opposée à l'alliance avec la France qui a dépossédé ses ancêtres des duchés sur lesquels ils avaient régné près de 700 ans. Marie-Thérèse demanda à Charlotte et Louise de Hesse-Darmstadt, amie de Marie Antoinette d'accompagner cette dernière en France.

L'arrivée en France[modifier | modifier le code]

Marie Antoinette en 1773.

Après près de trois semaines de voyage, le 7 mai 1770, la jeune Marie-Antoinette arrive à Kehl[b 7] où elle doit participer au rite de « remise de l'épouse », tradition de l'Ancien Régime[a 13]. Au moment de quitter le Saint-Empire, tous les biens venant de son pays d’origine, même ses vêtements, lui sont retirés dans un bâtiment construit, en bois, à cet effet sur l'île aux Épis, au milieu du Rhin, entre les villes de Kehl et de Strasbourg, formant ainsi une sorte de « rite de passage » de sa vie de jeune fille à sa vie de femme[a 13].Le choix de cette île, entre l'Allemagne et la France représente également une sorte de zone neutre. Les deux entrées de ce bâtiment sont disposées de telle manière qu’elle y entre du côté autrichien et en ressort en France[6]. C'est alors qu'elle fait la connaissance de sa première femme d'honneur, Mme de Noailles[a 14] qui lui présente alors la duchesse de Villars, sa femme d'atour ainsi que les comtesses de Mailly, de Tavannes, la duchesse de Picquigny et la marquise de Duras, ses secondes femmes d'honneur[a 15],[b 8].

Gazette des atours de Marie-Antoinette, 1782 (4 sur 43). Archives nationales AE/I/6 no 2

Une fois le rituel achevé, elle sort du bâtiment par la porte côté français, sous une pluie battante[b 9]. Arrivée à Strasbourg, le temps redevenu clément, elle est complimentée de toutes parts et à M. d'Autigny, maire de la ville, qui s'adresse à elle en allemand, elle répond : « Non ! Ne parlez point allemand, s'il vous plaît. À dater d'aujourd'hui je n'entends plus d'autre langue que le français. »[a 16]. Parvenue à l'Évêché, elle fait la connaissance du vieux cardinal de Rohan qui l'attend et reçoit trente-six jeunes femmes de la noblesse d'Alsace[b 10],[a 17]. Puis elle se rend le soir-même à la comédie où l'on donne alors Dupuis et Desronnais ainsi que la Servante maîtresse[b 11],[a 17]. Le lendemain, remerciant M. d'Autigny du bel accueil qui lui avait été réservé[b 12], elle quitte Strasbourg pour cinq jours de voyage, au bout duquel elle rencontrera enfin le dauphin à qui elle est promise[a 17].

À Saverne, sa première escale, elle voit pour la première fois une résidence princière française, le château des princes évêques de Strasbourg, alors récemment embelli[b 12]. Le 9 mai 1770, elle s'arrête à Nancy. La ville, ancienne-capitale du Duché de Lorraine c'est là le lieu de naissance de son père et la capitale ancestrale de sa famille, n'est devenue française que quatre années auparavant[7]. Elle se recueille en l'église des cordeliers, devant les tombeaux de ses ancêtres paternels, les ducs de Lorraine et de Bar. Le 10, elle passe à Bar-le-Duc, le 11 à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne) où elle assiste à la représentation de La Partie de chasse de Henri IV[a 18], le 12 à Soissons où elle séjourne quarante-huit heures. Weber écrit aussi, à propos de ce voyage : « Sur la route, tous les habitants des campagnes abandonnent leurs travaux pour venir la saluer. Les chemins sont jonchés de fleurs ; les jeunes filles, dans leurs plus belles parures, présentent leurs bouquets à la dauphine, qui sourit à la naïveté des unes, daigne répondre aux compliments des autres, et les accueille toutes avec bonté. À vingt lieues de Strasbourg, les habitants des villages voisins se sont rassemblés. On entendait de toutes parts retentir les cris de : « Vive la dauphine ! Vive le dauphin ! » Le chemin était obstrué par la foule. Les stores de sa voiture étaient levés et tous les spectateurs pouvaient contempler à loisir sa beauté, son sourire enchanteur, sa douce physionomie. De jeunes paysans se disaient l'un à l'autre : « Qu'elle est jolie, notre dauphine! » »[b 13]. Le 14 mai enfin, à deux pas de Compiègne, la jeune dauphine rencontre le premier ministre, le duc de Choiseul, venu au devant d'elle[b 14].

La jeune princesse va ensuite attendre la cérémonie de son mariage près de Paris au château de la Muette, dont le dauphin avait pris possession en 1764[8].

Elle fut surnommée « l’Autrichienne » dès son arrivée à Versailles, puis « Madame Déficit » et, plus tard, « Madame Veto ».

Dauphine[modifier | modifier le code]

Plan du souper du jour du mariage de M. le Dauphin avec l’Archiduchesse Marie-Antoinette célébré le 16 mai 1770. Archives nationales. K/147/14/2

Le 16 mai 1770, Marie-Antoinette épouse le dauphin à Versailles.

Le jour même des noces, un scandale d’étiquette a lieu : tout comme l'avaient fait leurs ancêtres en 1698 lors du mariage d'Élisabeth Charlotte d'Orléans, nièce de Louis XIV avec le duc Léopold Ier de Lorraine (grand-père de Marie-Antoinette), les princesses de Lorraine, arguant de leur (lointaine) parenté avec la nouvelle dauphine, ont obtenu de danser avant les duchesses, au grand dam du reste de la noblesse qui, suivant l'exemple des filles de Louis XV, murmure déjà contre « l’Autrichienne ».

Profil en médaillon de la dauphine Marie-Antoinette en 1770, présenté lors de son mariage.

Le soir du 30 mai 1770, où l'on fête place Louis XV, à Paris, le mariage princier, est tiré un magnifique feu d'artifice dont une fusée tombe sur les pièces d'artifice destinées au bouquet final, créant un incendie, puis une véritable panique, conduisant à la mort de plusieurs centaines de victimes (131 selon les chiffres officiels, mais en réalité vraisemblablement autour de 400). Bouleversés, le dauphin et la dauphine - qui n'ont que 15 ans - financeront sur leur cassette personnelle une importante aide aux victimes et à leurs familles.

La jeune fille, au physique agréable, est assez petite et ne possède pas encore la « gorge » si appréciée en France. Elle est blonde, d'un blond assez soutenu tirant sur le roux, qui, sous la poudre, prend des reflets rosés. Ses yeux bleu pâle sont un peu trop saillants. Son visage, au vaste front bombé, considéré comme trop haut, offre un ovale très allongé. Le nez, qui promet d'être légèrement aquilin, offre peu de finesse[9]. La jeune dauphine a néanmoins beaucoup de grâce et une légèreté presque dansante dans sa façon de se mouvoir. Archiduchesse d’Autriche, arrière-petite nièce de Louis XIV, par sa grand-mère paternelle Élisabeth Charlotte d'Orléans duchesse de Lorraine et de Bar, objet vivant du « renversement des alliances » du roi Louis XV, elle attire dès son arrivée l’inimitié d’une partie de la cour. De plus, la jeune dauphine a du mal à s’habituer à sa nouvelle vie, son esprit se plie mal à la complexité et à la rouerie de la « vieille cour », au libertinage du roi Louis XV et de sa maîtresse la comtesse du Barry. Son mari l’aime mais l’évite, partant très tôt chasser ; elle peine à s’habituer au cérémonial français, au manque d’intimité et subit péniblement « l’étiquette », rigide mode d’emploi de la cour.

