Marché de l'art

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Le marché de l'art, Honoré Daumier, seconde moitié du XIXe siècle.

Le marché de l'art est le marché sur lequel s'échangent les œuvres d'art.

Segmentation du marché[modifier | modifier le code]

La dénomination marché de l'art recouvre des réalités diverses et contradictoires, puisque les œuvres d'art sont vendues soit à travers des galeries[1] (transaction de gré à gré), marché privé dont le chiffre d'affaires n'est pas connu[2] soit à travers des ventes aux enchères dont les chiffres et résultats sont seuls publiés et connus. Le marché est également segmenté en périodes et secteurs : art classique, art moderne, art primitif, art chinois, art contemporain, objets d'art, etc. qui recouvrent des réalités différentes art classique (1600-1840), vente moderne (1840-1940), vente contemporaine (après 1945), etc. Le marché est également segmenté par région, pays, puisque les droits et réglementations fiscales, définition de l'œuvre d'art varient d'un pays l'autre, France, Angleterre, États-Unis, Chine… mais aussi à l'intérieur d'un pays, comme en France avec des marchés régionaux autour de capitales régionales, Lyon, Toulouse, etc.

En France les œuvres d'art sont définies comme des biens mobiliers[3] ayant une fiscalité particulière. Certaines œuvres sont également interdites de vente comme les trésors nationaux.

Aussi l'analyse des résultats des ventes publiques "exige une connaissance subtile du marché réservé aux habitués, pour ne pas dire aux initiés"[4]

Définition des œuvres d'art en droit français[modifier | modifier le code]

En droit français sont définis comme œuvre d'art : les tapis et tapisseries, exécutés d'après le carton de l'artiste et contrôlés par lui-même, les tableaux, peintures et dessins faits entièrement à la main par l'artiste, les gravures et estampes originales, statues et sculptures originales exécutées de la main de l'artiste, les céramiques et les émaux sur cuivre signés de la main de l'artiste, les photographies à tirage limité à moins de 30 exemplaires, installations et œuvres numériques à moins de 12 exemplaires[5].

Les objets de collections tel que livres de collection, véhicules de collection, mobiler, objets décoratifs s'ils ont plus de 100 ans suivent un régime analogue mais dont la TVA peut-être différente.

Le marché repose donc sur l'Identification des œuvres et des artistes, leur expertise et l'état des œuvres.

Terminologie et conventions de langage en usage pour décrire les œuvres[6][modifier | modifier le code]

œuvre par … œuvre de … --- garanti que l'auteur indiqué est l'auteur de l'œuvre --- exemple "œuvre du Titien"

signé de … estampillé de … --- garanti que l'auteur indiqué est l'auteur de l'œuvre, sauf réserves expresses ---- exemple "signé en bas à droite Eug. Delacroix"

attribué à … --- présomption que l'œuvre soit bien de l'auteur indiqué --- exemple "attribué à Ghirlandaïo"

atelier de … --- œuvre exécutée dans l'atelier d'un maître et sous sa direction --- exemple "tableau de l'atelier du Greco"

école de … --- l'auteur est élève du maître cité --- exemple "Anonyme, école du Greco"

époque … siècle … --- indique que l'œuvre a été produite dans le temps indiqué --- exemple "Commode XVIIIe d'époque signé Reisener"

dans le goût … --- sans aucune garantie --- exemple "un trumeau dans le goût rococo"

dans le style…--- sans aucune garantie --- exemple "une commode de style Empire"

manière de… ---sans aucune garantie --- exemple "un tableau XVIe siècle dans manière du Titien"

genre de… --- sans aucune garantie --- exemple "dans le genre de Watteau"

d'après… --- sans aucune garantie --- exemple "d'après Lebrun"

façon… ---sans aucune garantie --- exemple "une chaise façon modern-style"

Au terme de l'article 1er du décret du 3 mars 1981, les vendeurs en vente publique ou privée d'œuvres d'art doivent délivrer une facture, une quittance ou un certificat spécifiant la nature de l'œuvre d'art suivant la terminologie.

