Mariage marocain

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Mariage marocain en 2013

Le mariage marocain est une cérémonie nuptiale qui a gardé une importance capitale dans la vie sociale du Maroc. S'il reste très lié aux traditions ancestrales, il a su évoluer et les cérémonies qui s'étalaient sur sept jours ont été réduites à trois, le plus souvent, elles se concentrent en un jour surtout dans les grandes villes marocaines et en Europe. Ce qui n'a pas changé c'est le rituel qui fait de la mariée le centre des festivités et la convivialité de la cérémonie.

Importance[modifier | modifier le code]

Le mariage au Maroc est toujours considéré comme étant la décision la plus importante prise par un homme et une femme dans leur vie sociale[1]. Ses rituels mêlent traditions et modernité lors de la berza qui se déroule au cours d'une grande cérémonie dont le but est de présenter officiellement la mariée aux convives. Ayant revêtu une tenue d'apparat, elle est installée de façon à être vue et admirée par toute l'assistance. Cette présentation qui marque le summum des cérémonies du mariage se déroule dans une ambiance festive riche en sons et en couleurs[2].

Tradition vivace[modifier | modifier le code]

Le mariage marocain est l’événement traditionnel le plus riche du Maroc. Il reste étroitement lié aux traditions et coutumes ancestrales. Toutes ses pratiques ont pour but de mettre en valeur « la beauté de la mariée, l'unité des familles des deux conjoints et la vie au sein de la communauté[1]. »

Le professeur Abdelhadi Tazi, de l’Académie du Royaume du Maroc, fait remarquer : « Malgré le style de vie occidental qui gagne du terrain dans notre société, les jeunes Marocains ont une nostalgie forte et haute estime pour les traditions et coutumes ancestrales qui ont profondément marqué la vie de notre pays. Les jeunes générations aiment et s’accrochent à de véritables traditions marocaines. Nous nous sentons un désir de faire revivre les traditions ancestrales du Maroc, ce qui reflète notre histoire à multiples facettes et le patrimoine culturel[1]. »

Alors qu'il se déroulait jusqu'alors sur trois ou sept jours, depuis une décennie, le mariage marocain s'est modernisé tant pour des raisons d’économies que de temps. Le nouveau mariage est organisé en un jour dans une salle des fêtes où se déroule tous ses rituels[3].

Différences régionales[modifier | modifier le code]

Femmes revêtues du costume de Fez
Amies de la mariée dont l'une a revêtu une takchita de Taza

Si la cérémonie du mariage est pratiquement identique dans tout le Maroc, les rites varient d'une région à l'autre. Selon les traditions locales, l'usage veut que l'on conforte ou confère plus d'éclat à tel ou tel aspect de la fête. Les étapes des cérémonies restent les mêmes mais cest « au niveau de leur organisation et de leur déroulement qu'apparaissent des approches et des conceptions différentes selon les régions ». Mais c'est la broderie qui diffère surtout dans chaque région qui « s'ingénie à faire briller de mille feux, ses signaux distinctifs mais très indicatifs de la diversité de la culture marocaine dans la cohésion, des contrastes dans l'harmonie, de la pluralité dans l'unicité, et des particularismes dans la globalité[2]. »

La perception du mariage diffère selon qu'il est célébré en milieu urbain ou rural. En ville, il est perçu « comme un acte d'une grande importance, préparé minutieusement comme un évènement familial d'envergure, célébré joyeusement comme une grande fête, à laquelle s'associent outre les familles des deux époux ainsi unis, au destin scellé, leurs proches, leurs amis et leurs voisins ». Dans les campagnes, « cette fête prend une toute autre allure, puisqu'elle mobilise de manière spontanée, un douar tout entier, plusieurs jours durant, dans un élan de solidarité qui donne toute la mesure de l'esprit communautaire toujours plus vivace en zone rurale qu'en milieu urbain, en raison de la nature même de la vie dans la campagne[2]. »

Historique[modifier | modifier le code]

Mariage à l'ancienne[modifier | modifier le code]

Mariage traditionnel au Maroc au début des années 1940
Costume de mariage à l'ancienne
Museo de Etnografía de Tetuán

Auparavant les prémices du mariage commençaient par la remise d'une dot pour la future épouse et la famille du marié devait reverser une somme équivalente. Cet acte marquait la fin des fiançailles et le début des fêtes du mariage. Après la rédaction du contrat chez le père du futur époux, celui-ci et quelques amis allaient chez le père de la jeune fille porter la somme qui lui était dévolue pour son trousseau et le mobilier nécessaire pour leur futur logement. C'est ce jour-là que la date du mariage était fixée[3].

