Marc-Auguste Pictet

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Marc-Auguste Pictet

alt=Description de l'image Pictet Marc-Auguste.jpg.
Naissance 23 juillet 1752
Genève (Suisse)
Décès 19 avril 1825 (à 72 ans)
Genève (Suisse)
Nationalité Drapeau : Suisse suisse
Champs Astronomie
Institutions Académie de Genève
Renommé pour Deuxième directeur de Observatoire de Genève (1790-1819) ; fondateur de la Bibliothèque britannique (1796)

Marc-Auguste Pictet, né le 23 juillet 1752 à Genève et mort le 19 avril 1825 dans la même ville, est un physicien, météorologiste et astronome suisse. Thomas Jefferson écrira en 1801 que Pictet lui était connu « as standing foremost among the literati of Europe[1] ».

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Fils aîné de Charles Pictet de Cartigny, colonel au service de Hollande, et frère de Charles Pictet de Rochemont, Marc-Auguste entre à 14 ans à l’auditoire des belles-lettres de l’Académie de Genève. Il y étudie la philosophie, le droit, et prête son serment d’avocat devant le Petit Conseil[2] en 1774[3]. Sa véritable passion est cependant la science. Après un voyage de formation en Angleterre, il devient en 1776 l’assistant de l’astronome Jacques-André Mallet qui venait d’installer sur le premier observatoire de Genève, sur le bastion St-Antoine. Cette même année, il se marie avec Suzanne-Jeanne-Françoise Turrettini. Ils auront trois filles : Marianne (1777-1841), Caroline (1780-1841) et Albertine (1785-1834)[4].

Voyage autour du Mont-Blanc[modifier | modifier le code]

Passionné par la météorologie et l’alpinisme, Marc-Auguste Pictet travaille dès 1776 à des relevés météorologiques. Il participe ensuite en 1778 avec son ancien professeur et ami Horace-Bénédict de Saussure à une expédition autour du Mont-Blanc pendant laquelle ils gravissent le Buet (3 096 mètres). En combinant un relevé barométrique et un calcul trigonométrique, ils estiment l'altitude du Mont-Blanc à 4 775 mètres, un chiffre assez proche de la valeur actuelle (4810 m)[5],[6].

Carrière scientifique[modifier | modifier le code]

Marc-Auguste Pictet devient professeur de philosophie naturelle à l'Académie de Genève, en succession de son maître Horace-Bénédict de Saussure (1786)[7]. Outre cet enseignement académique, poursuivi jusqu'à sa mort en 1825, il donnait depuis 1784 des cours publics et payants de physique expérimentale qui furent très suivis (jusqu'à 80 à 120 auditeurs par année) ainsi que des cours de mécanique et de physique à l'usage des "artistes" (artisans) dans le cadre de la Société des Arts, puis du Muséum de Genève[8]. Très au fait de l'actualité scientifique de son temps, il fut, dès 1790, un partisan de la chimie de Lavoisier.

Outre ses activités pédagogiques et journalistiques, qui prendront de l'importance avec le lancement en 1796 de la Bibliothèque Britannique, il publia en 1790 un Essai sur le feu qui contenait notamment une démonstration expérimentale de la réflexion apparente du froid. Il publia également, pour le second volume des Voyages dans les Alpes de Saussure une Carte de la partie des Alpes qui avoisine le Mont-Blanc (1786) et fut l'auteur d'un Plan de Genève (1787).

Passionné de techniques, il entre en 1786 à la Société des Arts de Genève, et tente par ailleurs de mettre sur pied une manufacture de faïences fines sur le modèle anglais (1786-1796), une expérience industrielle qui se solde par un échec commercial cuisant. En tant que président du Comité de mécanique de la Société des Arts, il organise également à partir de 1790 des concours d'horlogerie. Il réalise également d'innombrables expertises techniques pour la Société des Arts, qu'il préside de 1799 à 1825. En 1791, il participe à la fondation de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, qui bénéficie grandement de son important réseau de correspondance[9]. Grâce à plusieurs voyages en Angleterre (1775-1776, 1787, 1798, 1801), Marc-Auguste Pictet est en effet bien introduit dans les milieux scientifiques anglais[10]. Il fréquente aussi les savants parisiens et a de nombreux correspondants en province, ainsi qu'en Italie et dans le reste de la Suisse.

En 1790, à la mort de Jacques-André Mallet, iI devient également directeur de facto de l’observatoire de Genève, une position qu'il conservera jusqu'à la nomination en 1819 de Jean-Alfred Gautier. Il dote l'établissement d'une station météorologique permanente, à partir de laquelle il développe différentes séries de relevés inédits. La coordination et la standardisation des relevés météorologiques restera un sujet de préoccupation permanent. Sa volonté d'élucider les mécanismes des précipitations atmosphériques le pousse à établir en 1817 une station météorologique d'altitude au Grand St-Bernard.

