Margherita Sarfatti

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Margherita Sarfatti

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Nom de naissance Margherita Grassini
Naissance 8 avril 1880
Venise
Décès 30 octobre 1961 (à 81 ans)
Cavallasca
Nationalité Flag of Italy.svg Nationalité italienne

Margherita Sarfatti, née Margherita Grassini à Venise le 8 avril 1880 et décédée à Cavallasca le 30 octobre 1961, est une femme de lettres, une journaliste et une critique d'art italienne. Elle est, de la Première Guerre mondiale au début des années 1930, la maîtresse et la conseillère politique de Benito Mussolini.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et mariage[modifier | modifier le code]

Margherita Grassini, naît dans une riche famille juive vénitienne. Son grand-père est un des héros du Risorgimento. Nourrie d’idéaux patriotes, elle reçoit une éducation de haut niveau, se découvre très tôt des convictions socialistes et épouse à 18 ans Cesare Sarfatti, un avocat de 29 ans. Le couple s’installe en 1902 à Milan et se lie aux dirigeants du Parti socialiste italien, Filippo Turati et Anna Kuliscioff, dont le salon attire l’intelligentsia milanaise.

Cesare Sarfatti devient conseiller du parti et un avocat en vue – il défend Filippo Tommaso Marinetti accusé de pornographie, pour son roman Mafarka le futuriste. Le couple a trois enfants, Roberto, né en 1900, Amedeo, né en 1902 et Fiammetta, née en 1909.

Femme de lettres[modifier | modifier le code]

Margherita Sarfatti collabore un temps à la revue La difesa delle lavoratrici, fondée par Anna Kuliscioff, elle y devient l'amie de la poétesse Ada Negri, mais vite les dissensions éclatent entre la jeune bourgeoise fortunée et la militante féministe et médecin, qui organise des crèches et des dispensaires et dans les quartiers ouvriers tandis qu'Ada donne des cours d'alphabétisation. Margherita ouvre bientôt son salon, fréquenté par les écrivains et artistes d'avant-garde - en particulier les futuristes Carlo Carrà, Umberto Boccioni, Mario Sironi - ainsi que des journalistes, hommes politiques et diplomates étrangers. Cesare Sarfatti, resté proche de la communauté juive, prend la direction du groupe sioniste milanais.

Margherita Sarfatti s’affirme bientôt comme critique d’art, collabore à Avanti ! le journal du Parti socialiste où elle tient une rubrique à partir de 1909.

Rencontre avec Benito Mussolini[modifier | modifier le code]

Lors d’un meeting du parti, Cesare Sarfatti est impressionné par un jeune tribun au verbe enflammé, aux manières rudes : c’est Benito Mussolini. Dès lors, son l’ascension dans le parti est rapide, encouragée par le couple Sarfatti. En 1912, il est nommé directeur de Avanti ! Il a de nombreuses maîtresses, dont Ida Dalser, et vit avec Rachele Guidi, sa future épouse, mère de la petite Edda, future épouse du comte Ciano.

À la veille de la Première Guerre mondiale, alors que le Parti socialiste italien, suivant les résolutions de l’Internationale socialiste, prône la neutralité, Mussolini se proclame « interventionniste » et appelle à l’entrée en guerre aux côtés de la France. Exclu du Parti, il fonde son propre journal, Il Popolo d'Italia. Margherita, devenue sa conseillère, l’aide à financer le journal par ses fonds propres et ses relations. Son salon devient le lieu de ralliement de l’interventionnisme. Dans cette atmosphère exaltée le jeune Roberto, âgé de quinze ans, encouragé par Mussolini s’enrôle dans les Alpini (les chasseurs alpins italiens) avec de faux papiers. Il meurt au combat sur l'Altopiano di Asiago, à l’âge de 17 ans.

Maîtresse et conseillère politique[modifier | modifier le code]

Après l’armistice, la relation entre Mussolini et Margherita Sarfatti se mue en passion amoureuse. Désormais par sa fortune, ses écrits, ses réseaux, son sens politique, elle va se faire la propagandiste du fascisme. Justifiant les violences des milices, invectivant ses amis d’hier, proclamant sa haine des démocraties, elle va soutenir l’ascension du Duce jusqu’à la Marche sur Rome et l’instauration du nouveau régime. Rédactrice de Gerarchia, la revue théorique du fascisme, fondée par Mussolini, elle en trace les principes et les objectifs. Après la mort de Cesare, en 1924, elle reprend à son compte l’antisémitisme de Mussolini, exhortant les Juifs d’Italie à « choisir entre Rome et Jérusalem »[réf. nécessaire].

L’avènement du fascisme offre à la conseillère un pouvoir d’influence dont le zénith se situe à la fin des années 1920. C’est auprès d’elle que les journalistes étrangers doivent demander une entrevue avec le Duce, c’est elle qui fait à Mussolini le compte rendu de la presse étrangère, elle encore qu’on sollicite pour des faveurs et passe-droits. Se faisant le chantre de la révolution culturelle fasciste, elle proclame que le temps est venu du « retour à l’ordre », d’une nouvelle figuration puisant aux sources du classicisme.

