Marie-Félicité Brosset

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Marie-Félicité Brosset

Marie-Félicité Brosset (Paris, 24 janvier 1802Châtellerault, 22 août 1880 (à 78 ans)) était un orientaliste français, spécialiste des études géorgiennes et arméniennes[1],[2]. Il a travaillé principalement en Russie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Marie-Félicité Brosset naît à Paris dans une modeste famille de commerçants. Il est le fils d'Henriette Becker et de Jean-Philippe-François Brosset, originaire de l'Orléanais, qui meurt à 24 ans, l'année même de sa naissance. Sa mère se retire à Orléans, avec peu de ressources ; elle destine son fils à l’état ecclésiastique.

Formation[modifier | modifier le code]

Brosset fait sa classe de rhétorique au séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, puis celle de philosophie au séminaire sulpicien d'Issy. Il apprend l'hébreu et un peu d'arabe. En 1818, il entre au noviciat des jésuites à Montrouge. Il en sort après deux ans, « ne se sentant pas de penchant pour la carrière ecclésiastique[3] ».

Redevenu laïc, peu fortuné, il doit donner des leçons particulières à Paris. En décembre 1821, il obtient son baccalauréat ès lettres. À ce moment, il maîtrise le grec ancien, appris presque sans maître, et a de plus abordé le chinois, le mandchou, le tibétain, et quelques langues nécessaires à leur étude. Vers la fin de 1822, sans doute sous l'influence de sa mère, il se tourne à nouveau vers les institutions catholiques et enseigne au séminaire de Saint-Acheul en 1822–23. Après, il sera définitivement convaincu qu'il n'a pas la vocation.

De retour à Paris, il suit au Collège de France les cours, pour le grec, de Charles Benoît Hase (de), pour l'arabe d'Antoine-Isaac Silvestre de Sacy et pour le chinois de Jean-Pierre Abel-Rémusat. Le 7 février 1825, il est élu membre de la Société asiatique. Finalement, racontera Laurent Brosset, pour qui les motifs de son père restaient encore obscurs, « après cinq années d'efforts soutenus, abandonnant brusquement la partie, il brûla […] ses matériaux, ses traductions, ses recueils lexicographiques[4] ».

À partir de 1826 il se consacre à l’étude de l’arménien et du géorgien et trouve finalement sa voie.

Il doit composer avec la rareté des documents et reçoit l'aide de Jean Saint-Martin[5], un des fondateurs de la Société asiatique (qui connaît l'arménien). Pour apprendre le géorgien, Brosset crée un dictionnaire à son propre usage à partir de la traduction géorgienne de la Bible (elle suit fidèlement le texte grec)[6]. En 1828 il fait paraître dans le Nouveau journal asiatique une traduction du début de L'Homme à la peau de tigre, le grand classique géorgien de Chota Roustavéli[7]. En 1829, paraît, sous le nom de « Brosset Jeune », une Chronique géorgienne. Au bout de quatre années d'étude de la langue, il est en état de converser avec deux princes géorgiens venus à Paris[8].

Lorsque la Révolution de 1830 éclate, Brosset est sur le point d'être chargé de mission en Géorgie ; le changement de régime brise ce projet. Suivent plusieurs années décourageantes de précarité ; il a déjà trois enfants et doit un moment travailler comme typographe.

En Russie[modifier | modifier le code]

Le comte Sergueï Ouvarov l'ayant invité en Russie, il sollicite une chaire d’adjoint pour les littératures arménienne et géorgienne à l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg, et quitte la France. À ce moment, il a déjà abordé l'étude du russe et est déjà en rapport avec le prince Théimouraz (en), fils du dernier roi de Géorgie.

Quatre décennies de travail fructueux s'étendent devant lui. Le 14 décembre 1836, il est élu membre de l'Académie impériale et, en juin 1837, il arrive à Saint-Pétersbourg avec sa famille.

En 1837–38, il intervient dans l'ordre de mission du baron de Hahn, qui partait pour le Caucase, ce qui a pour effet à son retour une belle moisson de documents[9]. Il fait connaître les derniers travaux qu'il a faits en France et donne un avis favorable sur le Dictionnaire géorgien-russe-français de David Tchoubinachvili[10]. Il traduit le catalogue de la bibliothèque du tsarévitch Théimouraz, devient inspecteur des écoles primaires de Saint-Pétersbourg (1841), puis bibliothécaire à la Grande Bibliothèque impériale (1842) et conseiller d’État (1846).

L'imprimerie de l'Académie ayant désormais la possibilité, grâce à ses efforts[11], de faire paraître des ouvrages en géorgien, il peut mener à bien un projet qui lui tenait à cœur, une édition du poème de Chota Roustavéli, L'homme à la peau de tigre, « œuvre à l'étude de laquelle il avait consacré en France un labeur incalculable[12] ». Il obtient de l'Académie la permission de la publier, « pour son compte[13] », avec le concours de Tchoubinachvili et du prince Z. Palavandachvili. Son édition[14], qui comporte davantage de quatrains que celle de 1712 à Tiflis, paraît à Saint-Pétersbourg en 1841.