Elle est manipulée par « Mesdames Tantes », les filles du roi Louis XV, qui lui enseignent l’aversion pour la comtesse du Barry, ce qui agace Louis XV. Par ailleurs, Marie-Antoinette s’en fera bientôt une ennemie : pendant les premiers temps, elle refuse de lui parler mais, forcée par Louis XV, et poussée par Marie-Thérèse sa mère, et Mercy-Argenteau, elle finit par adresser la parole à la comtesse avec ces quelques mots « il y a bien du monde à Versailles aujourd'hui ». Marie-Antoinette ressortira humiliée de cet incident, surtout que Mesdames tantes verront en son acte une haute trahison. En outre, Vienne tente de la manipuler par le biais de la volumineuse correspondance qu’entretient sa mère avec le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d’Autriche à Paris. Ce dernier est le seul sur lequel elle puisse compter, car le duc de Choiseul, celui qui avait permis le rapprochement de la France avec l’Autriche, est tombé en disgrâce moins d’un an après le mariage, victime d’une cabale montée par Mme du Barry. Cette fameuse correspondance secrète de Mercy-Argenteau est une large source d’information sur les détails de la vie de Marie-Antoinette depuis son mariage en 1770 jusqu’au décès de Marie-Thérèse Ire en 1780. Selon l’auteur du livre regroupant cette correspondance : « Ces documents originaux ne se contentent pas de nous introduire dans son intimité, ils nous révèlent aussi comment Marie-Antoinette, dépourvue d’expérience et dénuée de culture politique, fut manipulée par sa famille autrichienne à laquelle elle demeura toujours attachée ».

Une tradition fait de Marie-Antoinette d'Autriche celle qui aurait officiellement introduit et popularisé en France le croissant à partir de 1770, d'où le nom de viennoiserie[10].

Reine de France[modifier | modifier le code]

La reine en 1775 à 20 ans

Le roi Louis XV meurt le 10 mai 1774 et Marie-Antoinette devient reine de France et de Navarre à 18 ans. Toujours sans héritier à offrir à la France et toujours considérée comme une étrangère même par la famille royale qu'elle n'aime pas (en fait le mariage entre elle et Louis XVI met sept ans à être consommé[11]), la reine devient, dès l’été 1777, la cible de premières chansons hostiles qui circulent de Paris jusqu’à Versailles.

Une véritable coterie se monte contre elle dès son accession au trône, des pamphlets circulent, d'abord de courts textes pornographiques puis des libelles orduriers[11]. Ses déboires conjugaux étant publics, on l’accuse d’avoir des amants (le comte d’Artois son beau-frère, le comte suédois Hans Axel de Fersen) ou même des maîtresses (la duchesse de Polignac, la princesse de Lamballe[12]), de dilapider l’argent public en frivolités (robes de Rose Bertin, parfums de Jean-Louis Fargeon[13]) ou pour ses favoris, de faire le jeu de l’Autriche, désormais dirigée par son frère Joseph II. Elle y est clouée au pilori comme une nymphomane perverse et insatiable et bien vite la certitude de son insatiable érotisme se répand. Elle est décrite comme une « prostituée babylonienne », une « infâme tribade » ayant l'habitude, à Trianon, d'épuiser quotidiennement plusieurs hommes et plusieurs femmes pour satisfaire sa « diabolique lubricité ». De plus, le couple royal n'arrive pas à procréer, ce qui alimente les rumeurs sur l'impuissance de Louis XVI ou la stérilité de Marie-Antoinette. Le premier se révèle en fait inexpérimenté et intimidé par sa femme avec qui il ne s'entend pas. Cette dernière, peu attirée par son époux, se montre réticente à accomplir le devoir conjugal. Sa mère Marie-Thérèse, craignant pour la survie de l'Alliance franco-autrichienne et que sa fille puisse être répudiée, envoie son fils aîné Joseph le 19 avril 1777 à la Cour de France afin d’analyser au mieux la situation du couple. Un an plus tard, le couple donne naissance à leur première fille, Marie-Thérèse-Charlotte mais cette naissance tant attendue apparaît suspecte et fait naître la rumeur de bâtardise de l'enfant, la paternité de la princesse étant attribuée au Comte d'Artois ou au duc de Coigny[14].

Son portrait

« Sa beauté n'est pas régulière. […]. D'aucuns lui reprochent aussi la mâchoire trop forte des Habsbourg et une poitrine trop abondante. […]. Elle est « grande, admirablement faite » avec « des bras superbes » (Mme Vigée-Lebrun). […]. « Sa peau, dit encore sa portraitiste, était si transparente qu'elle ne prenait point d'ombre. » […]. « C'était la femme de France qui marchait le mieux » (Vigée-Lebrun) […]. « On n'a jamais fait la révérence avec tant de grâce » s'émerveille Tilly. Elle salue dix personnes en se ployant une seule fois. De la tête et du regard elle donne à chacun ce qui lui revient. […]. L'intelligence n'est pas moins vive. La correspondance le montre[15]. »

Son caractère

« Marie-Antoinette ne peut souffrir les personnages ennuyeux[16]. » On dit d'elle qu'elle a un bon caractère mais qu'elle est en même temps partiale. « Le trait déplaisant de son caractère est la partialité. […]. Beaucoup accusent Marie-Antoinette de légèreté. À commencer par sa propre mère. […]. Elle aime seulement à se divertir, […][15]. »

Ses goûts

Marie-Antoinette aime le théâtre, la comédie, le jeu (pharaon, tric-trac, billard, ...). Elle aime la danse « On dit qu'elle ne danse pas en mesure, écrit Horace Walpole, mais alors c'est la mesure qui a tort[15] » et la musique. Elle chasse également. Le duc de Croÿ rapporte qu'« elle monte supérieurement[17]. » Elle aime les toilettes, les voyages dans les différents châteaux de la Cour autour de Paris, l'aménagement intérieur et la décoration. Elle lit même si la lecture n'est pas son passe-temps préféré.

« On lui passe difficilement ses bals et ses soirées dansantes chez ses amies ou ses beaux-frères. On ne lui pardonne pas les bals masqués de l'Opéra, inconvenants, juge-t-on, pour une reine de France. Malheureusement elle en raffole, et s'y fait conduire plusieurs fois pendant le carnaval. […]. On lui reproche aussi sa passion du jeu. Tous les soirs, elle joue au Pharaon jusqu'à deux ou trois heures du matin. […]. L'opinion publique lui fait grief de ses goûts dispendieux en matière de toilettes et de réceptions. Elle aime les toilettes, c'est vrai, mais ses fournisseurs en profitent abusivement. […]. Pour les réceptions et les voyages, Marie-Antoinette manifeste parfois des exigences coûteuses. […]. La reine agit de même pour les aménagements et décorations de ses appartements. Tout doit être fait tout de suite, et sans avoir égard au coût de l'opération. […]. En décoration son goût n'est pas toujours le meilleur, mais il est parfait en musique. Musicienne elle-même - elle chante et joue de la harpe et de la flûte -, elle exerce dans cet art un intelligent mécénat. Elle protège Gluck, son ancien professeur de musique, et surtout elle réalise fort bien le caractère novateur de son art[15]. »

Sa piété

« Souvent même, elle paraît plus proche de la philosophie nouvelle que de la religion. Sa piété est jugée tiède[15]. »

Son rôle politique

Marie-Antoinette 1775, Jean-Baptiste Gautier Dagoty.

