Marcellin Jobard

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Marcellin Jobard

Description de l'image  Portrait JBAM Jobard.jpg.
Naissance
Baissey, France
Décès (à 69 ans)
Bruxelles, Belgique
Nationalité Belgique Belge
Profession Lithographe, Photographe, Inventeur, Journaliste

Marcellin Jobard17 mai 1792 à Baissey - † 27 octobre 1861 à Bruxelles) est un lithographe, photographe et inventeur belge d'origine française. Fondateur du premier établissement lithographique belge important, premier photographe belge, le 16 septembre 1839, directeur du Musée de l'Industrie de Bruxelles de 1841 à 1861, Marcellin Jobard a joué un rôle aujourd'hui méconnu dans le développement artistique, scientifique, technologique et industriel de la Belgique pendant la période hollandaise et sous le règne de Léopold Ier.

Enfance[modifier | modifier le code]

Marcellin Jobard, dont le prénom complet est Jean-Baptiste-Ambroise-Marcellin, est né à Baissey, en Haute-Marne (France). Son père, Claude Jobard, est cultivateur puis rentier et maire de Baissey pendant trente ans. Auteur de poésies, il habite une maison au pied d'un coteau, sur lequel il possède deux jardins et un vignoble. Il a épousé Marguerite Prudent, fille du prévôt de ce village.

Études[modifier | modifier le code]

Marcellin Jobard passe six ou sept ans à Langres, dans le collège qu'avait fréquenté Denis Diderot, puis poursuit ses études au Lycée impérial de Dijon, ville où il suit des cours de Joseph Jacotot.

Biographie[modifier | modifier le code]

Géomètre du cadastre aux Pays-Bas sous l’Empire puis sous la Restauration, il y obtient la grande naturalisation et devient citoyen des Pays-Bas. Ayant entendu parler de la lithographie, il donne sa démission du cadastre et s'installe à Bruxelles où sa présence est attestée en 1819. Son premier travail est l'illustration des Annales générales des Sciences physiques, éditées par l'imprimeur Weissenbruch, sous la direction scientifique de Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, Pierre Auguste Joseph Drapiez et Jean-Baptiste Van Mons. Jobard fonde en 1820 à Bruxelles un important établissement lithographique, où il engage Jean-Baptiste Madou.

L'édification du lion de Waterloo en 1825. Gravure de Jobard d'après un dessin de Bertrand.

En 1827, Jobard utilise la lithographie pour l'impression de hiéroglyphes dans la revue "Le Manneken", dont il est l'éditeur.

La Société d'encouragement pour l'industrie nationale (Paris) ayant ouvert, en 1828, un concours entre les lithographes de tous les pays pour récompenser ceux qui avaient fait faire les progrès les plus réels à leur art, Jobard a remporté la grande médaille d'or[1].

Après la Révolution de 1830, Jobard devient automatiquement citoyen belge. Son entreprise lithographique ayant fait faillite, il passe une année à Verviers où il s'initie aux questions industrielles. En 1832, il devient propagandiste du saint-simonisme en Belgique. Il se rend en 1833 en Angleterre, où il rencontre Charles Babbage, puis milite pour l’introduction du chemin de fer en Belgique. En 1837, il devint propriétaire de deux quotidiens, Le Fanal de l'Industrie et Le Courrier belge, où il publie une rubrique Bulletin industriel. En 1841, il proposera dans son journal l'ajout de signes typographiques supplémentaires (dont un "point d'ironie"), qu'il utilise et appelle "signes typographiques émotionnels supplémentaires". On peut considérer ces signes comme des ancêtres des émoticônes et smileys.

En 1839, nommé commissaire du Gouvernement belge à Paris pour l'exposition des produits de l'industrie française, il y rencontre François Arago, Louis Daguerre, le baron Pierre-Armand Séguier et de nombreux savants et industriels. Il achète une chambre à daguerréotyper. De retour à Bruxelles, il réussit le 16 septembre un daguerréotype qui est la première photographie belge, une vue de la Place des Barricades à Bruxelles, suivie en octobre du premier portrait belge. Ces deux clichés sont malheureusement aujourd'hui perdus.

Il est nommé en 1841 Directeur du Musée Royal de l'Industrie à Bruxelles, où il développera des conceptions muséologiques qui répondent déjà aux exigences actuelles : conservation, inventaires, étude et vulgarisation.

Ingénieux et fantasque, Jobard a pris 73 brevets (éclairage, chauffage, alimentation, locomotion, balistique…). Il est en contact avec le missionnaire Laurent Imbert, alors en Chine, au sujet d'un système de forage inventé par les Chinois. Il perfectionne le procédé et prend un brevet le 18 juillet 1829[2].

Il fonde en 1850 l'Office des brevets, bureau de courtage pour aider les inventeurs à prendre des brevets et défendre leurs inventions. Ayant publié de nombreux ouvrages et article sur la propriété industrielle, il est considéré aujourd’hui comme le plus grand défenseur du droit des idées au XIXe siècle.

