Marc-Alain Ouaknin

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Marc-Alain Ouaknin, né le à Paris, est un philosophe, écrivain, qui a suivi des études rabbiniques. Fils du Grand-Rabbin Jacques Ouaknin, docteur en philosophie, Professeur des Universités (Associate Professor de l'université de Bar-Ilan), il travaille à commenter et à approfondir la pensée d'Emmanuel Levinas en la mettant en dialogue avec les textes de la pensée juive et en particulier avec les textes de la Kabbale et du hassidisme, ainsi qu'avec la psychanalyse et la phénoménologie de la religion.

Apports et travaux[modifier | modifier le code]

Des recherches interdisciplinaires[modifier | modifier le code]

Marc-Alain Ouaknin traite différents domaines, questions et thématiques dans un entrecroisement interdisciplinaire, des ponts permanents (qu’il appelle aussi Zeugma). Ces domaines sont la Bible, le Midrach et Talmud, la Kabbale et le Hassidisme, la théologie, la philosophie, la psychanalyse[1] et la littérature.

Les questions sont celles de l’histoire de l’écriture et de l’alphabet, du livre, du langage, de la lecture, de la traduction, de l’interprétation (l’herméneutique), de la transmission, de l’éducation[2], de la thérapie[3], de l’érotisme[4], de l’éthique et de l’humour.

Les thèmes, souvent dans un héritage directement lévinassien et plus particulièrement phénoménologique, sont: le renouvellement du sens, ou hidouch, le questionnement, le doute, l’athéisme, le dialogisme, l’hyperdialectique, la mémoire, la coalition des cultures, l’énigme du Tétragramme, l’identité herméneutique, le protosinaïtique, et l’amphibologie[5].

Connaître la Bibliothèque[modifier | modifier le code]

Dans ses ouvrages Ouaknin insiste sur le retour au savoir et la connaissance précise des textes, bibliques, midrachiques, talmudiques, kabbalistes et hassidiques.

Ouaknin insiste sur la différence entre le Midrach et le Talmud : Le Midrach est une exégèse directe. Le Talmud ne commence pas par citer un verset mais une loi, un rite. Et le travail du Talmud est précisément de rechercher sur quel verset s'appuie cette loi ou ce rite, pour en comprendre le sens. En résumé dans le Midrach on part du verset, dans le Talmud on retourne au(x) verset(s). Le Talmud, par l'analyse des sources scripturaires, cherche les fondement philosophiques de la loi, du rite[6].

Comprendre, et se comprendre[modifier | modifier le code]

Pour Ouaknin, l'érudition ne suffit pas. Sa démarche n'est pas de refuser le travail d'historien mais de le conjuguer avec une lecture créatrice, inventive et imaginative qui renouvelle le texte pour lui-même, et pour le sens nouveau qu'il peut offrir au lecteur. Comprendre Aristote, (Maïmonide, Hegel ou Rabbi Aquiva, ajoute Ouaknin), c'est redécouvrir les questions qu'ils se sont posées et mesurer en quel sens elles sont encore les nôtres.

Identité herméneutique[modifier | modifier le code]

Ouaknin rejoint la recherche herméneutique de Paul Ricoeur et sa dialectique de l'interprétation qui articule de manière dynamique l'explication (la dimension objective du texte, l'approche historique et philologique) et la compréhension (la dimension subjective et existentielle du texte). On peut rapprocher ces catégories herméneutiques de l'"explication" et de la "compréhension" des catégories talmudiques de "Pchat" et de "Drach", même si c'est beaucoup plus complexe.

Explication et compréhension ne s'excluent pas mutuellement. La transformation du lecteur par la lecture qui est une construction de soi et invention permanente de soi, que Ricoeur appelle identité narrative devient chez Ouaknin 'identité herméneutique[7] !

