Margaret Mead

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Margaret Mead

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Margaret Mead, 1948

Biographie
Naissance
Philadelphie
Décès
New York
Nationalité américaine

Margaret Mead ( à Philadelphie à New York) est une anthropologue américaine. Connue pour être très engagée, elle a participé activement à définir le concept de « cultural patterns » (types culturels ou thèmes de culture) et à promouvoir la dimension humaniste de l'anthropologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une étude d'anthropologie sociale de la France en 1954 avec Rhoda Metraux.

En 1923, elle entre à l'Université Columbia. En 1923, elle épouse son premier mari, Luther Cressman, qui est alors étudiant en théologie. En 1925, elle rencontre en Europe l'anthropologue néo-zélandais Reo Fortune et l'épouse. Elle s'installe avec lui aux îles Samoa en Polynésie à la suggestion de Franz Boas. En 1926, elle rejoint l'American Museum of Natural History de New York. De 1928 à 1929, elle vit dans les îles de l'Amirauté. En 1929, elle obtient son doctorat à l'université Columbia. En 1931, elle commence l'étude de trois sociétés en Nouvelle-Guinée, d'un point de vue comparatiste. Elle la complète en 1933. En 1933, elle rencontre son futur mari, l'anthropologue Gregory Bateson chez les Chambulis. Dans les années 1930, elle travaille avec Harry Stack Sullivan. En 1935, elle épouse Gregory Bateson et de 1936 à 1938 elle séjourne avec lui à Bali pour effectuer un travail de terrain. Ils réalisent ensemble un film, Transe and dance in Bali. En 1938, elle retourne en Nouvelle-Guinée et s'installe chez les Iatmuls en compagnie de Bateson. En 1939, naît leur fille Mary Catherine Bateson. Cette même année, elle consulte Milton Erickson à propos des processus de transe. De 1942 à 1946, elle participe aux célèbres rencontres interdisciplinaires connues sous le nom de conférences Macy. En 1949, elle a déclaré à l'appartement de Clemens Heller de la rue Vaneau en Paris : « Un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis est capable de changer le monde. D'ailleurs rien d'autre n'y est jamais parvenu[1]. »

Margaret Mead est bisexuelle[2]. Elle a, dès les années 1950, été adoptée par les communautés LGBT américaines pour ses travaux, car ses études sur la variété et la fluidité des expériences sexuelles dans d'autres cultures donnaient un fondement scientifique à leurs critiques de la société puritaine et hétérocentrée d'alors[2].
Dans un article de 1975, Mead écrit que « le temps est venu, je crois, où nous devons reconnaître la bisexualité comme une forme normale de comportement humain[3]. »

Elle décède, suite à un cancer, le 15 novembre 1978.

Mœurs et sexualité en Océanie[modifier | modifier le code]

Elle publie en 1928 l'ouvrage Coming of Age in Samoa, qui devient un véritable best-seller dans un contexte socio-historique bien particulier. Son livre est le résultat d'une enquête de terrain longue de 5 mois (9 mois selon elle) : M. Mead vivait dans un poste américain durant son séjour et conduisait des entretiens, par interprètes, avec 50 jeunes filles célibataires. C'est à partir de cet échantillon que M. Mead a généralisé et s'est conçu une idée de la culture samoane.

Mead y décrit une société de tolérance, sans conflit, où « l'activité sexuelle est une chose naturelle et agréable » à laquelle les adolescents, en particulier, s'adonnent librement. Cette vision de l'amour sous les palmiers, qui n'était pas sans rappeler les Supplément au voyage de Cook et Supplément au Voyage de Bougainville fit l'effet d'une bombe dans l'Amérique puritaine des années 1920. Mead, de cette façon, confortera l'hypothèse culturaliste.

En résumé, son œuvre Mœurs et sexualité en Océanie vise à montrer que les traits de caractère de l’homme et de la femme sont le résultat d’un conditionnement social. Selon elle, la nature est malléable car « elle obéit aux impulsions que lui communique le corps social ». Les peuples mélanésiens étudiés ont la personnalité propre à la civilisation au sein de laquelle ils ont été élevés. Ainsi les Mundugumor ont un tempérament brutal et agressif, les Arapesh évitent les attitudes agressives et sont attentifs aux besoins des autres ; chez les Chambuli, la femme a une place dominante et l’homme se présente comme un être émotif.

