María Lourdes Afiuni

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María Lourdes Afiuni Mora est une vénézuélienne de 46 ans en avril 2010, responsable de la 31e cour de Caracas après avoir été juge pendant huit ans[1]. Le 10 décembre 2009, elle a été accusée de corruption et arrêtée après avoir ordonné la relaxe sous caution de l'homme d'affaires Eligio Cedeño[2], elle est toujours en attente de son jugement[3]. Des groupes de défense des droits de l'homme accusent le président Hugo Chávez de créer un climat de peur qui menace l'indépendance de la justice[4].

Arrestation[modifier | modifier le code]

Elle fut arrêtée par des officiers du renseignement, le SEBIN, après le procès pour acquisition frauduleuse de devises étrangères, contrebande aggravée et détournement des ressources financières d'une banque[5],[6],[7]. D'après l'ONU, elle a été inculpée de corruption, complicité d'évasion, association de malfaiteur et abus de pouvoir; puis privée d'avocat[8]. Un membre du congrès pro-Chavez a déclaré qu'elle a été corrompue, ce qu'elle a nié[2].

Afiuni dit qu'elle suivait les recommandations des Nations unies quand elle a relâché Cedeño, détenu plus longtemps que permis par la loi vénézuelienne[9],[10] Il était emprisonné depuis trois ans dans l'attente d'un jugement, alors que la loi vénézuelienne prescrit un maximum de deux ans de détention provisoire[6]. Le jugement préliminaire a été retardé plusieurs fois car les procureurs ne s'étaient pas présentés au tribunal[11].

L'avocat général Carlos Escarrá a indiqué que son arrestation faisait suite à une audience, enregistrée sur les caméras de surveillance du tribunal, où elle avait été chercher les huissiers et dicté une décision à huis-clos sans avoir convoqué le ministère public, ce qui est interdit par l'article 86 du code de procédure pénale vénézuélien. L'homme d'affaires était ensuite reparti du tribunal par un ascenseur réservé aux juges[12]

Détention[modifier | modifier le code]

María Lourdes Afiuni fut incarcérée le 17 décembre 2009 à l'institut national d'orientation féminine, une prison de femmes dans les environs de Caracas. Sa cellule est proche de personnes qu'elle a condamnées, et elle s'est plainte d'avoir reçu des menaces de mort[13]. En réponse à des inquiétudes sur sa vie, les autorités vénézuéliennes ont annoncé, le 29 décembre, qu'elle était détenue à l'écart de la population carcérale[14],[15],[16] .

En janvier 2010, le procureur inculpa Afiuni pour des irrégularités dans la relaxe de Eligio Cedeño[17]. Son procès a été ajourné plusieurs fois[2].

Réactions[modifier | modifier le code]

Le président Hugo Chávez, parlant d'un « bandit », s'est félicité de son arrestation, et a dit qu'elle devrait être emprisonnée pour 30 ans[18]. Il a aussi raconté qu'elle aurait été corrompue, et que Simón Bolívar l'aurait fusillée[19]. Le barreau de Caracas soutient que la décision de la juge de libérer Cedeño était légale, bien que le gouvernement considère qu'il n'était pas convenable de libérer le prévenu sans procureur présent à l'audience[20].

Plusieurs ONG se sont inquiétées de l'arrestation du juge Afiuni. En décembre 2009, trois experts du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme ont appelé à sa relaxe immédiate et sans conditions[8],[21]. En janvier 2010, la Commission interaméricaine des droits de l'homme a publié une mesure de protection en faveur de Maria Lourdes Afiuni[22]. Les autres groupes qui s'élèvent contre l'arrestation incluent la conférence épiscopale du Venezuela[23], Human Rights Watch[6], le département d'État des États-Unis[24], et la Law Society of England and Wales[25]. Un directeur de Human Rights Watch a dit : « une fois encore, le gouvernement Chavez a démontré son mépris fondamental de la séparation des pouvoirs[13]. »