Le Livre brûlé[modifier | modifier le code]

Une partie des recherches de Marc-Alain Ouaknin est consacrée à Nahman de Bratslav. Rabbi Nahman introduit un « objet conceptuel », le Livre brûlé[8] , un livre qu'il écrit et brûle et qui n’existe aujourd‘hui que dans le vocable qui le nomme et les hypothèses infinies de son contenu[9] .

Auteur d’une œuvre philosophique audacieuse et novatrice entre théologie, mystique, exégèse et littérature, Rabbi Nahman révolutionne la pensée juive en introduisant un droit fondamental au questionnement et au doute qui autorise et légitime à la fois l’athéisme et la libre pensée tout autant que la foi la plus ardente toujours garantie par une vigilance critique des textes et des idées.

Si Rabbi Nahman était déjà connu, Marc-Alain Ouaknin, par le Livre brûlé, l’introduit dans le champ des études universitaires européennes, en montre la modernité et les liens avec la littérature, la philosophie et la psychanalyse.

Le Livre brûlé de Ouaknin dialogue avec Pluie d’été de Marguerite Duras qui s’en serait peut-être inspiré pour un des éléments importants de l’intrigue de son récit[10] et a donné son titre au livre de Rodger Kamenetz Burnt Books, Rabbi Nahman of Bratslav and Franz Kafka, Schoken, New-York, 2010[11] .

« Il est interdit d’être vieux »[12] , l’aphorisme de Rabbi Nahman qui figure comme en exergue du Livre brûlé est repris et commenté, entre autres, par Maurice Blanchot[13] , Jacques Derrida[14] et Didier Cahen[15]. Aphorisme qui invite au non-désespoir et au renouvellement permanent, le hidouch, c'est-à-dire le « renouvellement du sens ». On retrouve d’autres aphorismes de Rabbi Nahman dans la traduction qu’en donne Ouaknin à travers ses différents ouvrages dont les plus célèbres : « Il est interdit de désespérer  »[16] et « Souviens-toi de ton futur  »[17].

Une nouvelle traduction de la Bible[modifier | modifier le code]

En 1983 Marc-Alain Ouaknin publie la traduction d'un commentaire biblique, Les Pirqé de Rabbi Eliézer en collaboration avec Charles Mopsik et Eric Smilévitch[18].

En 2001, il publie une traduction du Livre de Jonas en collaboration avec Anne Dufourmantelle dans La nouvelle traduction de la Bible des éditions Bayard.

En 2007 Marc-Alain Ouaknin cofonde le Projet Targoum[19], projet d'une nouvelle traduction de la Bible hébraïque, (traduction et commentaires), et l'Atelier Targoum, Atelier de recherche sur la méthodologie de l'interprétation et de la traduction des textes fondateurs, en partenariat avec le Centre Culturel du MJLF et la Fondation Moses Mendelssohn.

Divers[modifier | modifier le code]