La Bibliothèque britannique[modifier | modifier le code]

En 1796, Marc-Auguste lance avec son frère et son ami Frédéric-Guillaume Maurice une revue scientifique, littéraire et économique : la Bibliothèque britannique. Le principe de la publication est le suivant : une sélection et une traduction en français des meilleurs articles scientifiques publiés en Angleterre. Charles Pictet s’occupe de la partie littéraire et agronomique alors que Marc-Auguste Pictet se charge de la partie Sciences et Arts. En 1816, le périodique prend le nom de Bibliothèque universelle et s’ouvre aux publications de l’Europe entière[11]. Cet organe est un outil de diffusion du savoir scientifique et technique, ainsi qu'un véhicule des valeurs d'émulation et de méritocratie, associées dans l'esprit de Pictet au développement de l'industrie et de l'agriculture scientifique. Vers la fin de sa vie, Pictet sera néanmoins effrayé par les conséquences sociales du développement industriel en Angleterre, en particulier la paupérisation des classes laborieuses sous l'effet du machinisme. Il s'efforcera, sans grand succès d'ailleurs, de mettre sur pied une association philanthropique pan-européenne: la "Société européenne du bien public" (1818-1819).

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Homme de compromis et politiquement modéré, Marc-Auguste est élu en 1782 au Conseil des Deux-Cents mais démissionne une année plus tard, ne voulant pas cautionner un gouvernement réactionnaire[12]. Après le triomphe de la Révolution à Genève, il est élu en 1793 avec son frère à l’Assemblée nationale nouvellement créée. Les abus du jacobinisme poussent cependant les deux frères à démissionner quelques mois plus tard. La France ayant annexée Genève, Marc-Auguste Pictet est élu membre du Tribunat le 27 mars 1802, où il tente vainement de plaider pour la liberté du commerce et pour la paix avec l'Angleterre. Il est néanmoins fait chevalier de la Légion d'honneur en 1804, devient inspecteur général de l'Université impériale (1808-1813), et fait chevalier de l’Empire en 1808. En 1810, il refuse de devenir recteur de l'Académie de Strasbourg et tombe dans une demi-disgrâce.

En 1815, Pictet est l'une des chevilles ouvrières de la fondation, à Genève, de la Société Helvétique des Sciences Naturelles. Il était lui-même correspondant de plusieurs académies étrangères, dont la Royal Society de Londres (1790), la Royal Society d'Edimbourg (1796) et l'Académie des Sciences de Paris (1802).

Postérité[modifier | modifier le code]

Depuis 1990 et tous les deux ans, est distribué un Prix Marc-Auguste Pictet par la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, destiné à un jeune chercheur dans le domaine de l’histoire des sciences, et également une médaille à son effigie que l’on décerne à un historien des sciences en reconnaissances de ses travaux[13]. Il existe également un cratère Pictet sur la lune.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Isaac Benguigui, Genève et ses savants : physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIIe et XIXe siècles, Genève, Slatkine, 2006, p. 79.
  2. Le gouvernement.
  3. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 271.
  4. Généalogie de la famille Pictet de Genève, Descendants de Pierre Pictet reçu bourgeois le 14 octobre 1474, Genève, Fondation des archives de la famille Pictet, 2010.
  5. Horace-Bénédict de Saussure, Voyages dans les Alpes : précédés d’un essai sur l’histoire naturelle des environs de Genève, Neuchâtel, 1779.
  6. Jean-Michel Pictet, Marc-Auguste Pictet et son baromètre du Mont-Blanc, Genève, Fondation des archives de la famille Pictet, 2009.
  7. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 273.
  8. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 286.
  9. Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l’Europe universelle, Genève, Slatkine, 1995, p. 104.
  10. Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet, 1474-1974, Genève, Braillard, 1974, p. 279.
  11. Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l’Europe universelle, Genève, Slatkine, 1995, p. 487.
  12. Isaac Benguigui, Genève et ses savants : physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIIe et XIXe siècles, Genève, Slatkine, 2006, p. 82.
  13. Isaac Benguigui, Genève et ses savants : physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIIe et XIXe siècles, Genève, Slatkine, 2006, p. 84.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Isaac Benguigui, Genève et ses savants : physiciens, mathématiciens et chimistes aux XVIIIe et XIXe siècles, Genève, Slatkine, 2006 (ISBN 9782832102350) (OCLC 77265992) 246 p.
  • Marc-Auguste Pictet, Correspondance : sciences et techniques, édité par René Sigrist, 4 t., Genève, Slatkine, 2004 (ISBN 9782051015226), (OCLC 36465979).
  • Jean Rilliet, Jean Cassaigneau, Marc-Auguste Pictet ou le rendez-vous de l’Europe universelle, 1752-1825, Genève, Slatkine, 1995 (ISBN 9782051013475) (OCLC 36520875) 784 p.
  • Jean-Michel Pictet, René Sigrist, "La Correspondance scientifique de Marc-Auguste Pictet (1752-1825)", In: Archives des sciences, Genève, Vol. 45 (1992).
  • David M. Bickerton, Marc-Auguste and Charles Pictet, the "Bibliothèque britannique" (1796-1815) and the dissemination of British literature and science on the Continent, Genève, Slatkine, 1986.
  • Jean-Daniel Candaux, Histoire de la famille Pictet 1474-1974, Genève, Braillard, 1974.

Liens externes[modifier | modifier le code]