Marcel Petiot

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Marcel Petiot
Information
Nom de naissance Marcel André Henri Félix Petiot
Surnom Docteur Petiot, Docteur Eugène
Naissance
Auxerre
Décès (à 49 ans)
Paris
Cause du décès Guillotiné
Condamnation 1946
Sentence Condamné à mort
Meurtres
Nombre de victimes De 27 (dont il est reconnu coupable) à 63 (selon lui)
Pays France
Arrestation

Marcel André Henri Félix Petiot, dit le docteur Petiot alias Wetterwald François, alias capitaine Valéry[1],[2], né le à Auxerre (Yonne) et guillotiné le à Paris, est un médecin français qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fut accusé de meurtres, après la découverte à son domicile parisien des restes de vingt-sept personnes.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né le à Auxerre, de Félix Irénée Petiot, 30 ans, employé des postes et télégraphes et de Marthe Marie Constance Joséphine Bourdon, 22 ans, mariés, domiciliés 100 rue de Paris à Auxerre[3]. Son oncle, Gaston Petiot, est professeur de philosophie au collège d'Auxerre.

Dès son enfance, il manifeste des signes de violence, allant jusqu'à tirer au revolver sur des chats ou à en étrangler un après lui avoir plongé les pattes dans l'eau bouillante[4]. Toutefois, il manifeste une grande intelligence – à cinq ans, il lit comme un enfant de dix ans –, et une forte précocité – il distribue des images obscènes en cours dès l'âge de huit ans.

Internée à Sainte-Anne pour une pathologie psychiatrique, sa mère meurt lorsqu'il a douze ans. Il est par la suite renvoyé de plusieurs écoles pour indiscipline. À dix-sept ans, il est arrêté pour vol. Il ne sera jamais condamné, un psychiatre l'ayant déclaré inapte à être jugé, estimant qu'il avait une personnalité que l'on qualifierait aujourd'hui de « bipolaire »[5], inadaptée socialement et anormale.

Enrôlé pendant la Première Guerre mondiale en 1916, il est blessé au pied d'un éclat de grenade six mois plus tard. Accusé de vol de couverture à l'hôpital où il est soigné, il fait un premier séjour à la prison militaire d'Orléans avant d'être transféré dans le service psychiatrique de l'hôpital de Fleury-les-Aubrais où les psychiatres le déclarent neurasthénique, déséquilibré mental, dépressif paranoïaque et sujet à des phobies. Il est tout de même renvoyé au front en 1918, blessé une nouvelle fois, et révoqué pour troubles psychiatriques. Les anciens combattants bénéficiant d'un accès facile aux études, il obtient son diplôme de médecine de la Faculté de Paris le 15 décembre 1921, avec mention très bien.

Villeneuve-sur-Yonne[modifier | modifier le code]

En 1922, il ouvre un cabinet médical à Villeneuve-sur-Yonne, où il devient rapidement populaire auprès des gens grâce, notamment, à des consultations et des vaccinations offertes aux indigents, mais il se fait également remarquer par ses tendances à la cleptomanie.

En 1926, la population découvre la liaison qu'il entretient avec la fille, Louisette, d'une de ses patientes. Peu de temps après, la maison de la jeune fille est incendiée, et elle-même disparaît sans laisser de traces. On retrouvera un corps décomposé et non identifiable. En supposant qu'il s'agissait d'elle, aucun lien avec le docteur Petiot ne peut être dégagé.

Élu maire de façon douteuse en juillet 1926, il épouse le 4 juin 1927 à Seignelay, Georgette Valentine Lablais[6], fille d'un commerçant propriétaire du restaurant parisien « Chez Marius », 5 rue de Bourgogne[7], notable de la ville. Rapidement, il est cité devant les tribunaux pour plusieurs délits : fausses déclarations d'assurance maladie, détournements de fonds, vol d'électricité. Il est finalement révoqué de ses fonctions de maire en 1931 et est élu conseiller général, avant d'être définitivement privé de tout mandat électif en 1933.

Dès ce moment, des disparitions inexpliquées commencent à susciter des rumeurs.

En 1933, Marcel Petiot signe le permis d’inhumer d'un témoin important dans une affaire de meurtre dans laquelle lui-même était impliqué, ce témoin étant mort brutalement après une visite dans son cabinet. Poursuivi par la justice pour divers délits, le docteur part la même année s'installer à Paris.

L'affaire Petiot[modifier | modifier le code]

Le cabinet macabre[modifier | modifier le code]

À son arrivée dans la capitale, Petiot ouvre un cabinet médical au no 66 rue de Caumartin au premier étage, situé au-dessus d'un magasin d'objets de piété.

En 1936, il est arrêté pour vol à l'étalage à la librairie Joseph Gibert, dans le Quartier latin. Il se justifiera devant les juges en disant qu'un « génie ne se préoccupe pas de basses choses matérielles ». Il échappe à la prison en se faisant reconnaître aliéné mental et est alors interné à la Maison de santé d'Ivry.