Le marché de l'art en France[modifier | modifier le code]

En France, la loi n° 2000-642 du 10 juillet 2000 a mis fin au monopole des commissaires-priseurs et libéralisé dans une certaine mesure le marché des ventes publiques aux enchères. Les prix au marteau annoncés par les commissaires-priseurs dans la salle sont dits "Hors Frais". Il faut y adjoindre les frais d'adjudication (taxes et les honoraires) pour trouver le prix payé par l'acheteur et y soustraire les taxes et les honoraires pour trouver le gain du vendeur. De plus aux honoraires du commissaire-priseur payés par le vendeur et par l'acheteur (environ 10 % de frais de commission pour le vendeur, 28 % pour l'acheteur) peuvent également s'ajouter le droit de suite 4 %, ou la taxe à l'importation suivant les cas pour le vendeur. Les honoraires sont soumis à la TVA (20,6 %) et la vente est soumis à l'impôt sur les plus-values, une taxe forfaitaire de 5 % pour le vendeur. Par ailleurs si la vente n'atteint pas le prix de réserve, le vendeur devra payer 3 % du prix atteint au Commissaire-Priseur, cette clause est appelée le rachat. Aussi certains commissaires -priseurs proposent au vendeur une garantie de l'estimation et donc de la vente contre 1,5 % du prix de l'adjudication en plus.

En fait le vendeur touche (environ) les 2/3 du prix de l'adjudication « Hors-Frais », l'acheteur paye 28 % en plus du prix de l'adjudication "Hors-Frais" , le commissaire-priseur touche (environ) le 1/3 du prix de l'adjudication "Hors-Frais", l'ensemble des taxes représentent (environ) 11 % du prix de l'adjudication avec frais.

Le marché de l'art français bénéficie d'une fiscalité particulière : les œuvres d'art ne sont par exemple pas incluses dans la base d'imposition de l'ISF.

Les entreprises peuvent acquérir des œuvres d'artistes vivants, dont la valeur d'achat est déductible du résultat imposable si les œuvres sont accessibles aux salariés et clients dans la limite de cinq pour mille du chiffre d'affaires.

La vente des œuvres d'art est soumise à l'autorité croisée du ministère de la Culture, des Finances et des Douanes : l'exportation des œuvres pouvant être interdite par le classement d'office[7], la dation qui permet à un héritier d'acquitter les droits de succession et d'ISF [8], le droit de préemption de l'État[9].

Définition des œuvres d'art en droit anglais, américain, chinois…[modifier | modifier le code]

Une vente chez Christie's à Londres en 1808.

Le Royaume-Uni est un pays de droit coutumier qui n'a pas de code du commerce régulant les ventes aux enchères publiques, aussi la définition des œuvres d'art est-elle plus simple. La vente aux enchère est un contrat de droit commun qui s'établit entre l'acheteur, l'auctionneer (le commissaire-priseur) et le vendeur sur la qualité de l'objet vendu. Les commissaires-priseurs sont regroupés dans deux syndicats professionnels. La profession est libre sans formation particulière. De plus la garantie décènale n'existe pas, la contestation de la qualité de l'objet doit être faite à la réception de l'objet. Cependant Christie's ou Sotheby's offre une garantie de 5 ans si l'objet est un faux. Les frais de commission sont équivalents 10 à 20 %. Par ailleurs le vendeur sera taxé sur la différence entre 6000 £ et le prix de vente, suivant un barême de 10 %, 20 % ou 40 %. Depuis le 1er janvier 2010, les artistes résidents en Angleterre béneficient du droit de suite[10]. Par ailleurs, les salles de ventes aux États-Unis et en Angleterre peuvent garantir les prix à la vente au vendeur et la rentabilité de l'achat à l'acheteur sur x années, pour se faire prêter ou organiser le prêt d'une partie du prix de l'achat en garantissant ainsi le placement effectué. Les sociétés d'auctionneers peuvent avoir ainsi une activité bancaire. Elles peuvent être également cotées en bourse. Aux États-Unis, les musées peuvent vendre ou revendre tout ou partie de leurs collections pour faire vivre leurs musées. Seuls les œuvres déclarés "inaliénables" des musées nationaux sont invendables et elles sont rares. Le passage par "l'auctionneer" et la vente aux enchères permet alors d'optimiser le flux financier créée tant pour le vendeur que pour l'acheteur puisque dans ce cas l'achat et la vente sont défiscalisés.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire du marché de l'art est lié aux grandes collections des grands collectionneurs d'Antiquité et de peintures de la Renaissance. Évoluant aux cours des siècles, traversant des âges d'or, en Hollande au XVIIe siècle, Paris XXe siècle, ou des périodes de diète, la notion de marché de l'art a été et est largement commenté en philosophie[11], en sociologie[12], en histoire de l'art[13].

Le marché de l'art a longtemps été un marché éclaté en quelques pôles en raison du faible nombre d'acheteurs potentiels. Avec la diffusion de la richesse il s'est progressivement démocratisé. Cependant il est très divisé en fonction des produits et des styles.

