Marc Tiffeneau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le chimiste. Pour son fils, le physiologiste, voir Robert Tiffeneau.

Marc Tiffeneau

Naissance 5 novembre 1873
Mouy, Oise (France)
Décès 20 mai 1945 (à 71 ans)
Paris (France)
Nationalité Drapeau de France Français
Champs Chimie
Pharmacologie
Médecine
Institutions Académie de médecine
Académie des sciences
École de pharmacie
Hôpitaux de Paris
Faculté de médecine de Paris
Société de pharmacie de Paris
Société chimique de France
Diplôme École de pharmacie
Faculté des sciences
Faculté de médecine
Renommé pour ses travaux sur les transpositions moléculaires
Distinctions Prix Jecker (1911 et 1923)

Compléments

Père de Robert Tiffeneau
Beau-frère d'Ernest Fourneau

Marc Tiffeneau est un chimiste, pharmacologue et médecin français, né en 1873 et mort en 1945, surtout connu pour ses travaux sur les transpositions moléculaires. Il a donné son nom à la réaction de Tiffeneau-Demjanov.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marc Émile Pierre Adolphe Tiffeneau est né à Mouy, dans l’Oise, le 5 novembre 1873, de François-Guillaume Tiffeneau, marchand de nouveautés et confections à Mouy, et de Louise Voidier.

Interne au pensionnat Saint-Joseph à Pont-Sainte-Maxence chez les Frères maristes, bachelier en 1889, Marc Tiffeneau entre comme stagiaire à la pharmacie Frigaux de Pont-Sainte-Maxence. L’année suivante, il est accueilli par Pierre Vigier dans son officine de la rue du Bac à Paris. En 1891, il obtient la deuxième partie de son baccalauréat et, ayant également réussi à son examen de validation de stage, il intègre l’École de pharmacie en 1892. Il y suit le cours libre d’Auguste Béhal selon la théorie et la notation atomiques. C’est alors qu’il se lie d’amitié avec Ernest Fourneau, dont il épousera l’une des sœurs et avec lequel, en 1903, il fondera le groupement « La Molécule ».

En 1893, reçu au concours de l’internat des hôpitaux de Paris, Tiffeneau est nommé à l’hôpital Ricord[n 1] où il travaille sous la direction de Béhal et où il retrouve en salle de garde Amand Valeur[1], Edmond Blaise, Alexandre Desgrez. En 1895, il est promu préparateur aux travaux pratiques de l'École de pharmacie. Admis au concours des asiles de la Seine en 1897, il devient interne à l’hôpital Sainte-Anne. Il obtient son diplôme de pharmacien en 1899. Reçu pharmacien des hôpitaux de Paris en 1904, il est affecté à la direction du service pharmaceutique de l’hôpital Bretonneau, puis de l’hôpital Boucicaut. Enfin, il est promu pharmacien-chef de l’Hôtel-Dieu, fonction qu’il exercera de 1927 à 1937.

En 1907, Tiffeneau soutient sa thèse de doctorat en sciences sur « les carbures benzéniques à chaîne latérale pseudo-allylique, étude de quelques migrations moléculaires » et, en 1910, sa thèse de doctorat en médecine porte sur « quelques alcaloïdes voisins de l’hordénine et de l’adrénaline ». Agrégé de la faculté de médecine la même année, il commence à enseigner la pharmacologie. De 1924 à 1926, il donne un cours de chimie au département des sciences physiques, chimiques et naturelles (PCN) de la faculté des sciences. En 1927, il est nommé professeur de pharmacodynamie à la faculté de médecine. Pendant quatorze ans, il continuera d’enseigner la pharmacologie, la matière médicale et la chimie thérapeutique.

Tiffeneau s’intéresse à l’histoire des sciences : il publie des ouvrages sur Charles Gerhardt et sur Jean-Baptiste Dumas. En mélomane averti, il lit les partitions à livre ouvert, il chante avec une voix de ténor et, grand admirateur de Wagner, « pour se rendre à Bayreuth, lorsqu’il [est] interne, il [met] en gage sa médaille d’or et [part] pour Bayreuth sac au dos[2] ». Là-bas, par la suite, chaque année, il retrouve Jean Cantacuzène[n 2], Auguste Marie[n 3], Henri Delacroix. Grand voyageur enfin, Tiffeneau parcourt l’Europe et les deux Amériques, tant par goût et par curiosité personnels que par intérêt et par devoir professionnels, pour dispenser son savoir et rencontrer des savants étrangers. Sa fin est brutale. Il s’apprête à monter dans le train pour Londres afin d’y rejoindre des collègues de la Société des Nations avec lesquels il travaille à la Pharmacopée internationale, lorsqu’il meurt foudroyé, le 20 mai 1945, dimanche de la Pentecôte, sur un quai de la gare du Nord[3].