Il est secrétaire, puis vice-président de l'Académie des sciences ; il devient conservateur des monnaies orientales du palais de l’Ermitage (1851). Après avoir effectué des voyages d'études dans les archives de Moscou en 1838 et 1844, en 1847–48, il fait un voyage dans le Caucase au cours duquel il recueille de nombreux documents relatifs à la Géorgie, notamment les Chroniques géorgiennes. En 1867 il est à Venise pour consulter les manuscrits arméniens de la riche bibliothèque des pères mékhitaristes.

Il s’emploie ensuite à traduire et à commenter les matériaux rassemblés et publie, principalement en français, à Saint-Pétersbourg, ses ouvrages les plus importants, dont sa monumentale Histoire de la Géorgie[15]. N'oubliant pas qu'il est en Russie il fait paraître la correspondance entre les tsars et les rois de Géorgie[16].

Les années 1861–1868 sont principalement occupées par ses séries sur les historiens arméniens, mais il y consacrera des efforts jusqu'en 1876.

Comme membre associé de la Société asiatique de Paris, il publie plus de 200 articles.

Il livre ses dernières publications en 1876-1879, époque où sa santé chancelle. Il décide de rentrer en France[17], quitte la Russie en mai 1880 et se retire chez sa fille aînée Henriette Boutin à Châtellerault ; il y meurt quelques mois plus tard.

La Bibliographie analytique de son fils Laurent a contribué à la connaissance de sa vie et de ses œuvres.

Publications[modifier | modifier le code]

Publications choisies[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Du géorgien[modifier | modifier le code]

De l'arménien[modifier | modifier le code]

Listes de publications[modifier | modifier le code]

Liste de publications en ligne[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il s'agissait bien, à l'époque comme maintenant, de deux prénoms féminins. Il utilisera les noms de « Marie Brosset » et de « Brosset Jeune ». En Russie, on l'appellera souvent Марий Иванович Броссе, Marius Ivanovitch (fils de Jean) Brosset.
  2. L. Brosset, p. VII
  3. L. Brosset, p. VIII
  4. L. Brosset, p. IX
  5. « J'aimai, je chéris, je vénérai, je regrette amèrement chaque jour l'homme célèbre dont je veux écrire la vie » — « Brosset jeune », Notice historique sur M. A.-J. Saint-Martin disponible sur Gallica, Paris, F. Didot frères, 1833, XXII p. Quand Saint-Martin mourra, en 1832, emporté par la deuxième pandémie de choléra, Brosset acceptera de devenir le troisième continuateur de l'Histoire du Bas-Empire de Charles Le Beau.
  6. Voir entre autres : Article sur Google Livres du Journal des savans, 1831, p. 86
  7. Brosset donne une idée des difficultés qu'il éprouvait alors. On voit non seulement l'imperfection des deux manuscrits de la bibliothèque royale sur lesquels il se fonde mais également ceux des dictionnaires auxquels il a recours et auxquels il consacre une notice de huit pages. La traduction de Brosset est reproduite dans : Claude Pichois, Patrimoine littéraire européen : anthologie en langue française. Le Moyen Âge, de l'Oural à l'Atlantique sur Google Livres, vol. 4, partie 1, p. 178 et suivantes. Voir la note 2 de la page 535 : « Les points indiquent les endroits où le traducteur aurait eu besoin d'un meilleur dictionnaire ou de manuscrits plus corrects. (N.d.t.) »
  8. Il traduit pour eux, en échange, la petite grammaire française de Lhomond. L. Brosset, p. X
  9. L. Brosset, p. XVII
  10. David Tchoubinof (Tchoubinachvili), Dictionnaire géorgien-russe-français sur Google Livres, 1840. Brosset a collaboré à l'ouvrage et signé la préface. On compte 19 862 articles, ce qui donne environ 35 000 mots. Il y a un abrégé de grammaire. On peut comparer avec travail de Julius von Klaproth Vocabulaire et grammaire de la langue géorgienne sur Google Livres, à peine plus ancien (1827), que Brosset avait complété (1837), mais dont il ne cachait pas les défauts.
  11. Il fallait avoir des fontes pouvant imprimer la langue.
  12. L. Brosset, p. XXII
  13. Bulletin scientifique de l'Académie impériale des sciences sur Google Livres
  14. М. Броссе, З. Палавандашвили et Д. Чубинов, Барсова кожа, Saint-Pétersbourg, 1841
  15. « [U]ne percée sensationnelle. […] Nous savons aujourd'hui que son édition n'est basée que sur quelques manuscrits de la recension Vaxtangiseuli. Nous ne pouvons guère lui en tenir rigueur, car, dans son temps, on n'avait pas encore découvert de rédactions plus anciennes. » Stephen H. Rapp, Studies in medieval Georgian historiography : Early texts and Eurasian contexts sur Google Livres, Peeters Publishers, 2003, p. 31 (ISBN 9789042913189) On peut dire aussi que les travaux de Cyrille Toumanoff ont apporté un éclairage nouveau sur l’origine de la dynastie des Bagratides.
  16. La plupart des lettres sont en géorgien, mais 11 sont en grec (elles auront deux traductions), 2 en latin, 7 en tatar (trois ne seront pas traduites), une en persan et une en turc. (L. Brosset, p. 370)
  17. Où il n'était revenu que deux fois pendant deux mois en 1863 et 1869.
  18. a, b, c, d, e, f et g Google livres