Marc André Raffalovich

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Le futur militant homosexuel Marc André Raffalovich (1864-1934) vers 1880

Marc-André Raffalovich ou Mark André Raffalovich (Paris, 1864 - 1934) est un journaliste, essayiste et poète de langue française, surtout connu pour ses études sur l'homosexualité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Raffalovich naquit dans le 8e arrondissement de Paris[1] le 11 septembre 1864 d'une riche famille de banquiers juifs d'Odessa qui avaient fui la Russie tsariste en 1863. Il est le fils d'Herman et Marie Raffalovich, et le frère de Arthur Raffalovitch[2] et de Sofie Raffalovitch, épouse de William O'Brien, homme politique irlandais. économiste et diplomate russe qui a joué un rôle centrale dans l'affaire Arthur Raffalovitch, scandale médiatico-financier des emprunts russes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Cosmopolite, poète et essayiste, suffisamment aisé pour ne pas avoir à travailler, il se partageait entre les cercles intellectuels de Paris et Londres.

En 1882, il partit pour l'Angleterre pour étudier à Oxford, mais il finit par s'installer à Londres. Il y ouvre en 1890 un salon que fréquentèrent des personnalités importantes, parmi lesquelles Oscar Wilde, avec qui il entretint un rapport d'amour-haine (la citation de Wilde est célèbre : "Pauvre Marc, il était venu à Londres ouvrir un salon et tout ce qu'il a réussi à faire c'est ouvrir un saloon"). C'est dans ce lieu que Raffalovich rencontra l'homme qui devint l'amour et le compagnon de sa vie, John Gray, personnage type du Londres mondain de l'époque, dont s'inspira Wilde lui-même pour son roman Le Portrait de Dorian Gray.

Publications sur l'homosexualité[modifier | modifier le code]

En 1894, Raffalovich commença à contribuer par ses essais et recensions sur le thème de homosexualité (qu'il préférait appeler « unisexualité ») aux Archives de l'anthropologie criminelle [1], prestigieuse revue dirigée par Alexandre Lacassagne à Lyon. En peu de temps, Raffalovich acquit une réputation d'expert sur le sujet, et certains des chercheurs européens les plus importants correspondirent ou polémiquèrent avec lui.

Son œuvre majeure sur le sujet fut publiée en 1896 : il s'agit d’Uranisme et unisexualité : étude sur différentes manifestations de l'instinct sexuel, qui s'étend sur plus de trois cent pages.

En 1897, toujours au sein des Annales de Lacassagne, il commença à publier les Annales de l'unisexualité, puis les Chroniques de l'unisexualité, avec le projet de synthétiser tout ce qui avait été imprimé sur l'homosexualité. Sa tentative ne réussit qu'en partie, puisqu'il ne parvint pas à analyser entre 1907 et 1909 toute la masse incroyable de matériels qu'il avait réussi à recueillir. Ces rubriques restent encore aujourd'hui une documentation de valeur sociologique.

La conversion au catholicisme[modifier | modifier le code]

En 1896, sous l'influence de John Gray, Raffalovich se convertit au catholicisme : à partir de ce moment-là, les parcours personnels des deux hommes suivirent un même chemin. Raffalovich finit par entrer dans le tiers ordre dominicain sous le nom de « Sébastien », pendant que Gray devenait prêtre, grâce notamment à la participation financière de Raffalovich puisqu'il paya ses études au séminaire.

Quand John Gray fut nommé prêtre à Édimbourg, Raffalovich participa non seulement aux frais de construction de la nouvelle église dont le bien-aimé Gray devait être le curé, mais il habitait à côté de celle-ci pour rester dans son voisinage. Ils restèrent ensemble jusqu'à leur mort, qui survint pour tous deux en 1934, et ils furent enterrés l'un à côté de l'autre.

Théories[modifier | modifier le code]

Si l'on regarde la chronologie de sa vie, on ne peut manquer de remarquer que 1896 est aussi bien l'année de publication d’Uranisme et unisexualité que celle de sa conversion. Cette concomitance eut une influence prépondérante sur son élaboration théorique ultérieure au sujet de l'homosexualité et la rendit à la fois originale et riche de contradictions.