Elle tente d’influencer la politique du roi, de faire et défaire les ministres, toujours sur les conseils intéressés de ses amis. Mais, contrairement à la rumeur, son rôle politique s’avère extrêmement limité. Le baron Pichler, secrétaire de Marie-Thérèse Ire, résume poliment l’opinion générale en écrivant : « Elle ne veut être ni gouvernée ni dirigée, ni même guidée par qui que ce soit. C’est le point sur lequel toutes ses réflexions paraissent jusqu’à présent s’être concentrées. Hors de là, elle ne réfléchit encore guère, et l’usage qu’elle a fait jusqu’ici de son indépendance le prouve assez, puisqu’il n’a porté que sur des objets d’amusement et de frivolité. »

Sa vie à la Cour de France

S’entourant d’une petite cour d’amis vite qualifiés de favoris (la princesse de Lamballe, le duc de Lauzun, le baron de Besenval, le duc de Coigny puis la comtesse de Polignac plus enjouée et spirituelle que la princesse de Lamballe qu'elle juge trop pieuse et timorée), elle suscite les jalousies des autres courtisans surtout après avoir évincé dans sa cour les vieux aristocrates[11]. Ses toilettes et les fêtes coûteuses qu’elle organise profitent au rayonnement de la France, notamment pour la mode et le commerce du textile, mais sont critiquées, bien qu’elles soient une « goutte d’eau » dans les dépenses générales de la cour, des administrations, ou comparées au niveau de vie de certains princes de sang ou seigneurs menant grand train. Au total, les dépenses de la cour ne représentent que 7 % du budget du royaume, soit guère plus que les règnes précédents[9].

« Elle tient grand couvert et reçoit trois fois par semaine à Versailles[18]. »

Pour retrouver à Versailles ce qu’elle a connu à Vienne – une vie plus détendue en famille avec ses amis –, elle va souvent avec quelques privilégiés au Petit Trianon (construit par Louis XV sous l'impulsion de sa maîtresse, Madame de Pompadour, qui décèdera avant que celui-ci ne soit terminé, puis que Louis XVI offrit à Marie-Antoinette). Elle fait construire un village modèle, le Hameau de la Reine, où elle installe des fermiers. Dans son petit théâtre, elle joue notamment Le Barbier de Séville de Beaumarchais et tient souvent des rôles de servante devant un Louis XVI amusé. Par son désir de plaisirs simples et d’amitiés exclusives, Marie-Antoinette va vite se faire de plus en plus d’ennemis, même à la cour de Versailles.

« Les escapades de Marie-Antoinette sont aussi fréquentes. Si Marly est délaissé - le cérémonial paraissant encore plus gênant qu'à Versailles - le petit Trianon a toute la faveur de la reine. […] Enthousiaste, la baronne [d'Oberkirch] ne s'étonne pas que la reine y reste "la plus grande partie de la belle saison". Les usages ne sont pas ici ceux de la Cour, ils imitent plutôt la simplicité de vie de la gentilhommerie. La reine "entrait dans son salon sans que le piano-forte ou les métiers de tapisserie fussent quittés par les dames, et les hommes ne suspendaient ni leur partie de billard ni celle de trictrac". Trianon offre peu de logements. Aussi les invités dînent-ils avec la reine, passent l'après-midi, soupent puis reviennent coucher à Versailles. Le roi et les princes (sauf Madame Élisabeth) viennent en galopins. Dames d'honneur et du palais n'y sont pas davantage établies, mais, par grâce royale, peuvent y venir souper les mercredis et samedis, nommés ainsi "jours du palais". Vivre en particulier loin de la pompe monarchique, échapper à la tyrannie de l'étiquette, abandonner les fastueux mais encombrants habits de Cour pour "une robe de percale blanche, un fichu de gaze, un chapeau de paille", fait le bonheur de Marie-Antoinette. Au hameau - auquel on a donné "à grands frais l'aspect d'un lieu bien pauvre" - la reine joue à la fermière, regarde pêcher dans le lac ou assiste à la traite des vaches[19]. »

« Après la mort de la Marquise [de Pompadour] (1764), l'arrivée en France de l'archiduchesse Marie-Antoinette en 1770 ranime la vie musicale à Versailles. La dauphine cultive le chant, touche le clavecin et la harpe. […]. Plus que son talent de harpiste, la protection qu'elle accorde aux musiciens "constitue son vrai mérite musical". Négligeant peintres et écrivains, la reine met son influence au service des musiciens, attire à la Cour Gluck (1773), Piccini - le maître le plus célèbre d'Italie (1776) -, Sacchini (1781), favorise la carrière de Grétry. Très attachée à l'auteur de Richard Cœur de Lion, elle le nomme directeur de sa musique particulière (1787), lui obtient dons et pensions, accepte d'être la marraine d'une de ses filles, favorise la création de ses opéras-comiques à Versailles, Fontainebleau ou Trianon. Dès son arrivée à la Cour, le chevalier Gluck, son ancien professeur à Vienne, est comblé d'honneurs. Six mille livres de pension et autant pour chaque opéra qu'il fera jouer doivent le retenir à Versailles[19]. »

« Marie-Antoinette suit son exemple [de Madame de Pompadour]. Dauphine, elle courait avec son mari les salles parisiennes. Reine, elle ne change pas ses habitudes. "Sa Majesté, écrit Mercy-Argenteau en 1777, est venue aux spectacles de Paris deux ou trois fois chaque semaine." Avec ses belles-sœurs elle anime agréablement sa société intime : elle apprend à jouer et possède son théâtre à Trianon. Au printemps 1780, elle devient actrice, avec une prédilection pour les comédies à ariettes[19]. »

« Vrai et gai. La cour de France lui doit pour une bonne part le charme riant de ses derniers feux. Se plaisant à la vie de famille et aux simples réunions amicales, elle fait aménager pour sa vie intime à Versailles, Fontainebleau, Compiègne et Saint-Cloud, des petits appartements tapissés de toiles peintes à motifs de fleurs et d'oiseaux, ornés de lambris blancs et de glaces. Ennemie du cérémonial et de l'étiquette, elle invente un nouveau style de vie et de divertissement. À Marly, par exemple, en 1788, elle établit une espèce de café, où les seigneurs et les dames vont prendre leur petit déjeuner le matin. On se met à une petite table, et chacun se fait servir ce qu'il veut[15]. »

Les papiers personnels de Marie-Antoinette, dont sa correspondance secrète avec Hans Axel de Fersen sont conservés aux Archives nationales sous la cote 440AP. La consultation se fait uniquement sous forme de microfilms[20].

Ascendance[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

Marie-Antoinette en 1787, par Élisabeth Vigée-Le Brun.

Huit ans et demi après son mariage, Marie-Antoinette accouche de son premier enfant, le seul qui parviendra à l'âge adulte. Trois autres suivront.

Dans une entreprise de calomnie sciemment orchestrée, les libelles ne manquent cependant pas d'affirmer que ses enfants, en particulier ses fils, ne sont pas de Louis XVI.

Après le scandale de l'affaire du collier, Marie-Antoinette se tourne davantage vers sa famille et s'emploie à montrer d'elle l'image d'une mère de famille comme les autres. Enceinte, elle se fait peindre par Madame Vigée-Lebrun entourée de ses enfants, mais perd sa fille Sophie-Béatrice au berceau en 1787 (âgée de 11 mois).

Marie-Antoinette vivra très douloureusement cette perte. À l'origine, se trouvait peinte dans le berceau, sa fille Sophie Béatrice. La reine a souhaité laisser le berceau vide comme un symbole de deuil et de douleur. Constante source de chagrin pour la reine qui ne pouvait retenir ses larmes à la vue de l'œuvre, le tableau sera expédié à Vienne, Louis XVI l'offrant à son beau-frère Joseph II du Saint-Empire.

Elle perdra ensuite un deuxième enfant, Louis Joseph Xavier, âgé de presque 8 ans, en juin 1789, en pleine session des États-Généraux.