Après sa sortie, en mai 1941, il achète, en septembre 1941, un hôtel particulier, situé au no 21 rue Le Sueur, où vécut la comédienne Cécile Sorel ; détail piquant : c'est à la même époque que sort sur les écrans le premier film de Clouzot, L'assassin habite au 21. Petiot réalise dans cette demeure d'importants travaux : il fait surélever le mur mitoyen afin de barrer la vue de la cour et transforme les communs en cabinet médical. Lors de fouilles, la police découvrira une cave complètement aménagée, des doubles portes, une chambre à gaz dont la porte était équipée d'un judas pour regarder l'agonie de ses victimes, ainsi qu'un puits rempli de chaux vive.

À partir de 1942, il propose à des personnes menacées de poursuites par la Gestapo de les faire passer clandestinement en Argentine. Ces personnes sont invitées à se présenter de nuit rue Le Sueur munies d'une valise contenant bijoux, numéraires, argenterie… Sous le nom de « docteur Eugène », il organise ainsi un réseau et recrute des rabatteurs : un coiffeur, Raoul Fourrier, et un artiste de music-hall, Edmond Pintard. Les prétendants au voyage disparaîtront mystérieusement, et aucun d'eux n'atteindra l'Amérique du Sud, pas même Yvan Dreyfus, prisonnier envoyé par la Gestapo pour infiltrer le réseau du docteur.

Le premier à disparaître est Joachim Guschinow, un voisin de Petiot qui aurait apporté avec lui l'équivalent de 300 000 euros en diamants. Visant d'abord les personnes seules, il s'en prend bientôt à des familles entières, proposant des « tarifs de groupe ». Les victimes sont essentiellement des juifs, mais on trouve aussi parmi elles des malfrats, désireux de se mettre « au vert ». Parallèlement aux disparitions de ces gens fuyant la France, d'autres personnes présentant des risques de dénonciation et étant en relation avec le docteur finissent aussi par s'évanouir dans la nature.

Les services allemands découvrent le réseau grâce à un second indicateur, un Français du nom de Beretta. Petiot est alors arrêté et torturé pendant huit mois à la prison de Fresnes, mais il ne dira jamais rien. Et pour cause : il n'a aucun lien avec la Résistance. Libéré faute de preuves, le 13 janvier 1944, puis il décide de faire disparaître les indices compromettants, jugeant que cela devient trop dangereux pour lui.

L'horrible découverte[modifier | modifier le code]

Le [8], les pompiers sont alertés par des voisins incommodés depuis plusieurs jours par les odeurs s'échappant d'une cheminée de l'immeuble de la rue Le Sueur. Après avoir appelé Petiot chez lui et vainement attendu son arrivée, ils fracturent une fenêtre et pénètrent dans l'immeuble. Ils sont vite alertés par l'odeur et le ronflement d'une chaudière et, descendant dans la cave, découvrent des corps humains dépecés, prêts à être incinérés. Arrive alors Petiot qui, se faisant passer pour son frère, constate la situation et quitte la scène des crimes. Une autre version raconte que, présent, il se justifia en affirmant que tous les corps étaient les cadavres de nazis qu'il avait tués lui-même, mystifiant ainsi les policiers qui le laissent partir... Toujours est-il qu'il se volatilise.

Lors de perquisitions, on découvrira une chambre à gaz[9], une fosse de chaux vive et un débarras avec une cinquantaine de valises et 655 kilos d'objets divers, parmi lesquels un pyjama d'enfant qui sera reconnu comme étant celui du petit René Kneller, disparu avec ses parents[10].

Arrestation et procès[modifier | modifier le code]

En fuite de nouveau, Petiot s'engage dans les Forces françaises de l'intérieur sous le nom de « Capitaine Valéry ». Devenu capitaine, il est affecté à la caserne de Reuilly. À la Libération, un mandat à son nom est publié, mais Petiot reste introuvable.

En septembre 1944, Jacques Yonnet publie dans Résistance un article titré « Petiot, soldat du Reich ». Ce n'est qu'à ce moment que le docteur commet une imprudence. Sa mégalomanie prend le dessus : il se fend d'un droit de réponse et écrit une lettre manuscrite au journal. La police en déduit qu'il est toujours caché à Paris au sein même de la Résistance française. Il est arrêté le dans une station de métro.

Jugé du 18 mars au pour vingt-sept assassinats, il en revendique soixante-trois lors de son procès. Il se défend en proclamant qu'il s'agit de cadavres de collaborateurs et d'Allemands et proclamera jusqu'au bout avoir tué « pour la France ». Toutefois, il reste incapable d'expliquer comment un pyjama d'enfant s'est retrouvé dans les affaires dérobées à ses victimes, ni comment des innocents attestés faisaient partie des corps retrouvés.

