Marcelino Sanz de Sautuola

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M. Sanz de Sautuola

Don Marcelino Sanz de Sautuola (né en 1831 et mort en 1888 à Santander) était un juriste et archéologue amateur espagnol. Son nom est associé à la découverte de la grotte ornée d'Altamira et à son identification comme l'une des plus importantes manifestations de l'art préhistorique.

La grotte d'Altamira était bien connue des habitants du lieu, mais on n'y avait pas attaché beaucoup d'importance jusqu'à ce qu'elle fût « découverte » en 1868 par le chasseur Modesto Peres. Sautuola commença alors à explorer cette caverne en 1875, sans faire attention toutefois aux peintures jusqu'en 1879, quand sa fille Maria, âgée de huit ans à l'époque, remarqua soudain que le plafond était couvert d'images de bisons (qu'elle prit pour des taureaux).

L'année précédente, à l'Exposition universelle de Paris, Sautuola avait vu des images semblables gravées sur des objets paléolithiques, il en déduisit fort justement que les peintures elles aussi pourraient dater de cette période. Il engagea donc un archéologue de l'Université de Madrid, le professeur Juan Vilanova y Piera, pour l'aider dans son nouveau travail. Celui-ci confirma les suppositions de Sautuola et les deux hommes publièrent en 1880 leurs résultats[1], qui furent bien accueillis par le public.

Mais le monde scientifique était peu disposé à accepter une telle ancienneté pour ces peintures. Les spécialistes français, sous l'influence de leur maître à penser Gabriel de Mortillet, rejetèrent de la façon la plus ferme l'hypothèse de Sautuola et de Piera. Leurs découvertes furent complètement ridiculisées au Congrès préhistorique qui se tint à Lisbonne en 1880. Du fait de la qualité artistique remarquable des peintures et de l'état exceptionnel de leur conservation, on alla jusqu'à accuser Sautuola d'être un faussaire. Un gentilhomme campagnard soutint même que les peintures avaient été réalisées par un artiste contemporain, sur les ordres de Sautuola.

Ce ne fut qu'en 1902, après que plusieurs autres découvertes de peintures préhistoriques (Font-de-Gaume, Les Combarelles, Marsoulas...) eurent rendu moins surprenante l'hypothèse d'une très grande ancienneté des peintures d'Altamira, que la société scientifique revint sur son opposition contre les Espagnols. Cette année-là l'éminent archéologue français Émile Cartailhac, qui avait été un des plus grands opposants, admit son erreur de façon retentissante dans un article célèbre, sous-titré « Mea-culpa d'un sceptique », publié dans le journal L'Anthropologie[2].

Mort 14 ans plus tôt, le 2 juin 1888, Sautuola ne put assister à sa réhabilitation, ni à la confirmation scientifique tardive de ses prémonitions. Les techniques de datation modernes ont confirmé depuis que les peintures de la grotte d'Altamira ont été réalisées au cours de longues périodes entre 13 500 et 15 500 ans av. J.-C., au Magdalénien ancien. Dans l'étude de l'art paléolithique, les découvertes de Sautuola occupent maintenant une place centrale.

La fille de Sautuola entra plus tard par mariage dans la famille Botín, appartenant à la bourgeoisie cantabrique. Les propriétaires actuels du Banco Santander Central Hispano sont les descendants de Sautuola.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Breves apuntes sobre algunos objetos prehistoricos de la provincia de Santander por Don Marcelino de Santuola. Real Academia de la Historia. 1880
  2. Émile Cartailhac, « La grotte d’Altamira, Espagne. Mea culpa d’un sceptique », L'Anthropologie, tome 13, 1902, p.348-354.

Sources[modifier | modifier le code]