Le marché de l'art aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Portrait d'Adele Bloch-Bauer I par Gustav Klimt, vendu 135 millions de dollars en 2006

Entre 2000 et 2007[modifier | modifier le code]

À l'échelle mondiale, le marché de l'art est désormais très concentré sur quelques pays : Les États-Unis représentaient ainsi en 2000 49,8 % du marché, contre 28,75 % pour le Royaume-Uni et 5,6 % pour la France[2]. C'est au total un marché que la Commission européenne évalue à 8 milliards d'euros tandis que le sénateur Yann Gaillard l'évalue lui à 2,29 milliards d'euros pour les peintures et dessins[14]

Selon les chiffres plus récents d'Artprice (2004), les États-Unis représentent 46,3 % du marché total, le Royaume-Uni 26,9 %, la France 7,2 %, l'Italie 3,7 %, l'Allemagne 2,9 % et Hong Kong 1,9 %[15]. Cette même année, les records de vente aux enchères ont été atteints par Pablo Picasso avec le Garçon à la pipe, vendu le 5 mai 2004 pour 93 millions de dollars, Paul Gauguin pour Maternité (II) vendu le 4 novembre 2004 pour 35 millions de dollars et Amedeo Modigliani pour Jeanne Hébuterne devant une porte vendu le 4 novembre 2004 pour 28 millions de dollars.

En 2006, les dix artistes dont la vente des œuvres avaient atteint les plus fortes valeurs étaient en chiffre d'affaires :

Fin 2007, le marché de l'art a connu quelques turbulences, qu'Artprice a liées à la crise des subprimes[17]. Les ventes suivantes ont cependant confirmé les prix élevés observés depuis plusieurs années sur le marché de l'art contemporain[18].

En 2007, la peinture la plus chère du monde serait N°5, 1948 de Jackson Pollock, vendue 140 M$, battant le précédent record de 135 M$ pour Portrait d'Adele Bloch-Bauer I de Gustav Klimt *[2].

Depuis 2010[modifier | modifier le code]

En 2010, selon Artprice, la Chine (avec Hong-Kong) représente 33 % du marché des ventes aux enchères, les États-Unis 30 %, le Royaume-Uni 19 % et la France 5 %. L'artiste ayant réalisé le chiffre d'affaires le plus important en vente publique étant Qi Baishi, devant Zhang Daqian, Xu Beihong et Fu Baoshi. Dans le classement du top 10 des artistes contemporains ayant eu les enchères les plus importantes, 6 sont des artistes chinois : Zeng Fanzhi, Chen Yifei, Wang Yidong, Zhang Xiaogang, Liu Xiaodong et Liu Ye contre trois américains : Jean-Michel Basquiat, Jeff Koons, et Richard Prince[19]. Toujours en 2010, les artistes ayant atteint les 10 enchères les plus importantes sont :

  • Pablo Picasso - 95 M$
  • Alberto Giacometti - 92,5 M$
  • Amedeo Modigliani - 61,5 M$
  • Andy Warhol - 56,5 M$
  • Wen Zong - 44,8 M$
  • Henri Matisse - 43,5 M$
  • Joseph M.William Turner - 40,2 M$
  • Gustav Klimt - 38,2 M$
  • Roy Lichtenstein - 38 M$
  • Lawrence Alma-Tadema - 32 MS

En 2014, les artistes ayant les transactions les plus importantes sont[20] :

  • Pablo Picasso - 345,8 M$
  • Andy Wahrol - 299,2 M$
  • Francis Bacon - 236,5 M$
  • Claude Monet - 176,6 M$
  • Qi Bashi - 168,9 M$
  • Gerhardt Richter - 159,2 M$
  • Mark Rothko - 146,4 M$
  • Jean-Michel Basquiat - 131,9 M$
  • Alberto Giacometti - 116,7 M$
  • Zhang Daqian - 118,5 M$

Disparition du marché parisien[modifier | modifier le code]

La place de Paris représentait en 1950, 80 % du marché de l'art, en 1990 elle présentait encore 40 %, aujourd'hui, en 2010, elle en représente moins de 5 % environ. Cette décadence peut s'analyser de deux manières : soit par la perte d'influence de Paris, soit par la globalisation du marché de l'art au niveau mondial, avec la réapparition d'acteurs qui avaient quitté la scène, les Chinois en particulier en 1939, ou le retour de la place de Londres avec la transformation du statut des ventes en 1978, le chiffre d'affaires de la place de Paris étant en constante croissance depuis 50 ans…

Rentabilité du marché de l'art[modifier | modifier le code]

Depuis plus de 30 ans, des études diverses ont tenté de démontrer la rentabilité du marché de l'art. Suivant les configurations choisies la rentabilité serait inférieure au rendement des actions (avec moins de 1 % de rentabilité), d'autres études démontrent le contraire avec 6 à 7 % environ.