Une quinzaine avant cette date, la future était tenue de se rendre toutes les deux nuits au bain pour les sept ablutions rituelles. La dernière séance était marquée par la cérémonie du lavage. La fiancée arrivait avec des parentes et amies qui la conduisait dans la dernière salle en poussant des youyous. Tout le passé est brisé. La soirée suivante était dite toualeb sghar. En fin d'après midi, les femmes se réunissaient autour du thé, tandis que la fiancée placée derrière un rideau avec ses amies recevait les barzat, deux invitées, proches parentes du marié, dont le rôle serait de se tenir de chaque coté de la porte de la chambre nuptiale[3].

Celle-ci était préparée cinq jours avant le mariage. C'était le jour du déménagement (Nahar). Le lendemain, jour de l’embellissement (Nahar ez zina) ou jour des matelas (Nahar el farch), était aménagée la chambre nuptiale avec des sofas, coussins et rideaux, ainsi que l'alcôve (Dakhchoucha) qui était décorée d’étoffes brodées et de tentures. Pendant ce temps, le fiancé s'était installé dans une maison voisine de celle de sa future. C'était la dar islan qui précédait son installation dans la maison nuptiale, la dar el orss où il ne se rendait que l'après midi précédant la nuit de noce. C'est là que le coiffeur avait apporté une grande chaise où s'installait le futur marié. Le coiffeur lui rasait la tête et lui faisait la barbe. Cette cérémonie, à la quelle assistait tous ses amis, était appelée el ghrama e’ala el’aris fi ch-chliya[3].

Danse de mariage dans l'Atlas

Tous ces préparatifs permettaient d'arriver enfin au mariage, la nuit de l'arrivée (lilet e-dkhou) où trois fêtes étaient organisées dans les trois maisons (les deux maisons familiales et la dar el orss). Le cortège nuptial se formait avec « les hommes de la famille du marié, les marieuses, la mariée avec cinq ou six parentes habillées pareilles, les parents de la mariée, hommes et jeunes garçons formaient le cortège. Ce cortège conduisait la jeune fille au seuil de la chambre nuptiale et lui présentait deux pains khobza et un trousseau de clés, un bol de lait et un plateau de dattes. La belle mère de la jeune fille soulevait le voile, l’embrassait sur la joue et remettait le voile sur son visage, puis buvait une gorgée de lait et prenait une datte puis retournait à sa place[3]. »

Le futur époux n'arrivait à la dar islan que vers cinq heures du matin. Là, il revêtait une djellaba et un burnous avant de se diriger vers la maison nuptiale où pour la première fois allait lui être dévoilée le visage de sa fiancée. Puis il quittait la chambre pour aller déjeuner avec ses amis. Ce n'est qu'après s'être restauré qu'il revenait dans la chambre nuptiale pour consommer son union. Très tôt le lendemain (Sbohi), toutes les femmes mariées se réunissaient pour vérifier et montrer que le caleçon de la jeune mariée était taché de sang[3].

Ce rite essentiel accompli, les deux jours suivants, la mariée recevait son mari en fin d’après midi. Le cinquième jour, la jeune femme était habillée plus simplement, et pouvait troquer sa coiffure du mariage contre de deux tresses. « Les marieuses faisaient asseoir la mariée, et le marié dénouait les tresses, collait une pièce d’or sur son front et les marieuses après la recoiffait, après quoi elle était présentée aux invités sans maquillage et les yeux ouverts ». Le septième jours les marieuses, aidées d'autres femmes, venaient remettre en ordre la chambre nuptiale et quittaient la maison. À partir de ce jour les époux pouvaient prétendre à une vie normale[3].