L’œuvre scientifique[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne l’œuvre scientifique, il faut associer le nom de Tiffeneau à ceux de son condisciple Fourneau et de leur maître Béhal. Ce dernier initie les deux étudiants aux théories nouvelles et signera avec Tiffeneau de nombreux travaux. Quant au premier, il devient le camarade d'étude, l'ami, le beau-frère et le collaborateur de Tiffeneau. Tous deux appartiennent à cette génération de chercheurs qui vont renouveler les méthodes de la chimie organique et ouvrir ainsi la voie de la chimiothérapie moderne, tant du point de vue théorique, par intérêt pour la structure atomique des molécules, que pratique, par souci de travailler de concert avec l'industrie. Fourneau et Tiffeneau assistent ensemble avec enthousiasme au cours libre de Béhal sur la théorie et la notation atomiques ; Fourneau commence sa carrière aux établissements Poulenc frères et Tiffeneau débute la sienne dans le laboratoire des Fabriques de produits de chimie organique de Laire[4]. Leur communauté de pensée se concrétise dans la Molécule, groupement de jeunes chimistes fondé en 1903 par les deux camarades, auxquels se joignent Marcel Delépine, Edmond Blaise, Amand Valeur, Marcel Sommelet[n 4] et, par la suite, des industriels comme Camille Poulenc[n 5], Francis Billon[n 6] ou François Albert-Buisson. La Molécule contribuera à résoudre les difficultés rencontrées par la Société chimique de France après la guerre de 1914[5].

L’œuvre de Tiffeneau touche aux domaines les plus divers de la chimie organique pure et de la chimie organique appliquée à la pharmacologie et à la pathologie.

En chimie pure, Tiffeneau a travaillé toute sa vie sur les transpositions moléculaires, c’est-à-dire sur les déplacements d’atomes ou de groupements d’atomes à l’intérieur d’une molécule. Il a répertorié, classé et coordonné ces migrations, appliquant les résultats de ses recherches à l’étude des relations entre la constitution des molécules et leurs propriétés. Ses apports dans ce domaine sont d’un nombre et d’une importance considérables. Il a notamment donné son nom à une variation du réarrangement de Demjanov (en) découvert par le chimiste russe Nikolai Demjanov (en) : le réarrangement de Tiffeneau-Demjanov (en)[6]. Il s'agit d'une réaction entre un 1-aminométhyl-cycloalcanol et de l'acide nitrique pour donner une cétone cyclique.

The Tiffeneau-Demjanov rearrangement

En chimie pharmacologique et en pharmacodynamie, Tiffeneau a étudié les hypnotiques (acides barbituriques, glycols, uréides bromés, etc.), les anesthésiques généraux et locaux[n 7], les amines analeptiques et sympathomimétiques. Tant par la transformation d’alcaloïdes naturels, dont la nicotine, que par la synthèse d’alcaloïdes nouveaux, principalement dans les séries de l’hordénine et de l’adrénaline, il a contribué à la mise au point de nombreux médicaments. Il en a d’autre part identifié et contrôlé beaucoup d’autres. Ses études de chimie pathologique ont porté principalement, mais non exclusivement, sur la métabolisation du chloralose et sur la toxicité de la tuberculine.

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Sociétés et académies[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Travaux originaux

Une liste chronologique des travaux originaux publiés par M. Tiffeneau a été dressée par Ernest Fourneau[7].