Les indices comme le Art Sale Index excluent en général de leurs calculs les résultats des ventes bas de gamme inférieures à 2 000 euros. En France en 2010, l'enchère moyenne se situe autour de 100 euros[21], alors que l'enchère haut de gamme se situe dans une fourchette moyenne de 11 000 euros[22] à 33 500 euros[23].

Les acteurs du marché de l'art[modifier | modifier le code]

À l'échelle mondiale, les acteurs du marché de l'art sont variés :

Remarque : En France, les professions d'antiquaires et de brocanteurs sont des professions libres déclarées auprès des autorités préfectorales, et le titre d'expert en art n'est pas réglementé[25] et l'on ne doit pas le confondre avec l'expert judiciaire en objets d'art près les cours d'appel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 50 % des galeries dans le monde auraient fermé après la crise économique de 2007
  2. a et b En 1990, au plus haut du marché parisien, l’économiste Philippe Simonnot estimait le marché des ventes aux enchères à 7,6 milliards d'euros et les ventes privées à 9 fois plusLe marché de l'art sur le site du ministère des affaires étrangères
  3. Lors d'une succession les droits de succession sont établis sur une base forfaitaire de 5 % de l'actif successoral sauf si ce sont des collections placées dans des galeries, musées…
  4. in le Marché de l'art, Mondialisation et nouvelles technologies, Raymonde Moulin, p. 9, Flammarion, 2000
  5. Décret du 17 février 1995
  6. décret du 3 mars 1981
  7. Loi du 31 décembre 1913
  8. art 2 de la loi n° 68-1251 du 31 décembre 1968
  9. art 37 de la loi de finances du 31 décembre 1921 et art. 24 de la loi du 23 juillet 1987
  10. pour plus de renseignements précis, on peut se reporter à l'article de la Gazette de Drouot http://www.gazette-drouot.com/static/magazine_ventes_aux_encheres/guide_juridique_des_encheres/047_guide_juridique_des_encheres.html
  11. Max Weber, Histoire du capitalisme
  12. Pierre Bourdieu
  13. Le marché de l'art à Paris, INHA
  14. Yann Gaillard : le Marché de l’art français aux enchères, Paris, éditions Economica, 2000
  15. [PDF]Artprice Global Index 2004
  16. Après une frayeur, les prix de l'art s'envolent, Le Figaro Économie, 19 novembre 2007
  17. Artprice.com : Van Gogh victime de la crise subprime ?, Boursier.com, 15 novembre 2007
  18. L´art contemporain à New-York - La confiance règne…, Artprice.com, novembre 2007
  19. http://artpressagency.wordpress.com/2011/03/19/marche-de-l-art-la-chine-n%C2%B0-1/
  20. Selon le rapport de Artnet du 24 juillet 2014.
  21. Selon le Figaro du 20 décembre 2010, in Le marché de l'art retrouve le sourire de Beatrice de Rochebouet, l'enchère moyenne des deux millions d'objets vendus par les 580 commissaire-priseurs français est de 100 euros, alors que l'achat sur internet ne dépasserait pas 50 euros.
  22. cf. prix moyen chez Drouot
  23. prix moyen chez Sotheby's France
  24. (en) Hedge fund sees art as exotic asset class, Financial Times, 15 juin 2007
  25. [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Quemin, Le rôle des pays prescripteurs sur le marché et dans le monde de l'art contemporain, Rapport au ministère des Affaires étrangères, juin 2001
  • Alain Quemin, Les commissaires-priseurs. La mutation d'une profession, Anthropos/Economica, 1997
  • Francis Haskell : Mécènes et peintres, Gallimard, 1991 (Édition originale de 1963 Patrons and painters)
  • Emmanuel Hoog & Michel Hoog, Le Marché de l'Art, PUF, 1995
  • Yann Kerlau, Chercheurs d'Art : les marchands d'arts hier et aujourd'hui, Flammarion, 2014
  • Raymonde Moulin, Le marché de l'art : Mondialisation et nouvelles technologies, Flammarion, 2003
  • Dominique Sagot-Duvauroux & Nathalie Moureau, Le marché de l'art contemporain, La Découverte, 2006

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]