Cette diversité se retrouve sous le même aspect relatif dans toutes les civilisations malgré les divergences qui les séparent. Alors, elle pose une hypothèse qui serait celle de dégager les principes selon lesquels des types de personnalités si différentes ont pu être assignés aux hommes et aux femmes pendant l’histoire : les garçons devront dominer leurs émotions et les femmes pourront les manifester.

Puis elle pose la question de savoir si une société est capable de choisir dans la vaste étendue des virtualités humaines un certain nombre de traits, et d’en faire la marque distinctive, soit de l’un des deux sexes, soit de toute la communauté.

Margaret Mead affirme que chaque groupe humain met en place une règle simple : tu ne tueras pas les membres de ta bande, mais tu peux tuer tous les autres[4].

Réfutation[modifier | modifier le code]

En 1983, cinq ans après la mort de Margaret Mead, l'anthropologue néo-zélandais Derek Freeman, qui connaît particulièrement les Samoa pour en parler la langue, publie Margaret Mead and Samoa: The Making and Unmaking of an Anthropological Myth, livre dans lequel il discrédite les principales conclusions de Mead à propos de la sexualité au sein de la société samoane, estimant que ses informateurs l'avaient induite en erreur.

Tout un courant universitaire s'est empressé de défendre Mead, dont l'exemple permettait de défendre le libéralisme sexuel voire le freudo-marxisme : Appell 1984, Brady 1991, Feinberg 1988, Leacock 1988, Levy 1984, Marshall 1993, Nardi 1984, Patience et Smith 1986, Paxman 1988, Scheper-Hughes 1984, Shankman 1996, et Young et Juan 1985. À l'inverse, Martin Orans, prenant un point de vue positiviste, ne « trouve rien de scientifique » dans le rapport que Margaret Mead fait des Samoans, qu'on pourrait juger par cette formule tranchante : « même pas faux »[5]. Orans, ayant étudié les carnets de terrain de Margaret Mead et les entretiens réalisés par Derek Freeman, avait conclu qu'elle était arrivée à Samoa avec un schéma préconçu, avait interprété tous les faits qu'elle recueillait en faveur de ce schéma, et orienté, par les questions qu'elle demandait à son interprète de poser, les réponses[6]..

Revenant sur le dossier en 2001, l'ethnologue français Serge Tcherkézoff montre que la réception des thèses de Margaret Mead sur la sexualité en Polynésie, leur défense par de nombreux collègues lorsqu'elles furent attaquées, la croyance en leur véracité alors qu'elles ont été à peu près entièrement réfutées, se lit comme l'épisode contemporain d'un mythe occidental sur les îles du Pacifique, qui date d'un malentendu catastrophique survenu à l'arrivée des premier occidentaux au dix-huitième siècle. Effrayés par les ravages faits par l'armement du premier navire européen, qu'ils avaient tenté de repousser, les tahitiens envoyèrent aux suivants, afin d'amadouer leurs occupants, des jeunes filles. Ce sacrifice, que les arrivants prirent pour de la liberté sexuelle, et la nudité ordinaire des îliens, qui évoquait pour les chrétiens le Paradis, créa un mythe qui rencontrait un terrain favorable dans la contradiction européenne entre les conceptions individualistes et la répression de la sexualité[7].