La Maison de la Reine[modifier | modifier le code]

Maison ecclésiastique[modifier | modifier le code]

Grand Aumônier de la Reine
Premier Aumônier de la Reine
Aumônier ordinaire
Confesseurs de la Reine
  • 1770 - 1789 - l'abbé Mathieu-Jacques de Vermond, professeur de français, lecteur et confident, secrétaire de cabinet.
  • 1792, l'abbé Poupart
  • 1793, l'abbé Magnin et l'abbé Cholet, prêtre vendéen, qui lui donna les sacrements la veille de sa comparution devant le Tribunal révolutionnaire.

L’affaire du Collier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire du collier de la reine.

En juillet 1785, éclate l’« affaire du Collier » : les joailliers Boehmer et Bassange réclament à la reine 1,6 million de livres pour l’achat d’un collier de diamants dont le cardinal de Rohan a mené les tractations, au nom de la reine. La reine ignore tout de cette histoire et, quand le scandale éclate, le roi exige que le nom de sa femme soit lavé de l’affront. Le cardinal est arrêté en pleine journée dans la Galerie des Glaces, sous les yeux des nombreux courtisans. Le roi confie l’affaire au Parlement, l’affaire est jugée par Étienne François d'Aligre, qui conclut à la culpabilité du couple d’aventuriers à l’origine de l’affaire, les prétendus « comte et comtesse de la Motte » et disculpe le cardinal de Rohan et le comte de Cagliostro, abusés mais innocents.

Le cardinal de Rohan, aussi innocent que la Reine dans cette affaire, s’est laissé manipuler par Madame de La Motte. Le Cardinal, frivole et volubile, est ignoré par la Reine depuis qu'il a mécontenté sa mère, Marie-Thérèse, alors qu'il était ambassadeur de France à la Cour d'Autriche, des années plus tôt. Lorsque « Madame de la Motte », qui se dit amie et cousine de Marie-Antoinette, lui confie les tractations avec le bijoutier, le Cardinal demande des preuves et Madame de La Motte va jusqu’à lui présenter une fausse Marie-Antoinette (en réalité une prostituée Nicole Leguey qui ressemblait à s’y méprendre à la reine) un soir dans le parc de Versailles et inventer une fausse correspondance ; le naïf mais ambitieux Cardinal accepte donc sa mission avec zèle, clamant à qui voulait l'entendre qu'il était enfin devenu « intime » de Sa Majesté.

La reine, bien qu’innocente, sort de l’affaire du collier déconsidérée auprès du peuple. Non seulement l'affront ne fut pas lavé, mais il généra une réelle campagne de désinformation étendue à tout le royaume. C'est à la même époque qu'est diffusée une littérature diffamante à propos des amours de la reine et du roi. Parmi ces représentations, l'une fut très populaire : Les Amours de Charlot et Toinette, caricatures du couple royal (1789), un succès de librairie.

Marie-Antoinette se rend enfin compte de son impopularité et tente de réduire ses dépenses, notamment en réformant sa maison, ce qui déclenche plutôt de nouveaux éclats quand ses favoris se voient privés de leurs charges. Rien n’y fait, les critiques continuent, la reine gagne le surnom de « Madame Déficit » et on l’accuse de tous les maux, notamment d’être à l’origine de la politique anti-parlementaire de Louis XVI.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

1789[modifier | modifier le code]

Portrait de Marie-Antoinette par Élisabeth Vigée Le Brun (1788).

Le 5 mai 1789 s’ouvrent les États généraux. Lors de la messe d’ouverture, Mgr de La Fare, qui est à la chaire, attaque Marie-Antoinette à mots à peine couverts, dénonçant le luxe effréné de la cour et ceux qui, blasés par ce luxe, cherchent le plaisir dans « une imitation puérile de la nature » (rapporté par Adrien Duquesnoy, Journal sur l’Assemblée constituante), allusion évidente au Petit Trianon.

Le dauphin qui mourut à 7 ans pendant les États Généraux

Le 4 juin, le petit dauphin meurt. Pour éviter la dépense, on sacrifie le cérémonial de Saint-Denis. L’actualité politique ne permet pas à la famille royale de faire son deuil convenablement. Bouleversée par cet événement et désorientée par le tour que prennent les États généraux, Marie-Antoinette se laisse convaincre par l’idée d’une contre-révolution. En juillet, Necker démissionne. Le peuple interprète cette démission comme un renvoi de la part du roi. La reine brûle ses papiers et rassemble ses diamants, elle veut convaincre le roi de quitter Versailles pour une place-forte sûre, loin de Paris. Il faut dire que, depuis le 14 juillet, un livre de proscription circule dans Paris. Les favoris de la reine y sont en bonne place et la tête de la reine elle-même est mise à prix. On l’accuse de vouloir faire sauter l’Assemblée avec une mine et de vouloir faire donner la troupe sur Paris, ce qui est faux. Il est néanmoins vrai que la reine prônera l’autorité et restera toujours ancrée dans la conviction de la légitimité du pouvoir royal.

Le 1er octobre, un nouveau scandale éclate : lors d’un banquet donné par les gardes du corps de la Maison militaire, au régiment de Flandre qui vient d’arriver à Paris, la reine est acclamée, des cocardes blanches sont arborées, et selon la presse révolutionnaire des cocardes tricolores auraient été foulées. Paris est outré par ces manifestations contre-révolutionnaires, et par la tenue d’un banquet alors que le pain manque à Paris. Il en résulte les journées révolutionnaires d'octobre, dont l'historiographie (tel le récit romancé de Jules Michelet)[21] a retenu « la marche des femmes sur Versailles, disant aller chercher « le boulanger » (le roi), « la boulangère » (la reine) et le « petit mitron » (le dauphin) ».

Article détaillé : Journées des 5 et 6 octobre 1789.

Bien des gens attribuent faussement à Marie-Antoinette une boutade cynique : « S’ils n’ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche ! ». On lui a attribué cette phrase en 1789 alors qu’elle figure dans le Livre VI des Confessions de Jean-Jacques Rousseau publiées en 1782[22]. Aucune personne n'attribua la boutade à Marie-Antoinette à l'époque, les partisans de la Révolution compris[23].

La monarchie constitutionnelle[modifier | modifier le code]

Marie-Antoinette vers 1792 ; pastel de Kucharski.

Louis XVI et Marie-Antoinette auraient pu se résoudre à demander de l’aide aux souverains étrangers, le roi d’Espagne Charles IV et Joseph II, frère de la reine. Mais le roi d’Espagne répond évasivement et, le 20 février 1790, Joseph II meurt. Des doutes et des controverses entre historiens subsistent sur ce possible appel à l’étranger. La Fayette suggère froidement à la reine le divorce. D’autres parlent à mots à peine couverts d’un procès en adultère, et de prendre la reine en flagrant délit avec le comte de Fersen.

Breteuil propose alors, fin 1790, un plan d’évasion. L’idée est de quitter les Tuileries et de gagner la place-forte de Montmédy, proche de la frontière. La reine est de plus en plus seule, surtout depuis qu’en octobre 1790 Mercy-Argenteau a quitté la France pour sa nouvelle ambassade aux Pays-Bas et que Léopold II, le nouvel empereur, un autre de ses frères, élude ses demandes d’aide, car, monarque philosophe, il pousse au contraire sa sœur à jouer le jeu de la nouvelle Constitution. Le 7 mars, une lettre de Mercy-Argenteau à la reine est interceptée et portée devant la Commune. C’est le scandale, une preuve, pense-t-on, du « comité autrichien », des tractations de la reine pour vendre la patrie à l’Autriche.

Le 20 juin 1791 débute la tentative d’évasion, stoppée le lendemain par l’arrestation à Varennes-en-Argonne.