Marc-Alain Ouaknin collabore au Journal Tenoua[20] et présente l'émission Talmudiques sur France Culture. Il participe au cycle de commentaires de la Paracha de la semaine sur Akadem[21]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.akadem.org/sommaire/themes/philosophie/judaisme-et-psychanalyse/jacques-lacan/le-dialogue-entre-psychanalyse-et-talmud-10-03-2006-6620_332.php.
  2. Sur cette question on lira particulièrement Bar-Mitsva, un lire pour grandir, éditions Assouline, 2005 (en collaboration avec Françoise-Anne Ménager)
  3. On consultera par exemple Bibliothérapie, Lire c'est guérir aux éditions du seuil, 1994 et 2010 pour l'édition de poche point/Seuil.
  4. Une thèse de doctorat de philosophie a été consacrée à son travail en 2005 à l'Université libre de Bruxelles par J.J. Bailly, sous le titre Éros et infini, dans la philosophie de Marc-Alain Ouaknin. http://theses.ulb.ac.be/ETD-db/collection/available/ULBetd-05122005-120407/restricted/Eros_et_Infini.pdf.
  5. Les titres de ses ouvrages témoignent d’ailleurs de ces questions : Le Livre brûlé, Lire aux éclats, Concerto pour quatre consonnes sans voyelles, Méditations érotiques, Bibliothérapie, Les mystères de l’alphabet, etc. Voir infra Bibliographie.
  6. Sur la présentation du Talmud, voir première partie du Livre brûlé, Les premiers chapitres de Lire aux éclats, et la synthèse que propose Ouaknin dans son Invitation au Talmud, Flammarion, 2008.
  7. Voir les analyses du premier des dix commandements in Les Dix Commandements, Seuil, 1999, p.47
  8. Séfer hanisraf en hébreu
  9. Voir Marc-Alain Ouaknin, Le livre brûlé (Lieu Commun 1987, Seuil point 1992)
  10. Lire Christiane Blot-Labbarère, Le Livre brûlé et les rois d’Israël dans la pluie d’été de Marguerite Duras, in Lire Duras, Presse Universitaire de Lyon, 2000, p. 289 à 298.
  11. […] Marc Ouakhnine’s « The burnt book » gave me an idea ans a title ». p. 351. Le lecteur corrigera de lui-même l’orthographe du nom en Marc-Alain Ouaknin.
  12. En hébreu assour liyehot zaquèn
  13. Une voix venue d'ailleurs: Sur les poèmes de Louis-René des Forêts, Cahier Ulysse, fin de siècle, 2003. Dans cette étude sur les poèmes de Samuel Wood Blanchot écrit: "Ne voulant, ne pouvant terminer, je m’en remets pour l’instant la parole d’un Maître hassidique (qui a toujours refusé d’être Maître) Rabbi Nahman de Braslav: « Il est interdit d’être vieux ». Suit ce commentaire : « Ce qu’on peut d’abord entendre : interdit de renoncer à se renouveler, de s’en tenir à une réponse qui ne remettrait plus en cause la question – finalement (mais c’est sans fin) n’écrivant que pour effacer l’écrit ou plus exactement l’écrivant par l’effacement même, maintenant ensemble épuisement et inépuisable : la disparition qui ne s’exténue pas. Ainsi en vint-il à n’écrire le Livre secret que pour le brûler, devenant célèbre comme l’auteur du Livre Brûlé ». p. 36. Dans la note qui concerne ce passage Blanchot renvoie au Livre Brûlé de Ouaknin. Voir aussi Emmanuelle Rousselot, Ostinato, de L. R. des Forêts, L’écriture comme lutte, l’Harmattan, 2010.
  14. Voiles, (En collaboration avec Hélène Cixous), Galilée, 1998. Dans un passage concernant le Tallith et la mort Derrida écrit : « La décision n’est pas encore prise, elle ne sera pas la mienne : les cendres après le feu ?la terre ? la terre vierge avec ensevelissement dans le tallith blanc ? J’aurai dû faire semblant de dicter cette décision, mais je l’ai à dessein suspendue. J’ai décidé que la décision ne serait pas la mienne. J’ai décidé de ne rien dicter quant à ma mort. Je me rends ainsi à la vérité de la décision : un verdict est toujours de l’autre. La vie aura été si courte et quelqu’un me dit, tout près de moi, au-dedans de moi, quelque chose comme : il est interdit d’être vieux (Rabbi Nahman de Braslav) ». p. 46 et 47.
  15. Il est interdit d’être vieux, éd. J.L. Poivret, Paris, 1989
  16. En hébreu: assour lehityaèch
  17. En araméen: èn zikaron éla lealma deaté, c'est-à-dire littéralement: "il n'y a de souvenir que du monde futur"
  18. http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-rabbieliezer.html
  19. Avec Françoise-Anne Ménager ; Targoum veut dire "traduction" en hébreu. Le targoum et les targoumim désignent les diverses traductions araméennes de la Bible. Dans le Projet Targoum le mot désigne à la fois la traduction et la réflexion sur l'acte de traduire, de commenter et de transmettre les textes de la Bible et de ses commentaires, en dialogue avec les sciences humaines contemporaines
  20. http://www.tenoua.org/
  21. http://www-prod.akadem.org/sommaire/paracha/5773/paracha/haye-sarah-le-rite-et-le-mythe-17-10-2012-47069_4449.php