Malgré une plaidoirie longue de six heures de son avocat, maître René Floriot, Petiot est condamné à mort. Le , il est guillotiné à la prison de la Santé, dans le 14e arrondissement, à Paris (même si en marge de son acte de naissance, il est stipulé : « décédé le 25. 5.46 Paris 18e »[11]), des œuvres du bourreau Jules-Henri Desfourneaux. À l'avocat général qui venant le réveiller pour l'exécution lui lance: « Ayez du courage, Petiot c'est l'heure », Petiot rétorque : « Tu me fais chier. » Puis, plus tard, devant la guillotine, il dit : « Ça ne va pas être beau ». Au magistrat qui lui demande, au moment d'aller au supplice, s'il a quelque chose à déclarer, il répond : « Je suis un voyageur qui emporte ses bagages. » D'après les témoins, il meurt un sourire aux lèvres[12].

Nul ne sut jamais ce qu'il advint de la fortune qu'il amassa avec son prétendu réseau. Selon certaines estimations, les sommes détournées auraient atteint l'équivalent de 30 millions d'euros.

Petiot dans les œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Nury (scénario), Vallée (dessin), Il était une fois en France, Paris, Glénat, 2007-2012. – Personnage secondaire dans les tomes 2, Le Vol noir des corbeaux (2008), et 3, Honneur et Police (2009).

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.atlantico.fr/decryptage/maurice-petiot-vie-crimes-arrestation-guillotine-123275.html
  2. http://murderpedia.org/male.P/p/petiot-marcel-photos-1.htm
  3. http://archivesenligne.yonne-archives.fr/archives/visu/2355/1/daogrp/0/layout:table/idsearch:RECH_c968b2c9ed2cc642a7fd72f5462a692c
  4. Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du Crime, Plon,‎ 2013, p. 421
  5. (en) Kenneth Gibson, Killer Doctors, Neil Wilson Publishing,‎ 2013, p. 168
  6. émargement sur son acte de naissance
  7. http://tueursenserie.wifeo.com/marcel-petiot.php
  8. David King, Death in the City of Light : The Serial Killer of Nazi-Occupied Paris, Kindle, 2011, « Preface ».
  9. Alain Bauer, Christophe Soullez, Une histoire criminelle de la France, Odile Jacob,‎ 2012, p. 141
  10. Guy Penaud, L'inspecteur Pierre Bonny. Le policier déchu de la gestapo française du 93, rue Lauriston, Harmattan,‎ 2011, p. 192
  11. http://archivesenligne.yonne-archives.fr/archives/visu/2355/1/daogrp/0/layout:table/idsearch:RECH_c968b2c9ed2cc642a7fd72f5462a692c
  12. « Les grands crimes du XXe siècle : Docteur Petiot », 06/08/09, France-Soir.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Massui, Le Cas du Dr. Petiot, Bruxelles, EDC, 1944. – Ouvrage publié du vivant de Petiot.
  • Marcel Petiot, Le Hasard vaincu..., Paris, R. Amiard, 1946. – Ouvrage sur les jeux de hasard qui aurait été écrit par Petiot lors de sa détention.
  • René Nézondet, Petiot le Possédé, Paris, Impr. Express, 1950, 224 p. – L'auteur, Nézondet, avait été capturé par la Gestapo en même temps que Petiot.
  • Jacques Perry et Jane Chabert, L'Affaire Petiot, Paris, Gallimard, coll. « L'Air du temps », 1951, 303 p. – Réédité au moins six fois.
  • Claude Barret, L'Affaire Petiot. Le crime ne paie pas, Paris, Gallimard, 1958, 192 p.
  • Alain Decaux, Les Assassins, Paris, Perrin, 1986.
  • Paul Gordeaux, Le Docteur Petiot, Genève, Minerva - Paris, J'ai lu, coll. « Le crime ne paie pas », 1970, 128 p.
  • Jean-Marc Varaut, L'Abominable Docteur Petiot, Paris, Balland, 1974, 275 p. + 8 p. d'ill.
  • René Tavernier, Alors rôdait dans l'ombre le docteur Petiot, Paris, Presses de la Cité, 1974, 249 p. + 4 p. d'ill.
  • Alomée Planel, Docteur Satan ou l'Affaire Petiot, Paris, Robert Laffont, coll. « Les Ombres de l'histoire », 1977, 421 p.
  • (en) John V. Grombach, The Great Liquidator, Doubleday, 1980.
  • Marcel Jullian : Le Mystère Petiot (collab. J. Floran, M. L. Staib, J. Vercken et Ch. Meyer), Monte-Carlo, Éditions no 1, coll. « Les Grandes Enquêtes d'Europe 1, no 2 », 1980, 205 p. + 12 p. de planches.
  • Jean-François Dominique, L'Affaire Petiot : médecin marron, gestapiste, guillotiné pour au moins vingt-sept assassinats, Paris, Ramsay, 1980, 260 p.
  • Jacques Sigot, 1946, le procès de Marcel Petiot : le bon docteur de la rue Le Sueur, Montreuil-Bellay, CMD, 1995, 76 p.
  • Frédérique Césaire, L'Affaire Petiot, 2006 (ISBN 2-7328-4360-1).
  • (en) David King, Death in the City of Light : The Serial Killer of Nazi-Occupied Paris, Kindle, 2011.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Films d'actualités[modifier | modifier le code]

Autres documents[modifier | modifier le code]