Après Varennes[modifier | modifier le code]

Marie-Antoinette en 1793 ; huile sur toile de Kucharski.
Assiette avec le texte du début de la chanson La Carmagnole : Madame Veto...

Interrogé à Paris par une délégation de l’Assemblée constituante, Louis XVI répond évasivement. Ces réponses, rendues publiques, suscitent le scandale, et certains révolutionnaires réclament la déchéance du roi. Marie-Antoinette, elle, correspond secrètement avec Barnave, Duport et Lameth qui veulent convaincre le roi d’accepter son rôle de monarque constitutionnel. Mais elle joue là un double jeu car elle espère seulement « les endormir et [...] leur donner confiance [...] pour les mieux déjouer après » (lettre de la Reine à Mercy). Elle écrit même à Fersen ces mots : « Quel bonheur si je puis un jour redevenir assez puissante pour prouver à tous ces gueux que je n’étais pas leur dupe ». Le 13 septembre, Louis XVI accepte la Constitution. Le 30, l’Assemblée constituante se dissout et est remplacée par l’Assemblée législative, cependant que des bruits de guerre avec les monarchies alentour, au premier rang desquelles l’Autriche, se font plus pressants. Le peuple est alors monté contre Marie-Antoinette, toujours appelée « l’Autrichienne ». Les pamphlets et journaux révolutionnaires la traitent de « monstre femelle » ou encore de « Madame Veto », et on l’accuse de vouloir faire baigner la capitale dans le sang. Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche et elle subit dans un premier temps de sérieux revers. Le 3 août 1792, le manifeste de Brunswick, largement inspiré par Fersen, achève d’enflammer une partie de la population.

Le 10 août, c’est l’insurrection. Les Tuileries sont prises d’assaut, les gardes massacrés, le roi et sa famille doivent se réfugier à l’Assemblée, qui vote sa suspension provisoire et leur internement au couvent des Feuillants. Le lendemain, la famille royale est finalement transférée à la prison du Temple. Pendant les massacres de septembre, la princesse de Lamballe, proche amie de la reine et victime symbolique, est sauvagement assassinée, démembrée, mutilée, déchiquetée et sa tête est brandie au bout d’une pique devant les fenêtres de Marie-Antoinette pendant que divers morceaux de son corps sont brandis en trophée dans Paris. Les auteurs du meurtre veulent "monter dans la tour et obliger la reine à embrasser la tête de sa grue". Ils veulent lui montrer la tête et le corps nu et profané de la princesse sur lequel, ils en sont convaincus, la reine se serait si longtemps livrée à ses penchants saphiques. Peu après, la Convention déclare la famille royale otage. Début décembre, a lieu la découverte officielle de l’« armoire de fer » dans laquelle Louis XVI cachait ses papiers secrets et dont l’existence est aujourd’hui sujette à débats. Le procès est désormais inévitable. Le 11 décembre, Louis XVI est séparé de sa famille pour être emmené dans un autre logement de la prison du Temple.

Le 26 décembre, la Convention vote la mort avec une majorité étroite. Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793. Le 27 mars, Robespierre évoque le sort de la reine pour la première fois devant la Convention. Le 13 juillet, le dauphin est enlevé à sa mère et confié au savetier Simon. Le 2 août, c’est Marie-Antoinette qui est séparée des princesses (sa fille Madame Royale et sa belle-sœur madame Élisabeth) et est conduite à la Conciergerie. Durant son séjour dans sa prison, Marie-Antoinette aurait développé un cancer de l'utérus, un cancer cervical, un fibrome ou aurait été affectée d'une ménopause précoce[24] : Robespierre inquiet la fait suivre par son propre médecin Joseph Souberbielle qui rapporte à « L'Incorruptible » des métrorragies récurrentes, aussi Robespierre fait accélérer la procédure judiciaire[25]. Lors du transfert, alors qu’elle s’est violemment cogné la tête, elle répond à ses geôliers qui s’en inquiètent son fameux « Rien à présent ne peut plus me faire de mal ». Son interrogatoire commence le lendemain.

Le procès[modifier | modifier le code]

Marie-Antoinette au Tribunal révolutionnaire Gravure d’Alphonse François d’après Paul Delaroche.

Le 3 octobre 1793, Marie-Antoinette comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, mené par l’accusateur public Fouquier-Tinville. Si le procès de Louis XVI avait conservé quelques formes de procès équitable, ce n’est pas le cas de celui de la reine. Le dossier est monté très rapidement, il est incomplet, Fouquier-Tinville n’ayant pas réussi à retrouver toutes les pièces de celui de Louis XVI. Pour charger l’accusation, il parle de faire témoigner le dauphin contre sa mère qui est alors accusée d’inceste par Jacques-René Hébert. Il déclare que la reine et Mme Élisabeth ont eu des attouchements sur le jeune Louis XVII. Marie-Antoinette ne répond rien et un juré en fait la remarque. Marie-Antoinette se lève et répond « Si je n’ai pas répondu c’est que la nature elle-même refuse de répondre à une telle accusation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ! ». Pour la dernière fois, la foule (et surtout les femmes) applaudit la reine. Une fois la séance terminée, celle-ci demande à son avocat « N’ai je pas mis trop de dignité dans ma réponse ? ». Selon Gaspard Louis Lafont d'Aussonne dans ses mémoires publiées en 1824, des personnes dans la foule dirent le matin du jugement « Marie-Antoinette s'en retirera : elle a répondu comme un ange, on ne fera que la déporter »[26].

On l’accuse également d’entente avec les puissances étrangères. Comme la reine nie, Herman, président du Tribunal, l’accuse d’être « l’instigatrice principale de la trahison de Louis Capet » : c’est donc bien un procès pour haute trahison. Le préambule de l’acte d’accusation déclare également : « Examen fait de toutes les pièces transmises par l’accusateur public, il en résulte qu’à l’instar des Messaline, Frédégonde et Médicis, que l’on qualifiait autrefois de reines de France et dont les noms à jamais odieux ne s’effaceront pas des fastes de l’histoire, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été, depuis son séjour en France, le fléau et la sangsue des Français. » Il ajoute « la cause des troubles qui agitent depuis quatre ans la nation et ont fait tant de malheureuses victimes. »

Les dépositions des témoins à charge s’avèrent bien peu convaincantes. Marie-Antoinette répond qu’elle n’était « que la femme de Louis XVI, et qu’il fallait bien qu’elle se conform[ât] à ses volontés ». Fouquier-Tinville réclame la mort et fait de l’accusée « l’ennemie déclarée de la nation française ». Les deux avocats de Marie-Antoinette, Tronçon-Ducoudray et Chauveau-Lagarde, jeunes, inexpérimentés et n’ayant pas eu connaissance du dossier, ne peuvent que lire à haute voix les quelques notes qu’ils ont eu le temps de prendre.

Quatre questions sont posées au jury :

Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire.

« 1. Est-il constant qu’il ait existé des manœuvres et des intelligences avec les puissances étrangères et autres ennemis extérieurs de la République, lesdites manœuvres et des intelligences tendant à leur fournir des secours en argent, à leur donner l’entrée du territoire français et à leur faciliter le progrès de leurs armes ?

2. Marie-Antoinette d’Autriche (…) est-elle convaincue d’avoir coopéré à ces manœuvres et d’avoir entretenu ces intelligences ?

3. Est-il constant qu’il ait existé un complot et une conspiration tendant à allumer la guerre civile à l’intérieur de la République ?

4. Marie-Antoinette est-elle convaincue d’avoir participé à ce complot et à cette conspiration ? »

Aux quatre questions, le jury répond « oui ». Lorsque le jury rend son verdict, il n’existe aucune preuve de l’accusation de haute trahison que l’on impute à la reine. Le dossier est vide de toute pièce.