Il met au point une théorie économique et sociale, qu'il appelle le Monautopole et définit ainsi : "de monos, seul, autos, soi-même et pôleô, trafic". Le monopole ancien était la concession, faite à un seul, d'un trafic appartenant à tous, injuste privilège émané du bon plaisir. Le Monautopole serait le droit naturel de disposer de soi et de ses œuvres, "juste récompense du travail, du talent et de l'esprit de suite". Ses écrits lui vaudront des félicitations du futur Napoléon III, Victor Hugo, Félicité Robert de Lamennais.

Il se passionne à la fin de sa vie pour le spiritisme et il semble que dans les dernières années, sa raison ait sombré. Il est enterré au Cimetière de Bruxelles.

Publications[modifier | modifier le code]

  • M. Jobard, « De la Propriété de la pensée et de la contrefaçon considérée comme droit d'aubaine et de détraction », extrait du Recueil de la Société Polytechnique, Versailles:Marlin, 1837 (In-8° , 63 p.) lire en ligne.
  • J.B.A.M. Jobard, Création de la propriété intellectuelle : de la nécessité et des moyens d'organiser l'industrie, de moraliser le commerce et de discipliner la concurrence, Bruxelles: C. J. de Mat, 1843 Lire en ligne.
  • J.B.A.M. Jobard, Nouvelle économie sociale ou Monautopole industriel, artistique, commercial et littéraire, fondé sur la pérennité des brevets d'invention, dessins, modèles et marques de fabrique, Paris, Mathias, Bruxelles, chez l'auteur, 1844 lire en ligne
  • J.B.A.M. Jobard, La Force, le capital et le droit, drame industriel, précédé d'une lettre à M. Wollowski sur la propriété intellectuelle, Bruxelles: Wouters, 1847 Lire en ligne.
  • Jobard Organisation rationnelle du travail. Dialogue entre le premier et le dernier ouvrier de la France, Paris, s.l.n.d (entre 1848 et 1852. L'auteur y expose ses vues sociales dans un dialogue imaginaire avec Louis Blanc) lire en ligne.
  • J.B.A.M. Jobard, Les nouvelles inventions aux Expositions universelles Bruxelles:Flatau, 1857-1858 2 volumes. Lire en ligne Tome 1, Tome 2.
  • J.B.A.M. Jobard, « La mémoire des yeux », méthode de dessin de mémoire, dans L'Industriel ou la Revue des Revues, Bruxelles, 1831. Voir en ligne Jobard, « Enseignement rapide du dessin » Les Beaux-Arts, revue nouvelle, tome 2, Paris, 1 janvier au 15 juin 1961, pp.76-78.

Honneurs et distinctions[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1996, Marcellin Jobard est l'un des 26 photographes belges mis à l'honneur au FotoMuseum Antwerpen (Musée de la Photographie à Anvers), lors de l'exposition Pioniers in Beeld.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Courrier des Pays-Bas, 3 décembre 1828
  2. Le Catholique des Pays-Bas, 1er août 1829.
  3. Cfr notice nécrologique, dans le Journal de Bruxelles, 31 octobre 1861.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • JOSEPH, Steven F. & SCHWILDEN, Tristan, "Un cadeau à l'Europe : naissance de la photographie en Belgique, in Bulletin trimestriel du Crédit Communal de Belgique, n° 168, 1989, p. 2-22".
  • JOSEPH, Steven F. & SCHWILDEN, Tristan, "Sunrise over Brussels: the First Year of Photography in Belgium", in History of Photography, 13, 1989, p. 355-368.
  • CLAES, Marie-Christine, "J.B.A.M. JOBARD (1792-1861), visionnaire de nouveaux rapports entre l'art et l'industrie, acteur privilégié des mutations de l'image en Belgique au XIXe siècle" (thèse de doctorat, université catholique de Louvain, 2006, inédite).
  • CLAES, Marie-Christine, "Marcellin Jobard, un visionnaire dévoré d’ambition humanitaire", in Science connection, 20, 2008, p. 20-23 ; "Marcellin Jobard, een visionnaire met humanitaire ambitie"; ibidem.
  • CLAES, Marie-Christine, "J.B.A.M. Jobard et le chauffage domestique en Belgique au milieu du XIXe siècle", in Cahiers de la Fonderie, Revue d’histoire sociale et industrielle de la Région bruxelloise, 35, 2006, p. 21-25.
  • CLAES, Marie-Christine, "Marcellin Jobard et le Musée de l’Industrie de Bruxelles", dans La Revue du Musée des Arts et Métiers, n° 51-52, Paris, décembre 2009, p. 42-53.
  • CLAES, Marie-Christine, "Marcellin Jobard e o Museu da Indústria de Bruxelas", dans Maria Eliza Linhares Borges (org.), Inovações, coleções, museus, Belo Horizonte, Autêntica Editora, 2011, p. 69-81.
  • CLAES, Marie-Christine, Autour de la Grammaire égyptienne de Champollion : Marcellin Jobard, Charles Motte et Jules Feuquières, utilisateurs de la lithographie pour l'impression des hiéroglyphes, dans Bulletin des Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, tome 82, 2011 [2013], p. 55-99.
  • Ceci est un point d'ironie, in Courrier international, n° 1210, 9-15 janvier 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]