Travaux de synthèse
  • 1923 : Le Système nerveux autonome, sympathique et parasympathique, 1re partie[n 8].
  • 1924 : Abrégé de pharmacologie.
  • 1927 : Leçon d'ouverture, chaire de pharmacologie de la faculté de médecine, 18 janvier.
  • 1934 : préface à Albert Berthelot, André Romain Prévot et Georges Karl (trad.), Les Amines biologiques[n 9] (OCLC 490487395).
  • 1939 : La Diurèse et les Diurétiques, rapport présenté au Congrès de la diurèse, Vittel, 27-29 mai.
  • 1940 : Vade-mecum de médecine pratique.
  • Participation majeure à la Pharmacopée internationale.
Ouvrages et articles historiques et biographiques
  • 1917 : « Le Centenaire de Charles Gerhardt : Charles Gerhardt et la Revue scientifique du Dr. Quesneville », Le Moniteur scientifique, G. Quesneville, 5e série, vol. 7, no 1,‎ 1917, p. 5 et suiv. (lien OCLC?).
  • 1918-1925 : Correspondance de Charles Gerhardt, t. 1 et 2 : Laurent et Gerhardt, et Gerhardt et les Savants français, 1842-1856, Paris, Masson,‎ 1917 et 1925, 366 et 322 p. (lien OCLC?).
  • 1934 : « Notice nécrologique de M. Jean Cantacuzène (de Bucarest), associé étranger », Bull. Ac. nat. méd., vol. 111, no 24,‎ mai 1934, p. 885-904 (ISSN 0001-4079, lire en ligne).
  • 1934 : Jean-Baptiste Dumas (1800-1884), Laboratoires G. Beytout, 18 p.
  • 1938 : Le Pérou et la France : Conférence faite à la Sorbonne.

Sur Marc Tiffeneau[modifier | modifier le code]

Sources principales
Voir aussi
  • Patrice Boussel, « Vingt-cinquième anniversaire de la mort de Marc Tiffeneau », Le Moniteur des pharmaciens,‎ 10 septembre 1970.
  • Paul Carnot, « Nécrologie : Le Pr Marc Tiffeneau : 1873-1945 », Paris médical : La Semaine du clinicien, no 130,‎ 30 mai 1945, p. 113 (lire en ligne).
  • René Hazard, « Marc Tiffeneau : 1873-1945 », dans Figures pharmaceutiques françaises : Notes historiques et Portraits 1803-1953, Paris, Masson et Cie,‎ 1953, p. 251-256.
  • (en) Alex McKenzie, « Prof. Marc Tiffeneau », Nature, vol. 156,‎ 1er décembre 1945, p. 656-657 (ISSN 0028-0836, lien DOI?).
  • Marc Tiffeneau, Titres et travaux scientifiques, Paris, Masson,‎ 1939.
  • Marcel Delépine, « Notice nécrologique sur M. Marc Tiffeneau (1873-1945) », Bulletin de l’Académie nationale de médecine, vol. 22,‎ 1945, p. 407-414 (lire en ligne).

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L’ancien hôpital du Midi, renommé hôpital Ricord en 1893, sera intégré à l’hôpital Cochin en 1902.
  2. Médecin et biologiste roumain (1863-1934), fondateur de l'Institut des sérums et vaccins de Bucarest.
  3. Psychiatre (1865-1934), élève de Charcot.
  4. Chimiste et pharmacologue (1877-1952), professeur agrégé de l'École de pharmacie (1914), pharmacien-chef de l'hôpital Bichat, puis de l'hôpital Cochin (1928-1942), auteur, parmi d'autres nombreuses synthèses, de la réaction de Sommelet et du réarrangement de Sommelet-Hauser.
  5. Chimiste et pharmacologue (1864-1942), cofondateur des établissements du même nom.
  6. Chimiste (1866-1930), responsable des activités pharmaceutiques chez Poulenc frères.
  7. Ses premières recherches dans ce domaine ont abouti à la découverte de la Stovaïne, premier anesthésique local de synthèse.
  8. Traduction de (en) John Newport Langley, The Autonomic Nervous System, t. 1, Cambridge, W. Heffer & Sons,‎ 1921 (lire en ligne).
  9. Édition française annotée et adaptée de (de) Markus Guggenheim (éd.), Die biogenen Amine und ihre Bedeutung für die Physiologie und Pathologie des pflanzlichen und tierischen Stoffwechsels, Berlin, J. Springer.,‎ 1924 (1re éd. 1920)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Delépine, 1945, p. 408.
  2. Roussy, 1945.
  3. Roussy, 1945.
  4. Blondel, 2007, p. 513.
  5. Fourneau, 1948, p. 906.
  6. Marc Tiffeneau, Paul Weill et Bianca Tchoubar, « Isomérisation de l'oxyde de méthylène cyclohexane en hexahydrobenzaldéhyde et désamination de l'aminoalcool correspondant en cycloheptanone », C.R. Hebd. Seances Acad. Sci., vol. 205,‎ 1937, p. 54-56 (ISSN 0001-4036, lire en ligne).
  7. Fourneau, 1948, p. 921-931.