Marc Fievet

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Marc Fievet

Marc François Xavier Jean Philippe Fievet (21 septembre 1944, Cambrai, France) a été un aviseur des douanes françaises, inscrit sous le matricule « NS 55 DNRED ». Il est surtout connu pour ses actions d'infiltration qui ont fait tomber d'importants narcotrafiquants de la mafia. Il a purgé plus de dix ans de prison (3 888 jours) en Espagne, en Angleterre, au Canada et en France, trahi par les gens qui l'employaient.

En 1993, il infiltre, pour le compte des autorités douanières françaises, un important réseau mafieux italien dirigé par Claudio Pasquale Locatelli[1].

Les autorités anglaises et canadiennes arraisonnent deux de ses bateaux, le Poseidon et le Pacifico. Il est alors incarcéré en 1994 en Espagne pour trafic de stupéfiants. Trois ans plus tard, après un détour par l'Angleterre, c'est au tour du Canada de le condamner, cette fois à perpétuité.

Le 26 mai 2005, il est libéré en conditionnelle par la justice française [2].

Marc Fievet a plaidé coupable des charges qui pesaient sur lui au Canada sur les « conseils » des autorités françaises lui garantissant en échange sa libération dès son retour sur le territoire français. Mais, lors de son retour en France en 1998, les promesses faites par Christian Gatard, directeur des douanes de Marseille, et Bernard Roux, attaché douanier à l'ambassade de Washington, D.C., émissaires de la Direction générale des douanes françaises lorsqu'ils ont rencontré Marc Fievet au pénitencier canadien de Renoux au Nouveau Brunswick n'ont jamais été tenues. Les directeurs généraux Pierre Mathieu Duhamel et François Auvigne, Inspecteur général des Finances, refuseront d'assurer la continuité du service de l'État, laissant Marc Fievet en prison et trahiront ainsi la parole de l'État. François Auvigne signifiera à Jean Puons, directeur de la DNRED, qu'il ne voulait plus entendre parler de cette affaire. De plus, la justice française, en refusant sa libération, a prolongé son incarcération. En effet, s'il avait purgé sa peine au Canada, il aurait été libéré le 11 juin 2004 alors que sa libération effective en France ne le fut qu'onze mois plus tard. Sur ce sujet, le député français Arnaud Montebourg a déclaré, lors d'une émission de Tout le monde en parle : « La France doit des excuses à Marc Fievet et réparations… »[3].

Marc Fievet contre-attaque[modifier | modifier le code]

La situation est ubuesque, condamné au Canada à la prison à perpétuité pour trafic de drogue avant d'être transféré en France, où sa peine a été « réduite » en 1999 à vingt ans de prison, Marc Fievet, aviseur des douanes[4] — c'est-à-dire « indicateur » — a été « blanchi » par la justice française. L'agent NS55, soupçonné d'avoir importé plusieurs tonnes de cocaïne en Grande-Bretagne et au Canada, avait déposé plainte contre son administration pour « complicité de trafic de stupéfiants » et « subornation de témoin». Considéré comme l'un des meilleurs aviseurs de toute sa génération qui a permis l'arrestation de 97 trafiquants, adoubé par Michel Charasse, alors ministre du Budget, présenté à Jean-Dominique Comolli, le directeur général des douanes, qu'il rencontrera par la suite à la DG pour une réunion de travail sur les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre le narcotrafic en présence de Jean Henri Hoguet et Christian Gatard, il assure avoir été « lâché » par l'État français.

Michel Charasse qui avait porté plainte contre Marc Fievet pour diffamation suite aux propos tenus par Marc Fievet dans le journal Le Parisien --Charasse m'a laché--, a perdu en première instance et en appel. Tout en reconnaissant que les propos à l'égard de Michel Charasse étaient bien diffamatoires, la 17e chambre a relaxé Marc Fievet en lui reconnaissant « le bénéfice de la bonne foi ». Le tribunal a notamment motivé son jugement en soulignant la « légitimité » des critiques que l'ancien aviseur avait pu tenir à l'encontre de l'administration des douanes, coupable d'un « traitement à tout le moins aventureux - de l'agent NS 55 - au regard des conséquences pénales qui ont suivi »[5].

Le secret défense s'applique au dossier de Marc Fievet[6].

En 2013, il réclame à l'État 91 millions d'euros de préjudice correspondant à ses primes d'aviseur (rémunération jusqu'à un tiers de la valeur des biens saisis)[7].