Hommage[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • 1928 : (en) Coming of Age in Samoa. a Psychological Study of Primitive Youth For Western Civilisation. Partiellement traduit dans (fr) Mœurs et sexualité en Océanie, Terre Humaine, ISBN 2-266-11230-9.
  • 1935 : (en) Sex and temperament in three primitive societies William Morrow and co. Réédition: perennial, 2001, ISBN 0-06-093495-6
  • 1942  : (en) And Keep Your Powder Dry : An Anthropologist Looks At America. Traduit sous le titre (fr) Et gardez votre poudre au sec : un anthropologue regarde l’Amérique
  • 1949 : (en) Male and Female. A Study of Sexes in a Changing World. Traduction en 1966 sous le titre (fr) L'un et l'autre sexe. Les rôles d'homme et de femme dans la société, Paris, Denoël-Gonthier.
  • 1951 : (en) The School in American Culture. Traduction sous le titre (fr) L’école dans la culture américaine.
  • 1972 : (en) Cultural Patterns and technical change. A manual prepared by the Word federation for mental health, publié par Margaret Mead, United Nations (UNESCO), 1953
  • 1954 : (fr) Thèmes de « culture » de la France, avec Rhoda Métraux
  • 1956 : (en) New lives for old : cultural transformation — Manus, 1928-1953. Traduit sous le titre (fr) Changer de vie ou la transformation culturelle : Manus, 1928-1953.
  • 1971 : (fr) L'Anthropologie comme science humaine, Payot
  • 1971 : (fr) A rap on race, Michael Joseph, traduction (fr) sous le titre Le racisme en question, Préface de Roger Bastide, Paris, Calman-Lévy
  • 1972 : (en) Blackberry Winter : My Earlier Years. Traduit en 1977, sous le titre (fr) Du givre sur les ronces
  • 1972 : (fr) Adolescence à Samoa, Paris, Plon. Réédition d'une version de 1928
  • 1973 : (fr) Une éducation en Nouvelle-Guinée. Paris, Payot. Réédition d'une version de 1931
  • 1972 : (fr) Le Fossé des générations, traduit de l'américain par Jean Clairevoye, Paris, Denoël-Gonthier
  • 1980 : (fr) écrits sur le vif. Lettres 1925-1975, Paris, Denoël-Gonthier

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Clemens Heller
  2. a et b (en) Nancy Lutkehaus, Margaret Mead: The Making of an American Icon, Princeton University Press (2008) p. 79-80
  3. (en) Mary Bowman-Kruhm, Margaret Mead: A Biography, Greenwood Publishing Group (2003), p. 115
  4. (fr) Howard Bloom (trad. Aude Flouriot), Le principe de Lucifer (1997), éd. Le jardin des livres, 2001 (ISBN 2-914569-03-3), p. 113.
  5. Orans, Martin, 1996 Not Even Wrong: Margaret Mead, Derek Freeman, and the Samoans.
  6. Tcherkézoff 2001, p. 15
  7. Tcherkézoff 2001

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Bateson, Mary, With a daughters eye: a memoir Margaret Mead and Gregory Bateson, New-York, 1984, traduit en français sous le titre (fr) Regard sur mes parents. Une évocation de Margaret Mead et de Grégory Bateson, Paris, Seuil, 1989
  • (en) Gordan, J. (dir. publ.). 1976. Margaret Mead : the complete bibliography 1925-1975. Traduction sous le titre (fr) Margaret Mead : bibliographie complète 1925-1975, La Haye, Mouton.
  • (fr) Lévi-Strauss, Claude 1979. Hommage à Margaret Mead. Courrier de l’UNESCO (Paris), vol. 32.
  • (en) Freeman, D. 1983. Margaret Mead and Samoa : the making and unmaking of an anthropological myth. Traduit sous le titre (fr) Margaret Mead et Samoa : comment s’est fait et s’est défait un mythe anthropologique.
  • (en) Toulmin, S. 1984. The evolution of Margaret Mead. Traduit sous le tire (fr) L’évolution de Margaret Mead.
  • (en) Freeman, D. 1999. The fateful hoaxing of Margaret Mead. Traduit sous le titre (fr) La mystification prophétique de Margaret Mead.
  • (en) Grinager, P. 1999. Uncommon lives : my lifelong friendship with Margaret Mead. Traduction sous le titre (fr) Vies hors du commun : mon amitié d’une vie avec Margaret Mead.
  • Serge Tcherkézoff, Le mythe occidental de la sexualité polynésienne, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Ethnologies »,‎ 2001
    • Serge Tcherkézoff, « Margaret Mead et la sexualité à Samoa », Enquête, no 5,‎ 1997, p. 141-160 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]