Mariage moderne[modifier | modifier le code]

Mains de la mariée décorées lors de la soirée du henné
Mariée sur une amariya, portée par les dkaykiya, en jabador et en selham

Dans le dernier quart du XXe siècle, le mariage a été raccourci sur 3 jours. La veille de la cérémonie officielle, les deux familles se réunissent à la maison où vivait la future épouse. C'est là que le promis donnait la dot au père de sa fiancée. Puis les hommes se regroupaient au rez de chaussée tandis que les femmes occupaient le premier étage. Au cours de la journée, l'acte de mariage était rédigé par un adoul, personnalité religieuse assermenté de l’État. Plus tard dans la soirée la future épousée rejoignait les femmes pour la cérémonie du henné, tandis que le fiancé quittait la maison[3].

Le lendemain, le grand jour du mariage, les deux époux réunissaient leur famille, amis, connaissances, etc. Les invités arrivaient en soirée, tandis que l'épouse se fait aider pour s’habiller, se coiffer et se maquiller. Elle est ensuite rejoint par son futur et tous deux entrent en scène hissés sur des plateaux en bois décorés et portés par des dkaykiya qui chantent et qui dansent. Les époux sont dirigés vers leur canapé, un véritable trône, pour être vus de tous les invités. Au cours de la soirée la mariée devra se changer de tenues sept fois. Entre temps, les convives boivent du thé, mangent des gâteaux, salés, sucrés pour patienter jusqu'au repas. La fête se termine tard puisqu'elle peut durer jusqu'à l'aube[3].

Le troisième jour, les proches des deux familles se réunissent chez les parents du marié où un repas copieux leur est servi[3].

Les traditions[modifier | modifier le code]

Autrefois, tous les mariages étaient arrangés, actuellement seules quelques familles respectent cette tradition. Les fiançailles (Khetbat) sont le point de départ du mariage marocain. La famille du marié demande la main de la mariée. Cet accord obtenu, les deux familles entament les discussions préparant la cérémonie. Il y est question de la dot de la mariée, de la date et du coût de la cérémonie. Pendant cette période, le futur offre des bijoux et des vêtements à sa fiancée. Si la mariée apporte une dot, le marié verse à sa belle famille une somme importante pour l'achat de meubles et les besoins du ménage (mahr)[1].

Le versement de la dot mettait fin aux fiançailles et marquait le début des festivités du mariage. Sa date était fixée par les deux pères et il se déroulait généralement au cours de l'été. Il y avait grand déjeuner dans les deux maisons avec un menu traditionnel. Deux notaires étaient invités chez le père du marié pour certifier, qu'à l'issue du repas, la somme convenue avait été versée devant eux en espèces. Les pièces mises en sac rejoignaient le domicile du père de la mariée, escortée des deux notaires et d'amis de confiance[1]. Traditionnellement, cette somme au moins égale à la dot[4]. Il est courant qu'une femme mariée garde son nom de jeune fille[1].

Le respect des traditions impose que quelques jours avant la nuit de noces, les femmes entrent la maison du fiancé pour y préparer la chambre nuptiale. Le lendemain, elles se rendent chez la fiancée pour préparer tout ce qu'elle doit emporter dans sa nouvelle maison. Enfin, au cours de la journée hammam, la future mariée doit se rendre au bain public où elle prend alors un bain de lait purificateur. Ensuite, elle revêt une robe de couleur verte et se fait peindre les mains et les pieds avec du henné. C'est le dernier rituel avant de se rendre à la rencontre de ses invités vers 21 heures. La soirée terminée, tout au long de la semaine, les nouveaux mariés se doivent de rendre visite aux amis et proches[4].

Les robes de la mariée[modifier | modifier le code]

Pour les sept jours initiaux du mariage, la tradition imposait le port de sept robes à la mariée représentant les sept régions du Maroc. La tenue pour le jour du henné était un caftan vert et doré, la takchita blanche symbole de la pureté était la robe d’ouverture, la fassiya (de Fès) était blanche, dorée, verte ou rouge, la r’batia (de Rabat) de couleur bleue, la sahraouia (du Sahara marocain) était une une m’lehfa composée d'un long tissu enroulé autour du corps, la soussia (ou tenue berbère), originaire du Souss robe très colorée pleine de motifs, le mejdoub, caftan doré et brodé. De plus en plus, les mariées portent aussi la robe blanche à l’européenne lors de la cérémonie[5].