Militantisme artistique[modifier | modifier le code]

Elle rassemble des artistes comme Anselmo Bucci, Leonardo Dudreville, Achille Funi, Gian Emilio Malerba, Pietro Marussig, Ubaldo Oppi et Mario Sironi en un mouvement qu’elle appelle Novecento, dont elle organise à la galerie Pesaro à Milan la première exposition, inaugurée par Mussolini en 1923. En 1925, Paris offre à Margherita Sarfatti le titre de vice-présidente du jury international à l’exposition des Arts décoratifs - elle est aussi Commissaire pour le pavillon italien - et la décore de la légion d’honneur.

L’année suivante, elle organise un rassemblement plus large d’artistes (plus de 200) rebaptisé Novecento italiano, qu’elle expose à la triennale de Milan, puis lors de tournées en Europe du Nord et en Amérique du sud, dans l’intention d’accréditer l’avènement d’un « style fasciste ».

Action internationale en faveur du fascisme[modifier | modifier le code]

Elle accède à la célébrité internationale avec Dux, son hagiographie de Mussolini, publiée en 1925 d’abord à Londres (en Italie dès 1926) vendu à des millions d’exemplaires et traduit en 17 langues. Elle y bâtit le mythe du Duce, nouvel Auguste étendant son empire au-delà de la mer Méditerranée et offrant au peuple une nouvelle ère de prospérité, la troisième Rome. À la suite de la publication de l’ouvrage aux États-Unis, le patron de presse américain William Randolph Hearst offre à Mussolini des contrats faramineux pour des articles qui le présentent sous le meilleur jour et plaident en faveur du réarmement de l’Italie en vue de son extension coloniale. Le contrat est double, il prévoit qu’ils soient écrits par Margherita Sarfatti et signés par le dictateur, et sera reconduit jusqu’en 1934.

Mise à l'écart de la vie politique[modifier | modifier le code]

Si Mussolini l’écarte de sa vie privée à partir de 1932, elle reste sa conseillère. Elle fait alors tout son possible pour le dissuader d’envahir l’Éthiopie et pour empêcher le rapprochement avec le chancelier allemand Adolf Hitler. En 1934, elle se rend aux Etats-Unis où elle rencontre le président Franklin Delano Roosevelt. Mais son retour coïncide avec la première visite d'Hitler en Italie : il est trop tard, et Mussolini ne l’entend plus.

Exil en Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

Commence alors le temps de la disgrâce. Désormais aucune exposition ne peut se faire hors du cadre de la corporation des artistes, l'aréopage fasciste déserte son salon. Bientôt victime des lois antisémites, elle part en septembre 1939 en Uruguay où s’est réfugié son fils Amedeo. Sa fille, Fiammetta, qui a épousé le comte Livio Gaetani d’Aragona, reste à Rome où elle doit se cacher pendant l’occupation nazie. Mais c'est en Argentine, à Buenos Aires où se côtoient anti-fascistes, réfugiés juifs et à partir de 1944, d’anciens membres de la haute hiérarchie fasciste, que la vieille dame retrouve la vie mondaine qui a toujours été la sienne. Elle publie quelques ouvrages d’art puis, après l’exécution de Mussolini en 1945, dans le journal Critica, une série d’articles vengeurs contre le dictateur, qui constituent ses seules mémoires politiques.

Retour en Italie et fin de vie[modifier | modifier le code]

Margherita Sarfatti rentre en 1947 en Italie, après le retour de la démocratie. Elle apprend la mort de sa sœur et son beau-frère, déportés en 1943 au camp d'extermination d'Auschwitz, en Pologne.

Elle partage son temps entre Rome, où elle réside à l'hotel Ambasciatori, un palace de la via Veneto, et les étés dans sa maison de campagne à Cavallasca, près de Côme. Elle y écrit Aqua passata, des mémoires « mondains » où, ni le fascisme, ni Mussolini, ne sont évoqués. Elle s'y éteint, en octobre 1961.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Dux, Mondadori (1926)[1]
  • Segni, colori e luci, note d'arte", Bologne, N. Zanichelli, Bologne 1925
  • Storia della pittura moderna, P. Cremonese (1930)
  • l'America ricerca della felicità, Milan, Mondadori, 1937.
  • Acqua passata, Cappelli (1955)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Daniel Gutman, El amor judío de Mussolini : Margherita Sarfatti, del Fascismo Al Exilio, Buenos Aires, Argentina, Lumiere,‎ 2006, 210 p. (ISBN 9789876030175)
  • Françoise Liffran, Margherita Sarfatti : L'égérie du Duce, Paris, Le Seuil, coll. « Biographie »,‎ 2009, 756 p. (ISBN 9782020983532)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Life Of Benito Mussolini (1925)

Source[modifier | modifier le code]

  • cet article entièrement refondé, et ses sources vérifiées (voir bibliographie complétée).

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]