Techniquement, au vu des pièces du procès, la condamnation n’est pas basée sur des faits avérés. On apprit plus tard que la reine entretenait une correspondance avec le comte Hans Axel de Fersen où il apparaît que l'Autriche et les monarchies d'Europe se préparait à la guerre contre la France, ainsi lit-on dans une lettre du 19 avril 1792 adressée au comte que la reine écrivait : (...) "Les ministres et les jacobins font déclarer demain au roi la guerre à la maison d'Autriche, sous prétexte que par ses traités de l'année dernière elle a manqué à celui d'alliance de cinquante-six, et qu'elle n'a pas répondu catégoriquement à la dernière dépêche. Les ministres espèrent que cette démarche fera peur et qu'on négociera dans trois semaines. Dieu veuille que cela ne soit point et qu'enfin on se venge de tous les outrages qu'on reçoit dans ce pays-ci[27]! (...)". La reine, captive, n'était pour autant personnellement pas en mesure d'organiser ou d'ordonner directement quelque directive militaire que ce soit. Sa correspondance avec le comte de Fersen indique néanmoins qu'elle y incite par divers courriers.

En réalité, il fallait condamner la « veuve Capet ». Robespierre a donc intégré au jury le médecin qui soignait la reine à la Conciergerie, lequel a indiqué aux autres jurés que de toute façon Marie-Antoinette était médicalement condamnée à brève échéance car elle avait de forts épanchements sanguins.

La condamnation à mort, pour haute trahison, est prononcée le 16 octobre 1793 vers 4 heures du matin.

La dernière lettre de Marie-Antoinette[modifier | modifier le code]

Lettre de Marie-Antoinette à Madame Élisabeth, p. 1 (conservée aux Archives nationales, Paris).

À l'annonce de la sentence, Marie-Antoinette rédige une dernière lettre à l'attention de Madame Élisabeth, sœur de feu le roi Louis XVI[28].

Cette lettre, qui n'est jamais parvenue à sa destinataire, a été conservée par Robespierre, puis récupérée par le conventionnel Courtois, avant d'être saisie par Louis XVIII. Elle est aujourd'hui conservée dans "l'armoire de fer" des Archives nationales (cote AE/II/1384) et un fac-similé est exposé au Musée des Archives nationales.

Cette lettre, à usage privé, ne contient aucun message d'ordre politique. Marie-Antoinette l'a rédigée dans son cachot de la Conciergerie juste après l'annonce de sa condamnation. L'en-tête porte la mention :

« Ce 16 octobre, 4 heures 1/2 du matin[29]. »

Elle n'est pas signée et ne mentionne aucun nom propre même pas celui de sa destinataire la sœur de Louis XVI, qui partage la captivité des enfants royaux au Temple :

« C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra[30], recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous, et jouir en entier de vos tendres soins. »

Malgré son exécution très proche et son isolement, Marie-Antoinette récuse d'avance toute assistance d'un prêtre assermenté qui aurait prêté le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé condamnée par Rome :

« Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois. Adieu, adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot,et que je le traiterai comme un être absolument étranger. »

Celle qui vient de vivre seule une captivité de deux mois et demi, sans pouvoir communiquer avec ses enfants, tente de leur faire passer ses dernières recommandations. La femme autrefois décrite comme autoritaire et superficielle s'exprime à ce dernier instant en toute humilité. Sa préoccupation essentielle concerne l'état d'esprit dans lequel ses enfants assumeront la mort de leurs parents, dans leur vie à venir dont elle ne veut pas douter, alors que le dauphin mourra en captivité. Sans un mot de plainte ni de regret, Marie-Antoinette ne songe plus qu'à laisser un héritage spirituel à ses enfants :

« Qu'ils pensent tout deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution de leurs devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur ; qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union, qu'ils prennent exemple de nous : combien dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations, et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille. »

Le dernier conseil n'est pas celui de l'« Autrichienne » perverse que le Tribunal s'efforcera de montrer pour justifier la condamnation à mort :

« Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expressément : qu'il ne cherche jamais à venger notre nom. »

et plus loin

« Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et (mots rayés) et à tous mes frères et sœurs. »

Resteront sans doute de cette lettre retrouvée en 1816 ces mots touchants[31] :

« Mon Dieu ayez pitié de moi ! Mes yeux n'ont plus de larmes pour pleurer pour vous mes pauvres enfants. Adieu, Adieu ! »

L'exécution[modifier | modifier le code]

Exécution de Marie-Antoinette à la Place de la Révolution, le 16 octobre 1793. (Anonyme. Musée Carnavalet).

Marie-Antoinette est exécutée le même jour à midi et quart. Le matin du 16 octobre, Marie-Antoinette est menée, mains entravées et sur une charrette – alors que Louis XVI avait eu droit à un carrosse –, de la Conciergerie, jusqu'à la place de la Révolution (ancienne place Louis-XV, actuelle place de la Concorde). D'après certains historiens, elle subit avec dignité les sarcasmes et les insultes lancés par la foule massée sur son passage (elle mettra une heure pour traverser la place et monter à l'échafaud)[32]. Le peintre et révolutionnaire Jacques-Louis David, observant le cortège depuis la rue Saint-Honoré, en dessine un croquis resté légendaire. Selon ces mêmes historiens, c'est avec courage qu'elle monte à l'échafaud. En marchant sur le pied du bourreau Sanson, elle lui aurait demandé pardon. Ce seront ses dernières paroles.

Jeton dénonçant la mort de la reine le 16 octobre 1793

Selon une légende[33], ses cheveux auraient entièrement blanchi (phénomène connu sous le nom de « syndrome de Marie-Antoinette ») la nuit précédant sa montée sur l'échafaud[34].

Le jour de son exécution, la reine aurait trébuché et perdu un escarpin, récupéré par un fidèle et conservé actuellement au musée des Beaux-Arts de Caen. Cette chaussure a fait l'objet d'une exposition[35] en 1989[36].

L'inhumation[modifier | modifier le code]

Monument de Louis XVI et de Marie-Antoinette d’Autriche à la basilique de Saint-Denis, France.

Tout comme pour Louis XVI, il a été ordonné que les bières des membres de la monarchie soient recouvertes de chaux. Marie-Antoinette est inhumée avec la tête entre les jambes dans la fosse commune de la Madeleine, rue d’Anjou-Saint-Honoré (Louis XVIII fera élever à cet endroit la chapelle expiatoire située de nos jours sur le square Louis-XVI, seul endroit de Paris portant le nom du roi). Ses restes et ceux de Louis XVI furent exhumés le 18 janvier 1815 et transportés le 21 en la basilique de Saint-Denis.

« Le premier crime de la Révolution fut la mort du Roi, mais le plus affreux fut la mort de la Reine » dit Chateaubriand.

Napoléon prononça ces mots : « La mort de la reine fut un crime pire que le régicide ».

