Angela Ardinghelli

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Maria Angela Ardinghelli

Naissance 1730
Naples, Italie
Décès 1825
Naples, Italie
Nationalité Italienne
Profession

Maria Angela Ardinghelli[1],[2], née et morte à Naples (1730[3]1825), est une physicienne et traductrice italienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa famille, « une des plus anciennes et des plus illustres de la Toscane[4] », est d'origine florentine. Son père a toutefois été réduit à une situation très modeste pour avoir épousé sa mère sans l'autorisation de la famille[5].

Elle perd très jeune son seul frère[6] et devient fille unique. Éduquée par ses parents « avec un soin aimant[7] », elle apprend la rhétorique (avec Gennaro Rossi[8],[7]), le latin, la philosophie, la géométrie ; elle a comme maîtres le physicien Giovanni Maria Della Torre[9], spécialiste du Vésuve, et le mathématicien Vito Caravelli. Elle étudie le français et l'anglais. À 14 ans elle écrit en latin des vers et de la prose[7],[10].

Elle fait partie du cercle de Ferdinando Vincenzo Spinelli, prince de Tarse[11]. On connaît le nom de son mari : un juge du nom de Crispo ; le mariage date d'après 1765–66[12].

Contributions[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Maria Angela Ardinghelli est surtout connue pour avoir traduit en italien deux travaux de physiologie de Stephen Hales[11] : Statique des animaux et Statique des végétaux.

Pour la Statique des animaux (ou Hémastatique), elle dispose du texte anglais et de la traduction française de Sauvages de la Croix[13]. Ce dernier a fait un travail important, mais déparé par quelques passages incompréhensibles et par l'équivalence supposée — qui invalide de nombreux calculs — des mesures françaises et anglaises. Ardinghelli explique uniment[14] la situation à son lecteur et, maintenant les notes de Sauvages, corrige la traduction ou bien ajoute ses propres notes, clairement distinguées de celles du traducteur français. Cette traduction paraît en deux volumes en 1750-52.

Pour la Statique des végétaux, Ardinghelli dispose du texte original et de la traduction de Buffon[15], mais de nouveau, sa contribution dépasse nettement le travail du traducteur et elle l'explique avec une simplicité et une franchise convaincantes[16]. La traduction paraît en 1756.

Cela lui vaut le respect : elle place l'intérêt de la connaissance au-dessus des personnalités ; sa crédibilité est établie.

Rôle dans la société des savants[modifier | modifier le code]

En 1753, l'abbé Nollet, célèbre pour sa controverse avec Benjamin Franklin, publie des Lettres sur l'électricité[17] ; la première[18] a comme destinataire Ardinghelli. L'abbé Nollet l'a rencontrée à Naples, a nettement été impressionné et lui assure ainsi la notoriété. Il continuera d'ailleurs, en plus d'entretenir une correspondance avec elle[19], d'en faire le trait d'union entre l'Académie française des sciences et la communauté scientifique de Naples, traduisant entre autres les communications d'Ardinghelli à l'Académie.

Mais cette activité, soutenue et passablement intense[20], ne s'accompagne pas d'un désir de la Napolitaine d'occuper le devant de la scène. Tout au contraire. Dans sa traduction italienne — qu'elle ne signe pas — des Lettres de l'abbé Nollet (1755), Ardinghelli omet la note pleine de louanges qui la mentionne[21]. Paola Bertucci soutient la thèse suivant laquelle Ardinghelli aurait construit elle-même un système qui ne la rendait « visible » que de ceux avec qui elle était intéressée à avoir des rapports, sans considération pour sa propre notoriété[22] ; Maria Angela Ardinghelli aurait été une femme savante qui contournait l'image des « femmes savantes » et les préjugés qui leur étaient associés[23].

Cette opinion est donc loin de celle de son contemporain, Lalande, qui, en 1790, tout en la mettant « à la tête des femmes illustres qui sont en Italie la gloire de son sexe », attribue à la modestie et aux soins qu'elle donne à sa mère le manque de lustre de son nom[12].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Science[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

On reconnaît à Angela Ardinghelli un style clair et direct[7] dans ses travaux scientifiques. Mais la littérature pour elle-même, particulièrement la poésie, ne lui est pas étrangère : elle marque par un poème le mariage du roi de Naples avec Marie-Caroline d'Autriche[24] ; elle célèbre par un poème l'ouverture d'une bibliothèque[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il est clair qu'elle avait été baptisée sous ces deux prénoms. Elle-même signe la dédicace de sa Statica « M.A. Ardinghelli ». Lalande, qui l'a rencontrée en 1765, donne « Mariangela », ce qu'adopte Bertucci de nos jours. L'Encyclopédie méthodique, en 1827, et Diego Vitrioli, en 1874. l'appellent « Angela ».
  2. « R. P. », « Sauvages de la Croix », dans Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières : médecine, vol. 12, Panckoucke, 1827, p. 704.
  3. Sur la question de l'année des sa naissance, voir Bertucci, p. 233, n. 18.
  4. Abbé Nollet, « Première lettre […] — À Mademoiselle Marie-Ange Ardinghelli ».
  5. Bertucci : « Au XIXe siècle Ardinghelli devint le sujet de biographies posthumes qui la décrivaient comme une noble. » : n. 10 de la p. 230 et la suite. Toutefois Lalande aussi, son contemporain, la dit « issue d'une famille noble et distinguée ».
  6. Voir Bertucci, p. 231.
  7. a, b, c et d Fachini.
  8. Mazzuchelli.
  9. Sur le Père de la Torre (mort en 1782), voir Lalande, p. 455. Selon les Atti della Reale Accademia delle scienze e belle-lettere di Napoli, il est mort en 1781. Aussi : Johann Jakob Ferber, Lettres sur la minéralogie et sur divers autres objets de l'histoire…, p. 142.
  10. Son père semble avoir fait le pari de compenser l'absence de dot de sa fille par une éducation qui ferait d'elle un beau parti : Bertucci, p. 231.
  11. a, b et c Focaccia.
  12. a et b Lalande, p. 457.
  13. Haemastatique, ou la Statique des animaux, expériences hydrauliques faites sur des animaux vivants… Traduit de l'anglais et augmenté de plusieurs remarques et de deux dissertations de médecine sur la théorie de l'inflammation et sur la cause de la fièvre, Genève, chez les héritiers Cramer et frères Philibert, 1744.
  14. Dans son avertissement du traducteur, « A chi legge ».
  15. La statique des végétaux et l'analyse de l'air, Paris, 1735.
  16. Avertissement du traducteur.
  17. Lettres sur l'électricité, Paris, 1753
  18. « Première lettre […] — À Mademoiselle Marie-Ange Ardinghelli ». Voir la note, où Nollet dit tout le bien qu'il pense d'elle.
  19. Pour avoir une idée du ton des communications, voir la lettre de Nollet que reproduit Frédéric Charbonneau, L'art d'écrire la science : anthologie de textes savants du XVIIIe siècle français, 2005, p. 67.
  20. Non seulement on donne aux savants français qui vont passer par Naples les coordonnées d'Ardinghelli, mais elle correspond, en plus de Nollet, avec Dortous de Mairan, Clairaut, Leroy, et d’Arthenay. Bertucci, p. 239.
  21. Voir Bertucci, p. 244.
  22. Bertucci : « layers of selective visibility », p. 228 et passim.
  23. Voir Bertucci, p. 246.
  24. Recension dans le Journal des savants de 1769.
  25. Résumé sur JSTOR.

Articles connexes[modifier | modifier le code]