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Introduction à la littérature talmudique, publiée en guise d'étude préliminaire à la traduction des Aggadoth du Talmud de Babylone - 'Ein Yaakov par Arlette Elkaïm-Sartre, éd. Verdier (1982) ; rééd. corrigée (1990).
  • Le livre brûlé, Lire le Talmud, éd. Lieu Commun (1986); éd. Seuil (1992)
  • Lire aux éclats, éd. Seuil (1993)
  • Bibliothérapie, éd. Seuil (1994)
  • Méditations érotiques : essai sur Emmanuel Lévinas, éd. Balland (1992); éd. Payot (1994)
  • Concerto pour quatre consonnes sans voyelles, éd. Balland (1992); éd. Payot (1998)
  • Le colloque des anges, éd. Fata Morgana (1995)
  • Symboles du judaïsme, avec des photos de Laziz Hamani, éd. Assouline (1995)
  • Les mystères de l'alphabet, éd. Assouline (1997)
  • "Le secret de la rose... Quatre poèmes-commentaires du premier chapitre de la Genèse", in Sigila no 1 (1998)
  • "La dialectique de l'oubli et de la mémoire chez Georges Pérec", in Sigila no 2 (1998)
  • Sept roses plus tard, avec des calligraphies de Franck Lalou, éd. Fata Morgana (1999)
  • Le coq et le messie, éd. Fata Morgana (2000) (bilingue hébreu-français)
  • Je suis le marin de tes yeux, éd. Alternatives (2000)
  • Tsimtsoum, introduction à la méditation hébraïque, éd. Albin Michel (1992; 2000)
  • Le livre des prénoms bibliques et hébraïques, éd. Albin Michel, en collaboration avec D. Rotnemer (1997)
  • Mystères de la Kabbale, éd. Assouline (2000)
  • Dieu et l'art de la pêche à la ligne, éd. Bayard (2001)
  • C'est pour cela qu'on aime les libellules, éd. Seuil (2001)
  • La Haggada de Pâque, éd. Assouline, avec des peintures de Gérard Garouste (2001)
  • La bible de l'humour juif, en collaboration avec D. Rotnemer, éd. Ramsay (1995); éd. J'ai lu (2002)
  • Les dix commandements, en collaboration avec Jean Louis Schlegel, éd. Seuil (2003)
  • Mystères des chiffres, éd. Assouline (2004)
  • Jean Daviot : Le ciel au bout des doigts, éd. Paris musées (2004)
  • Bar-Mitsva : Un livre pour grandir, avec Françoise-Anne Ménager, éd. Assouline (2005)
  • Zeugma, mémoire biblique et déluges contemporains, éd. Seuil, (2008)
  • Mystères de la Bible, éd. Assouline, (2008)
  • La Tora expliquée aux enfants, éd. Seuil (2009)
  • « La crise temporelle » in Regards sur la crise. Réflexions pour comprendre la crise… et en sortir, ouvrage collectif dirigé par Antoine Mercier avec Alain Badiou, Miguel Benasayag, Rémi Brague, Dany-Robert Dufour, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay…, Paris, Éditions Hermann, 2010.
  • "L'alphabet expliqué aux enfants", Seuil, 2012
  • La Bible de l'humour juif, édition refondue, précédée d'un Tractatus Judaeus Humoristicus, « petit traité sur l’humour juif » Michel Lafon, 2012
  • Zeugma, Mémoires bibliques et déluges contemporains en édition de poche, collection Points-Seuil, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]