Acte de décès de Marie Antoinette dans l'état-civil de Paris[modifier | modifier le code]

L'acte de décès de Marie Antoinette est rédigé le 24 octobre 1793. L'original de l'acte a disparu lors de la destruction des archives de Paris en 1871 mais il avait été recopié par des archivistes et des historiens. Voici ce que dit le texte, on remarquera que de nombreuses informations n'avaient alors pas été indiquées par les officiers publics de l'état civil :

« Du trois du second mois de l'an Second de la République française (24 octobre 1793).
Acte de décès de Marie Antoinette Lorraine d'Autriche du vingt-cinq du mois dernier (16 octobre 1793), âgée de trente-huit ans, native de..., domiciliée à..., veuve de Louis Capet.
Sur la déclaration faite à la commune par..., âgé de... ans, profession..., domicilié à..., ledit déclarant a dit être..., et par..., âgé de..., profession..., domicilié à..., ledit déclarant a dit être...
Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution, en date du 25 du mois dernier.
Signé : Wolff, commis-greffier ;
Vu le certificat d... ;
Claude-Antoine Deltroit, officier public.
Signé : Deltroit[37] »

Le mythe[modifier | modifier le code]

Marie-Antoinette est une femme célèbre et controversée de l'histoire de France. Après sa mort sur l'échafaud, les royalistes ont composé la légende de la reine martyre. Alors que de son vivant, la reine eut à subir des paroles ou des écrits malveillants, bien des souvenirs furent oubliés plus ou moins volontairement et camouflés après sa mort. L'un des principaux doutes qui subsistèrent concerne la nature de sa liaison avec Hans Axel de Fersen. Ce roman d'amour a tourmenté plusieurs générations de fidèles inconditionnels, qui considéraient que la soupçonner de quelque faiblesse amoureuse revenait tout simplement à commettre un crime contre la monarchie même. Pour les républicains, la dernière reine de l'Ancien Régime ne figure plus parmi les grandes criminelles de l'Histoire mais apparaît plutôt comme une princesse sotte, égoïste, et inconséquente, dont on minimise le rôle politique. Cependant, Marie-Antoinette suscite généralement intérêt et compassion jusqu'à nos jours. Marie-Antoinette est la dernière souveraine à avoir porté le titre de reine de France. Marie-Amélie de Bourbon-Siciles (1782-1866), épouse de Louis-Philippe Ier, régna de 1830 à 1848 sous le titre de reine des Français.

Tous les 16 octobre, jour anniversaire de sa mort, de nombreuses personnes se rendent en pèlerinage au château de Versailles afin d'y déposer des fleurs dans ses jardins[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • (fr) Michel de Decker, Marie-Antoinette, les dangereuses liaisons de la reine, France Loisirs,‎ 2005
  • (fr) Marie Célestine Amélie de Ségur d'Armaillé, Marie-Thérèse et Marie-Antoinette, Didier,‎ 1870
  • Autres sources
  1. « Biographie de Marie-Antoinette », sur linternaute.com (consulté le 5 juin 2011)
  2. Philippe Delorme, Marie-Antoinette. Épouse de Louis XVI, mère de Louis XVII, Pygmalion Éditions,‎ 1999, p. 13
  3. Évelyne Lever, C'était Marie-Antoinette, Fayard,‎ 2006, p. 14
  4. Charles Kunstler, Fersen et Marie-Antoinette, Hachette,‎ 1961, p. 19
  5. a, b et c « Frères et sœurs de Marie-Antoinette »,‎ 22 février 2011 (consulté le 5 juin 2011)
  6. Ce rite est décrit dans une des premières scènes du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola.
  7. « Histoire de la ville de Nancy » (consulté le 5 juin 2011)
  8. Les voix du sang, Le Château de la Muette
  9. a et b Marie-Antoinette, une reine frivole et sentimentale – Débat entre historiens sur Europe 1 le 15 février 2011
  10. (en) Michel Suas, Advanced Bread and Pastry, Cengage Learning,‎ 2008, p. 13
  11. a, b et c Nora Bouazzouni, « Marie-Antoinette aimait-elle (aussi) les femmes ? », sur francetv,‎ 21 mars 2012
  12. Le diable dans un bénitier. L'art de la calomnie en France, 1650-1800, Robert Darnton, Gallimard,‎ 2010, p. 224
  13. Élisabeth de Feydeau, Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette, Perrin,‎ 2005, 230 p. (ISBN 978-2-262-01946-4)
  14. Hélène Becquet, Marie-Thérèse de France. L'orpheline du temple, Plon,‎ 2012, p. 11
  15. a, b, c, d, e et f Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, éditions du Rocher, année 2003, pages 116 à 120
  16. Jacques Levron, La cour de Versailles aux XVIIe siècle et XVIIe siècle, 2010, collection tempus Perrin, page 316
  17. Jean de Viguerie, Louis XVI, le roi bienfaisant, éditions du Rocher, année 2003, page 116
  18. Jacques Levron, La cour de Versailles aux XVIIe siècle et XVIIe siècle, 2010, collection tempus Perrin, page 318.
  19. a, b et c Jean-François Solnon, La Cour de France, année 1987, pages 440, 459 à 460, 466 à 467
  20. 440AP. Marie-Antoinette (papiers) : 1770-1804 - Archives nationales
  21. Histoire de la Révolution, tome premier, Paris, Librairie internationale, 1869, p. 300 [lire en ligne]
  22. « […] je me rappelai le pis-aller d’une grande princesse à qui l’on disait que les paysans n’avaient pas de pain, et qui répondit : Qu’ils mangent de la brioche. » Jean-Jacques Rousseau, Confessions, livre VI
  23. Véronique Campion-Vincent, Christine Shojaei Kawan, « Marie-Antoinette et son célèbre dire », dans Annales historiques de la Révolution française no 327, 2002. pp. 29-56. [lire en ligne]
  24. Cécile Berly, « Le sang malade de Marie-Antoinette dans les sources des mémorialistes : comment déconstruire une écriture de la Terreur ? », Dix-huitième siècle, vol. 40, no 1,‎ 2008, p. 469-483
  25. Imbert de Saint-Amand, La dernière année de Marie-Antoinette, E. Dentu,‎ 1885 (lire en ligne), p. 185
  26. Gaspard Louis Lafont d'Aussonne (1824) Mémoires secrets et universels des malheurs et de la mort de la reine de France p. 343. repris par Horace Viel-Castel (1859), Émile Campardon (1864), G. Lenotre (1902) et André Castelot (1957)
  27. Quelques passages de la correspondance entre la reine Marie-Antoinette et le comte de Fersen. Source : le comte de Fersen et la Cour de France. Ecrits publiés par Le baron de Klinckowström, petit-neveu du comte
  28. Conservé à la Bibliothèque municipale à vocation régionale de Châlons-en-Champagne
  29. Soit une demi-heure après l'annonce officielle de sa condamnation à mort
  30. Madame Élisabeth, guillotinée le 10 mai 1794, ne l'a jamais reçue.
  31. Extraits parus dans La Croix du lundi 11 juillet 2011, commentés par Marie-Françoise Masson
  32. Cécile Berly, Marie-Antoinette et ses biographes, p 166
  33. Sainte-Beuve assure dans ses Causeries du lundi que cette canitie subite a eu lieu deux ans plus tôt lors de l'arrestation de la famille royale à Varennes.
  34. Bruno Bernard, « Peut-on se faire des cheveux blancs en une nuit ? », Pour la Science, no 286,‎ décembre 2009 (lire en ligne)
  35. Le soulier de Marie-Antoinette, Caen, Musée des Beaux-Arts, 1989
  36. Catriona Seth, Marie- Antoinette - Anthologie et dictionaire, Paris, Robert Laffont, 2006, p.724
  37. Archives de la Ville de Paris, double registre des actes d'état civil de la municipalité de Paris, folio 95 verso (registre détruit en 1871), cité notamment par Émile Campardon dans Marie-Antoinette à la Conciergerie, Paris, Jules-Gay Éditeur, 1864, page 241, mais aussi par Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, page 836, et cité également dans L'intermédiaire des chercheurs et curieux, année 1894, volume 30, Paris, 1894, page 352.
  38. Alain Baraton, Vice et Versailles - Crimes, trahisons et autres empoisonnements au palais du Roi-Soleil, Grasset, 2011, 208 p.