Déroulement[modifier | modifier le code]

L'organisation[modifier | modifier le code]

La fête du mariage commence avec l’arrivée des époux qui sont attendus dans la salle de réception où l'orchestre traditionnel fait résonner le timbre de ses percussions, de son violon et de son clavier. Accompagnés de tambours et de flûtes, précédés par deux grands drapeaux vert et rouge, ils sont accueillis par le youyou des femmes et les applaudissements des hommes, La mariée porte la première de ses cinq tenues[6].

Le couple s'installe alors sur un trône placé sur une estrade où ils vont rester une grande partie de la soirée pour accueillir leurs invités venus les féliciter et leur présenter leurs cadeaux. Cette réception n'est interrompue que par le départ des époux qui reviennent plus tard après avoir changé de tenue. Ils en porteront cinq en tout, tantôt traditionnels, tantôt modernes. Autre grand moment de la soirée quand le couple ou la mariée seule sont portés sur l'amariya par leurs amis en cape blanche dansant au rythme des musiques de l’orchestre[6].

La Negafa[modifier | modifier le code]

Les mariés devant le trône sous le regard de la negafa

La réussite d'un mariage implique la présence d'au moins une negafa (Neggafates, au pluriel), qui se charge de faire respecter les traditions, les usages et les coutumes. Véritable maîtresse de cérémonie elle veille à ce que tous les rites soient scrupuleusement respectés tout en se conformant à la volonté des époux et de leurs familles[7].

Autrefois, toute negafa était redoutée et respectée car les renseignements qu’elles fournissait en vue d'un mariage étaient indispensables aux deux familles. Ils n'étaient d'ailleurs jamais rétribués mais lui valait un bon repas, des cadeaux et de la considération. Parmi ces cadeaux pré-nuptiaux, il y avait des mouchoirs brodés, du sucre, du miel, des cierges et du henné. Remplissant son rôle de marieuse, elle intervenait à toutes les étapes du mariage. Elle pouvait louer costumes, bijoux et ornements[8].

Au début du XXe siècle, des collectes faites pendant les cérémonies nuptiales la dédommageaient de son travail. Celles-ci avaient lieu pendant la cérémonie de l’engagement, puis au moment de la remise des cadeaux, celles qui portaient la mariée en triomphe (doura) recevaient aussi de l’argent. Une autre collecte avait lieu au cours de la nuit de l’arrivée, puis à l’occasion des souhaits de bienvenue à la mariée (ghrama d’el-hlib ou slama el-bousa). En fin, la cérémonie du pantalon était suivie de nouveaux dons aux marieuses. Ce n'était pas tout puisque la présentation des cadeaux offerts par le mari à sa femme rapportait encore quelque subside, ainsi que l'arrangement de la chevelure, au nahar hall er-ras. Les sept jours de cérémonie passés, à la fin de leur office, les marieuses recevaient du mari la ghrama d’sba’ayyam (la rétribution des sept jours). Aujourd’hui, la nagafa reçoit des honoraires fixes[8].

Le repas[modifier | modifier le code]

Pratiquement, le repas commence vers une heure du matin pour finir 2 heures 30, moment qui marque le vrai début de la fête[9]. Il n'y a pas de menu type au niveau national mais deux options autour desquelles peuvent se greffer toutes les variantes. La première présente un menu où se retrouvent poulets farcis, tajine de mouton aux pruneaux et aux amandes et toute une variété de briwats ou briouat (en)[1]. La seconde est composée d'une pastilla suivie du méchoui et d'un plateau de fruits et de pâtisseries[10]. Les gâteaux les plus traditionnels servis en cette occasion sont le kaak el warka, le backlawa aux amandes, les cornes de gazelle, croissants aux amandes et aux graines de sésame, dattes fourrées à la pâte d'amande, ghoriba bahla, ghribas aux noix, hrissa, kaak mankouche, kounafa, makrout ellouz msaker, mchaouek, mchekla, mchewek, nekhlattes, tedj essoltane, tranches d'oranges glacées aux amandes, wridates[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]