Le 8 juillet 2010, le parlement européen a déclaré qu'il « condamne les déclarations publiques du président de la République du Venezuela, insultant et dénigrant la juge, exigeant une sentence maximum et demandant une modification de la loi pour pouvoir imposer une peine plus sévère, considère que ces déclarations aggravent les circonstances de sa détention et constituent une attaque de l'indépendance de la justice par le président de la nation, qui devrait être son premier garant[26]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) « Moción contra Venezuela », Notitarde,‎ 5 juillet 2010 (consulté le 18 août 2010)
  2. a, b et c (en) Alonso, Juan Francisco, « Human rights groups denounce in OAS flaws in Venezuela's justice system », El Universal,‎ 24 mars 2010 (consulté le 14 avril 2010)
  3. « L’ONU demande au Venezuela la libération de la juge Afiuni, emprisonnée par Hugo Chavez », Le Monde,‎ 15 février 2013
  4. (en) « Le gouvernement vénézuélien prend délibérément pour cibles les opposants », Amnesty International,‎ 1er avril 2010 (consulté le 18 août 2010)
  5. « Le Venezuela a demandé l'extradition du fugitif US Banker », Republica Bolivariana Venezuela
  6. a, b et c (en) « Rights group says Caracas attacks judicial freedom », The Washington Post,‎ 8 avril 2010 (consulté le 14 avril 2010)
  7. (en) Romero, Simon, « Criticism of Chávez Stifled by Arrests », The New York Times,‎ 3 avril 2010 (consulté le 14 avril 2010)
  8. a et b (en) « Venezuelan leader violates independence of judiciary—UN rights experts », UN News Centre,‎ 16 décembre 2009 (consulté le 14 avril 2010)
  9. (en) Carroll, Rory, « UN human rights panel accuses Chávez of undermining Venezuelan judges: Experts criticise president after judge charged with criminal conspiracy », guardian.co.uk,‎ 17 décembre 2009 (consulté le 14 avril 2010)
  10. (es) « HRW: Detención de Afiuni amenaza independencia judicial de Venezuela », El Universal,‎ 8 avril 2010 (consulté le 14 avril 2010)
  11. (en) « Cedeno Trial Postponed for Fourth Time in a Month », PRNewswire, Findlaw.com,‎ 19 mars 2008 (consulté le 14 avril 2010)
  12. (es) (en) « Conducta de jueza Afiuni Mora quedó registrada en videos del tribunal », Correo del Orinoco,‎ 10 mai 2010 (consulté le 18 août 2010)
  13. a et b (en) « Rights Group Says Caracas Attacks Judicial Freedom », The New York Times,‎ 8 avril 2010 (consulté le 14 avril 2010)
  14. (en) « Venezuela Says Prison Conditions 'Adequate' For Jailed Judge », Wall Street Journal,‎ 29 décembre 2009
  15. (es) « Fiscalía sostiene que condiciones de reclusión de jueza Afiuni 'son las adecuadas' », El Nacional,‎ 28 décembre 2009 (consulté le 21 janvier 2010)
  16. (es) « ONG exige traslado de la jueza Afiuni a otro sitio de reclusión », El Nacional,‎ 5 janvier 2010 (consulté le 29 janvier 2010)
  17. (es) « Ministerio Público acusó a la jueza Afiuni por darle libertad a Cedeño », El Universal,‎ 26 janvier 2010 (consulté le 29 janvier 2010)
  18. (en) « Venezuela's Chavez Criticized Over Hasty Arrest Of Judge », Wall Street Journal
  19. (en) Carroll, Rory, « Hugo Chávez demands jailing of judge who freed banker: Venezuelan president calls for María Afiuni to 'pay' for release of Eligio Cedeño, who was facing corruption charges », guardian.co.uk,‎ 15 décembre 2009 (consulté le 14 avril 2010)
  20. (en) « Venezuelan banker halted in Miami, seeks asylum », Business Week
  21. (en) « U.N. criticizes Venezuela's President Chavez for judge's arrest », LA Times (consulté le 14 avril 2010)
  22. (es) « TSJ suspende sin goce de sueldo a Afiuni », Noticia al Dia,‎ 15 janvier 2010 (consulté le 29 janvier 2010)
  23. (es) « Conferencia Episcopal llama al diálogo y deplora agresiones », El Nacional,‎ 25 janvier 2010 (consulté le 29 janvier 2010)
  24. (es) « EE.UU. advierte a Chávez que respete los DD.HH. y la libertad de expresión », La Nacion,‎ 26 mars 2010 (consulté le 14 avril 2010)
  25. (en) « Vietnamese lawyer escapes death sentence », Law Society of England and Wales,‎ 28 janvier 2010 (consulté le 30 janvier 2010)
  26. (en) « Condemns the public statements made by the President of the Republic of Venezuela, insulting and denigrating the judge, demanding a maximum sentence and requesting a modification of the law to enable a more severe penalty to be imposed; considers that these statements are aggravating the circumstances of her detention and constitute an attack on the independence of the judiciary by the President of a nation, who should be its first guarantor. » European Parliament resolution of 8 July 2010 on Venezuela, in particular the case of Maria Lourdes Afiuni sur www.europarl.europa.eu

Liens externes[modifier | modifier le code]