La justice en désaccord avec l'administration[modifier | modifier le code]

La juge d'instruction parisienne, Sophie Clément a rendu le 16 mai 2006 un non-lieu : elle assure qu'il n'y a pas lieu de poursuivre quiconque pour complicité de trafic de drogue car « les investigations entreprises, les auditions réalisées, l'étude des documents figurant en procédure, ne permettent pas de caractériser à l'encontre de Marc Fievet les faits de trafic de stupéfiants. » Elle estime, par ailleurs, qu'il n'y a pas lieu non plus de poursuivre pour « subornation de témoins » le personnel des douanes, qui avait convaincu l'agent de plaider coupable dans le but d'obtenir une libération rapide après son transfert en France, car il ne pouvait imaginer que cet engagement ne serait pas suivi d'effet après l'arrivée du nouveau directeur des douanes ». Marc Fievet qui a passé onze ans en prison, dont huit en France, estime que les douanes ne l'ont pas « couvert » lors de son arrestation. L'administration assure, elle, que l'agent NS55 aurait caché des opérations « intermédiaires ». Une version démentie par l'instruction. L'ancien directeur de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), Jean Henri Hoguet, a affirmé à la juge qu'il n'avait « jamais entendu la DNRED dire que ce dernier avait tenté de faire du trafic pour son propre compte ».

Il confirme que plusieurs responsables des douanes sont allés rendre visite à Marc Fievet en Espagne, puis en Angleterre et au Canada : « On lui a dit de plaider coupable et qu'ensuite on le ferait rapatrier en France pour arranger les affaires », assure le haut fonctionnaire.

Cependant, Jean-Henri Hoguet assure qu'il s'est passé ensuite « quelque chose de tout à fait inhabituel » : le nouveau directeur général des douanes, qui ne connaissait pas l'affaire, devait intervenir auprès du ministre des Finances, qui devait lui-même avertir le ministère de la Justice pour tenter d'obtenir — via le parquet — sa remise en liberté. « Une peine symbolique, comme cinq ans avec sursis », précise l'ex patron de la DNRED. Une promesse faite à l'agent infiltré qui n'a jamais été tenue.

La situation a scandalisé M. Hoguet : « Si je suis sorti de ma réserve, c'est que je trouve inadmissible ce qui s'est passé (…). C'est la première fois que je rencontre un tel comportement qui fait que la continuité de l'État n'est pas assurée ou assumée ». Propos tenus à nouveau dans l'émission de Jacques Pradel sur RTL le 6 septembre 2013[8]. L'avocat de l'aviseur, Christophe Pech de Laclause, entend bien s'appuyer sur cette ordonnance pour relancer la procédure de révision du procès au Canada et engager la responsabilité de l'État français. Pendant ce temps, les tracas se sont poursuivis pour Fievet, puisque libéré en conditionnelle le 26 mai 2005, il ne devient réellement libre qu'en mai 2013.

L'« affaire Fievet » a été évoquée par un grand nombre de médias télévisés et de presse écrite français, et plus particulièrement dans les émissions d'investigation telles que Pièces à conviction (4 reportages diffusés en 2003[9], 2004, 2005, 2006)[10], Dossier Scheffer, Zone interdite. En 2005, les droits du livre L'Aviseur ont été achetés par le producteur Dimitri Rassam. Le film a été réalisé par Julien Leclercq en 2012 en Espagne et au Canada avec Abdel Raouf Dafri au scénario. L'avant-première s'est faite au festival du film d'Angoulême 2013 [11] et la sortie en salle a eu lieu le 11 septembre 2013 avec pour titre : Gibraltar.

De mai 2007 jusqu'en avril 2008, Marc Fievet a effectué un tour de France pour informer de la problématique « drogue » et sensibiliser les douaniers sur sa situation[12]. Ce « tour de France » a été suivi par une équipe de journalistes qui ont mis en ligne des infos et des images de ce « narcotour de France »[13].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'Aviseur, Éditions Michel Lafon, 2003
  • Marc Fievet et Olivier-Jourdan Roulot, Dans la peau d'un narco, HUGOdoc, 2007
  • Gibraltar, Éditions Michel Lafon, 2013
  • Marc Fievet et Olivier-Jourdan Roulot, Infiltré - Au cœur de la mafia, HUGOdoc, 2013

Adaptation[modifier | modifier le code]

L'histoire de Marc Fievet a été l'inspiration d'un film, Gibraltar (2013), réalisé par Julien Leclercq.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

L'INA met en ligne l'interview de Marc Fievet dans l'émission de Thierry Ardisson http://boutique.ina.fr/video/ardisson/tout-le-monde-en-parle/I09223048/interview-biographie-marc-fievet.fr.html