D'une manière très « moderne », Raffalovich considère comme dépassé le modèle partagé en son époque (une sorte de concept de troisième sexe) et qu'il considérait l'homosexualité (ou mieux, l'unisexualité) comme une simple variante de la sexualité humaine : les homosexuels sont comme les hétérosexuels ; chastes et vertueux, ou débauchés et vicieux. Toutefois, il existe pour lui d'autres différences entre ces sexualités :

  • La première est entre l'« inverti inné » (catégorie à laquelle il estime manifestement appartenir) et l'« inverti acquis ». Seul le premier est digne de considération, il n'est pas coupable de ce qu'il est, tandis que le second, efféminé, est homosexuel non par nature profonde, mais par vice : il est donc porteur de désordre de par sa sexualité incontrôlée, et criminel dans ses comportements.
  • La deuxième ne repose pas tant dans la division entre « unisexuels » et hétérosexuels qu'entre vice et vertu : si le destin des hétérosexuels dans la société est de se marier et d'avoir des enfants ; pour l'unisexuel le destin auquel il est appelé est la chasteté. Ce n'est qu'en étant le maître absolu de ses propres pulsions et de ses propres désirs que l'homosexuel pourra trouver une place honorable parmi les êtres humains, sublimant ses pulsions dans l'art et dans l'amitié spirituelle, voire tout à fait mystique.

Ces points, qui comme on le voit sont fortement influencés par la morale catholique, restent des points fondamentaux de la pensée de Raffalovich.

Étant donnés ces prémisses, il était inévitable que Raffalovich entra en conflit avec le docteur Magnus Hirschfeld et le Comité scientifique humanitaire de Berlin, les plus pionniers allemands de ce qui allait devenir bien plus tard le « mouvement de libération gay ». Raffalovich en viendra à taxer tous les travaux recueillis par Hirschfeld de propagande en faveur de la « dissolution des mœurs » et il l'accusera de vouloir détruire des générations entières de jeunes, arrivant pour finir à soutenir la justesse du Paragraphe 175, en tant que frein à une dissolution morale complète.

Parti avec l'ambition de démontrer qu'il était possible de concilier une tendance personnelle homosexuelle avec la foi catholique, Raffalovich tente de démontrer l'exact contraire, devenant au fur et à mesure qu'il s'approche du catholicisme toujours davantage un détracteur et un ennemi juré de ce mouvement né à Berlin, dont il a été, à tort, considéré comme l'un des pionniers.

Il finit par sombrer dans le silence sur le sujet qui l'avait passionné pendant ses années intenses et fructueuses.

Après 1910, Raffalovich se consacra au mécénat d'artistes, il voyait quotidiennement John Gray, il anima un salon artistique à Édimbourg, et ne revint jamais plus sur le sujet qui l'avait rendu célèbre.

Œuvres de Marc André Raffalovich[modifier | modifier le code]

[Note : une grande partie des écrits non littéraires de Raffalovich est en ligne ; il ne s'agit cependant en aucun cas de pages html normales: tous les témoignages parus dans les "Archives d'anthropologie criminelle" (ici: AAC) sont mises en ligne sous forme de photographies.jpg de la seule page (sauf indication contraire).[pas clair]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cardon, Patrick, Discours littéraire et scientifique fin-de-siècle. La discussion sur les homosexualités – autour de Marc-André Raffalovich – dans la revue du Dr Lacassagne, Les Archives d'anthropologie criminelle(1886-1914), Orizons, 2008.
  • Cardon, Patrick, A homosexual militant at the beginning of the century: Marc Andre Raffalovich, "Journal of Homosexuality", XXV 1993 (1-2), pp. 183–191.
  • Cardon, Patrick, Discours littéraire et scientifiques fin de siècle : Les Archives d'Anthropologie Criminelle du Dr Lacassagne de Lyon, 1886-1914, Université de Provence, 1984.
  • Cardon, Patrick, Un pionnier de l'homoliberté. Avec Marc-André Raffalovich, l'homosexualité cessait d'être une inversion monstrueuse de l'hétérosexualité. Numéro 389 du 12 octobre 1989 du journal Gai Pied Hebdo (France)
  • McCormak, Jerusha Hull, The man who was Dorian Gray, St. Martin's Press, New York, 2000.
  • Rosario, Vernon, L'Irrésistible ascension du pervers, EPEL "les grands classiques de l'érotologie moderne", 2000 (chapitre 3).
  • Sewell, père Brocard (dir.), Two friends: John Gray and André Raffalovich: essays. Biographical and critical, Saint Albert's Press, Aylesford (Kent) 1963.
  • Sewell, père Brocard, Footnote to the Nineties: a memoir of John Gray and André Raffalovich, Cecil and Emilia Woolf, London 1968. ISBN 0-900821-01-9.

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 898 Acte de naissance sur le site des archives de Paris en ligne (p. 17/31).
  2. Généalogie de la famille Raffalovich

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]