Sources[modifier | modifier le code]

  • En 1874, Auguste Geffroy et Alfred von Arneth publièrent pour la première fois la correspondance secrète entre l’impératrice Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau.
  • En 1877, furent publiés pour la première fois, les papiers du comte de Fersen. Ils furent redécouverts en 1982 lorsque ses lointains héritiers les mirent en vente à Londres.
  • Correspondance de Marie-Antoinette, 1770-1793, éditée par Évelyne Lever, Tallandier, Paris, 2005 (ISBN 2-84734-197-8). L’éditrice a établi les textes à partir d’originaux conservés aux Archives d’État de Vienne ;
  • Marie-Antoinette : Correspondance. Clermont-Ferrand : Paléo, coll. « Sources de l’histoire de France : la Révolution française », 2004. [Pas d’information sur la maîtrise d’ouvrage]. 2 volumes :
  • Mémoires du baron de Besenval, édités par Ghislain de Diesbach de Belleroche, Mercure de France, coll. « Le temps retrouvé », 1987 (ISBN 2-7152-1459-6).
  • Correspondance entre Barnave et Marie-Antoinette, recueillie et présentée par Alma Soderajelm, annotée et préfacée par Georges Lefebvre, Paris, Armand Colin, 1937.
  • Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette, présentation par Jean Chalon, notes par Carlos de Angulo, éditions Ramsay, Paris, 1979. Jeanne Louise Henriette Campan, plus connue sous le nom de Madame Campan, a été la femme de chambre de Marie-Antoinette à partir de 1770. Ses Mémoires semblent avoir été rédigés au début des années 1800 et décrivent la vie de la cour de l’intérieur, défendant la probité et l’inexpérience de sa maitresse. Ils ont été publiés en 1822 et réédités en 1999 (Éditions Mercure de France).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Autié, Journal de Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette, Les éditeurs libres, Paris, 2007.
    Ce journal est apocryphe.
  • Georges Avenel, La Vraie Marie Antoinette, d'après la Correspondence Secrète, 1876.
  • René Benjamin, Marie-Antoinette, Les Éditions de France, 1940.
  • Simone Bertière, Marie-Antoinette l’insoumise, Les reines de France au temps des Bourbons, Éditions de Fallois, 2002.
  • Bernadette de Boysson et Xavier Salmon, Marie-Antoinette à Versailles : le goût d’une reine, catalogue de l’exposition au Musée des Arts décoratifs de Bordeaux,  éd. Somogy, 2005 (ISBN 2850569097).
  • Véronique Campion-Vincent, Christine Shojaei kawan, "Marie-Antoinette et son célèbre dire : deux scénographies et deux siècles de désordres, trois niveaux de communication et trois modes accusatoires", Annales Historiques de la Révolution française, no 327, janvier-mars 2002.
  • Jean Chalon, Chère Marie Antoinette, 1988.
  • Vincent Cronin, Louis and Antoinette, Collins, London, 1974 (ISBN 0809592169).
  • Michel de Decker et Michel Lafon, Marie-Antoinette : les dangereuses liaisons de la reine, Belfond, coll. « La vie amoureuse », 2005 (ISBN 2714441416).
  • Philippe Delorme, Marie-Antoinette, Pygmalion, coll. « Histoire des reines de France », 2001 (ISBN 285704609X).
  • Claude Dufresne, Marie-Antoinette, Le scandale du plaisir, Bartillat, Paris, 2006 (ISBN 2841003817).
  • Annie Duprat, Marie-Antoinette. Une reine brisée, Perrin, Paris, 2006 (ISBN 2-262-02409-X).
  • Jean-Claude Fauveau, Le Prince Louis cardinal de Rohan-Guéméné ou les diamants du roi, L'Harmattan, Paris, 2007.
  • Antonia Fraser, Marie-Antoinette, (trad. Anne-Marie Hussein), Flammarion, Paris, 2006 (ISBN 2-08-068915-0).
  • Mgr F. Genet, L’Abbé de Vermond (1735-1806), lecteur de Marie-Antoinette (1770-1789), Niort, 1940.
  • Paul et Pierrette Girault de Coursac, Marie-Antoinette et le scandale de Guines, Gallimard, 1962.
  • Paul et Pierrette Girault de Coursac, Louis XVI et Marie-Antoinette : vie conjugale - vie politique, O.E.I.L., 1990.
  • Paul et Pierrette Girault de Coursac, La Dernière Année de Marie-Antoinette, F.X. de Guibert, 1993.
  • Paul et Pierrette Girault de Coursac, Le Secret de la Reine : la politique personnelle de Marie-Antoinette pendant la Révolution, F.X. de Guibert, 1996.
  • Ryoko Ikeda, "La Rose de Versailles" 1972,2002 tome 1,2 et 3, Kana.
  • Évelyne Lever, Marie-Antoinette, Fayard, Paris, 1991 (ISBN 2213026599).
  • Évelyne Lever, Marie-Antoinette : la dernière reine, Gallimard, coll. « Découvertes », Paris, 2000 (ISBN 2070535223).
  • Marie-Antoinette - Correspondance (1770-1793), établie et présentée par Evelyne Lever, Tallandier, 2005. (ISBN 2-84734-197-8).
  • Évelyne Lever, C'était Marie-Antoinette, Fayard, 2006.
  • Évelyne Lever, Marie-Antoinette, Journal d'une reine, Tallandier, 2008
  • Jean-Clément Martin et Cécile Berly, Marie-Antoinette, Citadelles et Mazenod, 2010, 448 p.
  • Alain Sanders, La Désinformation autour de Marie-Antoinette, Atelier Fol’fer, 2006 (ISBN 2952421463).
  • Anne-Sophie Silvestre, Marie-Antoinette, Tome 1,2 et 3, Gallimard.
  • Stefan Zweig, Marie-Antoinette, Livre de Poche, 1999 (1re édition 1932)
  • « Marie-Antoinette : le remords français », dossier du Point no 1757, 18/05/06.
  • Carlo Del Teglio, Il ricamo della Regina, Cattaneo Editore, Oggiono 2012.

Iconographie[modifier | modifier le code]

De 1779 à 1800, l’artiste française Élisabeth Vigée-Le Brun a fait une trentaine de portraits de Marie-Antoinette. Elle fut la première femme nommée peintre de la Cour.

  • Olivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Didier Carpentier éditions, Paris, 2006, 356 pages in 4°, couverture cartonnée (liste de tous les portraits de Marie-Antoinette dont 70 reproduits en noir ou en couleur).

Filmographie et documentaires[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Danny Saunders, Les reines tragiques - Marie-Antoinette : la souveraine maudite, roman historique, Les éditeurs réunis, 2010 (ISBN 978-2-8958-5075-5)
  • Alexandre Dumas, Mémoires d'un médecin (1847- 1852) :
    • Joseph Balsamo,
    • Le Collier de la Reine
    • Ange Pitou
    • La Comtesse de Charny
  • Alexandre Dumas, Le Chevalier de Maison-Rouge, 1846
  • Joslan F. Keller, Opération Marie-Antoinette, premier épisode de la série jeunesse Via Temporis, Scrinéo Jeunesse, 2011 (ISBN 978-2-9534-9546-1)

Grands spectacles[modifier | modifier le code]

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Homonymies[modifier | modifier le code]

Marie-Antoinette a laissé son nom à :

  • une pièce montée de trois étages, blanche, poudrée, légère et sucrée ;
  • une confiserie « Délices de Marie-Antoinette » ;
  • une perruque synthétique de couleur blanche ;
  • une suite de l’hôtel Ritz de Londres et de Paris ;
  • une huile de massage aromatique ;
  • un caveau d’une maison de champagne ;
  • un syndrome.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Versailles

Liens externes[modifier | modifier le code]